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dimanche 22 septembre 2013

La France, Etat éducateur, Etat formateu

En préparant mon intervention à la prochaines Journée nationale du Refus de l’Échec Scolaire(JRES) organisée par l’Afev, en partenariat avec le cabinet d’études Trajectoires-Reflex et plus de trente organisations , le 25 septembre, j’ai bien sûr abordé le thème de l’état formateur. En France l’état est garant de la formation professionnelle, en très grande partie au travers des diplômes, mais aussi des modalités de formations. On rappellera quelques étapes pour la partie formation initiale.

Etat éducateur

Claude Lelièvre, sur son blog d’Educpros il y a quelques jours avait rappelé l’émergence en France en 1763 de la notion d’état éducateur avec le texte de Louis-René de Caradeuc de La Chalotais. « Dans son « Essai d’éducation nationale » (le titre est significatif) La Chalotais veut une « éducation nationale » parce que « toute nation a un droit inaliénable et imprescriptible d’instruire ses membres ; parce que les enfants de l’Etat doivent être élevés par des membres de l’Etat ». ». Cette notion se diffuse en Europe lors de la construction des états modernes (Les stratégies de l’État éducateur, Etudes de cas et problématiques par Natalie Petiteau).

Mais des transformations de cette notion apparaissent. Yves DUTERCQ (2006) dans « Que reste-t-il de l’État-éducateur ? » écrit : « Le problème est que la nouvelle régulation qui domine actuellement en France les politiques éducatives est en fait à l’articulation de deux dimensions : d’une part, une dimension supranationale représentée par l’Europe, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) dont le cadre réglementaire s’imposerait à la réglementation nationale française au point d’interdire à l’État d’imposer sa vision des choses, soit une véritable ambition politique ; d’autre part, une dimension infranationale revigorée par le processus décentralisateur et qui là encore retirerait à la puissance centrale la capacité de produire une politique nationale. ».

Si ce rôle de l’Etat est amoindri par cette tenaille, il faut relever avec une modification concernant l’objectif. Robert BALLION, Centre d’analyse et d’intervention sociologiques (CADIS) avait déjà écrit dans « Les conduites déviantes des lycéens et l’éducation à la citoyenneté », Ville École Intégration n° 118 – septembre 1999 : « En 1975, le ministère Haby supprime l’éducation civique à l’école, enseignement qui était tombé en fait en désuétude depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La société d’alors, qui s’apprête à entrer dans les Trente Glorieuses, n’a plus besoin de mettre en avant la fonction d’intégration nationale, qui cède le pas à celle d’insertion économique. Avec les réformes Berthoin, Fouchet, on passe de la logique politico-culturelle de l’État éducateur à la logique économique de l’État formateur, développeur. La république, la démocratie ne sont plus contestées, le système économique adresse au système éducatif une forte demande en formation et, dans cette société de croissance, c’est par le biais de l’économique, en étant producteur et consommateur, que l’individu s’intègre à la société. »

La Charte de la Laîcité est l’une des manifestations spécifique à cette notion d’état éducateur encore vivant pourtant.

Etat formateur

En France, l’expression « formation professionnelle » est le plus souvent interprétée comme étant la formation continue ou la formation des adultes… La Revue internationale d’éducation Sèvres a publié un numéro intitulé : La formation professionnelle initiale : une question de société, n° 34, décembre 2003.

Je vous propose quelques extraits de l’article de Vincent Troger : Une exception française La scolarisation de la formation professionnelle initiale.

« Dans beaucoup d’autres pays d’Europe, il existe des établissements équivalents à nos lycées professionnels ou technologiques mais dans aucun d’entre eux ces établissements n’assument une part aussi déterminante de la formation professionnelle initiale. Il convient donc de s’interroger sur cette particularité française. »

