Affichage des articles dont le libellé est Nouvelles technologies. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Nouvelles technologies. Afficher tous les articles

samedi 6 juillet 2013

Comment travaillerons-nous demain?

A quoi ressemblera la travail demain ? Quelles places occuperont les nouvelles technologies ? Comment notre lieu de travail aura-t-l évolué ? ou encore qui seront nos interlocuteurs ? Toutes ces réponses avec Sandra Enlart et Olivier Charbonnier, auteurs de « A quoi ressemblera le travail demain ? ».


En 2012, l'étude du Ministère de l'Économie, des Finances et du Commerce extérieur évalue à 12,4 % la proportion de salariés français pratiquant le télétravail plus de 8H par mois dans les grandes entreprises. Photo : Matthew Bowden


Le lieu de travail devient une ressource plus qu'une contrainte

C'est là un changement majeur de paradigme.On viendra à son travail d'abord parce que ce sera un moyen – un bureau, une salle de réunion, un équipement bureautique, une convivialité... – dont on aura besoin pour produire, et non pour se conformer aux horaires stipulés dans le règlement intérieur, à l'injonction de son manager ou au contrôle de la pointeuse.

Pour continuer à attirer ceux qu'elles veulent recruter, les entreprises devront comprendre, et c'est là une évolution importante, que l'environnement de travail deviendra une préoccupation majeure. Le déplacement vers son lieu de travail étant perçu comme coûteux – temps perdu insupportable dans un monde où l'on cherche constamment à gagner du temps, transport de plus en plus mal considéré sur le plan environnemental, activités sociales qu'on ne sait plus gérer si elles ne sont pas diluées dans l'espace-temps professionnel –, il faudra de solides raisons pour s'y rendre.

Tout comme le dress code, en s'assouplissant, est venu marquer un rapprochement entre sphère privée et sphère professionnelle, les espaces de travail offriront donc davantage de confort, de proximité avec des environnements plus familiers, plus chauds, plus détendus.Les entreprises qui le pourront (surtout les PME et TPE) préféreront le cœur de la Cité aux atmosphères froides des zones d'activité commerciale. Les espaces de travail seront également conçus, c'est là une seconde évolution, pour renforcer la création de valeur (au sens économique du terme).

Si l'on attend de ses collaborateurs qu'ils fassent preuve de concentration, de polarisation mentale, de capacité à traiter un projet, un dossier, une situation avec rigueur et précision, l'aménagement de leur espace, les couleurs, le mobilier, etc., seront nécessairement différents d'une situation de travail exigeant de la créativité, de l'ouverture, de l'intuition... De fait, il n'y aura pas d'espace de travail type tout simplement parce qu'il n'y aura pas un modèle type de création de valeur. Les formes d'organisation et d'aménagement du travail varieront d'une entreprise à une autre en fonction des choix que chacune aura faits. Au sein d'une même entreprise, ces formes seront plurielles en fonction des métiers concernés. Troisième évolution, les espaces de travail devront être conçus en tenant compte des possibilités qui s'offrent aux collaborateurs à l'extérieur de l'entreprise.

La concurrence avec des lieux de travail alternatifs sera rude : possibilité de travailler chez soi, de se poser quelques heures, quelques jours dans des espaces de type e-cool, de travailler pour une PME à l'atmosphère chaleureuse, créative... Si par exemple un espace de coworking est facilement accessible aux salariés dont on attend une capacité de créativité, d'ouverture, l'entreprise aura intérêt à l'investir pleinement pour concentrer ses efforts en interne sur des besoins qui ne trouvent pas de réponse à l'extérieur.

Quatrième évolution consacrant le lieu de travail comme une ressource, l'aménagement d'espaces éphémères. L'enjeu sera de concevoir des espaces facilement modifiables, avec des coûts d'investissement contenus, pour permettre un renouvellement rapide en fonction de l'évolution des orientations stratégiques, des métiers et de l'environnement. À l'image des ambiances de tournage, des plateaux de production seront installés dans les entreprises de façon à pouvoir reconfigurer les lieux en fonction des besoins de la scène à tourner.

