Fri Sep. 27, 2013 11:52 AM PDT
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samedi 28 septembre 2013
Why Carbon Pollution Is Destroying the Ocean?
Fri Sep. 27, 2013 11:52 AM PDT
vendredi 9 août 2013
La géothermie a-t-elle recours à la fracturation hydraulique ?
| Puits d’exploration de gaz de schiste, aux Etats-Unis. Crédit photo : Ecocommish - flickr |
Soultz-sous-Forêts dans le Bas-Rhin. Ici, un forage à grande profondeur permet de capter la chaleur de la terre. On y fait même de l’« Enhanced Geothermal System » ou EGS, une technique au nom barbare qui permet d’élargir les fissures de la roche pour remonter plus d’eau chaude. Une technique comparable… à la fracturation hydraulique, affirment les pétroliers. Et c’est dans cette faille que les exploitants de gaz de schiste veulent s’engouffrer.
Pointilleux, les acteurs de la géothermie préfèrent, eux, parler de stimulation hydraulique. Stimulation, fracturation, de quoi parle-t-on ? L’association européenne de géothermie (Egec) a publié le 6 juin dernier une noteprécisant les différences entre les deux termes. Car « si les deux techniques sont proches, on ne parle pas de la même chose », martèle Christian Boissavy président de l’Association française de géothermie (AFPG). « Les bulles de gaz de schiste sont emprisonnées dans une formation extrêmement compacte. Il faut donc fracturer massivement pour récupérer le gaz. En géothermie, on exploite un réservoir qui est déjà fracturé. En stimulant, on augmente la perméabilité de la roche, on ne crée pas de nouvelles fissures. »
Moins d’eau, moins d’additifs
De plus, « dix fois plus d’eau sont nécessaires pour la fracturation hydraulique », poursuit Christian Boissavy. Les pressions nécessaires sont infiniment plus importantes pour extraire les gaz de schiste. « Nous utilisons 10 fois moins d’additifs, en volume et en nombre de produits. Nous employons de l’acide chlorhydrique pour éviter le colmatage une fois le forage terminé. » En matière d’eaux usées, la géothermie fonctionne en circuit fermé. Les eaux pompées sont réinjectées dans le réservoir une fois refroidies. Enfin, il faut beaucoup moins de puits en géothermie pour exploiter la chaleur.
Reste que faire l’amalgame arrange bien les pétroliers. Pour Olivier Appert, directeur de l’IFPEN, l’ex Institut français des pétroles, « il n’y a pas deux techniques différentes pour amener à fracturer. Les deux techniques sont identiques ». Même son de cloche dans le rapport Bataille-Lenoir de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques), rendu public le 6 juin dernier où il est clairement précisé : « La fracturation hydraulique est utilisée en géothermie. »
Reste que faire l’amalgame arrange bien les pétroliers. Pour Olivier Appert, directeur de l’IFPEN, l’ex Institut français des pétroles, « il n’y a pas deux techniques différentes pour amener à fracturer. Les deux techniques sont identiques ». Même son de cloche dans le rapport Bataille-Lenoir de l’OPECST (Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques), rendu public le 6 juin dernier où il est clairement précisé : « La fracturation hydraulique est utilisée en géothermie. »
Le retour de la fracturation pour le pétrole ?
Mais pourquoi tant de crispation autour d’un simple terme ? Tout bonnement parce que la fracturation hydraulique est interdite depuis deux ans en France. Et pour les pétroliers qui voient dans la France un nouvel eldorado du gaz de schiste, cet interdit les empêche de rêver. L’Agence américaine d’information sur l’énergie estime que l’Hexagone possède plus de 5 000 milliards de m3 de gaz de schiste. Un chiffre difficile à vérifier mais qui fait tourner les têtes des industriels du pétrole, des foreurs et spécialistes du traitement des eaux.
Pour s’attaquer à la loi du 13 juillet 2011 qui a instauré l’interdiction, le lobby pétrolier tente de la faire vaciller sur ses bases juridiques. « Une loi votée dans la précipitation dont on n’a jamais vérifié la constitutionnalité », concède Muriel Bodin avocate d’associations anti-gaz de schiste.« On ne voulait pas de cette loi car on savait qu’elle ne définissait pas la technique. »
Schuepbach Energy a donc déposé, en janvier dernier, un recours auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val d’Oise) après avoir vu deux de ses permis abrogés. La société texane estime que la « loi méconnaît le principe d’égalité dès lors que cette technique est admise en géothermie ».