J’avais indiqué que la suppression des corporations en France a provoqué une rupture dans l’organisation de la formation(voir mon post « Apprentissage : le contexte historique français »). Au début du XXème siècle l’état a tenté de relancer l’apprentissage. Mais suite à l’échec de la loi Astier du côté des grandes entreprises qui ne relèvent pas le défi de la formation professionnelle par l’apprentissage, l’état dit réagir et prendre un autre chemin. « Cette réticence de la majorité des entreprises à participer à l’effort de formation explique le développement de l’enseignement professionnel. En effet, d’abord dans la France occupée et dirigée par le gouvernement de Vichy, puis après la Libération, un certain nombre d’initiatives vont occuper un terrain laissé en quelque sorte en friche par l’échec des efforts antérieurs en faveur d’une prise en charge collective de l’effort de formation par les entreprises. »

Bernard Porcher dans « La formation professionnelle initiale du second degré » précise : « Le régime de Vichy entend renforcer les pouvoirs de l’État (monopole sur l’organisation des examens et la délivrance des diplômes) et revaloriser le travail manuel. Il crée un enseignement professionnel de masse, organisé par l’État, distinct de l’enseignement technique et complètement intégré à l’appareil scolaire. Ces deux types d’enseignement se séparent progressivement. Ainsi, les centres de formation professionnelle, créés en 1939, deviennent centres d’apprentissage en 1944, collèges d’enseignement technique en 1960 (réforme Berthoin), lycées d’enseignement professionnel en 1976 puis lycées professionnels (LP) en 1985. Quant aux écoles pratiques de commerce et d’industrie, créées en 1892, elles sont transformées en collèges techniques en 1941, en lycées techniques en 1960 (réforme Berthoin), puis en lycées technologiques en 1985. »

Ainsi une forme de monopôle de la formation professionnelle initiale s’est installée dans cette période, et Vincent Troger fait le constat suivant : « De ce fait l’enseignement professionnel n’accueille plus que les élèves ayant terminé la scolarité obligatoire au collège en situation d’échec, et les filières technologiques accueillent les élèves qui, en fin de seconde, ont un niveau insuffisant pour poursuivre en enseignement général littéraire, scientifique ou économique. Le sociologue Pierre Bourdieu a désigné les élèves de l’enseignement technologique comme les « exclus de l’intérieur » du système éducatif. »

Ebauche d’un rappel des séquences historiques

L’état s’occupe du haut : les principales grandes écoles sont créées fin XVIII par l’ancien ancien régime puis à révolution, Les Ponts-et chaussées, Polytechnique, les Mines (le réseau permettant les transports, les techniques pour l’armée, et la recherche de la première énergie industrielle : le charbon).

Dans cette même période les formations de bases des artisans sont mises en péril avec la suppression des corporations.

Mais l’industrialisation se développant, quelques nouveaux acteurs apparaissent : industriels et municipalités qui mettent en place un enseignement technique pour les cadres intermédiaires dirait-on aujourd’hui.

L’état se préoccupe enfin de la formation des ouvriers avec le Cap et l’apprentissage en 1919.

Mais « frilosité » du monde industriel rend nécessaire une scolarisation de ce niveau sous Vichy, puis ce sera l’intégration de ces établissements dans le système scolaire par les CET puis les LP.

Au retour de la guerre mondiale la nationalisation du « technique » crée les lycées techniques.

Dans les années 60-70 création des formations supérieures, BTS dans les lycées puis les DUT dans les Université. Si les BTS furent très bien accueillis dans le secondaire (permettant de l’étendre dans le supérieur), la création des IUT et du diplôme DUT furent très controversés au sein des Universités. Ainsi lors de la création du premier IUT à Angers, les enseignants qui acceptèrent de venir faire cours aux étudiants furent les enseignants de l’Institut catholique d’Angers…

Les formations professionnelles dans le supérieurs s’étant démultipliées hors de l’Université, celle-ci a finalement réagit en créant également des formations professionnelles (DESS puis Master et enfin licence professionnelle).

