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mardi 1 octobre 2013

Le numérique en France : les usage(r)s, clé de l'innovation

Selon Claudy Lebreton, président PS du conseil général des Côtes d'Armor, « chaque territoire doit inventer son propre avenir » numérique, en tenant compte des usages et des usagers, jusqu'ici oubliés par le pouvoirs publics. / Reuters











 
Le président des Côtes d'Armor a rendu à Cécile Duflot un rapport sur l'économie numérique dans les territoires, centré sur les usages. Claudy Lebreton propose notamment de nommer un « coach numérique » par bassin de vie pour mutualiser les dispositifs et dynamiser l'innovation.

Ce n'est pas parce que les problèmes sont complexes et les caisses publiques vides qu'il n'existe pas quelques solutions simples, efficaces et peu coûteuses. Ce présupposé à la réflexion nécessite, certes, un peu de lucidité politique et un zeste de bon sens. Ce dont semble avoir fait preuve Claudy Lebreton en concoctant son rapport sur « Les territoires numériques de la France de demain ».

En tout cas, il tranche nettement sur la production pléthorique et souvent absconse sur le sujet. Cécile Duflot, ministre de l'Égalité des territoires, lui avait confié une telle mission car les stratégies publiques et privées lui semblaient de moins en moins susceptibles de résorber la fracture numérique.

Claudy Lebreton est un élu. Il est président (PS) du conseil général des Côtes d'Armor, connaît les problèmes de l'intérieur et sait parfaitement à quel point la conjonction de la technocratie du numérique et d'élus débordés par les questions techniques peut s'avérer contre-productive.

Il se définit lui-même comme un « généraliste du territoire » et il s'est rendu compte à quel point la décentralisation à la française a, de droit ou de fait, abouti depuis longtemps « à une cogestion entre les collectivités et les services déconcentrés de l'État », sur la question du numérique.

Malheureusement, l'alliance n'est pas toujours probante. D'ailleurs, après que l'inspection des finances a passé au lance-flammes les politiques publiques en matière de numérique il y a un an, la Cour des comptes en a rajouté une couche : elle a constaté que l'organisation territoriale de l'État n'a freiné ni « l'accroissement d'inégalités territoriales de plus en plus marquées », ni « une concentration de l'activité économique dans les métropoles ».

Dans le même temps, elle n'a généré que des « mutualisations multiples mais de portée restreinte » et surtout laissé perdurer une « organisation défaillante des systèmes d'information ».

À force de laisser les questions d'infrastructures et de matériel monopoliser les débats, la question des usages a été perdue de vue depuis longtemps par la puissance publique. Or, c'est la seule question qui importe, selon Claudy Lebreton.

Le premier constat du rapport est donc que dans « le champ des services et des usages numériques, de nombreuses expérimentations ont été conduites, mais trop souvent de manière isolée, et sans qu'aient été identifiées les conditions de leur généralisation. Les initiatives des collectivités sont marquées par une très grande hétérogénéité en matière d'expertise numérique et d'ingénierie de projet ».

Les collectivités locales étant aujourd'hui les principales actrices d'un secteur déserté par l'État, faute de moyens, le territoire ressemble assez à un bazar numérique qui constitue, lui, « une véritable menace pour l'égalité des territoires ».

Le deuxième constat, assez rare dans les rapports de la République, est que « chaque territoire doit inventer son propre avenir, en gérant l'ensemble de ses ressources et contraintes (économiques, énergétiques, environnementales, agricoles, financières, démographiques, sociales, etc.), de manière intégrée ».

Claudy Lebreton a fait sienne l'idée que le numérique n'est pas un secteur économique comme les autres : son fonctionnement en réseau, à « l'horizontale », est pratiquement incompatible avec le système d'organisation pyramidale du territoire : « Pour libérer les initiatives - puisque c'est bien de cela qu'il s'agit - il importe notamment de revoir l'ensemble de notre conception de la dé centralisation des pouvoirs, ou encore d'imaginer une optimisation des moyens en croisant les ressources publiques et privées. Ce qui ne laissera évidemment pas à l'écart nos pratiques démocratiques et le rôle des élus. »

Le rapporteur qui, depuis un an et demi, négocie pied à pied en tant que président de l'Assemblée des départements de France, un acte de la décentralisation qui fait pousser des cris d'orfraie à la plupart des élus, bien qu'il ne soit guère révolutionnaire, n'est toutefois pas un enfant de chœur. Il a conscience qu'il vaut mieux ne pas attendre la prochaine hypothétique réforme pour agir. Mieux vaut contourner l'obstacle.

Le coordinateur ? C'est le plus motivé

L'une des certitudes de Claudy Lebreton est ainsi que « l'État, en même temps que les territoires, doit se mettre en capacité d'agir en réseau, de jouer un rôle de "passeur" et de "médiateur" entre les territoires », charge à ces derniers et aux individus de « dessiner ensemble et de développer des projets numériques ». Un État simple, qui ne se mêle pas de ce pour quoi il n'a ni les affinités intellectuelles, ni les finances.

Venant d'un élu socialiste proche depuis longtemps de François Hollande encore plus qu'il le fut de Lionel Jospin, la remarque devrait avoir des chances de porter.

Son souhait est de sortir d'un système où « les politiques territoriales se mobilisent sur les réseaux et se technicisent » et où « la politique de l'État se recentre sur ce qui coûte le moins cher à produire pour exister : les lois et la régulation ».

Donc, un seul mot d'ordre : faire simple et efficace. Et le meilleur moyen, c'est de raisonner dans un autre cadre, d'éviter de rajouter une lasagne au millefeuille territorial. La notion du bassin de vie, développée par la Commission européenne ou l'Insee depuis une dizaine d'années, est certainement la meilleure puisqu'elle regroupe les territoires autour de « paniers » d'équipements et de services indispensables, quelle que soit la commune qui les offre.

Il y a 1 666 « paniers » en France - dont 1 287 sont ruraux - où la fracture numérique est la plus vive et où la population augmente 50 % plus vite que dans les zones urbaines.

Dans chacun de ces bassins de vie, au moins dans ceux qui en ont le plus besoin, on peut nommer un coordinateur territorial à l'innovation et à la culture numérique. Sa mission : mutualiser et gérer les moyens de tous les échelons des collectivités sur son bassin, de la commune à la région. Et on peut lui adjoindre un conseil local du numérique sur le modèle du conseil national totalement indépendant, mais travaillant en réseau avec tous les autres conseils locaux.

La plupart des niveaux de collectivités se battant sur la question de la responsabilité numérique, la proposition réglerait quelques problèmes... Pour l'instant, la seule structure à avoir pensé à ce «coach numérique » du territoire, c'est Orange, l'opérateur historique télécoms : avec (en plus des tuyaux !) sa force de frappe en termes d'effectifs et de produits pour les collectivités, de l'éducation à l'e-santé en passant par la culture et les équipements de la ville intelligente, le groupe de Stéphane Richard se positionne de facto sur ce créneau.

« L'idée du coordinateur dans le bassin de vie est simple, explique Claudy Lebreton. Peu importe d'où il vient, du privé, du public ou de l'associatif. L'important est qu'il se mobilise et qu'il sache laisser germer l'innovation. Le numérique, c'est de la prise de responsabilité et de l'innovation, on ne peut régler les problèmes en quadrillant la France avec des bassins de vie et en mettant un fonctionnaire dans chacun, c'est voué à l'échec. Là, c'est quelqu'un du territoire capable de comprendre que dans son canton rural et dans son canton périurbain, les attentes ne sont pas les mêmes. Le coordinateur, c'est le plus motivé du bassin. Si jamais on ne trouve personne, l'État pourra toujours désigner quelqu'un. »

Pour des conventions entre collectivités

À partir de là se déroule un plan de 22 recommandations : de la convention numérique par bassin de vie entre collectivités pour mutualiser les investissements à la refonte des espaces publics numériques (EPN).

Ces derniers sont les exemples mêmes d'une bonne idée qui n'a pas su évoluer avec la demande : leur champ d'intervention est devenu trop limité (c'est d'eux que devraient germer les FabLabs, mais ils ne sont pas vraiment équipés pour), leur « clientèle » trop limitée et pas assez ouverte sur l'éducation, l'e-learning ou la formation, et ils sont, finalement, peu adaptés au télétravail.

Certaines recommandations sont d'ailleurs réalisables immédiatement, comme la création de « territoires de transition et d'innovation » pour équilibrer la métropolisation galopante de la France. C'est en effet l'avantage de ces propositions : elles ne nécessitent aucun texte de loi. Tout est déjà quelque part dans le droit, il suffit de quelques règlements.

Mieux, juridiquement, l'idée très nouvelle de la convention entre collectivités, ou entre public et privé, est applicable immédiatement et ne nécessite aucun débat. Elle est une pure question de bonne volonté. Un avantage énorme pour Cécile Duflot qui peut s'emparer de tout ou partie des recommandations et les proposer sans passer par la case débat au Parlement. Il est donc possible que les premiers « coachs numériques » des territoires voient rapidement le jour.

Jean-Pierre Gonguet | 01/10/2013, 08:44

lundi 30 septembre 2013

France2025 : pour un Vice-Premier ministre à la prospective !

