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dimanche 22 septembre 2013

La France, Etat éducateur, Etat formateu

En préparant mon intervention à la prochaines Journée nationale du Refus de l’Échec Scolaire(JRES) organisée par l’Afev, en partenariat avec le cabinet d’études Trajectoires-Reflex et plus de trente organisations , le 25 septembre, j’ai bien sûr abordé le thème de l’état formateur. En France l’état est garant de la formation professionnelle, en très grande partie au travers des diplômes, mais aussi des modalités de formations. On rappellera quelques étapes pour la partie formation initiale.

Etat éducateur

Claude Lelièvre, sur son blog d’Educpros il y a quelques jours avait rappelé l’émergence en France en 1763 de la notion d’état éducateur avec le texte de Louis-René de Caradeuc de La Chalotais. « Dans son « Essai d’éducation nationale » (le titre est significatif) La Chalotais veut une « éducation nationale » parce que « toute nation a un droit inaliénable et imprescriptible d’instruire ses membres ; parce que les enfants de l’Etat doivent être élevés par des membres de l’Etat ». ». Cette notion se diffuse en Europe lors de la construction des états modernes (Les stratégies de l’État éducateur, Etudes de cas et problématiques par Natalie Petiteau).

Mais des transformations de cette notion apparaissent. Yves DUTERCQ (2006) dans « Que reste-t-il de l’État-éducateur ? » écrit : « Le problème est que la nouvelle régulation qui domine actuellement en France les politiques éducatives est en fait à l’articulation de deux dimensions : d’une part, une dimension supranationale représentée par l’Europe, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dont le cadre réglementaire s’imposerait à la réglementation nationale française au point d’interdire à l’État d’imposer sa vision des choses, soit une véritable ambition politique ; d’autre part, une dimension infranationale revigorée par le processus décentralisateur et qui là encore retirerait à la puissance centrale la capacité de produire une politique nationale. ».

Si ce rôle de l’Etat est amoindri par cette tenaille, il faut relever avec une modification concernant l’objectif. Robert BALLION, Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS) avait déjà écrit dans « Les conduites déviantes des lycéens et l’éducation à la citoyenneté », Ville École Intégration n° 118 – septembre 1999 : « En 1975, le ministère Haby supprime l’éducation civique à l’école, enseignement qui était tombé en fait en désuétude depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La société d’alors, qui s’apprête à entrer dans les Trente Glorieuses, n’a plus besoin de mettre en avant la fonction d’intégration nationale, qui cède le pas à celle d’insertion économique. Avec les réformes Berthoin, Fouchet, on passe de la logique politico-culturelle de l’État éducateur à la logique économique de l’État formateur, développeur. La république, la démocratie ne sont plus contestées, le système économique adresse au système éducatif une forte demande en formation et, dans cette société de croissance, c’est par le biais de l’économique, en étant producteur et consommateur, que l’individu s’intègre à la société. »

La Charte de la Laîcité est l’une des manifestations spécifique à cette notion d’état éducateur encore vivant pourtant.

Etat formateur

En France, l’expression « formation professionnelle » est le plus souvent interprétée comme étant la formation continue ou la formation des adultes… La Revue internationale d’éducation Sèvres a publié un numéro intitulé : La formation professionnelle initiale : une question de société, n° 34, décembre 2003.

Je vous propose quelques extraits de l’article de Vincent Troger : Une exception française La scolarisation de la formation professionnelle initiale.

« Dans beaucoup d’autres pays d’Europe, il existe des établissements équivalents à nos lycées professionnels ou technologiques mais dans aucun d’entre eux ces établissements n’assument une part aussi déterminante de la formation professionnelle initiale. Il convient donc de s’interroger sur cette particularité française. »

J’avais indiqué que la suppression des corporations en France a provoqué une rupture dans l’organisation de la formation(voir mon post « Apprentissage : le contexte historique français »). Au début du XXème siècle l’état a tenté de relancer l’apprentissage. Mais suite à l’échec de la loi Astier du côté des grandes entreprises qui ne relèvent pas le défi de la formation professionnelle par l’apprentissage, l’état dit réagir et prendre un autre chemin. « Cette réticence de la majorité des entreprises à participer à l’effort de formation explique le développement de l’enseignement professionnel. En effet, d’abord dans la France occupée et dirigée par le gouvernement de Vichy, puis après la Libération, un certain nombre d’initiatives vont occuper un terrain laissé en quelque sorte en friche par l’échec des efforts antérieurs en faveur d’une prise en charge collective de l’effort de formation par les entreprises. »