Deux ressources pour élargir ces propos :

parBernard Desclaux(son site)
samedi 21 septembre 2013
Initialement publié sur mon blog EducPros

http://www.educavox.fr/actualite/reportage/article/la-france-etat-educateur-etat

dimanche 8 septembre 2013

Acquérir des compétences, une urgence au niveau mondial

Acquérir des compétences, une urgence au niveau mondial !Education Pour Tous, Rapport mondial de suivi 2012, UNESCO 


Ce Rapport, dixième édition trés documentée nous rappelle tout le progrès à accomplir dans les domaines de l’éducation dans le monde où le nombre d’enfants scolarisés à stagné pour la première fois depuis l’année 2000. Et la question seule de scolarité ne suffit pas à réduire ni les problèmes d’alphabétisation des adultes ni le fossé qui se creuse entre le besoin de compétences des pays en voie de développement et l’offre de formation dans un contexte difficile notamment du point de vue social et économique.


Irina Bokova, Directrice général de l’UNESCO :
« Le troisième objectif de l’Éducation pour tous est de faire en sorte que tous les jeunes aient la possibilité d’acquérir des compétences. Atteindre cet objectif est devenu, depuis 2000, une urgence de plus en plus criante.

Le ralentissement économique mondial a une incidence sur le chômage. Un jeune sur huit dans le monde cherche du travail. Les populations de jeunes sont nombreuses et en expansion. Le bien-être et la prospérité des jeunes dépendent plus que jamais des compétences que l’éducation et la formation peuvent leur assurer. Ne pas répondre à ce besoin est un gaspillage de potentiel humain et de puissance économique. Les compétences des jeunes n’ont jamais été aussi vitales.

Le présent Rapport mondial de suivi sur l’EPT nous rappelle que l’éducation ne se limite pas à faire en sorte que tous les enfants puissent aller à l’école : elle doit aussi préparer les jeunes à la vie, en leur donnant la possibilité de trouver un emploi décent, de gagner leur vie et de contribuer à celle de la communauté et de la société auxquelles ils appartiennent. Plus largement, elle doit aider les pays à se doter de la main-d’œuvre dont ils ont besoin pour assurer leur croissance dans l’économie mondiale.

Des progrès indéniables ont été accomplis en direction des six objectifs de l’EPT – avec notamment un développement de la protection et de l’éducation de la petite enfance et des améliorations de la parité entre les sexes au niveau de l’enseignement primaire.

Cependant, à trois ans du terme de 2015, le monde n’est toujours pas sur la bonne voie.
Les progrès vers certains objectifs achoppent. Le nombre d’enfants non scolarisés a stagné pour la première fois depuis 2000. L’alphabétisation des adultes et la qualité de l’éducation exigent encore des progrès plus rapides.

Les évolutions récentes rendent encore plus urgent d’assurer un accès équitable à des programmes appropriés de développement des compétences. Les populations urbaines connaissant une croissance rapide, en particulier dans les pays à faible revenu, les jeunes ont besoin de compétences pour sortir de la pauvreté. Dans les zones rurales, les jeunes doivent pouvoir disposer de nouveaux mécanismes d’adaptation leur permettant de faire face au changement climatique et à la diminution de la taille des exploitations agricoles, ainsi que de saisir les occasions d’exercer des emplois non agricole

Le présent Rapport révèle que 200 millions de jeunes environ ont besoin d’une deuxième chance d’acquérir les compétences élémentaires en alphabétisme et en calcul, qui sont essentielles pour accéder ensuite aux compétences requises pour pouvoir travailler. Dans tout ce tableau, les femmes et les pauvres sont confrontés à des difficultés particulières.

Pour nous, le nombre croissant des jeunes sans emploi ou enfermés dans le piège de la pauvreté doit être un appel à agir – pour répondre à leurs besoins d’ici 2015 et pour entretenir l’élan au-delà de cette date. Nous pouvons parvenir à l’enseignement universel dans le premier cycle du secondaire d’ici 2030, et nous devons y parvenir

L’engagement des donateurs en faveur de l’éducation peut faiblir, et cela est profondément préoccupant. Les budgets publics sont aujourd’hui sous pression, mais nous ne devons pas risquer les gains réalisés depuis 2000 en réduisant maintenant notre engagement. Les éléments présentés dans ce Rapport montrent que les fonds dépensés pour l’éducation génèrent, sur la durée d’une vie humaine, de dix à quinze fois plus de croissance économique. Il est maintenant temps d’investir pour l’avenir.
Nous devons réfléchir d’une manière créative et utiliser toutes les ressources à notre disposition. Les gouvernements et les donateurs doivent continuer à faire de l’éducation une priorité. Les pays devraient examiner leurs propres ressources, qui pourraient donner à des millions d’enfants et de jeunes des compétences pour la vie. Quelles que soient les sources de financement, les besoins des défavorisés doivent revêtir un haut degré de priorité dans toutes les stratégies.