Pensons par l'autre bout de la raison: si la crise actuelle est une chance à l'horizon 2050, comment l'avouer aux français en 2013 alors qu'ils sont au creux de la vague? Pour notre contributeur Mika Mered, consultant, spécialiste en risques polaires à la Columbia University, c'est précisément parce que personne ne l'ose qu'on pratique l'art de la prospective façon petit bras. Des exercices à dix ans ? Pourtant, toutes les armes sont là pour penser 2017, 2020 ou 2025…


Pour que la France se réinvente, trois axes s'imposent : d'abord, dynamiter la superstructure vieille de la seconde révolution industrielle qui cloisonne les générations comme elle cloisonne encore école, université, recherche et entreprises entre elles. Ensuite, le pays doit rebondir en tant que Nation aux mille héritages, par une proactivité systémique et iconoclaste dans le concert mondial, semblable aux décennies, et pour finir, nous devons redevenir précurseurs : aller chercher la croissance d'aujourd'hui là où elle se trouve vraiment, dans la préparation des enjeux de milieu de siècle.

Concrètement, si la France se doit d'être conquérante pour survivre, elle devra apprendre à développer une culture de la trans-sectorialité en s'inspirant de ses voisins nordiques. Elle devra oublier le mythe social-démocrate pour faire place à ce que les islandais appelle la "méta-modernité" : penser collectivement les métissages créatifs de demain. Elle devra identifier et imaginer de nouveaux secteurs autour des arts, de l'hydrogène, de l'Arctique, des Outre-Mers…

Croire en la destruction créatrice pour investir dans l'économie sociale et solidaire comme dans les polartechs, biotechs, cleantechs et autres nanotechnologies qui seront les objets de la concurrence mondiale de 2030-2050. Autrement dit, elle devra se forcer à bâtir un modèle fondé sur la très haute valeur ajoutée, insufflé par un État-stratège modèle de leadership, de flexibilité, d'innovation et d'efficience.

L'immobilisme pour un déclin assuré
Le gouvernement dit avoir 2017 pour agenda. Le MEDEF propose maintenant un effort collectif pour imaginer la France de 2020. Le Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP) a entériné dans sa synthèse "France 2025" le constat fait depuis plus de 10 ans par Yann Algan et Pierre Cahuc, entre autres : l'immobilisme généralisé est le facteur-source du déclin économique.

Même la Commission "Innovation 2030", présidée par Anne Lauvergeon et installée par le Ministère du Redressement Productif, est un effort insuffisant par nature quand la France se gouverne encore à 38 ministres. En effet, comment penser transsectorialité(s) lorsque la concurrence politique est exacerbée tant entre ministres qu'entre administrations pour budgets et visibilité.

Alors, comment accéder dans ce contexte à la méta-modernité d'obédience nordique quand la multiplication des chapelles ministérielles engendre une incapacité structurelle à identifier, prévoir et donc préparer l'avenir de façon holiste ou à valider les travaux d'une commission indépendante? Peut-on faire revenir le Commissariat Général du Plan et la DATAR qui ont façonné la France d'aujourd'hui ?

Osons nous doter d'un vice-Premier ministre à la prospective !
Considérant que la préparation des enjeux de 2050 transcende les portefeuilles et les échelles géographiques, la sortie de crise réclame un organisateur dépolitisé pour un débat national constant sur les "futuribles" (les futurs possibles). Nicolas Hulot proposait dans son pacte écologique de 2007 un vice-Premier ministre au développement durable. Il faut aller encore plus loin.

Regroupant auprès de lui toutes les cellules de prospective ministérielles existantes, ce Vice-Premier ministre à la prospective recouperait donc la futurologie industrielle, écologique, économique, géographique, sociale et internationale pour identifier les méta-trajectoires de la mondialisation et orienter la France d'aujourd'hui pour conduire l'économie mondiale de demain.

A travers l'expérimentation tant technique que politique, il s'inspirerait de l'assemblée constituante islandaise (Stjórnlagaráð, 2011) et d'Opengov, entre autres, pour répondre à l'appel du renouvellement générationnel et de la féminisation de la recherche. Il enclencherait des processus institutionnalisés de démocratie participative pour bâtir de nouveaux modèles d'intelligence collective.

Constitutionnaliser pour imaginer sans idéaliser

C'est parce que la prospective est une méthode de gouvernance et non un outil temporaire qu'il serait nécessaire de constitutionnaliser cette fonction pour assurer sa pérennité. La nomination du Vice-Premier ministre par le Premier ministre le serait pour la durée de la mandature. Elle pourrait être soumise à validation par le Parlement, sur le modèle des commissaires européens. Puis, le Vice-Premier ministre serait soumis seul, chaque année, à un vote de confiance joint et simultané des 925 parlementaires et des 233 conseillers du CESE sur la base de son rendement orientations/financements/recherche/propositions.

Constitutionnellement désolidarisé du Premier Ministre, le Vice-Premier ministre pourrait donc êtrede facto dépolitisé vis-à-vis des affaires courantes. En cela, il aurait pour mission de corriger les limites du bicéphalisme à la française: dépoussiérer la matrice idéologique par un dialogue d'union nationale conduit hors du temps politique rythmé par l'échéance électorale.

Le gouvernement ne s'y trompe pas: ce n'est qu'en se réinventant par l'avenir que la France pourra rebâtir une culture de l'excellence, vitrine de sa singularité dans la mondialisation. A lui maintenant d'y mettre les moyens comme l'Allemagne, la Corée du Sud, l'Australie et les pays nordiques. Au-delà des efforts vains sur 2017, 2020, 2025 ou 2030, ce n'est qu'en revenant à l'"attitude prospective" de Gaston Berger et Bertrand de Jouvenel que la France pourra exister dans la future guerre de la très haute valeur ajoutée. N'oublions pas que la France ne serait la France sans sa culture du sursaut d'orgueil…

Mika Mered | 30/09/2013, 14:10

Une grande claque pour la vision française de l'entrepreneuriat

J'ai décidé de ne pas commencer avec le blocage aux États-Unis ou en Italie mais avec une lecture que j'ai faite ce weekend et qui m'a profondément perturbé. Le dernier numéro de Fortune est consacré aux 40 success stories américaines de personnes de moins de 40 ans. Et c'est une vraie claque.On comprend en 10 pages le fossé entre l'entrepreneuriat américain et le reste du monde, la France surtout.

40 SHADES OF SUCCESS
et parmi elles, une trentaine de sociétés montées par des jeunes d'une trentaine d'années voire moins, il y a 5 ou 6 ans pas plus, et qui valent déjà de 1 à 10 milliards de dollars. On trouve des noms connus du grand public. Twitter bien sûr, Airbnb, Uber, entre autres et des noms moins connus de sociétés technos qui explosent littéralement.

LA RECETTE DU SUCCÈS
Un écosystème, surtout sur la Côte Ouest, favorable : l'administration, le financement, la prise de risque. Pendant qu'ici on nous empêche de travailler, on fustige la réussite, et on croit que c'est un gouvernement qui peut décréter quels emplois ont un avenir. Tout n'est pas rose aux États-Unis, loin de là. Mais les entreprises américaines technos, déjà leaders avec Google, Amazon, Ebay, Facebook, ont déjà généré une deuxième génération. Je vous invite à lire cet article. Il redonne l'énergie de rêver et d'entreprendre.

REVENONS A NOS MOUTONS
noir d'abord. Berlusconi. Il n'est plus drôle du tout et en plus maintenant il est dangereux. Les ministres de son parti ont quitté le gouvernement ce week end provoquant une crise ouverte. Le président et Letta, le premier ministre, vont tout faire pour éviter le chaos d'une nouvelle élection mais ce n'est pas gagné.

ET AUX ÉTATS-UNIS
toujours la même histoire... Si ce soir il n'y a pas d'accord sur le budget, le gouvernement US ne peut pas payer une partie de ses fonctionnaires. Le marché ne panique pas pour l'instant, pensant que cela se terminera comme à l'habitude, avec un accord à minuit moins une. Mais rien n'est certain car les Républicains du Tea Party veulent aller à l'affrontement.

RAS LE BOL
Le gouvernement a pris, semble-t-il, conscience de l'aberration des interdictions de travail le dimanche et...

par Marc Fiorentino

MonFinancier.com | 30/09/2013, 09:44

dimanche 29 septembre 2013

Pourquoi la structure de l’enseignement de l’ENA n’est pas à la hauteur de la formation des élites

Ce livre-témoignage raconte le quotidien de deux années de scolarité d'une promotion d'apprentis énarques dans ce sanctuaire très fermé qu'est l'ENA. "A l'ENA : y entrer, (s)'en sortir" (2/2).

De retour à Strasbourg à l’issue du stage Europe, les cours commencent vraiment, avec au bout de quelques semaines les premières épreuves de classement. C’est l’occasion de comprendre vraiment le rythme qui sera le nôtre à chacun de nos passages à Strasbourg. Chacune de ces périodes reproduira en effet le même rythme.

Les cours ne commencent qu’à 11 h 15 le lundi matin pour permettre aux élèves de rentrer à Strasbourg après le weekend ; le vendredi, les cours finissent le plus souvent avant 17 heures La journée commence par les langues : LV1 les mardi et mercredi, LV2 les jeudi et vendredi. Ensuite, cours magistraux ou grandes conférences, travaux pratiques et études de cas l’après-midi.

