Dans une interview il y a quelques jours aux Echos, la ministre de la Recherche nous promet un changement complet des règles du jeu. L’Etat a en effet lancé un appel d’offres pour labelliser des Sociétés d’Accélération du Transfert de Technologie (SATT) dotées de près d’un milliard via le grand emprunt.
La recherche et sa fructification sont, nul ne le remet en doute, les fondements de notre avenir. Du coup, c’est prendre un risque que d’oser affirmer que les les milliards qui y sont investis par l’Etat, en empruntant grâce à une hypothèque transmise aux générations futures, ne sont pas justifiés car ils sont versés non seulement en pure perte, mais même de manière totalement contre-productive. Osons néanmoins.
Une recherche fructueuse, c’est une innovation qui se vend. Or quelle est la politique de soutien à l’innovation en France et en Bruxellie (la Bruxellie est la partie de l’Europe qui délègue ses choix aux commissions qui siègent à Bruxelles) ? Elle consiste à multiplier les labellisations afin de créer, au moins par le verbe, des entités d’excellence seules dignes de recevoir les fonds publics. La labellisation s’obtient par une longue procédure — c’est autant de gagné pour le politique qui montre son activisme en mobilisant les chercheurs tout en reportant à plus tard le moment de sortir les sous promis — qui s’apparente au concours de beauté. Les critères de sélection : gouvernance, taille critique, visibilité, lisibilité, rôle sociétal, périmètre, conformité aux recommandations de l’appel d’offres, etc.
En clair, tout projet qui ne satisfait pas aux exigences politiciennes en matière de conformisme et de clientélisme ne sera pas labellisé (rappelons, pour les distraits, que nous parlons d’innovations et de leur profitabilité). De plus, les labels fonctionnent comme les maillons d’une chaîne : il en faut beaucoup pour constituer une longueur utilisable, et si un seul est défaillant, on peut dire adieu à ce qu’il y avait au bout. En clair aussi, le temps de cerveau disponible des chercheurs est donc mobilisé à des intrigues de couloir, des flatteries de telle ou telle lubie à la mode chez les puissants, et en efforts de conformisme, le tout dans un stress permanent car toute erreur est fatale. Le résultat, c’est que la moitié au moins des "chercheurs" ne connaissent comme recherche que celle des labels et des financements, et comme méthodes de valorisation que la flagornerie, le dénigrement des collègues et la mendicité : il ne s’agit pas de se faire payer pour apporter une réponse à un besoin ou à un désir, mais de sortir vainqueur par tous les moyens de la lutte pour les écus distribués par le seigneur suivant ses caprices.
Le pire, dans l’affaire, est qu’il y a un moyen simple et peu coûteux de construire une recherche solide et fructifère. Cela consisterait à permettre en cas de succès que les inventeurs, et les investisseurs qui les financeraient, ne voient pas l’essentiel du jackpot disparaître, confisqué pour être redistribué, dans le trou sans fond alimenté par le fisc.
Je dis "le pire", mais à mon avis le pire est ailleurs, dans le fait que Madame la Ministre et ses confrères ne sont pas bêtes au point de ne pas voir tout cela, mais qu’ils ont je crois des priorités personnelles plus importantes que la construction d’un système de recherche qui ne fructifierait qu’après les prochaines élections.
08.05 par mo- in Kleptocratie
http://rdlf.fr/?Dans-la-recherche-le-genie-s-est
La recherche et sa fructification sont, nul ne le remet en doute, les fondements de notre avenir. Du coup, c’est prendre un risque que d’oser affirmer que les les milliards qui y sont investis par l’Etat, en empruntant grâce à une hypothèque transmise aux générations futures, ne sont pas justifiés car ils sont versés non seulement en pure perte, mais même de manière totalement contre-productive. Osons néanmoins.
Une recherche fructueuse, c’est une innovation qui se vend. Or quelle est la politique de soutien à l’innovation en France et en Bruxellie (la Bruxellie est la partie de l’Europe qui délègue ses choix aux commissions qui siègent à Bruxelles) ? Elle consiste à multiplier les labellisations afin de créer, au moins par le verbe, des entités d’excellence seules dignes de recevoir les fonds publics. La labellisation s’obtient par une longue procédure — c’est autant de gagné pour le politique qui montre son activisme en mobilisant les chercheurs tout en reportant à plus tard le moment de sortir les sous promis — qui s’apparente au concours de beauté. Les critères de sélection : gouvernance, taille critique, visibilité, lisibilité, rôle sociétal, périmètre, conformité aux recommandations de l’appel d’offres, etc.
En clair, tout projet qui ne satisfait pas aux exigences politiciennes en matière de conformisme et de clientélisme ne sera pas labellisé (rappelons, pour les distraits, que nous parlons d’innovations et de leur profitabilité). De plus, les labels fonctionnent comme les maillons d’une chaîne : il en faut beaucoup pour constituer une longueur utilisable, et si un seul est défaillant, on peut dire adieu à ce qu’il y avait au bout. En clair aussi, le temps de cerveau disponible des chercheurs est donc mobilisé à des intrigues de couloir, des flatteries de telle ou telle lubie à la mode chez les puissants, et en efforts de conformisme, le tout dans un stress permanent car toute erreur est fatale. Le résultat, c’est que la moitié au moins des "chercheurs" ne connaissent comme recherche que celle des labels et des financements, et comme méthodes de valorisation que la flagornerie, le dénigrement des collègues et la mendicité : il ne s’agit pas de se faire payer pour apporter une réponse à un besoin ou à un désir, mais de sortir vainqueur par tous les moyens de la lutte pour les écus distribués par le seigneur suivant ses caprices.
Le pire, dans l’affaire, est qu’il y a un moyen simple et peu coûteux de construire une recherche solide et fructifère. Cela consisterait à permettre en cas de succès que les inventeurs, et les investisseurs qui les financeraient, ne voient pas l’essentiel du jackpot disparaître, confisqué pour être redistribué, dans le trou sans fond alimenté par le fisc.
Je dis "le pire", mais à mon avis le pire est ailleurs, dans le fait que Madame la Ministre et ses confrères ne sont pas bêtes au point de ne pas voir tout cela, mais qu’ils ont je crois des priorités personnelles plus importantes que la construction d’un système de recherche qui ne fructifierait qu’après les prochaines élections.
08.05 par mo- in Kleptocratie
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