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dimanche 14 juillet 2013

Le bac est un tabou en France

Neuf can­di­dats sur dix viennent de décro­cher le bac­ca­lau­réat géné­ral avec, pour plus de la moi­tié d'entre eux (56,9%), une men­tion. Le socio­logue et cher­cheur au CNRS Michel Fize dénonce l'hypocrisie ambiante et réclame tou­jours la sup­pres­sion de l'examen.

Le taux de réus­site au bac atteint 86,8% cette année, en hausse de 2,4 points sur un an : faut-il s'en réjouir ?

Non, au contraire. A ce rythme, les 100% de réus­site seront atteints en 2020, sachant que ce taux est déjà atteint par les lycées les plus pres­ti­gieux. Je sous­cris tota­le­ment à l'expression employée par Alain Bentolila : le bac est une « illu­sion démo­cra­tique ». Ainsi, en pre­mière année à l'université, on retrouve des étudiants quasi illet­trés, inca­pables par­fois de res­ti­tuer le sens d'un texte, ce qui explique sûre­ment, pour par­tie, l'hémorragie d'échec en fin de 1ère année. Il fau­drait iden­ti­fier les acquis que cou­ronne le bac, or per­sonne n'en parle ! Quand je vois que cer­tains bache­liers obtiennent plus de 21 sur 20 au bac, ça défie la sta­tis­tique la plus élémen­taire ! Aujourd'hui, le niveau n'a peut-être pas for­te­ment baissé (encore que...) mais le bac n'évalue tou­jours, glo­ba­le­ment, que les capa­ci­tés de mémo­ri­sa­tion du candidat.

Alors que les résul­tats n'ont jamais été aussi bons, com­ment expli­quer que les dis­pa­ri­tés sociales de réus­site au bac se creusent ?

Précisément parce que le sys­tème sco­laire est hyper com­pé­ti­tif et par le jeu des men­tions ! Je suis frappé de voir qu'aujourd'hui les can­di­dats sautent de joie parce qu'ils décrochent une men­tion alors qu'à mon époque nous étions très satis­faits d'obtenir le bac (NDLR : en 1967, seuls 0,3% des bache­liers décro­chaient la men­tion « très bien », contre 2% en 2000 et 10,5% en 2013). Le bac géné­ral est le « bac des riches ». Désormais la men­tion est impé­ra­tive, sinon vous être consi­déré comme un sous-bachelier. Non seule­ment, le bac cou­ronne les inéga­li­tés mais il les aggrave !

Instaurer une part de contrôle continu, est-ce vrai­ment la solution ?

Non et je pense tou­jours qu'il faut sup­pri­mer le bac, en le rem­pla­çant au contraire par un contrôle continu inté­gral qui évalue­rait toutes les apti­tudes des élèves. L'objectif étant qu'il n'y ait aucun échec, grâce à l'usage de péda­go­gies dif­fé­ren­ciées. Si le contrôle continu était bien orga­nisé, il per­met­trait de réduire les dis­pa­ri­tés. Ainsi, pour éviter que les mau­vaises langues ne soup­çonnent les ensei­gnants de noter « à la tête du client » et de gon­fler arti­fi­ciel­le­ment les notes de leurs élèves, je pré­co­nise un « dépay­se­ment » des copies, c'est-à-dire de les faire cor­ri­ger à l'extérieur des établis­se­ments d'origine. Parallèlement, bien entendu, l'entrée à l'université doit res­ter libre.

Si cette solu­tion est la meilleure, pour­quoi le sys­tème reste inchangé ?

Le bac est un tabou en France. Il est censé por­ter toutes les ver­tus huma­nistes et égali­taires. Il est assi­milé à la pro­tec­tion de tous contre l'arbitraire. Mais je pense qu'il sera sup­primé un jour ou l'autre ! On nage en pleine hypo­cri­sie : cette année, on ne parle que des réformes éven­tuelles et des dif­fi­cul­tés de l'examen. Or il n'est pas rai­son­nable de pen­ser réfor­mer un tel mas­to­donte avec 700 000 can­di­dats. Le bac me rap­pelle la fin lamen­table du ser­vice mili­taire. Quand la déci­sion a été prise par Jacques Chirac (en 1996) de le sus­pendre, cela fai­sait belle lurette que le ser­vice natio­nal n'avait plus de sens ! Il y a, dans cette affaire du bac, un pro­blème de cou­rage poli­tique et de paresse intel­lec­tuelle. En Italie, la « Maturità » est, elle aussi, très contes­tée. Et en Allemagne, par exemple, l'Abitur com­prend 70% de contrôle continu... On ne regarde pas ce qui se passe à l'étranger, sinon on se ren­drait compte que le bac n'est pas universel.