La liste des thèmes abordés est un inventaire à la Prévert. On trouve de tout : apprentissage de la négociation, économie, droit constitutionnel, déontologie, gestion, management public, comptabilité, légistique (c’est-à-dire étude des techniques de rédaction des textes législatifs ou réglementaires), urbanisme, etc. Le sport n’est pas oublié, il est même obligatoire : une salle de musculation est d’ailleurs en accès libre pour les élèves pour lesquels les créneaux de sport prévus ne suffiraient pas. Rien, en revanche, dans le domaine de la musique, à la différence de la plupart des autres grandes écoles, où l’on trouve toujours au moins un piano en accès libre : qu’on se le dise, l’école de l’État, c’est du sérieux ; on veut des athlètes, pas des esthètes.

L’ensemble des matières ainsi couvertes est organisé, de façon plus ou moins logique, dans l’ordre des trois modules – Europe, Territoires, Gestion et management public – auxquels les stages sont eux-mêmes rattachés. Un observateur extérieur en déduirait que les deux années de scolarité sont amplement mises à profit, avec l’idée que les apprentis énarques, recrutés pour leur tête bien faite, pourront sortir avec une tête bien pleine.

La réalité est plus cruelle. Jean-Pierre Chevènement avait décrit naguère sa vision de l’enseignement à l’ENA : « L’ENA, c’est un concours à l’entrée, et un concours à la sortie : entre les deux, rien. »

On pourrait nuancer ce jugement lapidaire ; il n’est pas certain qu’il faille le remettre en cause sur le fond : peu de chose a sans doute changé depuis la promotion Stendhal (1965) qu’a connue le Lion de Belfort. Une chose frappe d’abord : l’ENA, étant une école d’application, ne dispose d’aucun corps professoral attaché ; les enseignements sont intégralement dispensés par des intervenants (hauts fonctionnaires, préfets, professionnels, etc.) que l’École fait venir à grands frais à Strasbourg pour des séances de quelques heures. Les seuls enseignants plus ou moins permanents sont les professeurs de langues : encore sont-ils payés à l’heure, et révocables du jour au lendemain dès qu’un groupe d’élèves soulève la question de leur compétence. Pour le reste, nous ne voyons passer que des étoiles filantes. La conséquence logique est que l’enseignement est très inégal, du plus technique au plus fumeux. Du conférencier qui sera trop heureux de pouvoir afficher sur son CV qu’il a donné des cours à l’ENA, au préfet en préretraite qui se fait plaisir en venant parler de lui, de l’ancien ministre dont l’École est trop heureuse de pouvoir capter quelques heures, au jeune énarque sorti il y a moins de 5 ans dans les grands corps ou à Bercy, l’ENA s’avère vraiment être, quoiqu’en disent tous ses détracteurs, l’école de la diversité : au moins pour ce qui est des intervenants.

L’assiduité aux cours étant scrupuleusement surveillée, les élèves, quant à eux, subissent avec résignation ce défilé de techniciens, grands patrons, politiques, juristes et autres experts. La cohérence qui rassemble les éléments épars de cet enseignement kaléidoscopique étant de fait rien moins que lisible, le pli est vite pris : chacun vient aux conférences et autres TD avec son ordinateur portable et une confiance sans cesse grandissante dans le réseau Wi-Fi de l’École ; de la sorte, passé les 15 premières minutes de cours, les arbitrages sont vite faits : si le cours est intéressant et valorisable – cela peut arriver –, il sera pris en notes ; sinon, on s’autorisera un surf discret entre sites d’information en ligne et réponses aux e-mails personnels, tout en surveillant d’une oreille distraite qu’il n’y a pas quelque chose, quand même, à capter.

Ce léger papillonnage n’échappe évidemment pas aux autorités de l’École. Il n’est pas certain qu’elles s’en offusquent : après tout, ne sommes-nous pas de futurs énarques, des généralistes voués à être des touche-à-tout, et censément capables de mener plusieurs tâches de front ? La structure même de l’enseignement dispensé reflète cet objectif : c’est comme un restaurant où l’on nous servirait un assortiment de desserts ; de prime abord, tout a l’air plus ou moins appétissant, et puis il n’y a jamais que de petits morceaux ; attention cependant à ne pas trop se resservir, au risque de tomber malade. Et il faut dire aussi qu’après une année de ce régime, on se lasse.

Hormis quelques rencontres marquantes, rien de bien profond, donc ; juste ce qu’il faut pour que l’École puisse s’assurer de ce que, à l’avenir, nous pourrons tous dire, pour parodier Térence : Enarcus sum, et nihil administra-tivi a me alienum puto (je suis énarque, et rien d’administratif ne m’est étranger)..

Certains jours, cependant, ce doux badinage cesse : lorsque l’intervenant est d’un certain niveau et qu’une ambiance trop dissipée serait dommageable, la conférence est programmée en amphi Michel Debré : là, plus personne ne rit, car qui dit amphi Michel Debré dit : pas de réseau Wi-Fi – la salle est en sous-sol ; impossible de passer le temps en surfant sur Internet ; il faudra écouter – ou du moins faire semblant.

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"A l'ENA : y entrer, (s)'en sortir" (Armand Collin)




Saint-Preux
Saint-Preux est haut-fonctionnaire. Il est issu de la promotion Jean-Jacques Rousseau de l'ENA.

Publié le 29 septembre 2013

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samedi 28 septembre 2013

La France réfléchit à remplacer les combattants par des robots




Le ministère de la Défense réfléchit à un futur robot polyvalent pour l’armée de terre. Ce nouvel assistant robotisé sera utilisé dans les missions les plus dangereuses, et permettra de diminuer les risques de pertes humaines.

La DGA travaille depuis des années sur le terrain de la robotique. L’exosquelette HERCULE ou le robot terrestre MINIROGEN en sont des exemples.

Les robots s’immiscent partout, et même dans les armées. L’armée américaine investit énormément dans la recherche de nouveaux systèmes terrestres, aériens et dans les tenues de combat. La France est consciente de son retard en la matière et sait que le champ de bataille du futur sera peuplé de robots.




Après l’exosquelette, le robot mobile de reconnaissance et les drones, le ministère de la Défense se pose la question d’un concept de robot à tout faire pour l’armée de terre, qui permettrait de préserver la vie des soldats dans les situations les plus hostiles. Ce futur système remplira les missions de surveillance, de reconnaissance et de renseignement de manière autonome sur des zones de de plusieurs dizaines de km².

La DGA souhaite être tenue au courant des avancées technologiques afin d’être prête au moment de lancer ce programme. Elle a donc sollicité les industriels sur un programme de robot terrestre polyvalent (RTP) afin d’évaluer la faisabilité du ou des projets sur un plan technique et financier.
  • Avec cette démarche, la DGA souhaite acquérir « une meilleure connaissance des solutions techniques mises en œuvre dans le domaine de la robotique terrestre, en particulier en ce qui concerne les technologies et architectures existantes pour les plates-formes robotiques capables de réaliser des missions opérationnelles variées.
  • La robotique doit faciliter le travail du combattant, lui éviter du stress supplémentaire et des efforts additionnels inutiles et dangereux sur le champ de bataille, explique un expert.

Remplacer le combattant par un robot

Le RTP aura un triple champ d’action :
  • Eviter l’exposition du soldat aux dangers au maximum
  • Assister les troupes en cas de besoin, comme le robot mulet LS3 de la DARPA
  • Réaliser des tâches pénibles ou répétitives pour les humains



Il ressemblera plus au NERVA LG de Nexter qu’au soldat humanoïde ATLAS de la Darpa.

Le RTP aura une autre utilité : il va servir à évaluer l’intérêt de la robotique pour d’autres missions telles que la cartographie, l’ouverture d’itinéraires et l’illumination de cible ou encore la destruction d’explosifs.

Pour espérer voir un jour le RTP sur les théâtres d’opération, le robot devra convaincre sur bien des aspects : son autonomie d’abord, devra être suffisante ; une mise en œuvre aisée au sein des systèmes existants ; multi-mission ; être mobile ; offrir des architectures mécanique et logicielle ouvertes, modulaires et évolutives.



De l’ordre de la tonne, moins si possible (500 kg), le robot sera piloté à distance par deux hommes à partir d’un poste de contrôle commande.

Ce projet français très ambitieux arrive au moment où les robots et les drones sont en train de changer la donne. Une étude américaine s’est intéressée aux sentiments que développent les soldats au contact quotidien avec un robot assistant. Une fois en service, nul doute que les soldats français s’attacheront au RTP très rapidement !

Source

Par Humanoides.fr, le 28 septembre 2013

mardi 24 septembre 2013

Réforme de la formation : la concertation démarre

Comme prévu, patronat et syndicats ont tenu, mardi 24 septembre, leur première séance de négociation interprofessionnelle sur la nouvelle réforme de la formation professionnelle. Le gouvernement, qui compte présenter un projet de loi début 2014, les presse de parvenir à un accord avant la fin de l'année. Mais cette première réunion, qui a duré moins d'une demi-heure, a surtout permis aux partenaires sociaux d'arrêter un calendrier. Ils se retrouveront toutes les deux semaines, à compter du 10 octobre, pour entrer dans le vif du sujet.