Client, investisseur, producteur ou le « tout en un »

On est tour à tour investisseur, producteur, client dans des configurations peu prévisibles, non programmatiques, aléatoires. Cette mutation est déjà à l'œuvre dans certains secteurs d'activité comme la banque ou la grande distribution.

Quand nous gérons nous-mêmes notre compte sur Internet, nous « travaillons » gratuitement à la place de notre banque quand nous passons nous-mêmes nos articles à une caisse électronique, nous « travaillons » à la place de la caissière. Mais l'exemple qui peut nous amener le plus loin pour analyser cette confusion des positions et les ressorts sur lesquels elle se fonde est sans doute celui d'organisations telles que WikiLeaks. Ce type de structure propose d'agir en mettant à la disposition du public un ensemble de moyens sans présager de ce qui sera produit si ce n'est l'objet même pour lequel l'association s'est constituée. Nous sommes loin d'une production planifiée avec ses actions prescrites, ses ressources encadrées, ses résultats contrôlés...

Bien sûr, la comparaison entre ces nouvelles formes d'entités et les organisations marchandes est limitée par des finalités et un système de contraintes très différent. Mais ce qui nous intéresse avant tout avec ces organisations d'un genre nouveau ou des formes analogues de production telles que les logiciels en open source, c'est que ces modèles proposent des systèmes de coopération ouverts, souples, agiles, rigoureux, associant plusieurs milliers de personnes... et qui marchent ! L'éphémère devrait devenir, sinon la norme, du moins une tendance montante des organisations de demain. On produira selon des configurations d'équipe ad hoc, des temporalités et des modalités nouvelles.

Première caractéristique de cette mutation, celle d'être construite autour d'interconnexions non maîtrisées a priori: une chaîne d'individus agissant en dehors de tout process global cohérent, prédéfini, maîtrisé par quelques-uns. Les maillons s'articulent les uns aux autres alors même que ce maillage n'a pas été programmé. Il devient possible de travailler (mais est-ce le bon terme ?) à plusieurs sans se connaître, depuis n'importe quel endroit, sans prescription ni supervision. Chacun configure sa place en fonction d'espaces laissés vacants ou d'actions nouvelles à construire.

Seconde caractéristique, la dispersion (géographique, culturelle, fonctionnelle) des contributeurs. Elle ne sera plus un problème car il existera de plus en plus de points d'ancrage commun matérialisés ici par des espaces numériques (plateforme, réseaux, géolocalisation) mais également par des espaces physiques (espaces de coworking, espaces e-cool...).

Troisième caractéristique, ce ne sont pas les processus (de décision, de production, de gestion...) qui primerontmais bien les moyens mis à la disposition de qui souhaitera s'en emparer. À la différence d'une organisation classique, les moyens donnés aux contributeurs l'emporteront sur les process, réduits à leur strict minimum. À charge pour chacun – et cela pose clairement des régulations à mettre en œuvre pour que ce « chacun » soit tout le monde et non une élite de privilégiés – de les repérer, de s'en saisir et de les valoriser au mieux.

Quatrième caractéristique, l'engagement de ces contributeurs sera d'une durée et d'une étendue variable, sans que des cadres préétablis ne viennent fixer de façon claire et partagée les choses. Plus précisément, il est probable que des contrats-cadre de forme multiples émergent pour fixer, dans les grandes lignes mais en conservant toute la souplesse nécessaire, les principes de la collaboration. Chacun composera entre les besoins de l'organisation et son propre système de contraintes.

Cinquième caractéristique enfin, le bénéficiaire du système pourra aussi être son contributeur. C'est même là une caractéristique majeure car elle fonde largement l'engagement, l'aisance et la souplesse nécessaire aux quatre premières caractéristiques. Une impression de « confus » pourra donc naturellement se dégager de ces nouvelles formes de production collective, mais en fait, ces positions se « confondront », voire se co-fonderont.Les sphères privée et publique se recouvreront jusqu'à ne plus avoir beaucoup de sens ni même seulement d'intérêt.