Bernard Porcher dans « La formation professionnelle initiale du second degré » précise : « Le régime de Vichy entend renforcer les pouvoirs de l’État (monopole sur l’organisation des examens et la délivrance des diplômes) et revaloriser le travail manuel. Il crée un enseignement professionnel de masse, organisé par l’État, distinct de l’enseignement technique et complètement intégré à l’appareil scolaire. Ces deux types d’enseignement se séparent progressivement. Ainsi, les centres de formation professionnelle, créés en 1939, deviennent centres d’apprentissage en 1944, collèges d’enseignement technique en 1960 (réforme Berthoin), lycées d’enseignement professionnel en 1976 puis lycées professionnels (LP) en 1985. Quant aux écoles pratiques de commerce et d’industrie, créées en 1892, elles sont transformées en collèges techniques en 1941, en lycées techniques en 1960 (réforme Berthoin), puis en lycées technologiques en 1985. »

Ainsi une forme de monopôle de la formation professionnelle initiale s’est installée dans cette période, et Vincent Troger fait le constat suivant : « De ce fait l’enseignement professionnel n’accueille plus que les élèves ayant terminé la scolarité obligatoire au collège en situation d’échec, et les filières technologiques accueillent les élèves qui, en fin de seconde, ont un niveau insuffisant pour poursuivre en enseignement général littéraire, scientifique ou économique. Le sociologue Pierre Bourdieu a désigné les élèves de l’enseignement technologique comme les « exclus de l’intérieur » du système éducatif. »

Ebauche d’un rappel des séquences historiques

L’état s’occupe du haut : les principales grandes écoles sont créées fin XVIII par l’ancien ancien régime puis à révolution, Les Ponts-et chaussées, Polytechnique, les Mines (le réseau permettant les transports, les techniques pour l’armée, et la recherche de la première énergie industrielle : le charbon).

Dans cette même période les formations de bases des artisans sont mises en péril avec la suppression des corporations.

Mais l’industrialisation se développant, quelques nouveaux acteurs apparaissent : industriels et municipalités qui mettent en place un enseignement technique pour les cadres intermédiaires dirait-on aujourd’hui.

L’état se préoccupe enfin de la formation des ouvriers avec le Cap et l’apprentissage en 1919.

Mais « frilosité » du monde industriel rend nécessaire une scolarisation de ce niveau sous Vichy, puis ce sera l’intégration de ces établissements dans le système scolaire par les CET puis les LP.

Au retour de la guerre mondiale la nationalisation du « technique » crée les lycées techniques.

Dans les années 60-70 création des formations supérieures, BTS dans les lycées puis les DUT dans les Université. Si les BTS furent très bien accueillis dans le secondaire (permettant de l’étendre dans le supérieur), la création des IUT et du diplôme DUT furent très controversés au sein des Universités. Ainsi lors de la création du premier IUT à Angers, les enseignants qui acceptèrent de venir faire cours aux étudiants furent les enseignants de l’Institut catholique d’Angers…

Les formations professionnelles dans le supérieurs s’étant démultipliées hors de l’Université, celle-ci a finalement réagit en créant également des formations professionnelles (DESS puis Master et enfin licence professionnelle).

Deux ressources pour élargir ces propos :

parBernard Desclaux(son site)
samedi 21 septembre 2013
Initialement publié sur mon blog EducPros

http://www.educavox.fr/actualite/reportage/article/la-france-etat-educateur-etat

mardi 20 septembre 2011

Le logiciel libre dans les institutions du savoir : autonomie et cohérence

 
Les universités devraient prendre parti pour le « libre »
 

Il a été question ces dernières années des enjeux de gouvernance des universités, cette pratique de gestion axée sur une logique de l'expertise plutôt que sur la participation démocratique [1]. Cette dérive a ramené, avec raison, la mission des universités dans le débat public. Une mission que l'on dit de recherche, de partage, de valorisation des connaissances et de la technique, mais aussi de service à la communauté. La poursuite de ces objectifs requiert que les milieux universitaires jouissent d'une juste part d'autonomie, d'indépendance et de transparence [2].

Cette logique d’expertise, qui va à l’encontre d’une logique de collaboration, traverse le monde universitaire d’une manière insidieuse. En effet, comme pour l’ensemble des organismes publics et parapublics, les institutions universitaires, par l'entremise de leur conseil d'administration, ont des pratiques d'octrois systématiques de contrats à des fournisseurs de logiciels propriétaires alors qu'existent des solutions libres. On se retrouve donc avec une approche de technologies fermées au moment où celles-ci traversent toute la pratique d’enseignement et de recherche universitaires.