Dans sa feuille de route transmise début juillet, le gouvernement a assigné une priorité aux partenaires sociaux (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, FO, CGPME, Medef, UPA) : améliorer l'accès à la formation de ceux qui en ont le plus besoin avec, en filigrane, la lancinante question des chômeurs. Ce qui était déjà des deux précédentes réformes de 2004 et de celle de 2009 ayant créé le fonds paritaire de sécurisation des parcours professionnels (FPSPP)… Car avec ses 31,5 milliards d'euros, le système de formation inventé il y a quarante ans en période de plein emploi, laisse de côté les chômeurs. Et les récents ajustements n'y ont rien changé. Selon les données du ministère du Travail (Dares), en 2011, seulement 566.000 demandeurs d'emploi ont suivi une formation. 12,5% des financements leur ont été consacrés… 

Cette situation, cumulée avec un nombre très important d'emplois vacants, a déjà conduit le gouvernement à lancer un plan d'urgence sur la formation de 30.000 chômeurs avant la fin de l'année.

Les partenaires sociaux pourront puiser dans le rapport de l'Igas (Inspection générale des affaires sociales) publié le 20 septembre. Les inspecteurs pointent notamment les "difficultés à faire remonter et à anticiper territorialement les besoins à venir des entreprises" ; l'absence de vision nationale des besoins de niche ; l'abandon plus fréquent des formations dont la prescription a été imposée au demandeur d'emploi…". Parmi trente propositions, ils suggèrent de systématiser les évaluations des formations au niveau régional pour s'assurer de leur qualité. Concernant le financement, alors que les régions couvrent la majorité des frais de formation des chômeurs, le rapport propose d'"aller au bout de la logique proposée par le projet de loi de décentralisation" en regroupant les achats collectifs de formation des chômeurs qui sont sous leur responsabilité. Il préconise aussi d'"intégrer dans la commande publique des régions les appels à projet du FPSPP pour aboutir à une procédure d'achats unifiée (régions, Pôle emploi, FPSPP)".

Plus généralement, la réforme envisagée par le gouvernement vise à sécuriser les parcours professionnels. Les partenaires sociaux devront assurer la mise en œuvre opérationnel du compte épargne formation créé par la loi du 14 juin 2013 relative à la sécurisation de l'emploi, mais aussi à favoriser l'accès à la formation des salariés de TPE et PME.

M.T. avec agences

Publié le mardi 24 septembre 2013

dimanche 22 septembre 2013

La France, Etat éducateur, Etat formateu

En préparant mon intervention à la prochaines Journée nationale du Refus de l’Échec Scolaire(JRES) organisée par l’Afev, en partenariat avec le cabinet d’études Trajectoires-Reflex et plus de trente organisations , le 25 septembre, j’ai bien sûr abordé le thème de l’état formateur. En France l’état est garant de la formation professionnelle, en très grande partie au travers des diplômes, mais aussi des modalités de formations. On rappellera quelques étapes pour la partie formation initiale.

Etat éducateur

Claude Lelièvre, sur son blog d’Educpros il y a quelques jours avait rappelé l’émergence en France en 1763 de la notion d’état éducateur avec le texte de Louis-René de Caradeuc de La Chalotais. « Dans son « Essai d’éducation nationale » (le titre est significatif) La Chalotais veut une « éducation nationale » parce que « toute nation a un droit inaliénable et imprescriptible d’instruire ses membres ; parce que les enfants de l’Etat doivent être élevés par des membres de l’Etat ». ». Cette notion se diffuse en Europe lors de la construction des états modernes (Les stratégies de l’État éducateur, Etudes de cas et problématiques par Natalie Petiteau).

Mais des transformations de cette notion apparaissent. Yves DUTERCQ (2006) dans « Que reste-t-il de l’État-éducateur ? » écrit : « Le problème est que la nouvelle régulation qui domine actuellement en France les politiques éducatives est en fait à l’articulation de deux dimensions : d’une part, une dimension supranationale représentée par l’Europe, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dont le cadre réglementaire s’imposerait à la réglementation nationale française au point d’interdire à l’État d’imposer sa vision des choses, soit une véritable ambition politique ; d’autre part, une dimension infranationale revigorée par le processus décentralisateur et qui là encore retirerait à la puissance centrale la capacité de produire une politique nationale. ».

Si ce rôle de l’Etat est amoindri par cette tenaille, il faut relever avec une modification concernant l’objectif. Robert BALLION, Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS) avait déjà écrit dans « Les conduites déviantes des lycéens et l’éducation à la citoyenneté », Ville École Intégration n° 118 – septembre 1999 : « En 1975, le ministère Haby supprime l’éducation civique à l’école, enseignement qui était tombé en fait en désuétude depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La société d’alors, qui s’apprête à entrer dans les Trente Glorieuses, n’a plus besoin de mettre en avant la fonction d’intégration nationale, qui cède le pas à celle d’insertion économique. Avec les réformes Berthoin, Fouchet, on passe de la logique politico-culturelle de l’État éducateur à la logique économique de l’État formateur, développeur. La république, la démocratie ne sont plus contestées, le système économique adresse au système éducatif une forte demande en formation et, dans cette société de croissance, c’est par le biais de l’économique, en étant producteur et consommateur, que l’individu s’intègre à la société. »

La Charte de la Laîcité est l’une des manifestations spécifique à cette notion d’état éducateur encore vivant pourtant.

Etat formateur

En France, l’expression « formation professionnelle » est le plus souvent interprétée comme étant la formation continue ou la formation des adultes… La Revue internationale d’éducation Sèvres a publié un numéro intitulé : La formation professionnelle initiale : une question de société, n° 34, décembre 2003.

Je vous propose quelques extraits de l’article de Vincent Troger : Une exception française La scolarisation de la formation professionnelle initiale.

« Dans beaucoup d’autres pays d’Europe, il existe des établissements équivalents à nos lycées professionnels ou technologiques mais dans aucun d’entre eux ces établissements n’assument une part aussi déterminante de la formation professionnelle initiale. Il convient donc de s’interroger sur cette particularité française. »

J’avais indiqué que la suppression des corporations en France a provoqué une rupture dans l’organisation de la formation(voir mon post « Apprentissage : le contexte historique français »). Au début du XXème siècle l’état a tenté de relancer l’apprentissage. Mais suite à l’échec de la loi Astier du côté des grandes entreprises qui ne relèvent pas le défi de la formation professionnelle par l’apprentissage, l’état dit réagir et prendre un autre chemin. « Cette réticence de la majorité des entreprises à participer à l’effort de formation explique le développement de l’enseignement professionnel. En effet, d’abord dans la France occupée et dirigée par le gouvernement de Vichy, puis après la Libération, un certain nombre d’initiatives vont occuper un terrain laissé en quelque sorte en friche par l’échec des efforts antérieurs en faveur d’une prise en charge collective de l’effort de formation par les entreprises. »

Bernard Porcher dans « La formation professionnelle initiale du second degré » précise : « Le régime de Vichy entend renforcer les pouvoirs de l’État (monopole sur l’organisation des examens et la délivrance des diplômes) et revaloriser le travail manuel. Il crée un enseignement professionnel de masse, organisé par l’État, distinct de l’enseignement technique et complètement intégré à l’appareil scolaire. Ces deux types d’enseignement se séparent progressivement. Ainsi, les centres de formation professionnelle, créés en 1939, deviennent centres d’apprentissage en 1944, collèges d’enseignement technique en 1960 (réforme Berthoin), lycées d’enseignement professionnel en 1976 puis lycées professionnels (LP) en 1985. Quant aux écoles pratiques de commerce et d’industrie, créées en 1892, elles sont transformées en collèges techniques en 1941, en lycées techniques en 1960 (réforme Berthoin), puis en lycées technologiques en 1985. »

Ainsi une forme de monopôle de la formation professionnelle initiale s’est installée dans cette période, et Vincent Troger fait le constat suivant : « De ce fait l’enseignement professionnel n’accueille plus que les élèves ayant terminé la scolarité obligatoire au collège en situation d’échec, et les filières technologiques accueillent les élèves qui, en fin de seconde, ont un niveau insuffisant pour poursuivre en enseignement général littéraire, scientifique ou économique. Le sociologue Pierre Bourdieu a désigné les élèves de l’enseignement technologique comme les « exclus de l’intérieur » du système éducatif. »

Ebauche d’un rappel des séquences historiques

L’état s’occupe du haut : les principales grandes écoles sont créées fin XVIII par l’ancien ancien régime puis à révolution, Les Ponts-et chaussées, Polytechnique, les Mines (le réseau permettant les transports, les techniques pour l’armée, et la recherche de la première énergie industrielle : le charbon).

Dans cette même période les formations de bases des artisans sont mises en péril avec la suppression des corporations.

Mais l’industrialisation se développant, quelques nouveaux acteurs apparaissent : industriels et municipalités qui mettent en place un enseignement technique pour les cadres intermédiaires dirait-on aujourd’hui.

L’état se préoccupe enfin de la formation des ouvriers avec le Cap et l’apprentissage en 1919.