Le couple « contribution/rétribution » se complexifiera

Une rétribution élevée pourra être le fruit d'une contribution faible (et inversement) si on la regarde à un instant dans un périmètre étroit. Mais si on reconstruit le chemin qui a conduit à cette rétribution, on découvrira des contributions qui n'ont donné lieu à aucune rétribution au moment où elles étaient produites, si ce n'est celle de pouvoir continuer à « jouer » en misant sur le fait que « ça paiera un jour », sans bien savoir ni quand ni quoi ni comment. On comprend mieux pourquoi les notions de planification, de répartition stable du travail, de mesure, de contrôle risquent de se vider de leur sens, voire de devenir contre-performantes.

Il s'agira au contraire d'évoluer dans un espace aux contours mouvants, de ne pas programmer (ce qui ne veut pas dire de ne pas se fixer des caps), de se réajuster en permanence, d'être dans une économie du temps fluctuante, d'accepter de contribuer sans bien savoir ce que ça rapportera et si même seulement ça rapportera, de développer les responsabilités pour permettre au contrôle de s'auto-administrer dans une certaine mesure.

Bien sûr, ce mouvement ne touchera pas tout le monde de la même manière mais il s'agira d'une tendance forte.Rappelons-le, nous ne voyons pas dans ce système un modèle qui remplacerait l'actuel et serait celui que devrait suivre nos organisations demain. Nous y percevons en revanche des caractéristiques nouvelles susceptibles de préfigurer de nouvelles formes de système de production et imposant une approche organisationnelle et managériale radicalement différente. WikiLeaks a sa propre logique qui n'est certes pas celle d'un fabricant de chaussures ou de médicaments. Mais il invente et démontre sous nos yeux que les rôles et fonctions auxquels nous sommes habitués depuis la révolution industrielle sont en train de bouger.

Les technologies ont permis ces changements, mais c'est la société dans son ensemble qui leur donnera sens.

Ecrit par Rédaction Économie Matin - publié le 06/07/2013

http://www.jolpress.com/livre-a-quoi-ressemblera-le%20travail-demain-sandra-enlart-olivier-charbonnier-article-820570.html

jeudi 27 juin 2013

Les villes européennes deviennent intelligentes

L’Union européenne a financé pour 365 millions d'euros de projets mettant en avant
l'interaction entre les citoyens et les outils numériques / John Minchillo/AP/SIPA

Les smart cities et autres quartiers numériques se développent en Europe. Chargées d'assurer la gestion des ressources énergétiques de demain, ces villes du futur risquent de changer rapidement nos modes de consommation. 

La ville de Nice s'est depuis peu convertie au TIC (technologies de l'information et de la communication). Près de 200 capteurs ont été installés sur la chaussée, les lampadaires ou les poubelles afin de collecter, en temps réel, un maximum d'information. La nuit, l'éclairage s'adapte aux mouvements des passants. Les poubelles numériques avertissent les éboueurs une fois pleines; l'automobiliste peut détecter avec son smartphone les places de stationnement encore libres.

Le cas Niçois est loin d'être isolé. Glasgow, Santander ou Bristol expérimentent aussi le quotidien du citadin de demain. Les smart cities s'imposent en Europe. Les prémices d'une transformation nécessaire? 

La ville est l'avenir de l'homme

D'après les prévisions de l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques ), 70% de l'humanité habitera dans des villes à l'horizon 2050. De quoi s'interroger sur la gestion de l’énergie et des ressources naturelles dans les agglomérations.

Les métropoles occupent aujourd'hui 2% de la surface du globe et abritent près de 50% de la population mondiale. Elles consomment cependant jusqu’à 75% de l’énergie produite tout en étant à l'origine de 80% des émissions de CO2 dans le monde.

Face au défi énergétique à venir, les États souhaitent mettre en place un nombre croissant d'infrastructures intelligentes qui nous aiderons à réguler notre consommation. Un lampadaire intelligent permet, par exemple, de réduire de près de 30% les factures d’électricité. Selon la Commission européenne,

"chaque année, les embouteillages coûtent à l'Europe environ 1% de son PIB, en particulier dans les zones urbaines. Les technologies intelligentes appliquées au milieu urbain peuvent apporter des réponses efficaces à certains de ces problèmes."

Les pizzas livrées par drone

Dès 2011, l’Europe s'est intéressée à la mise en place des smart cities, et a lancé le projet "Villes et communautés intelligentes". En 2012, 81 millions d'euros ont été débloqués pour cette initiative. L'argent revient aux villes ayant proposé des projets tournés vers les transports et l’énergie.