Charles Centofanti

12.07.2013

http://www.vousnousils.fr/2013/07/12/michel-fize-le-bac-est-un-tabou-en-france-549511?utm_source=feedly

lundi 24 juin 2013

Quelle réforme pour le bac ?


Chaque année, le bac coûte 1,5 milliards à la France. Que faire pour réduire la facture ?

1,5 milliards de dépenses de par les cours perdus. Voilà ce que le bac coûte, au minimum, chaque année à la France. Le tout pour exclure environ 60 000 lycéens qui le passent sans arriver à l’obtenir. Avançons ici quelques pistes qui permettraient une réforme de l’épreuve du bac général, en vue d’une meilleure efficacité économique et pédagogique.

Le plus simple reste de supprimer l’épreuve. Mais elle n’est pas non plus sans intérêt, surtout si on l’utilise comme filtre pour l’enseignement supérieur.

On pourrait alors envisager un mélange de contrôle continu et d’épreuves terminales, comme cela existe pour le brevet. Les moyennes coefficientées obtenues durant l’année pourraient intervenir à hauteur de 50% dans la note finale. Ensuite, une épreuve resserrée pourrait avoir lieu la dernière semaine de juin. Là aussi, les épreuves pourraient avoir des coefficients, et compter pour 50%.

Il est nécessaire de supprimer les épreuves orales, dans quelque matière que ce soit. Outre leurs coûts exorbitants, ce sont souvent des épreuves de récitation de cours.

En série littéraire, 5 disciplines pourraient être maintenues. Français en Première, philosophie, lettres, anglais et LV2 en Terminale.

En série ES, 5 disciplines là aussi. Toujours le français en Première puis, en Terminale, sciences économiques, histoire géographie, philosophie et mathématiques.

Pour la série scientifique, en plus du français en Première, les élèves pourraient passer des épreuves de mathématiques, physique, biologie et philosophie en Terminale.

On pourra rétorquer que les lycées pourront alors être tentés de gonfler les notes pour avoir de bons résultats au bac. C’est un risque à prendre, mais un risque très faible. D’abord, parce que la quasi-totalité des admissions dans le supérieur se font avant le bac. Or, les lycées n’ont aucun intérêt à tricher sur le niveau réel de leurs élèves. S’ils le font, et qu’ils permettent à des élèves moyens ou faibles d’obtenir une admission dans une filière relevée, ces élèves vont s’effondrer en cours d’année. On saura alors que le lycée gonfle les notes, et les élèves des années suivantes ne seront pas pris. À court terme, c’est donc mauvais.

D’autre part, si les notes sont gonflées, les élèves risquent fort d’avoir de mauvais résultats le jour du bac. Comme les notes des épreuves interviennent à hauteur de 50%, leur résultat final sera faible.

Autre réforme possible du bac, la fusion des bac professionnels et technologiques. Ce sont des séries beaucoup trop méprisées, et finalement méconnues, alors que les élèves qui y sont sont souvent fort méritants. Je maintiens ce que j’ai pu dire précédemment, à savoir que seuls 30% des bacheliers devraient passer le bac en série général (51% actuellement). Non par mépris des autres bacheliers, mais par souci de réalisme. Rester assis 6 à 8 heures par jour à une table à prendre des notes et suivre un cours n’est pas donné à tout le monde. Nombreux sont les lycéens qui préfèrent des études plus vivantes et plus concrètes. Les séries technologiques sont alors faites pour eux. Ce serait une manière de relever le niveau des séries générales, de revaloriser les séries technologiques, et de limiter les cas dramatiques d’échec scolaire. Le nivellement par le bas n’est bon ni pour les très bons élèves, ni pour les plus faibles (ou plutôt les moins conceptuels).

Il y a un immense gâchis de notre jeunesse, et ces jeunes que l’on chasse du système scolaire par manque de courage de réformer et le lycée et le bac, peuvent légitimement en vouloir à ceux qui les dirigent. Aucune réforme ne peut se faire d’un coup, il faut savoir prendre son temps, mais tout de même faire les choses avec sérieux et détermination.

Par Jean-Baptiste Noé.

Publié le 24/06/2013

Sur le web.

Lien raccourci: http://www.contrepoints.org/?p=128903