Mais « frilosité » du monde industriel rend nécessaire une scolarisation de ce niveau sous Vichy, puis ce sera l’intégration de ces établissements dans le système scolaire par les CET puis les LP.

Au retour de la guerre mondiale la nationalisation du « technique » crée les lycées techniques.

Dans les années 60-70 création des formations supérieures, BTS dans les lycées puis les DUT dans les Université. Si les BTS furent très bien accueillis dans le secondaire (permettant de l’étendre dans le supérieur), la création des IUT et du diplôme DUT furent très controversés au sein des Universités. Ainsi lors de la création du premier IUT à Angers, les enseignants qui acceptèrent de venir faire cours aux étudiants furent les enseignants de l’Institut catholique d’Angers…

Les formations professionnelles dans le supérieurs s’étant démultipliées hors de l’Université, celle-ci a finalement réagit en créant également des formations professionnelles (DESS puis Master et enfin licence professionnelle).

Deux ressources pour élargir ces propos :

parBernard Desclaux(son site)
samedi 21 septembre 2013
Initialement publié sur mon blog EducPros

http://www.educavox.fr/actualite/reportage/article/la-france-etat-educateur-etat

jeudi 19 septembre 2013

La France renforce son réseau d’autoroutes ferroviaires

Les autoroutes ferroviaires en France (carte ministère français de l'écologie, 
du développement durable et de l'énergie)

FRANCE. Le ministre français des Transports Frédéric Cuvillier a annoncé mercredi 18 septembre 2013 la création de deux nouvelles autoroutes ferroviaires. La première qui reliera la Côte d’Opale (Calais) à la Côte Vermeille (Le Boulou) devrait démarrer début 2015.

Le trafic prévisionnel annuel est estimé, dans un premier temps, à deux trains par jour, soit 37 000 semi-remorques transportés. L’objectif étant d’atteindre à terme plus de 55 000 semi-remorques par an en s’appuyant sur les nouvelles capacités offertes par le projet de doublement du port « Calais port 2015 ».

La seconde reliera le terminal à Dourges à Lille (Pas-de-Calais) à Bayonne (terminal à Tarnos dans les Landes). Elle sera mise en service au début de 2016, pour un investissement de 400 M€. La construction des rames est confiée à l’entreprise Lohr S.A. Ces deux services complèteront le réseau actuel qui ne comprend que l’Autoroute ferroviaire alpine (AFA) entre Aiton et Orbassano, en Italie, et le service reliant Bettembourg (Luxembourg) au Boulou.

Nathalie Bureau du Colombier

Jeudi 19 Septembre 2013

http://www.econostrum.info/La-France-renforce-son-reseau-d-autoroutes-ferroviaires_a15937.html

mercredi 18 septembre 2013

Sur le plateau de Saclay, l’ambition de bâtir une "Silicon Valley" à la française


Devenir Harvard, la Silicon Valley et la Sorbonne réunies... Le projet de l’université de Paris-Saclay (UPS), qui ouvrira officiellement ses portes en 2014, est l’exemple le plus emblématique et le plus ambitieux de la stratégie universitaire française.

Lancé en 2008, il consiste à regrouper, sur le plateau de Saclay, à 20 kilomètres au sud de Paris, des grandes écoles, une université, des organismes de recherches et des entreprises. Le club réunit la crème de la crème : Polytechnique, HEC, l’université Paris-Sud, le CEA, le CNRS...

"Pendant les "trente glorieuses", explique Dominique Vernay, président de la Fondation de coopération scientifique, qui pilote le projet, l’économie française était dans une phase de rattrapage, comme la Chine aujourd’hui vis-à-vis de l’Occident. Nous bénéficiions alors des avancées scientifiques américaines." L’époque a changé, assure M. Vernay : "Nous sommes sur un pied d’égalité, et donc en compétition dans le cadre de l’économie de la connaissance. Celui qui est le plus avancé scientifiquement, qui sait exploiter le plus rapidement le résultat de la science, est celui qui obtient le meilleur impact socio-économique. Nous voulons être leader, pas suiveur."

De Harvard, Paris-Saclay retient l’idée de créer une université pluridisciplinaire particulièrement exigeante. L’UPS sera constituée de neuf collèges ("droit et sciences politiques", "sciences fondamentales", "économie et sciences sociales", "biologie, médecine, pharmacie", etc.).

L’objectif à dix ans est de figurer parmi les dix premiers mondiaux. Certes, regrouper des établissements aussi anciens et prestigieux n’est pas allé de soi, loin s’en faut. D’ailleurs, les résistances perdurent. Mais, à terme, tous les masters et les écoles doctorales seront bel et bien pilotés par l’UPS.

RECHERCHER L’EXCELLENCE

Silicon Valley ? L’un des objectifs de Paris-Saclay étant que les avancées scientifiques irriguent immédiatement l’innovation technologique et le développement économique, tout sera mis en oeuvre pour faire travailler ensemble les chercheurs de différentes disciplines et les entreprises. Autour de questions précises. "Aujourd’hui, précise M. Vernay, la plupart des grandes questions sociétales font intervenir plusieurs disciplines. Qu’il s’agisse, entre autres exemples, d’accompagner au mieux le vieillissement de la population ou de développer une agriculture respectueuse de l’environnement. Ce n’est pas une découverte en mathématiques qui permettra de régler ces problèmes, mais le fait d’agglomérer un grand nombre de compétences."

La Sorbonne, enfin. Le projet cherche une voie moyenne entre élitisme et élévation des masses. Le pari est de rechercher l’excellence, mais il est aussi, assurent les promoteurs du projet, de tirer tout le monde vers le haut.

De fait, l’UPS comptera des établissements à effectif réduit trié sur le volet (comme Polytechnique), mais également des universités accueillant un grand nombre d’étudiants : Paris-Sud, Evry-Val d’Essonne et Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines.

A terme, l’UPS devrait regrouper 70 000 étudiants, quand Harvard n’en compte que 20 000... Bref, ce n’est pas une navette que la France veut propulser vers les étoiles, mais un supertanker.

Benoît Floc’h, Le Monde, 12 septembre 2013

vendredi 13 septembre 2013, par PCS (Puissante Cellule Site !)

http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article6269

dimanche 8 septembre 2013

L’enseignement supérieur en France, le plus conservateur d’Europe

Ce n’est pas la joie dans les universités françaises.-19PATRICK HERTZOG/AFP-

DECRYPTAGE - Un chercheur a passé trois systèmes d’enseignement supérieur à la loupe et c’est éloquent ! En Suède, les étudiants composent eux-mêmes leur cursus tandis que les Anglais évaluent le mérite des élèves au cas par cas. En France, l’obsession du diplôme prédomine.

Sur un campus suédois, l’étudiant français serait largué. Il devrait choisir lui-même ses matières pour composer un cursus hétérogène, pouvant mêler physique et littérature. Tremblant d’avoir une responsabilité dans des choix si cruciaux, il s’étonnerait en plus que ses camarades aient 28 ans et ne vivent plus au crochet de leurs parents depuis leur bac. Car d’un pays à l’autre, les modèles d’éducation varient en fonction des représentations sociales et de politiques réglées sur des logiques bien différentes. Nicolas Charles, sociologue au Centre Emile Durkheim (Université Bordeaux Segalen), a comparé à la loupe les systèmes d’enseignement supérieur de la Suède, la France et l’Angleterre dans sa thèse .À chaque étape majeure de la vie d’un étudiant, ils témoignent de conceptions opposées. Et face à ses voisins, le système français s’avère le plus rigide.

Evaluer la méritocratie selon les notes ou le contexte familial?

A chacun sa conception de la méritocratie. En France, elle ne se définit qu’à travers les résultats scolaires: la moyenne générale reste l’unique prisme de sélection. Vos notes du bac et votre mention vous enverront en IUT ou prépa, et celles de prépa dans les meilleures grandes écoles.Parce que la société considère que l’enseignement secondaire républicain offre à chaque jeune le même socle et les mêmes outils de savoir, c’est là le seul moyen objectif de distinguer la «valeur» de l’élève. Comme si l’école avait éradiqué tout déterminisme social .«Lors des concours, tout le monde passe la même épreuve au même moment. Avec l’idée que si l’égalité parfaite règne entre eux, alors que le meilleur gagne!», développe Nicolas Charles.

En Suède, on sait qu’aucune mesure de la méritocratie parfaite n’existe. Les universités se fient alors à deux systèmes d’évaluation complémentaires: la moyenne générale au bac et un test d’aptitude national. Surtout destiné à favoriser les élèves «non-scolaires» mais pourtant très capables, ce dernier comporte des tests psycho-techniques, un test d’anglais, de connaissances et de vocabulaire. «On peut avoir quelqu’un qui n’a jamais réussi à l’école mais qui peut reprendre ses études grâce au test. Souvent, il y a une grande différence entre les résultats de ce test et les notes scolaires», explique Nicolas Charles.

En Angleterre, c’est la politique du cas par cas. Chaque dossier de candidat est passé au peigne fin pour rendre compte du mérite de l’élève. Les bulletins scolaires sont regardés à la lumière du contexte social dans lequel a grandi l’élève: famille, nombre de frères et soeurs, origines ethnique et territoriale. «Les Anglais prennent vraiment en compte l’idée de potentiel», note Nicolas Charles. Ainsi, un élève de milieu défavorisé qui aura 11/20 de moyenne en terminale aura de meilleures chances d’être admis dans une bonne université qu’un enfant de famille bourgeoise avec un 12/20 de moyenne.