Mais les gros chantiers n'ont démarré qu'en 2013. Cette année, l’Union européenne a financé pour 365 millions d'euros de projets.

Les métropoles européennes ont vite suivi le mouvement. Le Royaume-Uni a organisé, dès 2012, un grand appel à projet auprès d'une vingtaine de villes. Glasgow l'a emporté. La métropole bénéficiera d'une subvention de 25 millions de livres afin de devenir la premièresmart city britannique.

Une victoire qui n'a pas n'empêché les autres agglomérations d'innover en la matière. Bristolvient d'installer des boîtes aux lettres, lampadaires et arrêts de bus parlants. Un simple appel depuis votre smartphone vers le numéro gravé sur l'objet en question permet d'engager une conversation avec l'objet "intelligent" sur la vie de la ville.

La première livraison de pizza par drone a eu lieu en Angleterre ce 3 juin.



Toute l'Europe est contaminée par cette soif d'innovation (Amsterdam, Hambourg...). Genève teste de son côté un système de recharge partielle en 15 secondes pour ses autobus électriques.


Mais à ce jour, seul Santander, en Espagne, peut être considérée comme la première ville connectée d'Europe.

La ville au 12 000 capteurs

Santander compte 12.000 capteurs disposés sur les façades des murs, les lampadaires, les poubelles, les autobus et même sur le sol. Chacun possède une fonction qui lui est propre (mesurer le trafic routier, la pollution...). Toutes ces informations sont collectées sur une plate-forme informatique présente dans l'université de la ville.

L'utilisateur peut accéder à cette somme d'informations à tout moment en consultant son smartphone et en se connectant aux différentes applications proposées par la ville.


Parmi les plus populaires: "Pulso de la Ciudad", une application qui met le citoyen à contribution. Ce dernier est invité à prendre en photo tous les incidents ou problèmes qu'il aura constaté dans la ville. L'information est directement partagée sur une plate-forme en ligne, consultable par tous les citoyens.

La municipalité est immédiatement avertie afin de trouver une solution. Une journal numérique spécialement mis en place, El Diario Montañés, publie régulièrement les infos glanées par les citoyens. Participatif, sécurisant....mais délétère!

L'Union européenne aurait donné entre 6 et 9 millions d'euros pour financer le projet. Le reste vient des nombreuses entreprises spécialisées dans les nouvelles technologies venues s'installer dans la métropole. Un moyen, pour ces sociétés, de bénéficier d'une vitrine internationale tout en profitant du marché florissant du numérique développé là-bas.

Big Brother is watching you

Mais ces nouveaux outils ne sont pas du goût de tous. De nombreux internautes s'inquiètent, à juste titre, pour leur vie privée.

La ville intelligente se veut participative mais elle est aussi intrusive, avec la multiplication du nombre des caméras de surveillance.

D'autres s'interrogent sur le rôle important que prennent les sociétés privées dans la conception de la ville. Chaque "city" est en partie construite par des entreprises en charge de la logistique de la métropole. Elles collectent des milliers de données personnelles sur les usagers. A l'heure où les scandales sur l'intrusion des géants du web dans nos vies privées (Google, notamment) explosent, l'utilisation de ces informations pose question.

Par Ludovic Clerima (Paris)

Jeu, 27/06/2013 - 15:30

Crédit photo : JS EVRARD/SIPA

http://fr.myeurop.info/2013/06/27/les-villes-europeennes-deviennent-intelligentes-10831

samedi 5 mai 2012

Internet a-t-il tué la créativité et l'innovation technique ?

C'était mieux avant
Publié le 4 mai 2012

Microsoft, Apple, Google ou même Facebook ont modifié nos modes de vies ces dernières décennies. Mais les ipods et autres smarphones ont-ils vraiment plus bousculé nos vies que l'électricité, la voiture ou les communications radio ne l'avaient fait au début du 20ème siècle ? En réalité, la révolution du numérique a surtout remis en cause les moteurs traditionnels de la croissance industrielle.