Partout, les jeunes ont un grand potentiel – et celui-ci doit être développé. J’espère que ce Rapport catalysera dans le monde entier des efforts renouvelés pour donner aux enfants et aux jeunes une éducation qui leur permette d’aborder le monde avec confiance, de suivre leurs ambitions et de vivre la vie qu’ils auront choisie ».

Irina Bokova
Directrice général de l’UNESCO

Le Rapport est consultable et téléchargeable à cette adresse : http://unesdoc.unesco.org/images/0021/002180/218015f.pdf

Pour plus d’informations : L’équipe du Rapport mondial de suivi sur l’EPT
c/o UNESCO
7, place de Fontenoy
75732 Paris 07 SP, France
www.efareport.unesco.org

http://www.educavox.fr/actualite/fait-marquant/article/acquerir-des-competences-une

jeudi 8 août 2013

L’entrepreneuriat social en France : réflexions et bonnes pratiques

Le Centre d’Analyse stratégique (CAS) et l’OCDE ont publié un rapport sur l’entrepreneuriat social en France. Celui-ci souligne la vivacité de cette forme d’entrepreneuriat avec « l’augmentation des créations d’entreprises sociales, l’éclosion de chaires dédiées à cette thématique dans les écoles de commerce, la multiplication des incubateurs d’entreprises sociales, l’organisation de conférences et séminaires portant sur l’émergence de ce phénomène ».

Le document est divisé en deux parties :
  1. La première, visant à définir ce qu’est l’entrepreuneuriat social, regroupe des contributions théoriques et analytiques (László Andor, commissaire européen à l’Emploi, aux Affaires sociales et à l’Inclusion ; Antonella Noya, analyste senior des politiques à l’OCDE ; Caroline Lensing-Hebben, chargée de mission au Centre d’analyse stratégique ; Amandine Barthélémy et Romain Slitine, co-fondateurs d’Odyssem),
  2. La seconde aborde le bilan et les perspectives du secteur, sous forme d’actes du colloque organisé par l’OCDE/LEES et le CAS le 6 mars 2012.

En annexe figurent une estimation du poids du secteur, 9 fiches exemples d’entrepreneuriat social réalisées par le Cabinet McKinsey et un recueil de bonnes pratiques de 30 entreprises en France et dans le monde.

Téléchargez l’étude « L’entrepreneuriat social en France / Réflexions et bonnes pratiques »

Documents joints
Téléchargez l’étude (PDF – 4 Mo)

Cet article a été publié le 4 août 2013 sur le site du RIPESS

Le RIPESS est un réseau de réseaux continentaux engagés dans la promotion de l’économie sociale et solidaire. Les réseaux continentaux du RIPESS rassemblent des réseaux nationaux et des réseaux sectoriels. Le RIPESS croit à l’importance d’une mondialisation de la solidarité afin de construire et de renforcer une économie qui met les gens et la planète au centre de son activité. De Lima à Québec, de Dakar au Luxembourg, le RIPESS organise des Rencontres internationales aux quatre ans afin de créer un espace d’apprentissage, d’échange d’informations et de collaboration.

jeudi 8 août 2013

lundi 1 juillet 2013

La culture scientifique au service de l'économie : une nouvelle finalité ?

J'ai prononcé ce texte lors de l'audition publique sur les perspectives de la CSTI organisée par l'OPECST le 13 juin dernier ; j'étais invité à témoigner dans la table-ronde à propos des relations entre économie et CSTI.

Bonjour. Merci Monsieur le Président de votre invitation qui me donne l’opportunité d’exprimer ici un point de vue collectif, celui porté par un nombre croissant de centres de science (qu’on appelle aussi CCSTI) engagés dans un mouvement profond de rénovation. Je parlerai donc du point de vue de nos organisations, et non de celui, en général, de la CSTI - tout simplement parce que différentes approches coexistent, et que cette diversité est nécessaire, car personne n’a trouvé pour l’instant la recette miracle.