Composer son cursus comme un menu

Une fois étudiants, les Français n’ont qu’à choisir un cursus déjà pensé pour eux, en adéquation avec les attentes des professionnels. «On s’appuie surtout sur les compétences professionnelles pour se former à un métier, avec une spécialité. L’important, c’est d’aller dans la filière qui compte, tout de suite après le bac, sans retard ni reprise future. Impossible de s’arrêter en route, on aurait trop peur de ne jamais avoir le courage de reprendre. C’est presque de l’auto-censure», commente Nicolas Charles.

« Après 13 ans au collège et au lycée, les Suédois se disent qu’ils peuvent faire autre chose qu’étudier tout de suite après leur bac ». Nicolas Charles, chercheur en sociologie.

Plus flexibles, les deux pays voisins ne font pas un drame d’une réorientation ou d’une année sabbatique, appelée «Gap Year ».«À 18 ans, les étudiants suédois sont empreints de la “skoltrött ”, la lassitude de l’école. L’idée est qu’après 13 ans de scolarité, ils peuvent faire autre chose. Certains s’arrêtent un an, d’autres trois, puis reprennent le cours de leurs études ensuite». La scolarité ne se fait pas en continu: les Suédois articulent sur six ans environ leurs activités personnelles et professionnelles, entre semestres d’études, voyages et emplois divers .Ils composent leur cursus comme un collier de perles très différentes, en enfilant des semestres des matières de leur choix, les uns après les autres. Tandis qu’en France, il faut respecter un cursus cohérent dans une même matière, chaque semestre validé est un acquis définitif. L’étudiant suédois peut obtenir sa licence avec un semestre de physique, deux d’histoire et trois de sociologie. Il devra juste choisir 3 semestres d’une même matière pour définir sa spécialité.

L’Angleterre est entre deux eaux. Certains parcours sont déjà pré-établis et d’autres proposent des cursus bi-disciplinaires dont l’étudiant choisira librement les deux composantes. En France, ces parcours hybrides existent, timidement, mais avec des couples de matières déjà conçus par l’université.

En France, l’étudiant est au crochet de sa famille

D’un pays à l’autre, l’étudiant n’a pas la même autonomie financière. Les Suédois jouissent d’une scolarité gratuite. Ils disposent de 200 euros par mois de subvention de l’Etat pour 12 semestres d’études, soit six ans, valables jusqu’à leurs 54 ans! Ils peuvent également contracter un prêt étudiant d’environ 500 euros par mois à faible taux d’intérêt, remboursable jusqu’à leurs 45 ans! Un prêt qu’ils remboursent au fur et à mesure des petits boulots qu’ils effectuent lors de leurs pauses académiques. «Pour les Suédois, l’étudiant est un individu autonome. Sa famille n’a pas forcément l’obligation de le soutenir, contrairement à la conception des pays du Sud de l’Europe», explique Nicolas Charles. La France ne lâche pas son système familiariste: les bourses sont calculées sur les revenus des parents et le reste des aides comme les APL restent faibles. Après 28 ans, impossible de toucher des aides pour ses études.

En Angleterre, les étudiants font face à un coût de la vie étudiante très élevé en faisant appel au système de prêt public étudiant, qui encourage toutes les catégories sociales à se ruer à l’université. Pour cela, le futur diplômé ne doit rembourser son prêt seulement s’il gagne plus de 20.000 euros par an. Et s’il reste dans une situation précaire, au bout de 25 ans, il n’a plus à rembourser sa dette... les contribuables s’en chargeront!

Le diplôme comme seule valeur face au recruteur français

Formation et insertion professionnelle étant étroitement imbriquées, là encore les approches divergent. Face au recruteur français, l’originalité ne paie pas. «La France garde un système assez conservateur, avec des voies fixées à respecter. Le recruteur va regarder quelle école a fait le candidat, sa spécialité, ses stages et voilà», illustre le chercheur en sociologie. Alors que le Français n’a rien d’autre à valoriser que son diplôme, le Suédois et l’Anglais vont aussi mettre leurs expériences non-scolaires sur la table du recruteur, disposé aux compétences transversales. «En Angleterre, on demandera la mention de la licence puis on va s’intéresser aux autres activités extra-scolaires qu’a fait le jeune. En Suède, on va aussi vendre sa gap year, ses petits boulots, son activité associative... Car on est perçu comme un individu et non un “diplômé”».

lundi 26 août 2013

État de l'emploi scientifique en France

La population de l’emploi scientifique du secteur public a augmenté de 11,6 % depuis l’année 2000 et représente plus de 160 000 équivalents temps plein en 2010, selon le rapport 2013 du ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Les effectifs comptent 50 % de chercheurs, 12 % de doctorants rémunérés par un établissement public et 38 % de personnels de soutien.

lundi 19 août 2013

Comment une France "plus vieille, plus petite et moins riche" peut conquérir le monde

Quelle France en 2025? C'est la question que s'est posé le Commissariat général à la stratégie et à la prospective pour le séminaire gouvernemental de rentrée. Les points forts de son analyse.


Stratégie économique. La France doit se spécialiser dans ce qu'elle fait déjà le mieux: son art de vivre.
REUTERS


Le Commissariat général à la stratégie et à la prospective, dirigé par Jean-Pisani Ferry, contribuait au séminaire gouvernemental sur "la France en 2025", coup d'envoi de la rentrée politique. Contrairement à certains ministres, les spécialistes de la prospective ne peignent pas l'avenir en rose. Pour eux, dans dix ans, "la France sera à coup sûr plus vieille, plus petite, moins riche. Mais il nous reste un peu d'espoir. Retour sur les axes forts d'un texte dont l'optimisme bien tempéré a dû inspirer les services de Pierre Moscovici au ministère des Finances.

Oui, la France est en déclin

Cela ne se voit peut-être pas à l'oeil nu, mais les pays émergents s'enrichissent, ainsi que leurs habitants. Leur part dans le PIB mondial était de 36% en 1993, elle dépasse 50% en 2013. 40% de la population mondiale vivait sous le seuil de pauvreté en 1993, cette proportion s'est réduite à 20%. Les producteurs deviennent de plus en plus des consommateurs. Dans le même temps, le PIB des pays avancés a eu tendance à se contracter, et leurs dettes publiques les ont fragilisés.

Ce basculement économique s'accompagne d'un basculement culturel. Le nombre d'étudiants a doublé dans les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), et les publications scientifiques s'y font aussi de plus en plus nombreuses. "Il y a vingt ans, la dette était au Sud et le savoir au Nord. Aujourd'hui, la dette est au Nord et le savoir au Sud".

Mais non, tout n'est pas perdu

Cette irrésistible croissance d'une classe moyenne mondiale est une chance pour la France, car nos concurrents peuvent devenir nos clients, estime la contribution du Commissariat à la prospective. Il s'agit de deux milliards de nouveaux consommateurs qui offrent "de grandes possibilités" car, contrairement à l'Allemagne, nous ne sommes spécialisés dans les biens d'équipement, et nos produits sont mondialement perçus comme synonymes d'un certain art de vivre. Un argument repris par les services de Pierre Moscovici, qui ont aussi estimé que la diversité de l'industrie française serait un avantage par rapport à l'Allemagne dans les années qui viennent.

"Plus petite, plus riche et plus vieille", la France sera aussi mieux formée, grâce à l'allongement de la durée de scolarisation, dont Jean-Pierre Chevènement avait donné le coup d'envoi en 1985 en donnant l'objectif de 80% d'une classe d'âge au niveau du bac. Alors que, rappelle le Commissariat à la statégie, la proportion était alors de 30%.

La France peut aussi paradoxalement profiter, dans les dix années qui viennent, de son retard dans les nouvelles technologies. Des gains de productivité sont encore à attendre, alors que les Etats-Unis arrivent à maturité. Malgré tout, le Commissariat ne prévoit dans les cinq prochaines années qu'une croissance faible, de l'ordre de 1,5%.

Capitalisant sur ses points forts, compétitive grâce à la réforme de son marché du travail, la France pourrait ainsi tirer son épingle du jeu de la mondialisation et même, pourquoi pas, retrouver le chemin du plein emploi. Ce faisant, il faudra surtout abandonner l'idée que la taille est l'unique condition de la prospérité. Autrement dit, traduire "small is beautifull" dans la langue de de Gaulle.

L'Expansion.com - publié le 19/08/2013 à 18:26

En savoir plus sur http://lexpansion.lexpress.fr/economie/comment-une-france-plus-vieille-plus-petite-et-moins-riche-peut-conquerir-le-monde_398902.html#zGAe7IZkSj91vyxd.99

mercredi 7 août 2013

INFRASTRUCTURES DE RECHERCHE : La stratégie nationale des infrastructures de recherche


La formalisation d'une stratégie nationale de développement des infrastructures s'impose intègrant à la fois : les grands programmes internationaux, les infrastructures européennes et les infrastructures aux collaborations moins institutionnalisées. Il convient alors de prendre en compte les apports de la technologie, l'évolution des pratiques scientifiques, les investissements humains et financiers, les retombées pour l'innovation tout comme les reconfigurations du paysage français de la recherche avec notamment la création des alliances. Une telle démarche doit avoir pour ambition également de dessiner les grandes voies pour l'avenir.