"La révolution du numérique a mis en cause les moteurs traditionnels de la croissance industrielle" Crédit Reuters
Atlantico : La grande stagnation, c'est le titre du livre de l'économiste américain Tyler Cowen : selon lui, si on compare l'ère digitale de ce début du 21ème siècle avec les révolutions des vies quotidiennes intervenues au début du 20ème, qu'il s'agisse de l'électricité, des voitures ou des communications électroniques, on se rend compte que les innovations actuelles changent relativement peu nos vies. Les voitures sont toujours les voitures, nos sources d'énergie proviennent toujours largement d'énergies fossiles, les lave-vaisselles ne lavent toujours pas l'ensemble de ce qu'on y met et nous n'avons pas colonisé Mars. Internet a-t-il paradoxalement tué la créativité et l'innovation technique ?

Jean-Louis Caccomo : Cette question est intéressante mais n'est pas nouvelle. Le débat entre ceux qui croient à une accélération des innovations et ceux qui, au contraire, pensent que l'on assiste à un épuisement inéluctable des innovations, a toujours existé. Ainsi, à la fin du XIX° et au début du XX° siècle, on se demandait déjà si tout n'avait pas été inventé. Souvent, les innovateurs ne sont pas conscients eux-mêmes de tout le potentiel économique de leur découverte.

Pour répondre à votre question, je ne crois pas qu'Internet ait tué la créativité et l'innovation technologique. Né dans le domaine militaire aux USA dans les années 70, le réseau Internet a connu par la suite un développement spontané extraordinaire au niveau de la planète au point de donner naissance à un nouvel espace de création de richesses et d'innovation, qu'est le cyberespace. Dans cette nouvelle dimension, on a assisté à un foisonnement d'innovations depuis les années 80 qui ont donné naissance à des entreprises de taille mondiale comme Microsoft, Apple, Google, Facebook pour ne citer que les plus emblématiques. La révolution Internet a profondément changé notre rapport à la connaissance et à l'information au point de donner naissance à une économie de la connaissance à part entière de la même manière que la révolution de la vapeur avait donné naissance à l'économie industrielle. Cette économie de la connaissance est transfrontalière et a bouleversé la hiérarchie des nations, donnant naissance à de nouveaux acteurs et faisant émerger de nouvelles puissances. En fait, nous vivons dans un monde en pleine ébullition dans lequel sont en train d'émerger les trajectoires technologiques qui vont porter la croissance de demain. Mais ce processus prend du temps.

Depuis l'avènement d'Internet, on peut constater une croissance économique globalement décevante dans le monde occidental, un ralentissement dans les innovations, une concentration des secteurs autour du numérique. Faut-il y voir une relation de cause à effet ?

Les travaux sur les cycles technologiques longs (Kondratieff, Schumpeter...) ont montré que les innovations et les nouvelles technologies sont à l'origine de cycles économiques qui s'inscrivent dans un processus de "destructions créatrices", pour reprendre l'expression chère à Schumpeter. Les phases de croissance sont portées par le développement de nouvelles industries à caractère générique qui structurent l'ensemble du tissu économique. Ainsi, la révolution industrielle a été portée par la révolution de la vapeur et la mise en place de l'organisation scientifique du travail (Taylorisme). Puis l'électricité et le pétrole ont pris le relais. Après la deuxième guerre mondiale, la croissance occidentale s'est appuyée entre autres sur l'industrie automobile (fordisme) et l'équipement des ménages. Bien-sûr, le basculement d'un système technologique à un autre n'est pas linéaire et est l'occasion de période de crises intenses par lesquelles s'effectuent, plus ou moins bien selon les pays, des "sauts" technologiques. Dans ces périodes de fortes turbulences, la hiérarchie des nations est quelque peu bouleversée. Ainsi, pendant la première révolution industrielle, l'Angleterre était la nation leader ; après la seconde guerre mondiale, les USA ont le leadership. Ils sont la nouvelle frontière technologique. ...

Jean-Louis Caccomo est maître de conférences en sciences économiques à l'Université de Perpignan.

