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mercredi 21 août 2013

Une faculté dématérialisée veut concurrencer les plus grandes universités

C'est un projet qu'il est possible de qualifier de démesuré : une université américaine, qui se veut d'excellence, devrait voire le jour… Rien d'exceptionnel, sauf que cet établissement sera complètement dématérialisé. Et il compte bien entrer en compétition avec les universités de la prestigieuse Ivy League, parmi lesquelles figure Harvard, Princeton, et Yale !

Minerva, du nom de la déesse romaine de la fureur guerrière, mais également de la sagesse et de l'intelligence : tel est le nom évocateur de la toute nouvelle université américaine, qui devrait ouvrir ses portes à l'horizon 2015… Ou plutôt ses fenêtres ! Complètement dématérialisée, Minerva devrait en effet être la toute première université en ligne, sans campus, révèle le quotidien The Times. Le journal anglais va même plus loin en estimant que cette création "promet de révolutionner le système éducatif à l'échelle mondiale". Il précise également que Minerva devrait accueillir les 200 ou 300 meilleurs éléments dans un premier temps.

Du côté des porteurs de ce projet ambitieux, on vise haut. "Minerva est la première université américaine d'élite à être créée depuis un siècle", s'enthousiasme Ben Nelson. L'ambition du fondateur de Minerva va même au-delà, puisqu'il entend former "les futurs présidents, leaders de la pensée et les icônes culturelles"… Rien que ça ! L'objectif est ainsi de rattraper voire de dépasser les universités prestigieuses de l'Ivy League (Yale, Cornell, Harvard, Princeton…), en proposant aux étudiants les mêmes prestations, pour des frais de scolarité deux fois moins élevés. Des aides devraient également être proposées aux étudiants éligibles.

Des dortoirs et des vidéos

La plan stratégique envisagé est relativement simple, et part du constat qu'il existe aujourd'hui de nombreux cours en ligne. Mais cette méthode à un cruel défaut : chacun apprend dans son coin. Minerva se présente ainsi comme un projet hybride, mêlant cours en ligne et vie ensemble. En effet, les étudiants sélectionnés vivront dans des dortoirs et assisteront aux cours donnés sous forme de vidéos, postées en ligne. Malgré cela, les étudiants devraient bien voyager, puisqu'ils sont censés vivre la première année à San Francisco, pour ensuite partir étudier dans six villes ou plus. Parmi elles : Londres, Hong Kong, Paris, Istanbul ou encore Sao Paulo…

Les études devraient en tout durer quatre ans, soit la durée d'un Bachelor américain (licence du système LMD). Les séminaires devraient comporter au maximum 25 étudiants, de sorte que si l'un d'eux à une question à poser, son visage apparaîtra à l'écran et le professeur pourra lui répondre facilement. En tout, quatre "colleges" (facultés) devraient ouvrir : trois en arts et sciences, et unebusiness school.

Des critiques et des soutiens

Un tel projet bénéficie notamment du soutien de Lawrence Summers, ancien secrétaire du Trésor et ancien président d'Harvard. Autre appui de poids : l'ancien sénateur démocrate du Nébraska, Bob Kerrey, qui a également été président de la New Scool de New York entre 2001 et 2010. Ce dernier affirme notamment que Minerva est "la seule innovation importante en matière d'éducation supérieure à laquelle il ait été confronté de sa vie", phrase reprise fièrement sur le site du projet. Mais les soutiens vont bien plus loin que les mots, puisque Minerva a tout de même déjà récolté 25 millions de dollars d'investissements en capital-risque…

Pourtant, des voix contestataires s'élèvent déjà ici ou là. En effet, de nombreux universitaires jugent l'ambition de cette université un peu trop élevée, pour les débuts de Minerva tout du moins. Atteindre l'excellence des universités labellisées "Ivy League" ne se fera en effet pas en un jour, et il faudra du temps pour que cette nouvelle manière d'enseigner porte ses fruits. Autre point critique soulevé : sans bibliothèque ou laboratoire, difficile d'effectuer des recherches approfondies ou d'expérimenter…

Anaïs Grockowiak, OrientationsMis en ligne le Mercredi 21 Août 2013

samedi 13 avril 2013

Université: la réforme impossible?