De nouveaux défis à relever

Plus que jamais au cours de l'Histoire, les enjeux scientifiques posent le défi de construire des infrastructures de recherche à la pointe des connaissances scientifiques et technologiques. Les conditions dans lesquelles se fait la science n'ont aucune commune mesure avec celles du passé. Les frontières de la connaissance ont reculé jusqu'à des extrêmes que seules des réalisations technologiques majeures permettent de confronter à la réalité expérimentale.

Des infrastructures à la mesure de nos défis

La génération des expériences et des phénomènes, mais aussi des calculs sur lesquels s'appuient les résultats de la science suppose de grands instruments portant les capacités techniques au-delà de l'existant, intégrant la porosité disciplinaire source d'innovation et agrégeant, dans une structure commune, la prise en compte de problèmes complexes. Ces outils sont les conditions des futures découvertes tout autant que le produit des dernières avancées scientifiques. La réussite, la crédibilité et la compétitivité sont à ce prix. De grands équipements le plus souvent pilotés par des organisations internationales ont été ainsi créés reposant sur l'articulation d'une diversité d'instruments de premier plan et nécessitant des ressources humaines et financières conséquentes. Ils reposent ainsi sur le soutien et les encouragements donnés par la puissance publique et peuvent impliquer plusieurs États au travers d'organisations internationales.

La création en 2002, par les États membres, du premier forum européen consacré aux infrastructures de recherche (ESFRI), témoigne de la volonté de conférer à un ensemble d'infrastructures un rôle majeur dans la construction de l'espace européen de la recherche. Elles constituent un cadre de collaboration entre les Etats auquel la France participe activement.

Parallèlement à ces grands programmes internationaux et européens, se sont développés, ces dernières décennies, en lien avec les avancées technologiques, une quantité d'instruments partagés entre de nombreux acteurs sur le territoire : nouveaux modes de microscopie et d'imagerie, nouveaux dispositifs d'analyse génomique à haut débit, développement d'expériences virtuelles, bases de données sociales, corpus de textes numérisés enrichis d'outils d'exploitation...

La stratégie nationale des infrastructures de recherche : un cadre fondamental

Dans ce contexte, la formalisation d'une stratégie nationale de développement des infrastructures s'impose qui intègre tout à la fois les grands programmes internationaux, les infrastructures européennes et les infrastructures aux collaborations moins institutionnalisées, chacune d'entre elles devant répondre aux critères d'excellence scientifique et technologique, d'efficacité de la gouvernance, et de lisibilité d'accès. Il convient alors de prendre en compte les apports de la technologie, l'évolution des pratiques scientifiques, les investissements humains et financiers, les retombées pour l'innovation tout comme les reconfigurations du paysage français de la recherche avec notamment la création des alliances. Une telle démarche doit avoir pour ambition également de dessiner les grandes voies pour l'avenir.

La direction générale pour la recherche et l'innovation a donc mis en place une démarche en deux temps :
  • un temps de consultation à plusieurs niveaux (niveau scientifique avec un ensemble de groupes de travail réunis autour d'une grande thématique, niveau scientifique et programmatique avec la consultation des grands opérateurs et des alliances) pour élaborer la partie stratégique
  • un deuxième temps de recueil d'analyses sur les coûts complets et sur les besoins à court, moyen et long termes pour la mise en oeuvre d'une programmation pluriannuelle pour les très grandes infrastructures de recherche

La feuille de route 2012-2020

Elle est le témoignage de la volonté de l’Etat de répondre aux mieux aux exigences d’innovation en proposant un ensemble d’infrastructures ouvert et régulé. Elle est aussi l’occasion de reconnaître une diversité d’instruments (des traditionnels grands équipements localisés aux infrastructures distribuées, des outils bien high tech aux centres internationaux de collaboration scientifique) qui répondent aux critères d’ouverture, de gouvernance et de qualité.

Un triple défi:
  • donner à comprendre les axes de la politique de l’Etat en matière d’infrastructures
  • dessiner un schéma global de gouvernance adapté aux exigences de coordination entre les différents opérateurs
  • reposer un dispositif annuel d’actualisation souple et réactif de l’ensemble des infrastructures
Chiffres clés des infrastructures en France en 2013


Organisations internationales dans lesquelles la France est impliquéeCERN, ESO, EMBL
% d'infrastructures ESFRI auxquelles la France participe100% des infrastructures en phase d'implémentation 75% pour les autres
Nombre de très grandes infrastructures (accords internationaux, européens, interministériels)18
Nombre d'infrastructures45
Nombre de projets7


Publication : 6.08.2013

INFRASTRUCTURES DE RECHERCHE : Lignes directrices de la politique française en matière d'infrastructures


La stratégie Europe 2020 confère un rôle majeur aux infrastructures dans la construction de l’espace européen de la recherche. Elles sont perçues comme un catalyseur de processus en matière de création de connaissance. Tout en permettant de faciliter la mise en réseau des chercheurs et stimuler le flux de connaissances.

Une position de leader dans la construction d’une Europe des infrastructures
  • participer à la mise en œuvre du programme européen de développement des capacités scientifiques et d’innovation par le développement des infrastructures de recherche
  • assumer une position de leader dans la conception, la construction et la mise en œuvre d’infrastructures de recherche novatrices
  • continuer à accueillir sur son territoire des infrastructures de recherche de visibilité mondiale, notamment pour répondre aux grands défis sociétaux et stratégiques

Assurer la présence française dans les grandes organisations internationales
  • participer à la conception et à la mise en œuvre des grands programmes internationaux d’infrastructures de recherche. Notamment en élargissant le spectre vers les sciences du vivant et en exploitant les capacités des technologies numériques
  • relayer les acquis des grands programmes en vue du développement scientifique et technologique
  • continuer à promouvoir l’intérêt scientifique dans le pays. En participant aux grands défis adressés par les projets d’expériences et d’infrastructures de recherche ambitieuses
Servir l’ensemble des grands enjeux de société
  • poursuivre les coopérations entre infrastructures de recherche et les chercheurs publics ou privés contribuant à la résolution de grands défis sociétaux et aux priorités gouvernementales ou européennes
  • confirmer l’importance pour la société de la contribution des infrastructures, notamment expérimentales ou d’observation, au développement des connaissances
  • confirmer l’ouverture du cadre de définition des infrastructures de recherche aux infrastructures correspondant à des approches interdisciplinaires, à de nouvelles disciplines et aux capacités nouvelles offertes par les technologies du numérique, de l’information et de la communication
  • inclure les infrastructures de recherche dans les projets visant à améliorer la structuration de la recherche et l’enseignement supérieur
Soutenir la recherche fondamentale dans tous les secteurs de la connaissance
  • maintenir l’effort de conception et de mise en œuvre d’infrastructures de recherche concernant la recherche fondamentale
  • veiller à l’ouverture de la palette d’infrastructures de recherche aux disciplines (et projets pluridisciplinaires) dont les besoins d’infrastructures sont émergents
  • prendre en compte plus largement les nouveaux besoins et opportunités issus du traitement de données massives, de leur collection et de leur analyse
  • faciliter l’écoute des disciplines dans lesquels les besoins sont satisfaits par des réseaux humains à très haut niveau et leurs outils coopératifs
Renforcer les partenariats avec le secteur économique
  • promouvoir la contribution des infrastructures de recherche à l’innovation, au développement économique et à l’emploi
  • faciliter l’ouverture au secteur privé des infrastructures de recherche pour faciliter la recherche et l’innovation industrielle
  • promouvoir la mise en réseau d’infrastructures de recherche, notamment pour permettre de soutenir des coopérations ambitieuses avec l’industrie
Publication : 6.08.2013

jeudi 25 juillet 2013

Les ingénieurs français vont enfin être reconnus aux Etats-Unis

Les ingénieurs français vont enfin pouvoir postuler à des postes aux Etats-Unis requérant un "Master of Science". Jusqu'ici, ils ne disposaient que d'un "Bachelor of Science", en raison des trois années passées en école, les deux années de prépa comptant en quelque sorte "pour du beurre".

Hier encore, les ingénieurs français ne pouvaient prétendre, aux Etats-Unis, ne posséder qu'un "Bachelor of Science" et non un "Master of Science". Seulement les études au sein de l'école d'ingénieurs étaient prises en compte, les deux années de classe prépa ne comptant pas… Celles-ci étaient en effet considérées comme un cursus propédeutique. Mais, à présent, l’AACRAO, association regroupant les responsables des admissions des universités américaines, reconnaît aux ingénieurs français leur grade de "Master of Science".

Une réelle avancée permise par l'Ambassade de France

Il s'agit d'une réelle avancée, permise notamment par l'influence l’Ambassade de France aux Etats-Unis et du Campus France USA. En effet, le "Bachelor of Science" qui devient un "Master of Science" permet aux ingénieurs français d'avoir droit à certains types de visa ou d’emploi, ouverts uniquement aux bac+5. Ils peuvent désormais plus facilement accéder à un doctorat, chose autrefois très complexe avec un "simple" Bachelor.