Auteur d'un ouvrage sur le développement des industries numériques aux éditions Les défis économiques de l'information (L'Harmattan,1996) et de L' épopée de l'innovation ? Innovation technologique et évolution économique (L'Harmattan, 2005)

Lire la suite
http://www.atlantico.fr/decryptage/internet-tue-creativite-et-innovation-technique-jean-louis-caccomo-349248.html

mercredi 28 septembre 2011

L'ordinateur quantique bientôt à notre portée

L'ordinateur quantique n'est plus un fantasme de scientifiques. Il pourrait voir le jour sous peu grâce aux travaux d'une équipe nippo-québécoise qui a réussi à mettre au point la pièce maîtresse de cet ordinateur du futur à partir d'un matériau semi-conducteur couramment utilisé dans l'industrie.

Les physiciens travaillent depuis une bonne décennie à la création de l'ordinateur quantique, qui «utilise activement les postulats de la mécanique quantique» [cette branche de la physique qui décrit les phénomènes à l'échelle atomique et subatomique]. «L'ordinateur quantique permettra de développer des algorithmes ultraperformants, capables de factoriser des grands nombres (d'une dizaine de chiffres), par exemple, ce qui ne peut être accompli par des ordinateurs actuels, à moins de les laisser calculer aussi longtemps que l'âge de l'Univers», lance Michel Pioro-Ladrière du Département de physique de l'Université de Sherbrooke, tout en précisant que le cryptage des données lors de nos transactions bancaires sur Internet s'effectue grâce à un algorithme fondé sur la factorisation des grands nombres. Un ordinateur quantique permettrait donc de «communiquer sur Internet de façon complètement sûre».

«Tous les ordinateurs contemporains utilisent la charge de l'électron pour le transport du courant. Pour notre part, nous utilisons le spin de l'électron. En tournant sur lui-même, l'électron génère, en raison de sa charge, un petit aimant qui pointera vers le haut ou vers le bas. Le fait qu'il ne pointe que dans deux directions opposées nous permet de l'utiliser comme bit d'information (des bits quantiques, ou qubits, en l'occurrence), qui dans les ordinateurs classiques se compose de 0 ou de 1», fait remarquer le physicien, qui monte actuellement un laboratoire expérimental d'informatique quantique. Lors de son stage postdoctoral au Japon, ce dernier a fabriqué à l'aide de semi-conducteurs standards un dispositif constitué de deux boîtes juxtaposées renfermant chacune un spin, «qu'on arrive à manipuler et à coupler de façon très précise et contrôlée», souligne-t-il, tout en précisant qu'il parvient à manipuler chacun des spins à l'aide de microaimants qu'il dépose à la surface du dispositif. Et c'est en changeant le voltage appliqué sur le dispositif qu'il arrive à modifier le degré de couplage entre les spins des deux boîtes, «une opération cruciale en mécanique quantique».

Cette double boîte, composée en fait de deux boîtes juxtaposées renfermant chacune un spin d'électron, est «la forme minimale requise pour faire la "preuve de concept" d'un ordinateur quantique qui contiendra une multitude de boîtes. Nous avons ainsi réussi à montrer que l'on pourra en juxtaposer plusieurs», résume M. Pioro-Ladrière, dont les résultats sont publiés dans la dernière édition du Physical Review Letters.

Beaucoup de travail
Il reste néanmoins beaucoup de travail à faire, avoue le chercheur. Pour qu'un système soit quantique, il faut que les qubits se trouvent dans un état quantique, où le qubit n'est ni dans l'état 0, ni dans l'état 1, mais dans les deux états à la fois, qu'on appelle «superposition d'états quantiques». «Pour obtenir un ordinateur quantique, il faut effectuer tous les calculs avant que ne soit perdue cette superposition d'états, dénommée cohérence, que les qubits perdent lorsqu'ils interagissent avec leur environnement. Au fur et à mesure que le temps s'écoule, les qubits deviennent des bits classiques, et on perd tout le pouvoir quantique», explique le physicien, qui attaque le problème sur deux fronts.

Le temps qui est nécessaire pour manipuler le spin d'un électron, le renverser par exemple, est actuellement trop long par rapport au temps de cohérence. «Pour accroître la vitesse d'opération, il nous faudra jouer sur le design des microaimants. Nous croyons qu'en modifiant leur géométrie et leur emplacement, nous pourrons passer de 100 nanosecondes à une nanoseconde», précise-t-il.