Pour aller directement à l’essentiel, oui, nous sommes convaincus que nous jouons un rôle nouveau dans la stratégie économique nationale, même si ce rôle n’est pas encore pas bien reconnu pour l’instant. Et ce rôle, nous le jouons non pas en nous transformant en publicitaires de l’industrie française sous couvert de culture scientifique - non, nous agissons comme acteurs du développement par une approche inclusive des connaissances et des innovations. Nous agissons comme acteurs du développement grâce à notre ancrage dans les territoires. Nous agissons enfin comme acteurs du développement en nous transformant en plateformes créatives, en incubateurs à projets culturels, sociétaux, éducatifs et pourquoi pas d’entreprises.
 
Ce sont les 3 principaux points que je vais développer maintenant.

1er point. Nous agissons comme acteurs du développement par une approche inclusive des connaissances et des innovations.

Dans notre démarche de recherche et développement sur les nouvelles formes de la médiation scientifique et culturelle, nous focalisons réellement sur le public, sur les jeunes et en particulier les adolescents et les jeunes adultes. D’où de nombreux projets articulant culture numérique et culture scientifique ; car le numérique est éminemment structurant du rapport à la culture et à la connaissance aujourd’hui.

Juste un mot aussi, sur la médiation, pour préciser que de notre point de vue, la médiation n’a pas pour objectif d’être une sorte d’intermédiaire entre des mondes vus comme séparés. Nous voyons la médiation comme création d’un espace public social permettant la rencontre, le dialogue, la confrontation, l’action entre divers acteurs - dont les acteurs économiques.

Concrètement, c’est l’idée qu’il n’y a pas d’un côté des scientifiques qui savent tout, de l’autre des industriels motivés seulement par l’argent, et encore d’un autre côté des populations ignorantes. Nous soutenons l’idée qu’il faut absolument sortir des visions caricaturales et offrir des opportunités aux uns comme aux autres d’échanger, de dialoguer, et de co-construire. Sur le terrain, cela se traduit par l’évolution de nos expositions en laboratoires vivants (les fameux Living Labs) où les visiteurs-participants contribuent à tester, débattre, co-concevoir des dispositifs ou des scénarios avec des chercheurs, mais aussi des designers, des créatifs. Allez voir l’expo RiskLab à la Science Gallery deDublin par exemple, ou plus près de chez nous, l’expo CervoRama à Cap Sciencesà Bordeaux pour avoir une idée plus concrète de ces nouvelles approches.

Et il se trouve qu’en parallèle, d’autres structures du champ du développement économique ont développé ce type de pratiques, souvent qualifiées d’innovation ouverte. Ainsi, nous sommes en train de nous rapprocher actuellement des pôles de compétitivité, des incubateurs, et des organismes de transfert et de valorisation des universités ou des organismes de recherche pour articuler nos actions et enrichir, par une pratique démocratisée, une véritable culture de l’innovation pour tous, moteur de prises d’initiative et de développement de projets.

2ème point. Nous agissons comme acteurs du développement grâce à notre ancrage historique dans les territoires. 

aussi, nous envisageons les choses différemment. C’est-à-dire qu’il ne s’agit plus de nouer des alliances ici ou là pour monter une expo ou organiser des conférences publiques, ni même de constituer des réseaux thématiques, mais bien de changer de paradigme et de considérer le territoire comme un écosystème culturel, économique et social. Avec les écoles, les universités, les centres de recherche, les entreprises, les associations, les collectivités locales, etc. les centres de science contribuent à la bonne santé et au développement de leur écosystème.

