C'était mieux avant
Publié le 4 mai 2012
Microsoft, Apple, Google ou même Facebook ont modifié nos modes de vies ces dernières décennies. Mais les ipods et autres smarphones ont-ils vraiment plus bousculé nos vies que l'électricité, la voiture ou les communications radio ne l'avaient fait au début du 20ème siècle ? En réalité, la révolution du numérique a surtout remis en cause les moteurs traditionnels de la croissance industrielle.
Atlantico : La grande stagnation, c'est le titre du livre de l'économiste américain Tyler Cowen : selon lui, si on compare l'ère digitale de ce début du 21ème siècle avec les révolutions des vies quotidiennes intervenues au début du 20ème, qu'il s'agisse de l'électricité, des voitures ou des communications électroniques, on se rend compte que les innovations actuelles changent relativement peu nos vies. Les voitures sont toujours les voitures, nos sources d'énergie proviennent toujours largement d'énergies fossiles, les lave-vaisselles ne lavent toujours pas l'ensemble de ce qu'on y met et nous n'avons pas colonisé Mars. Internet a-t-il paradoxalement tué la créativité et l'innovation technique ?
Jean-Louis Caccomo : Cette question est intéressante mais n'est pas nouvelle. Le débat entre ceux qui croient à une accélération des innovations et ceux qui, au contraire, pensent que l'on assiste à un épuisement inéluctable des innovations, a toujours existé. Ainsi, à la fin du XIX° et au début du XX° siècle, on se demandait déjà si tout n'avait pas été inventé. Souvent, les innovateurs ne sont pas conscients eux-mêmes de tout le potentiel économique de leur découverte.
Pour répondre à votre question, je ne crois pas qu'Internet ait tué la créativité et l'innovation technologique. Né dans le domaine militaire aux USA dans les années 70, le réseau Internet a connu par la suite un développement spontané extraordinaire au niveau de la planète au point de donner naissance à un nouvel espace de création de richesses et d'innovation, qu'est le cyberespace. Dans cette nouvelle dimension, on a assisté à un foisonnement d'innovations depuis les années 80 qui ont donné naissance à des entreprises de taille mondiale comme Microsoft, Apple, Google, Facebook pour ne citer que les plus emblématiques. La révolution Internet a profondément changé notre rapport à la connaissance et à l'information au point de donner naissance à une économie de la connaissance à part entière de la même manière que la révolution de la vapeur avait donné naissance à l'économie industrielle. Cette économie de la connaissance est transfrontalière et a bouleversé la hiérarchie des nations, donnant naissance à de nouveaux acteurs et faisant émerger de nouvelles puissances. En fait, nous vivons dans un monde en pleine ébullition dans lequel sont en train d'émerger les trajectoires technologiques qui vont porter la croissance de demain. Mais ce processus prend du temps.
Depuis l'avènement d'Internet, on peut constater une croissance économique globalement décevante dans le monde occidental, un ralentissement dans les innovations, une concentration des secteurs autour du numérique. Faut-il y voir une relation de cause à effet ?
Les travaux sur les cycles technologiques longs (Kondratieff, Schumpeter...) ont montré que les innovations et les nouvelles technologies sont à l'origine de cycles économiques qui s'inscrivent dans un processus de "destructions créatrices", pour reprendre l'expression chère à Schumpeter. Les phases de croissance sont portées par le développement de nouvelles industries à caractère générique qui structurent l'ensemble du tissu économique. Ainsi, la révolution industrielle a été portée par la révolution de la vapeur et la mise en place de l'organisation scientifique du travail (Taylorisme). Puis l'électricité et le pétrole ont pris le relais. Après la deuxième guerre mondiale, la croissance occidentale s'est appuyée entre autres sur l'industrie automobile (fordisme) et l'équipement des ménages. Bien-sûr, le basculement d'un système technologique à un autre n'est pas linéaire et est l'occasion de période de crises intenses par lesquelles s'effectuent, plus ou moins bien selon les pays, des "sauts" technologiques. Dans ces périodes de fortes turbulences, la hiérarchie des nations est quelque peu bouleversée. Ainsi, pendant la première révolution industrielle, l'Angleterre était la nation leader ; après la seconde guerre mondiale, les USA ont le leadership. Ils sont la nouvelle frontière technologique. ...
Jean-Louis Caccomo est maître de conférences en sciences économiques à l'Université de Perpignan.