La deuxième approche consistera à augmenter le temps de cohérence. Le chercheur croit y parvenir en ayant recours à des matériaux purifiés, qui permettraient de «s'affranchir des spins parasites des noyaux des milliers d'atomes que contient la boîte quantique et qui en tournant sur eux-mêmes viennent brouiller les cartes et créer la décohérence».

«Mais si on réussit à dépasser un seuil critique dans le temps de cohérence, l'ordinateur pourra, une fois la cohérence perdue, corriger la décohérence grâce à un algorithme, et ainsi faire perdurer le calcul quantique ad vitam aeternam. Nous n'aurons pas besoin de temps de cohérence infini, il y aurait simplement un seuil critique à atteindre, soit le temps qu'il faut pour effectuer une opération de base», ajoute le chercheur.

«Si nos recherches aboutissent, nous aurons l'industrie de la microélectronique derrière nous pour entamer la fabrication d'ordinateurs quantiques à grande échelle», conclut avec enthousiasme le chercheur. 
 
 
28 septembre 2011

http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/332375/physique-l-ordinateur-quantique-bientot-a-notre-portee

lundi 29 août 2011

Et voici l'informatique cognitive !

Signe des temps... La mise au point par IBM de deux prototypes de circuits intégrés qui essaient d'imiter certains fonctionnements du cerveau humain a été accueillie sans délires utopistes ni pleurnicheries humanistes. Les ruptures technologiques - c'en est une, et de taille - sont devenues normales.

Ce sont des circuits intégrés en silicium qui ont été gravés à l'échelle nanométrique.


Ce sont des circuits intégrés en silicium qui ont été gravés à l'échelle nanométrique. Crédit DR
La rupture remet en cause toute l'architecture de l'informatique, c'est à dire les principes qui relient les composants vitaux de l'ordinateur : processeur, contrôle, mémoire, stockage. Cette structure a été imaginée en 1945 par le mathématicien américain d'origine hongroise, John von Neumann qui a contribué à la mise au point de la bombe atomique, entre autres exploits intellectuels. Dans l'architecture informatique selon von Neumann - qui est ici simplifiée à dessein - le processeur exécute les instructions qu'un cerveau humain a compilé dans un logiciel sous la forme d'algorithmes. Voici la mutation technologique: les prototypes d'IBM ne se contentent pas d'exécuter des instructions; ils captent des données, les analysent, les transforment en décisions et les mémorisent ce qui revient à dire qu'ils apprennent et s'adaptent. Comme les systèmes experts des années soixante et les "Neugents" de Computer Associates dans les années quatre-vingt dix, en beaucoup mieux.

Capter, analyser, mémoriser, décider

Examinons d'un peu plus près les nouvelles bestioles d'IBM. Ce sont des circuits intégrés en silicium qui ont été gravés à l'échelle nanométrique. En l'occurrence, chaque trait mesure 45 millionièmes de millimètre. Avec une particularité décisive: chaque puce contient deux noyaux. L'un avec 262 144 circuits programmables, l'autre avec 65 536 circuits d'apprentissage. Dans les deux cas, ces circuits sont appelés synapses par analogie avec les zones de contact entre les neurones du cerveau.

Et d'ailleurs, le projet lancé il y a deux ans par IBM porte le nom générique de SyNapse ( Systems of Neuromorphic Adaptive Plastic Scalable Electronics) que l'on peut essayer de traduire ainsi: Système électronique neuromorphique adaptatif, plastique et évolutif. Chaque mot a son pesant de signification pratique mais le plus important est évidemment "neuromorphique".

Outre leur capacité à effectuer des tâches binaires massivement parallèles, ces circuits intégrés ont vocation à "apprendre". Leurs copies de neurones peuvent, comme nos cellules cérébrales, se connecter et se déconnecter de manière dynamique (plasticité) en fonction des stimuli, en l'occurrence des données, qu'elles reçoivent.

Elles sont aptes à capter, c'est à dire à percevoir, à "comprendre" après analyse, ce qu'elles ont capté, à mémoriser ce qu'elles ont "compris", à transformer cette mémoire en expérience afin de réagir à des changements dans leur environnement (adaptabilité) en modifiant l'intensité de leurs connexions avec les autres copies de synapses.