De centres de coût, nous nous positionnons alors comme des centres de profit – au sens de l’intérêt général et non au sens financier du terme – car nous générons une dynamique positive de fertilisation croisée entre différents acteurs locaux qui ne se croisaient que très peu jusqu’ici. Concrètement, en favorisant la transversalité entre les disciplines, entre les pratiques, comme par exemple entre le milieu de la culture scientifique et celui de l’économie créative ou de la culture numérique, en croisant des élèves des écoles de la deuxième chance avec des jeunes designers et ingénieurs – et notamment des jeunes femmes – comme nous avons fait récemment à Grenoble, en mobilisant les structures d’insertion sur des projets d’innovation ouverte avec la participation d’entreprises locales, nous contribuons activement à redonner l’estime de soi à des jeunes en situation d’échec scolaire, à leur ouvrir l’esprit sur des domaines et des processus professionnels qu’ils ne soupçonnaient même pas. Nous développons une ambiance, un environnement, un état d’esprit, des outils et des méthodes propices à la curiosité, à la créativité, à l’imagination, à l’engagement et, j’ose le dire, à l’envie d’entreprendre.

3ème point. Nous agissons comme acteurs du développement en nous transformant en plateformes créatives, en incubateurs à projets. 

Depuis une dizaine d’années, nous élaborons un nouveau concept de centre de culture scientifique technique et industrielle, qui arrive aujourd’hui à maturité grâce au coup d’accélérateur du programme des Investissements d’avenir. Je fais référence bien évidemment au projet INMEDIATS que j’anime avec mes 5 confrères - et amis - de Bordeaux, Toulouse, Caen,Rennes et Paris, mais aussi au projet APIS porté par l’Exploradome à Vitry-sur-Seine, au projet Territoires de la CSTI qui fédère 5 autres CCSTI à travers la France, et aussi au projet La Métis que la Rotonde / Ecole des Mines de St Etienne est train de finaliser.

Ce concept de centres de science de nouvelle génération peut se définir comme le passage de centres de diffusion de contenus scientifiques, à des plateformes d’innovation sociale, culturelle, et de développement – personnel et territorial. Pour cela, nous avons changé radicalement nos approches des “publics” et des experts. Nous les considérons tous, les uns et les autres, membres d’une même communauté d’intérêt. Nous nous intéressons à leurs pratiques, leurs attentes, leurs représentations, et nous construisons avec eux des programmes d’action et de développement. Je vous l’ai dit, notre approche de la culture scientifique technique et industrielle est inclusive, souvent construite en démarche de projet.
La création deFablabs, ces espaces de fabrication numérique avec imprimantes 3D, dans nos centres est l’un des meilleurs exemples de notre évolution vers de nouvelles pratiques qui articulent le partage des savoirs entre pairs, la valorisation du geste technique, du travail manuel, et les communautés en lignes et l’économie de la contribution. Car tout cela fait système.

En conclusion, donc oui les centres de science de nouvelle génération ont un rôle dans le développement social et économique de nos territoires, et donc dans le redressement productif et créatif de notre pays. Et c’est un rôle qu’il faut soutenir et encourager. Oui, nous agissons tous les jours auprès des jeunes, des habitants, des établissements d’enseignement et de recherche, des entreprises, des associations et des structures d’insertion et de développement pour aider chacun à mieux vivre sa vie, pas juste grâce à la science, mais en trouvant sa place dans une société de la connaissance.
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Revoir la vidéo des débats de l'après-midi sur le site de l'OPECST
Lire un compte-rendu de cette journée sur le blog fiXience
Merci à Johan pour la photo ;)

dimanche 30 juin 2013

lundi 21 mai 2012

Numérique : ce qu’il va falloir casser pour que ça avance…

par An@é(son site) lundi 21 mai 2012 

Publié par Michel GUILLOU sur son blog Neottia

Avertissement liminaire : ce billet est à l’usage de ceux d’entre les acteurs de l’école qui veulent délibérément s’engager dans le numérique. Il convient de ne passer aucune étape, l’ordre ayant peu d’importance. En revanche, un très grand soin doit être apporté à l’entreprise globale par la réussite complète de chacun des items.

Casser les murs et les meubles

J’avais, il y a un moment déjà, dans ce billet, suggéré qu’on pousse plus loin les murs de la classe. C’est insuffisant : pour bien faire, il faut tout casser.

