jeudi 11 août 2011

Tunisie : bac mention révolution

"Printemps arabe" oblige, la session 2011 du bac en Tunisie, aussi exceptionnelle que particulière, était très attendue.

Le déroulement du premier examen national, depuis le 14 janvier et la chute de Ben Ali, a été un indicateur de l’état de la société tunisienne. La tenue des épreuves, qui ont eu lieu dans de bonnes conditions, a lancé deux signaux forts : un retour à la normale et l’inaliénabilité des fondamentaux, dont celui de la méritocratie.

Atmosphère bon enfant mais politisée
« Avec près de trois mois de grèves et de perturbations, il fallait éviter à tout prix une année blanche et couvrir quand même le programme, on a mis les bouchées doubles », souligne Mahmoud Ayed, professeur d’histoire à Sousse. Cette année, les épreuves du bac se sont déroulées sous haute surveillance, avec les militaires aux portes des lycées pour dissuader les fauteurs de troubles aux côtés de parents distribuant boissons et encouragements. Une atmosphère bon enfant mais politisée quand même ; l’examen a servi de prétexte au parti islamiste Ennahdha pour faire du prosélytisme : cours de soutien gratuits, renforts pour la garde des établissements et citations du Coran pour porter chance…

Régions révolutionnaires lauréates
En ce qui concerne le nombre d’admis, le secteur public l’emporte sur le privé et les établissements pilotes raflent les mentions, mais ce sont les régions, actrices majeures de la révolution, qui enregistrent les meilleurs scores, avec une mention spéciale pour les lycées de Sfax.

« C’est toujours un diplôme, même s’il n’a pas de valeur », estime Sarah, bachelière ayant obtenu une mention bien, tandis qu’Amira Boukef, enseignante d’arabe, soutient que « le niveau du bac tunisien est excellent, mais c’est la formation dispensée à l’université qui laisse à désirer et qui est en inadéquation avec le monde du travail ». Ces quelque 80 000 nouveaux bacheliers viendront-ils grossir le contingent des 150 000 diplômés chômeurs ? Pour l’heure, la révolution n’est pas en mesure d’apporter une réponse à cette délicate question.


11/08/2011 à 10h:55 Par Frida Dahmani, à Tunis

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