Auteur d'un ouvrage sur le développement des industries numériques aux éditions Les défis économiques de l'information (L'Harmattan,1996) et de L' épopée de l'innovation ? Innovation technologique et évolution économique (L'Harmattan, 2005)
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http://www.atlantico.fr/decryptage/internet-tue-creativite-et-innovation-technique-jean-louis-caccomo-349248.html
Publié le 4 mai 2012
Microsoft, Apple, Google ou même Facebook ont modifié nos modes de vies ces dernières décennies. Mais les ipods et autres smarphones ont-ils vraiment plus bousculé nos vies que l'électricité, la voiture ou les communications radio ne l'avaient fait au début du 20ème siècle ? En réalité, la révolution du numérique a surtout remis en cause les moteurs traditionnels de la croissance industrielle.
| "La révolution du numérique a mis en cause les moteurs traditionnels de la croissance industrielle" Crédit Reuters |
Jean-Louis Caccomo : Cette question est intéressante mais n'est pas nouvelle. Le débat entre ceux qui croient à une accélération des innovations et ceux qui, au contraire, pensent que l'on assiste à un épuisement inéluctable des innovations, a toujours existé. Ainsi, à la fin du XIX° et au début du XX° siècle, on se demandait déjà si tout n'avait pas été inventé. Souvent, les innovateurs ne sont pas conscients eux-mêmes de tout le potentiel économique de leur découverte.
Pour répondre à votre question, je ne crois pas qu'Internet ait tué la créativité et l'innovation technologique. Né dans le domaine militaire aux USA dans les années 70, le réseau Internet a connu par la suite un développement spontané extraordinaire au niveau de la planète au point de donner naissance à un nouvel espace de création de richesses et d'innovation, qu'est le cyberespace. Dans cette nouvelle dimension, on a assisté à un foisonnement d'innovations depuis les années 80 qui ont donné naissance à des entreprises de taille mondiale comme Microsoft, Apple, Google, Facebook pour ne citer que les plus emblématiques. La révolution Internet a profondément changé notre rapport à la connaissance et à l'information au point de donner naissance à une économie de la connaissance à part entière de la même manière que la révolution de la vapeur avait donné naissance à l'économie industrielle. Cette économie de la connaissance est transfrontalière et a bouleversé la hiérarchie des nations, donnant naissance à de nouveaux acteurs et faisant émerger de nouvelles puissances. En fait, nous vivons dans un monde en pleine ébullition dans lequel sont en train d'émerger les trajectoires technologiques qui vont porter la croissance de demain. Mais ce processus prend du temps.
Depuis l'avènement d'Internet, on peut constater une croissance économique globalement décevante dans le monde occidental, un ralentissement dans les innovations, une concentration des secteurs autour du numérique. Faut-il y voir une relation de cause à effet ?
Les travaux sur les cycles technologiques longs (Kondratieff, Schumpeter...) ont montré que les innovations et les nouvelles technologies sont à l'origine de cycles économiques qui s'inscrivent dans un processus de "destructions créatrices", pour reprendre l'expression chère à Schumpeter. Les phases de croissance sont portées par le développement de nouvelles industries à caractère générique qui structurent l'ensemble du tissu économique. Ainsi, la révolution industrielle a été portée par la révolution de la vapeur et la mise en place de l'organisation scientifique du travail (Taylorisme). Puis l'électricité et le pétrole ont pris le relais. Après la deuxième guerre mondiale, la croissance occidentale s'est appuyée entre autres sur l'industrie automobile (fordisme) et l'équipement des ménages. Bien-sûr, le basculement d'un système technologique à un autre n'est pas linéaire et est l'occasion de période de crises intenses par lesquelles s'effectuent, plus ou moins bien selon les pays, des "sauts" technologiques. Dans ces périodes de fortes turbulences, la hiérarchie des nations est quelque peu bouleversée. Ainsi, pendant la première révolution industrielle, l'Angleterre était la nation leader ; après la seconde guerre mondiale, les USA ont le leadership. Ils sont la nouvelle frontière technologique. ...
Jean-Louis Caccomo est maître de conférences en sciences économiques à l'Université de Perpignan.
Auteur d'un ouvrage sur le développement des industries numériques aux éditions Les défis économiques de l'information (L'Harmattan,1996) et de L' épopée de l'innovation ? Innovation technologique et évolution économique (L'Harmattan, 2005)
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