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vendredi 2 août 2013

Les Phéniciens, ces grands navigateurs

Partis de cités-Etats sur la côte libanaise, ils ont essaimé dans tout le monde antique, fondé un empire qui a fait trembler Rome, et auraient même bouclé le premier tour des côtes de l'Afrique. Retour sur un peuple fascinant, à qui nous devons beaucoup plus que nous ne le pensons.

Un navire phénicien gravé sur la face d'un sarcophage, au 2e siècle avant JC -
 
Elie Plus/CC

Leurs villes étaient situées sur ce qui est aujourd'hui le littoral du Liban et de la Syrie. Certaines, comme Tyr et Sidon, existent encore. D'autres ont disparu, comme l'une des plus puissantes d'entre elles, Ougarit, rasée par des envahisseurs au XIIe siècle avant notre ère. Et ce peuple de marchands et de navigateurs a laissé des traces indélébiles dans notre histoire.

Leur nom, "phénicien", viendrait peut-être du grec "phoinix", la "pourpre" tirée du murex, dont ils étaient de grands exportateurs dans tout le monde antique. Mais il pourrait également s'agir d'une déformation grecque du mot égyptien "fenkhu", définissant les "Asiatiques", les habitants du Proche-Orient pour l'Egypte.

A partir du Xe siècle avant J.C., les Phéniciens commencent à se répandre au-delà de la Méditerranée orientale, après avoir établi des bases à Chypre. Ils créent des comptoirs sur la côte nord-africaine, jusqu'en Tunisie et en Algérie, mais aussi en Sicile, à Malte (voir article maltais), en Sardaigne, en Corse et dans le sud de l'Espagne. Peu à peu, la plus importante de ces nouvelles cités, Carthage, éclipse par son rayonnement les villes plus anciennes du Levant. Du IVe au IIe siècle avant J.C., elle devient une grande puissance qui fait trembler la république romaine sur ses fondations au cours des guerres puniques (dePoeni, Phéniciens, en latin), avant d'être détruite en 146 av. J.C.

Marins réputés pour leurs prouesses, les Phénciens étaient des navigateurs recherchés. Quand l'empire perse s'assure la mainmise sur la Phénicie au VIe siècle avant notre ère, ce sont eux qui constituent l'essentiel de sa flotte. Explorateurs, aventuriers, les Phéniciens avaient coutume de franchir les redoutables Colonnes d'Hercule (le détroit de Gibraltar) pour aller commercer jusqu'en Cornouailles, en quête d'étain.

Ils auraient ainsi donc pu atteindre les Açores, même si les preuves restent ténues, et il est attesté qu'ils faisaient escale dans les Canaries. Deux traditions rapportent qu'ils auraient même exploré les côtes de l'Afrique, beaucoup plus au sud. Dans L'Enquête, Hérodote soutient que le pharaon Nékao II, qui régna de -610 à -595, aurait organisé une expédition confiée à des marins phéniciens, à qui il demanda de faire le tour de la "Libye" (l'Afrique) en partant par la "mer Erythrée" (la mer Rouge) puis en passant au nord par les Colonnes d'Hercule. Les Phéniciens auraient mis trois ans à accomplir cet exploit. Même si cela ne paraît pas complètement impossible, Hérodote est la seule source à en faire état qui nous soit parvenue. En revanche, le Périple d'Hannon semble historiquement plus sûr. Hannon, explorateur carthaginois qui devint plus tard le roi de sa ville, se serait lancé dans une expédition vers 500 av. J.C. et aurait ainsi poussé jusqu'au large de l'actuel Cameroun avant de rebrousser chemin. Il relata ensuite ses aventures dans sonRécit du voyage du roi des Carthaginois Hannon autour des contrées qui sont au-delà des Colonnes d'Hercule, dont il subsiste une version grecque.

Au XVIIIe et au XIXe siècle, certains auteurs, impressionnés par les voyages bien réels des Phéniciens, ont prétendu qu'ils auraient pu découvrir l'Amérique longtemps avant les Vikings et Christophe Colomb. Une stèle contenant des inscriptions en phénicien aurait même été retrouvée à Paraiba, au Brésil, en 1872, mais beaucoup d'archéologues, contemporains et ultérieurs, ont considéré qu'il s'agissait d'un faux.