La maîtrise des outils de production du savoir nous échappe...
La philosophie qui sous-tend le logiciel libre, basée sur les principes de liberté, d'accessibilité, d'entraide et de transparence [3], correspond pourtant étroitement à la mission universitaire. Si Newton n'avait pu se hisser sur les épaules de géant de ses prédécesseurs, nous en serions probablement encore à débattre de la chute des corps. Qu'est-ce que la communauté scientifique, sinon un vaste espace d'échange, de discussion, d'exploration et de débat? Comment un tel espace peut-il exister sans l'accessibilité aux propositions scientifiques, aux données et aux méthodes expérimentales? Que vaut la falsifiabilité d'une proposition sans accès à ces sources d'information? [4]

Par ailleurs, et je rappelle que c’est là une donnée fondamentale, le réseau et les outils qui forment la trame de la communauté scientifique sont constitués de logiciels. Que l'on pense, par exemple, aux protocoles de communication et de programmation, aux logiciels de calcul, d'interface avec instrumentation, de rédaction, de recherche bibliographique, etc. Il apparaît important que ces instruments ne compromettent pas l'autonomie et les activités du milieu universitaire.

La dominance du « propriétaire »
Pourtant, une proportion dominante des outils utilisés dans ces institutions sont des logiciels propriétaires. Comment expliquer cela? D'abord, mentionnons que le marché des technologies de l'information et des communications est fortement oligopolistique. L'exemple le plus frappant est peut-être cette impossibilité de se procurer un ordinateur personnel qui ne soit pas livré, aux frais du client, avec un système d'exploitation sous licence propriétaire. L'usage consacre ensuite ces stratégies propriétaires comme normales alors que des solutions plus cohérentes, selon les principes évoqués, existent à qualité généralement égale ou supérieure. De surcroît, étant libres, ces dernières évoluent en synergie avec les besoins de leurs utilisatrices et utilisateurs, qui les évaluent constamment. Cette participation démocratique dans la conception et l'évolution de leurs outils est garante du maintien de leur pertinence et de leur qualité.

Basculer dans le « libre »
Évidemment, la vitalité de la communauté du logiciel libre est directement corrélée au nombre d’utilisatrices et d’utilisateurs. Comment alors favoriser l'adoption de cette stratégie? Le milieu universitaire est en fait un espace privilégié pour y parvenir, de par sa triple mission d'enseignement, de recherche et de service à la communauté. Dans un premier temps, par l'intermédiaire d'intervenants dans la formation universitaire, il est possible de proposer la stratégie du libre comme solution de rechange au statu quo d’une approche propriétaire favorisant les transnationales multimilliardaires. L'étudiant est alors à même d'évaluer, pour lui-même d'abord, les avantages et défis qui en découlent. Dans un second temps, la solution s’imposera par l'expérience de la recherche et du partage de l'information inhérente à ses activités, puis finalement lors du transfert de connaissances vers la communauté, laquelle à son tour profitera du renforcement de son autonomie dans l'usage de techniques construites dans le paradigme du logiciel libre. Seulement alors, les instances de gouvernance perchées bien haut dans leur gestion soi-disant indépendante finiront par percevoir le rayonnement, les avantages fiscaux et la contribution à l'avancement de la mission des institutions du savoir que le logiciel libre est à même d’offrir.

Propagande par l'exemple, finalement... Saluons l'initiative de l'Association francophone pour le savoir-Acfas d'être passée au libre pour sa plateforme Internet, souhaitons surtout que cette initiative en inspire d'autres! Et pour conclure en citant de nouveau Newton, pourquoi ne pas construire plus de ponts que de murs!

1) A. Leduc et J. Lebel, 2008 : Questions de gouvernance, Découvrir, volume 29 numéro 4, 36-47
2) C. Sabourin, 2009 : La recherche universitaire sous influence, À Bàbord, numéro hors-série (avril 2009) - À l'heure de la gouvernance : l'université entre déclin et relance, 13-14
3) Free Software Foundation (http://www.fsf.org)
4) K. R. Popper, 1972 : Objective knowledge - an evolutionary approach, Oxford Clarendon Press, 380p.

septembre 2011

Martin Deshaies-Jacques, UQAM - Université du Québec à Montréal

http://www.acfas.ca/publications/decouvrir/2011/09/logiciel-libre-dans-institutions-savoir-autonomie-coherence