Université : la réforme impossible ? C'est la réflexion qui vient à l'esprit de l'observateur averti à l'annonce des premières mesures avancées par Geneviève Fioraso, la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Pourtant, elles vont dans le bon sens, mais pas assez vite, pas assez loin et pas assez au cœur du système universitaire.

Etablir des quotas en sections de techniciens supérieurs (STS) et en instituts universitaires de technologie (IUT) pour les bacheliers professionnels est une procédure de bon sens. Elle ne résout en rien le problème fondamental de la mauvaise orientation en classe de seconde de collégiens, pour la plupart en échec scolaire, dirigés par défaut vers des lycées professionnels, dont ils ne peuvent tirer, ni complément à une formation générale défaillante, ni véritable goût pour un apprentissage réussi. Sous raison de réhabiliter le travail manuel et de favoriser la diversité des aptitudes, c'est la meilleure façon de dévaloriser les filières techniques et de conduire encore, quotas ou pas quotas, dans les disciplines littéraires des universités des cohortes de bacheliers professionnels, qui fourniront toujours les gros contingents de l'échec en licence et de la rancœur contre le système. C'est malheureusement de la démocratisation à l'envers, là où elle serait le plus nécessaire.

De la même façon, la simplification de l'offre des intitulés de licences et de masters, et l'institution d'une première année pluridisciplinaire en licence avant une spécialisation progressive, sont frappées du coin de la raison. Je n'ai jamais compris comment on pouvait demander à un adolescent de 18 ans ou même à un jeune adulte de 21 ans, de "choisir" une orientation dans un maquis procédurier inconnu et surtout dans un monde incertain aux transformations rapides et imprévisibles. C'est une ineptie structurelle, que l'application inconsidérée de la réforme LMD (licence, master, doctorat), il y a dix ans, a considérablement approfondie : chaque universitaire s'est considéré digne de constituer autour de lui son pré carré, bientôt baptisé d'incontournable, en fonction de la sacro-sainte professionnalisation. Mais pourquoi s'arrêter en chemin ? et ne pas concevoir des licences en trois ans autour de larges troncs disciplinaires simplifiés (études littéraires, sciences sociales, droit, économie, médecine, etc.) donnant aux jeunes étudiants des outils d'analyse et de réflexion et les premiers éléments de différenciation des approches et des méthodes. Après tout, c'est la voie classique des "bachelors" américains, que l'on envie parfois, et surtout des classes préparatoires, dont on dit vouloir le rapprochement avec l'Université.

Enfin, la notation - je préfèrerais l'évaluation - des enseignements (ou des enseignants ?) et la formation pédagogique des professeurs, ne peuvent être mauvaises. Elles apparaissent néanmoins mineures par rapport à un changement d'attitude global des enseignants du supérieur, notamment parmi les plus jeunes, qui considèrent en majorité, qu'au terme d'un parcours difficile (doctorat, habilitation à diriger des recherches, inscription sur des listes d'aptitude, élections disputées), il leur revient d'exercer leur métier dans la voie étroite de leur spécialisation de chercheur, au détriment à nouveau d'enseignements généraux, y compris en français et en raisonnement formel, si nécessaires aux "nouveaux" étudiants issus depuis un quart de siècle de couches sociales moins favorisées culturellement. Des professeurs élitistes pour une Université d'élite, compétitive en apparence dans les classements internationaux, ne sont pas le meilleur moyen pour favoriser une démocratisation en profondeur de l'enseignement supérieur et constituer la pépinière des talents émergents : en football comme à l'école, les succès en coupe du monde dépendent de la qualité et de la densité des clubs de poussins.