Une reconnaissance grâce au processus de Bologne

En 1999, un décret avait pourtant bien stipulé que le grade de Master était conféré, en France, aux titulaires d'un diplôme d'ingénieurs. Au niveau européen, le processus de Bologne avait également permis de faire reconnaître la licence (bac+3) comme un bachelor américain (bac+4), et le master européen (bac+5) comme un master américain (bac+6). Mais les grandes écoles de commerce et d'ingénieurs, qui n'étaient pas post-bac, avaient bien souvent des difficultés à valoriser leur master, perçu comme un bachelor.

Orientations
Mis en ligne le Mercredi 24 Juillet 2013

lundi 22 juillet 2013

France : Lancement de l'Observatoire de la réussite éducative

George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la réussite éducative au sein du Ministère de l'Éducation, a dévoilé ce 19 juillet l'Observatoire de la réussite éducative, une plateforme interactive destinée à fédérer les actions en matière de pédagogie, notamment auprès des enfants défavorisés. Mutualisation, valorisation et diffusion devraient être accessibles aux différents initiateurs via ce site.

zigazou76, CC BY 2.0

Suite à la première journée nationale de la réussite éducative le 15 mai dernier, pendant laquelle l'idée avait été évoquée, le ministère délégué en charge de la Ville et l'Institut Français de l'Éducation (IFE) se sont entendus sur la création d'un Observatoire de la réussite éducative. Le site sera disponible dès décembre 2013, et totalement opérationnel en juin 2014.

La finalité de cette plateforme résidera dans une plus forte cohésion entre les acteurs pédagogiques : « les quartiers prioritaires de la politique de la ville, les projets éducatifs locaux, les projets éducatifs et pédagogiques dans les écoles et établissements scolaires et autres » seront connectés entre eux, détaille la ministre déléguée chargée de la réussite éducative George Pau-Langevin. Programmes de réussite éducative, projets éducatifs locaux ou encore projets éducatifs de territoire, accompagnés par leurs effets, seront au centre des attentions.

Ce lien entre l'école et ses différents partenaires sera confié à un conseil d'orientation composé des acteurs de la réussite éducative : représentants des ministères partenaires (ville, jeunesse et sport), institutions, associations d'éducation populaire, parents d'élèves et collectivités territoriales... La direction générale de l'enseignement scolaire prendra en charge la gestion du site, l'Agence nationale pour la cohésion sociale et l'égalité des chances, le fonctionnement du site, et les autres postes seront pris en charge par l'IFE.

Sources : Éducation.gouv.fr , Collectif Cape

samedi 20 juillet 2013

Ecoles d’ingénieurs en France : les filles de plus en plus nombreuses


La proportion d’étudiantes au sein des écoles d’ingénieurs françaises ne cesse de croître. Une nouvelle encourageante saluée par le MESR dans sa dernière Note d’Information en date

Non, l’ingénierie n’est pas réservée aux hommes.

C’est le constat qui s’impose à nous face à la sacrée bonne nouvelle d’une part en augmentation constante des filles aux sein de ce type d’établissements, jusqu’à atteindre 28,1% selon les dernières bases statistiques disponibles.

Le Ministère n’a d’ailleurs pas manqué de souligner dans sa Note d’Information intitulée « Les écoles d’ingénieurs en 2011-2012″ que (…) ce pourcentage n’a cessé de progresser, passant de 23% en 2000 à 25,6% en 2005 et 27,5 % en 2010.

Du mieux mais une répartition très inégale d’un domaine de compétence à l’autre

Si la tendance semble bien aller dans le bon sens, reconnaissons que 3 filles pour 7 mecs, ça reste assez insuffisant.

A fortiori si on a en tête que 46,3% des bacheliers scientifiques appartiennent au beau sexe! Le taux de perte reste donc élevé, d’autant que les éléments féminins restent très inégalement répartis selon les spécialités de formation disponibles en cycle ingénieur.

En effet, si les filles trustent les Sciences de la Vie – représentant 76,8% des effectifs recensés – elles restent tout à fait majoritaires dans le traitement des produits alimentaires, en étant représentées à hauteur de 76,6%.

En revanche, elles restent les grandes absentes de l’électronique-électricité, de l’informatique ou encore des transports, avec une présence chiffrée respectivement à 18,3%, 17,3% et 15,5% du total des élèves-ingénieurs.

T. C.

Source : Le Monde

dimanche 14 juillet 2013

Le bac est un tabou en France

Neuf can­di­dats sur dix viennent de décro­cher le bac­ca­lau­réat géné­ral avec, pour plus de la moi­tié d'entre eux (56,9%), une men­tion. Le socio­logue et cher­cheur au CNRS Michel Fize dénonce l'hypocrisie ambiante et réclame tou­jours la sup­pres­sion de l'examen.

Le taux de réus­site au bac atteint 86,8% cette année, en hausse de 2,4 points sur un an : faut-il s'en réjouir ?

Non, au contraire. A ce rythme, les 100% de réus­site seront atteints en 2020, sachant que ce taux est déjà atteint par les lycées les plus pres­ti­gieux. Je sous­cris tota­le­ment à l'expression employée par Alain Bentolila : le bac est une « illu­sion démo­cra­tique ». Ainsi, en pre­mière année à l'université, on retrouve des étudiants quasi illet­trés, inca­pables par­fois de res­ti­tuer le sens d'un texte, ce qui explique sûre­ment, pour par­tie, l'hémorragie d'échec en fin de 1ère année. Il fau­drait iden­ti­fier les acquis que cou­ronne le bac, or per­sonne n'en parle ! Quand je vois que cer­tains bache­liers obtiennent plus de 21 sur 20 au bac, ça défie la sta­tis­tique la plus élémen­taire ! Aujourd'hui, le niveau n'a peut-être pas for­te­ment baissé (encore que...) mais le bac n'évalue tou­jours, glo­ba­le­ment, que les capa­ci­tés de mémo­ri­sa­tion du candidat.

Alors que les résul­tats n'ont jamais été aussi bons, com­ment expli­quer que les dis­pa­ri­tés sociales de réus­site au bac se creusent ?

Précisément parce que le sys­tème sco­laire est hyper com­pé­ti­tif et par le jeu des men­tions ! Je suis frappé de voir qu'aujourd'hui les can­di­dats sautent de joie parce qu'ils décrochent une men­tion alors qu'à mon époque nous étions très satis­faits d'obtenir le bac (NDLR : en 1967, seuls 0,3% des bache­liers décro­chaient la men­tion « très bien », contre 2% en 2000 et 10,5% en 2013). Le bac géné­ral est le « bac des riches ». Désormais la men­tion est impé­ra­tive, sinon vous être consi­déré comme un sous-bachelier. Non seule­ment, le bac cou­ronne les inéga­li­tés mais il les aggrave !

Instaurer une part de contrôle continu, est-ce vrai­ment la solution ?

Non et je pense tou­jours qu'il faut sup­pri­mer le bac, en le rem­pla­çant au contraire par un contrôle continu inté­gral qui évalue­rait toutes les apti­tudes des élèves. L'objectif étant qu'il n'y ait aucun échec, grâce à l'usage de péda­go­gies dif­fé­ren­ciées. Si le contrôle continu était bien orga­nisé, il per­met­trait de réduire les dis­pa­ri­tés. Ainsi, pour éviter que les mau­vaises langues ne soup­çonnent les ensei­gnants de noter « à la tête du client » et de gon­fler arti­fi­ciel­le­ment les notes de leurs élèves, je pré­co­nise un « dépay­se­ment » des copies, c'est-à-dire de les faire cor­ri­ger à l'extérieur des établis­se­ments d'origine. Parallèlement, bien entendu, l'entrée à l'université doit res­ter libre.

Si cette solu­tion est la meilleure, pour­quoi le sys­tème reste inchangé ?

Le bac est un tabou en France. Il est censé por­ter toutes les ver­tus huma­nistes et égali­taires. Il est assi­milé à la pro­tec­tion de tous contre l'arbitraire. Mais je pense qu'il sera sup­primé un jour ou l'autre ! On nage en pleine hypo­cri­sie : cette année, on ne parle que des réformes éven­tuelles et des dif­fi­cul­tés de l'examen. Or il n'est pas rai­son­nable de pen­ser réfor­mer un tel mas­to­donte avec 700 000 can­di­dats. Le bac me rap­pelle la fin lamen­table du ser­vice mili­taire. Quand la déci­sion a été prise par Jacques Chirac (en 1996) de le sus­pendre, cela fai­sait belle lurette que le ser­vice natio­nal n'avait plus de sens ! Il y a, dans cette affaire du bac, un pro­blème de cou­rage poli­tique et de paresse intel­lec­tuelle. En Italie, la « Maturità » est, elle aussi, très contes­tée. Et en Allemagne, par exemple, l'Abitur com­prend 70% de contrôle continu... On ne regarde pas ce qui se passe à l'étranger, sinon on se ren­drait compte que le bac n'est pas universel.

Charles Centofanti

12.07.2013

http://www.vousnousils.fr/2013/07/12/michel-fize-le-bac-est-un-tabou-en-france-549511?utm_source=feedly