Il y aura toujours, dans le comportement de ces puces, une part de programmation d'origine humaine mais il faut désormais intégrer les notions d'informatique cognitive et d'ordinateurs cognitifs dans le répertoire technoïde de notre vocabulaire. Car ce que vient de réaliser IBM, c'est une convergence concrète entre les neurosciences (étude biologique du cerveau), les sciences cognitives (modélisation théorique des modes de fonctionnement de l'esprit) et l'informatique avancée.

Les militaires vont adorer

Il y a quelques années, tout ce qui précède aurait déclenché une tornade de délires futuristes, utopiques, technophobes et apocalyptiques: " Enfin ! C'est le grand retour de l'intelligence artificielle!", "Voici venir la transhumanité hybridée à l'aide de vitamines au silicium !", " Au secours ! On a transplanté un abaque dans le golem pour déshumaniser la pensée...", "Et Dieu, dans tout çà ?" Depuis le 18 août, dâte de la publication du communiqué d'IBM, rien d'irrationnel dans les médias les plus enclins à cultiver l'émotivité des populations béotiennes. La mutation technologique est traitée comme un événement normal, qui va de soi. Et ça, c'est plutôt bon signe. Immunisés par les bouleversements scientifiques et technologiques du siècle précédent, les humains d'aujourd'hui attendent tranquillement qu'on leur explique à quoi ça va (leur) servir.

Les SyNAPSES d'IBM vont d'abord servir aux militaires américains. Le projet d'informatique cognitive a été financé à hauteur de 4,9 millions de dollars par la DARPA (agence gouvernementale de soutien à la recherche avancée). Or la DARPA s'est parfois trompée ces dernières années mais elle est quand même à l'origine d'internet qui fut d'abord, en 1957, une réaction technologique au risque d'atomisation du Pentagone et de la Maison Blanche par un Spoutnik soviétique.

Les militaires ont aimé les avancées informatiques qui leur ont permis de faire Hiroshima. Ils vont adorer les SyNAPSE qui leur permettront, selon Dharmendra Modha, chef de projet chez IBM Research, de "découvrir des modèles basés sur les probabilités et la mise en relation des informations provenant d'un réseau de capteurs de surveillance." Surtout avec le potentiel prédictif qui va de pair avec l'analyse d'énormes quantités de données. Leurs collègues de la NSA (grandes oreilles électroniques des Etats-Unis) entreront en pâmoisons quand les circuits neuromorphiques détecteront en temps réel certains "motifs" dans des déluges de données qui déferlent à travers les réseaux électroniques.

Mais - et là, on retrouve à nouveau la préhistoire du web - il y a cinq universités dans le projet d'informatique cognitive: Columbia, Cornell, Californie, Merced et Wisconsin, Madison. Or les universitaires adorent bidouiller puis détourner les joujoux militaires pour les mettre à la disposition des civils. En vrac, quelques détournements possibles des SyNapses kakis: alertes plus rapides au tsunamis par analyses et "compréhension" de données géologiques, atmosphériques et océaniques complexes, gestion en temps réel des réseaux électriques ou de l'approvisionnement en eau, aide à la conception et à la fabrication de produits de plus en plus "intelligents".

Rien à voir avec Hal, cet abruti

Mais que les choses soient claires: les puces cognitives d'IBM n'ont aujourd'hui que 256 "neurones"; la plupart d'entre nous - il y a des exceptions évidentes - en ont 100 milliards. IBM aimerait bien arriver un jour à leur faire produire cent milliards de "synapses" au lieu des 300 000 actuelles mais ses chercheurs savent bien qu'ils n'arriveront jamais à reproduire la singularité du cerveau: taille compacte et consommation électrique inférieure à celle d'une ampoule de réfrigérateur. Inutile donc de fantasmer sur cet abruti de Hal, l'ordinateur geignard, paranoïaque et malfaisant de "2001: odyssée de l'espace".

Quand même...Regardez bien votre portable tout neuf équipé d'un processeur Intel i7 cadencé à 3,4 GigaHertz. Il vous semble déjà un peu mérovingien, non ?