Au total, la refondation nécessaire de l'Université apparaît assez exemplaire de la difficulté de la réforme en France révélée dans d'autres domaines (la ville, la solidarité nationale) : elle dépend souvent moins des investissements budgétaires indispensables et de l'intelligence des dispositifs réglementaires imaginés, que de la propre résistance des corps sociaux que l'on voudrait rénover.

Guy Burgel
Professeur à l’Université Paris Ouest-Nanterre La Défense

dimanche 15 avril 2012

Quand les Facs dament le pion aux grandes écoles

Créé le 12-04-2012 à 06h05- Mis à jour le 14-04-2012 à 12h47

Par Véronique Radier


DECRYPTAGE C'est un trésor à redécouvrir: transformée, l'université française offre des diplômes d'excellence à des prix défiant toute concurrence. Des formations toujours plus en prise avec le monde du travail.

Université Paris-Dauphine (Challenges)

Attention, cliché. Nos universités ont mauvaise presse. Voici quelques mois encore, un reportage de France 2 sur Toulouse 2-Le Mirail, intitulé "La fac poubelle", défrayait la chronique. On y voyait des hordes d'étudiants perdus, livrés à eux-mêmes, sans une place pour s'asseoir, des amphithéâtres vétustes, des bâtiments en préfabriqué... "Oui, tout cela existe, mais ce n'est qu'une toute petite partie de la réalité. Nous nous apprêtons à inaugurer un campus totalement modernisé, nous avons à cette occasion revisité tous nos cursus", explique Nicolas Golovtchenko, vice-président de Toulouse 2. Lui-même dirige un master en urbanisme dont les diplômés s'insèrent à merveille sur le marché de l'emploi.

Car c'est bien là le paradoxe: même si tout n'est pas rose - loin s'en faut -, nos universités sont engagées depuis plusieurs années dans une révolution qui bat en brèche ces clichés. Elles ont aujourd'hui radicalement changé d'époque. Une succession de réformes, du LMD, imposant le standard européen, licence (bac + 3), master (bac + 5), doctorat (bac + 8) à la loi sur l'autonomie, en passant par le plan "réussite en licence", ont bouleversé le paysage. Sans parler des pôles de recherche, des initiatives d'excellence et des Labex, qui conduisent à des fusions, mariages, regroupements entre facs, mais aussi avec des grandes écoles.

Insertion record

Académique, l'université? "Plus d'un étudiant sur deux prépare désormais un diplôme professionnel", constatent les études ministérielles. Mieux, ces jeunes accèdent à l'emploi dans des conditions bien plus satisfaisantes qu'on ne l'aurait imaginé. Une enquête nationale, chapeautée par le ministère de l'Enseignement supérieur, vient d'en apporter pour la seconde fois la preuve. Trente mois après leur diplôme, le taux d'insertion des masters de l'université est de 91%, presque tous en emploi stable, un score très comparable à celui des diplômés des grandes écoles.

Auscultées comme elles ne l'avaient jamais été auparavant, les facs sont souvent les premières surprises par leurs propres performances. "Nous savions que nos diplômés se plaçaient plutôt bien, mais on ne s'attendait pas à ça, raconte ainsi Mohammed Bernoussi, ex-directeur de l'UFR de psychologie à l'université de Nantes. En psychologie du travail, nous atteignons les 100%!" Décomplexées, bien des universités remettent désormais leurs diplômes en grande pompe, avec toges et amphithéâtres d'honneur. Certaines n'hésitent plus à vanter leurs mérites dans des plaquettes ou des publicités. "7 bonnes raisons de choisir l'université de Poitiers", annonce ainsi une pleine page dans un quotidien national: insertion rapide des diplômés, choix des formations adossées à une recherche innovante, accompagnement, ou encore international. "Les facs attaquent le marché, assume, sans complexe aucun, Louis Vogel, président de la Conférence des présidents d'université et à la tête d'Assas. Il y a indiscutablement un grand vent de changement à l'oeuvre."