Dans un groupe de travail matinal auquel je participais, il y a quelques jours, une ministre de l’ancien gouvernement, maire de sa ville en banlieue sud de Paris, s’interrogeait : faut-il construire une salle informatique dans les écoles de ma ville ?

La réponse, Mme la ministre, est simple : c’est non. Il faut casser intégralement tous les murs des classes des écoles de votre ville. Et, tant qu’à faire, casser aussi les murs des salles de classe des collèges et des lycées.

L’école numérique s’accommode mal d’espaces clos non modulables que sont nos salles de classe, rectangulaires, fermées. Sans doute convient-il de garder quelques espaces de ce type mais il faut aussi prévoir partout ailleurs la possibilité d’un cloisonnement modulaire et adaptable à des activités de groupe où le nomadisme est la règle. Et tant qu’à casser les murs, cassons aussi les mobiliers de classe, tables et chaises inadaptées, les tableaux verts pour la craie, les armoires de rangement pour les cartes de géographie, les estrades et les bureaux des maîtres !

C’est l’ensemble de l’architecture et du design scolaires qui doivent être repensés à l’heure du numérique. Et, compte tenu qu’on ne construit pas une école ou un collège pour en casser les murs deux ans après sa construction, c’est sans tarder que les collectivités, en relation avec les parents et l’Éducation nationale, doivent se mettre à ce chantier très urgent.

Casser les temps scolaires

Le sujet à la mode est d’évoquer les modifications des rythmes scolaires mais certes pas à l’aune du numérique. Pourtant, il s’agit là d’une préoccupation majeure de ceux qui s’y aventurent.

Soyons clair, l’heure de classe, dans son format de 55 minutes, en fait, le plus souvent, ne convient pas à l’enseignement par le numérique. Définir les objectifs d’une séquence, accéder aux terminaux numériques, quels qu’ils soient, chercher, collaborer, élaborer, produire, changer de lieu puis échanger, partager, rendre compte, évaluer parfois… et ranger va certainement prendre beaucoup plus que la petite heure traditionnelle. Ou beaucoup moins si l’on fragmente les activités.

Par ailleurs, compte tenu de l’augmentation prévisible et de la pertinence des enseignements en ligne et parfois à distance, le temps scolaire stricto sensu ne pourra se résoudre au seul temps passé en classe, face au professeur ou à ses côtés. Il faudra bien trouver une solution et revoir les missions des professeurs, je vous en reparle.

Là encore, la souplesse des emplois du temps sera une condition sine qua non de la réussite de l’école numérique. On conçoit l’énormité de la tâche, tant les contraintes actuelles sur les emplois du temps (enseignements obligatoires, options, spécialités) les rendent incompatibles avec la modularité et la souplesse exigées par le numérique.

Il faut pourtant s’y préparer et le plus tôt sera le mieux.

Casser les disciplines et les modes d’enseignement

Vous l’avez compris, l’école numérique s’accommode mal de structures spatiales et temporelles rigides. Mais il en est de même des enseignements cloisonnés en séquences disciplinaires rigides.

Il s’agit là d’une tâche incommensurable, tant sont grandes les résistances et solides les archaïsmes. L’école républicaine est fondée sur l’enseignement disciplinaire et sa didactique propre. S’y attaquer, c’est s’attaquer aux fondements mêmes de l’école.

L’école numérique, en multipliant les temps d’autonomie, de travail en groupe, de coopération, tend à faire se croiser, à travers des objectifs qui les traversent, les références et les champs disciplinaires. Le co-enseignement devient la règle, comme on a déjà commencé à le pratiquer dans les itinéraires de découverte, les travaux personnels encadrés, les enseignements d’exploration, l’accompagnement personnalisé en lycée.

Ces séquences, qui devraient se dérouler dans des lieux différents, dans des moments différents, pourraient être prises en charge par un ou plusieurs professeurs, selon les modes d’organisations adoptés pour le groupe d’élèves, selon les objectifs disciplinaires ou transdisciplinaires, éventuellement transversaux assignés.

Casser l’évaluation et les examens

En effet, comment continuer comme avant ?