Qu'ils aient ou non traversé l'Atlantique, les Phéniciens nous ont fait un autre cadeau, essentiel au développement des civilisations occidentales : notre alphabet. L'alphabet latin, en effet, était au départ calqué sur l'alphabet grec, lequel s'était inspiré de l'alphabet phénicien.

COURRIER INTERNATIONAL

1 AOÛT 2013

Vive la République de Phénicie !

L'île de Malte devrait revendiquer plus vigoureusement son patrimoine punique, affirmait le Times of Malta en octobre 2011.

Le port de Marsaxlokk, à Malte, fondé par les Phéniciens au IXe siècle avant JC
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Mirari Erdoiza/CC

Parfois, des nations disparaissent ; emportées par l'Histoire, elles finissent divisées ou se mêlent à d'autres.

Comme les Romains de l'Antiquité, par exemple. Mais leur langue et leur culture n'ont pas disparu, elles. Plusieurs peuples d'Europe, comme les Italiens, les Espagnols et les Français, parlent des langues nées du latin. Sous une forme plus proche de ses origines, le latin a également été préservé dans les sciences et la religion.

Les Phéniciens n'ont pas eu cette chance. Ils ont presque été totalement engloutis par le temps. Commençons par revenir brièvement sur leur histoire. Peuple sémite, ils ont fondé des villes comme Tyr et Sidon sur la côte du Liban moderne. Plus tard, leurs cités-Etats se sont étendues sur les rivages de la Méditerranée. Citons entre autres Cadix en Espagne et Carthage en Afrique du Nord. Les Phéniciens se développaient non par la conquête, mais par l'expansion commerciale, en multipliant les échanges avec les nations voisines et en entretenant de bonnes relations avec elles.

Plus tard, la majorité de leurs villes a été conquise par les Perses, puis les Grecs et, au Moyen-Age, par les Arabes. Carthage a été celle qui a défendu son indépendance avec le plus d'acharnement, tenant longtemps la dragée haute à Rome, entre autres sous le commandement d'Hannibal. Pendant un temps, la cité a contrôlé les îles de Sicile, de Sardaigne et de Corse, ainsi que de vastes territoires dans le sud de l'Espagne.

Mais que nous ont laissé les Phéniciens ?

Tout d'abord, il y a quatre mille ans, ils ont développé un alphabet qui n'était pas basé sur des hiéroglyphes, mais sur des lettres distinctes associées à des sons distincts, dont découlent les alphabets grecs et romains, aujourd'hui utilisés par plus de la moitié du monde civilisé. Ils étaient aussi de courageux navigateurs. Ils ont atteint les rivages de l'Afrique longtemps avant le Portugais Vasco de Gama, et grâce à leur marine efficace, ils avaient établi des liens commerciaux dans l'ensemble du monde méditerranéen. Ils étaient également passés maîtres dans l'art de polir les métaux et de produire diverses teintures.

Où sont-ils passés ? Ont-ils été détruits, ou se sont-ils mélangés à d'autres peuples ? Certaines nations, non sans raison, disent avoir du sang phénicien. Et peut-être trouve-t-on encore des villes phéniciennes sur certaines îles de la Méditerranée ? Fort heureusement, c'est bien le cas.

Située en Méditerranée, Malte a une superficie totale de 316 kilomètres carrés et une population de 416 000 habitants qui sont les héritiers directs des antiques Phéniciens. Le mot "Malte" lui-même a des origines phéniciennes, signifiant "port", même si bien peu de Maltais le savent. Toutefois, les Arabes et les peuples d'Afrique ont eu une énorme influence sur les Maltais.

Prenant tous ces faits en considération, voici ce que je suggère :

La République de Malte devrait être rebaptisée République de Phénicie, le nom de Malte étant conservé pour l'une des îles ou la capitale.
Nous devrions élever des statues au grand navigateur Hannon, au chef militaire Hannibal et à d'autres Phéniciens de renom dans la capitale.
Si l'on suit ces recommandations, la République de Malte sera alors présentée au monde comme la République de Phénicie, le but étant de développer le tourisme, qui est aujourd'hui l'une des principales sources de revenus du pays.

Mais ce ne sont là que des recommandations, c'est aux habitants de Malte de décider comment ils veulent baptiser leur patrie.

THE TIMES OF MALTA
RUSTAM VAFOEV

1 AOÛT 2013