Si l'enseignement demeure adossé à la recherche, avec tous les atouts que cela peut comporter, les cursus les plus performants appliquent aussi par le menu les meilleures recettes des écoles, collant aux attentes du monde professionnel, constituant des réseaux. "Il faut qu'on soit imaginatif pour vaincre les réticences face aux formations universitaires, avance Bernard Castagnède, directeur de la faculté des sciences du Mans et responsable du master acoustique des transports et de l'environnement. Pour ce master, nous allons ainsi chercher les meilleurs experts de Nantes, Lyon et Grenoble. Nos élèves passent une semaine sur chaque site."

Entreprises converties

Alors que le grand public n'a pas encore pris conscience de ces changements, les entreprises, elles, ont déjà négocié le tournant. "Nous souhaitons ouvrir nos recrutements à environ 20% de diplômés venus de l'université, assure ainsi Jean-Marc Mickeler, responsable de la marque employeur chez Deloitte, l'un des Big Four, ces grands cabinets d'audit placés au firmament des débouchés de rêve par les étudiants. Elles ont aujourd'hui bien compris nos attentes, que ce soit Dauphine, bien sûr, mais aussi Paris 1, Nanterre, Strasbourg, Aix-en-Provence, Lyon..." De grands groupes n'hésitent plus à verser leur contribution dans les fondations que créent les universités et à s'impliquer très concrètement dans la création de formations, à l'image de Capgemini qui a mis sur pied un cursus avec Paris 13. "Nous sortons d'une culture très marquée, où les recrutements s'effectuaient massivement dans les grandes écoles, parmi ses pairs", explique Stéphanie de la Tour du Pin, responsable des relations campus à Safran. Aujourd'hui, un réseau d'ambassadeurs du motoriste, anciens de masters universitaires, sillonnent les amphithéâtres "pour nous faire connaître et augmenter le vivier de candidatures spontanées". Même à L'Oréal et chez d'autres employeurs plébiscités, la fac a désormais ses entrées.

Certes, les grandes écoles conservent une longueur d'avance en termes de salaires et de niveau de poste. Mais dans certaines spécialités, il s'en faut d'un cheveu. "Auparavant, les universitaires pouvaient se voir proposer des rémunérations inférieures de 15 à 20% à celles de leurs homologues des grandes écoles, c'est de moins en moins le cas. Les entreprises se sont aperçues qu'elles trouvaient des profils intéressants venant de la fac", constate ainsi Bern Terrel, directeur au cabinet Hudson. Et bien des programmes, comme vous pourrez le découvrir dans les pages suivantes, n'ont rien à envier au top des écoles, voire les surclassent!

Frontières estompées

Et puis, les facs jouent franc jeu. Alors que la Conférence des grandes écoles refuse de livrer ses données d'insertion selon les établissements, Dauphine, afin de mettre terme au petit jeu de poker menteur auquel se livrent certaines universités, a confié le suivi de ses diplômés à l'Apec (Association pour l'emploi des cadres): après vingt-quatre mois, un taux d'insertion de 94%, avec un salaire moyen de 2.400 euros net mensuels et une rapidité de placement d'un petit mois...

A la faveur des rapprochements d'établissements voulus par le ministère de l'Enseignement supérieur pour rattraper notre retard dans la compétition mondiale, les barrières tombent. Pierre Tapie lui-même, président de la Conférence des grandes écoles, connu pour sa défense ardente de ce modèle d'excellence, assure désormais qu'entre une fac de droit et une école il n'y a pas de différence. "Les frontières entre les deux types d'établissement sont d e -plus en plus poreuses. Aujourd'hui, l'insertion professionnelle fait partie des missions de l'université. Tandis que les grandes écoles doivent faire de la recherche." Décidément, c'est la révolution.

Par Véronique Radier

http://www.challenges.fr/emploi/20120412.CHA5222/quand-les-facs-dament-le-pion-aux-grandes-ecoles.html