Dans l’école numérique, il n’y a pas de logique à utiliser en permanence les ressources en ligne disponibles si ces dernières doivent êtres mises hors d’atteinte des élèves dans les moments d’évaluation. On ne peut pas, pendant les temps d’apprentissage, ouvrir en grand ses yeux et ses oreilles sur le monde s’il faut se refermer sur soi-même comme une huître quand il s’agit de rendre compte de ce qu’on sait ou qu’on a appris.

Et qu’a-t-on appris au juste ? Les contenus, les savoirs encyclopédiques sont disponibles en permanence, partout, en tous lieux… Que vérifier ? Quelles compétences doivent être acquises ? La restitution mot à mot de ces savoirs ou l’appropriation qu’en fait l’élève, sa capacité à en comprendre les mécanismes et les contextes ? Les affaires récentes liées à l’utilisation faite de Wikipédia, par un professeur d’une part, par les élèves d’autre part, montrent bien qu’on ne peut tout simplement plus faire comme avant…

Que vérifier ? Qu’évaluer ? Le copier-coller est-il légitime s’il est adapté et compris ? Le plagiat doit-il être toujours montré du doigt ? On le sait bien, l’école numérique encourage au partage et à l’échange, à la collaboration aussi. Comment transformer les modes d’évaluation, portant pour l’essentiel sur les capacités et les compétences individuelles, pour permettre aussi l’acquisition de ces dernières par un groupe de travail ? De l’individu au collectif…

C’est tout un chantier qui doit être conduit pour modifier les référentiels et le socle commun des connaissances et des compétences.

Cette mise en perspective doit aussi ouvrir la réflexion sur la refonte des examens et des concours. Là encore, il convient — d’autres pays ont commencé la démarche avant nous — de permettre aux candidats ou aux examinés d’accéder, sur des moments précis, dans des circonstances particulières, aux (à des) ressources en ligne disponibles.

Casser les postures et les discours

Il découle naturellement des modifications précédentes que la posture même du maître ne peut plus être la même.

La prise de conscience par ce dernier qu’il ne peut plus être l’unique et intangible transmetteur de savoirs sera sans doute l’épreuve la plus difficile à vivre pour beaucoup. C’est une très profonde remise en question de la figure immémoriale du maître qui est mise à mal avec le numérique. Il va de soi que ces enjeux devront être d’abord compris de l’encadrement et des corps d’inspection pour l’accompagnement spécifique des collègues en difficulté.

C’est aussi la position du maître qui change ou changera. Habituellement placé face à la classe, sur une estrade parfois, il devra passer dans la classe aux côtés des élèves ou derrière ces derniers pour les accompagner dans leurs démarches d’apprentissage.

Par ailleurs, et ce n’est pas le plus simple, le maître sera aussi capable d’accompagner, selon des modalités à définir dans ses missions, l’élève à distance, au-delà du temps de la classe.

Note : certains hommes politiques, toujours en recherche d’économies à faire sur l’éducation, imaginent que le numérique sera l’occasion de diminuer les taux d’encadrement. Tous les exemples ci-dessus montrent le contraire : les modifications des formes d’enseignement et des postures des maîtres contraindront au co-enseignement et à l’encadrement multiple, en classe (ce mot n’a plus beaucoup de sens car ni l’espace ni le groupe ne pourront être conservés). Par ailleurs, l’apprentissage en ligne s’ajoutera aux missions existantes…

Casser les missions, les relations avec les élèves, les parents…

Bien entendu, comme déjà évoqué, les missions mêmes des enseignants ne pourront plus être les mêmes. Il y aura aussi à résoudre un paradoxe : comment concilier le suivi à distance de l’élève au-delà du temps scolaire et la nécessaire présence plus active et durable sur les lieux de scolarité ?

Les relations avec les acteurs, élèves et leurs parents, sont aussi à revoir, à l’heure de la co-éducation au numérique (apprentissage de la responsabilité, de l’autonomie).

Bon, on commence quand ?

PS : on pourra, pour compléter sa réflexion, écouter avec profit cette petite vidéo qui date déjà de 2010.

Michel Guillou @michelguillou

http://www.educavox.fr/actualite/debats/article/numerique-ce-qu-il-va-falloir