Pour s’attaquer à la loi du 13 juillet 2011 qui a instauré l’interdiction, le lobby pétrolier tente de la faire vaciller sur ses bases juridiques. « Une loi votée dans la précipitation dont on n’a jamais vérifié la constitutionnalité », concède Muriel Bodin avocate d’associations anti-gaz de schiste.« On ne voulait pas de cette loi car on savait qu’elle ne définissait pas la technique. »
Schuepbach Energy a donc déposé, en janvier dernier, un recours auprès du tribunal administratif de Cergy-Pontoise (Val d’Oise) après avoir vu deux de ses permis abrogés. La société texane estime que la « loi méconnaît le principe d’égalité dès lors que cette technique est admise en géothermie ».
La loi bientôt à la trappe ?
Un recours qui n’est pas sans conséquence. Le même tribunal a renvoyé devant le Conseil d’Etat une question prioritaire de constitutionnalité (QPC). La plus haute juridiction administrative a maintenant trois mois pour statuer sur le renvoi ou non de cette QPC devant le Conseil constitutionnel. Au final, les 9 sages pourraient avoir à déterminer si la loi est conforme ou non à la Constitution.
Le cas échéant, elle pourrait bien se voir invalidée. Si c’est le cas, « elle doit être rectifiée dans un climat juridique serein. Or on voit que les lobbies pétroliers ont ravivé les tensions », précise l’avocate. « Je comprends que les pétroliers texans soient fâchés. Ils ont déposé des permis, autorisés dans un premier temps, et maintenant ils ne peuvent plus employer la fracturation hydraulique », admet Christian Boissavy.
Alors va-t-on vers de futurs conflits d’usage du sous-sol ? Entre ceux qui veulent exploiter la géothermie, les hydrocarbures ou stocker du CO2, le Parlement européen tente de calmer le jeu. Dans une résolution votée en septembre 2012, le Parlement invite les autorités publiques « à élaborer une évaluation régionale des incidences sur le sous-sol, afin d’optimiser la répartition des ressources entre l’énergie géothermique, le gaz de schiste et les autres ressources souterraines et ainsi de développer au maximum les avantages pour la société ». Aura-t-on besoin d’un gendarme du sous-sol ? En attendant, la France devra certainement revoir sa copie, et définir enfin précisément ce qu’est la fracturation hydraulique.
Le rédacteur :
GENEVIÈVE DE LACOUR
10-06-2013
http://www.terraeco.net/La-geothermie-a-t-elle-recours-a,50099.html
Le cas échéant, elle pourrait bien se voir invalidée. Si c’est le cas, « elle doit être rectifiée dans un climat juridique serein. Or on voit que les lobbies pétroliers ont ravivé les tensions », précise l’avocate. « Je comprends que les pétroliers texans soient fâchés. Ils ont déposé des permis, autorisés dans un premier temps, et maintenant ils ne peuvent plus employer la fracturation hydraulique », admet Christian Boissavy.
Alors va-t-on vers de futurs conflits d’usage du sous-sol ? Entre ceux qui veulent exploiter la géothermie, les hydrocarbures ou stocker du CO2, le Parlement européen tente de calmer le jeu. Dans une résolution votée en septembre 2012, le Parlement invite les autorités publiques « à élaborer une évaluation régionale des incidences sur le sous-sol, afin d’optimiser la répartition des ressources entre l’énergie géothermique, le gaz de schiste et les autres ressources souterraines et ainsi de développer au maximum les avantages pour la société ». Aura-t-on besoin d’un gendarme du sous-sol ? En attendant, la France devra certainement revoir sa copie, et définir enfin précisément ce qu’est la fracturation hydraulique.
Le rédacteur :
GENEVIÈVE DE LACOUR
10-06-2013
http://www.terraeco.net/La-geothermie-a-t-elle-recours-a,50099.html
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jeudi 27 juin 2013
En Pennsylvanie, des nappes phréatiques polluées par le gaz de schiste
Publiée dimanche 23 juin dans la revue de l'Académie des sciences américaine, l'étude conduite par le biologiste Robert Jackson, professeur à la Duke University à Durham (Etats-Unis), devrait relancer l'affrontement entre les tenants et les adversaires de l'exploitation du gaz de schiste. Et fournir de nouveaux arguments à ces derniers.
De fait, les travaux du chercheur américain mettent en évidence, dans le nord-est de la Pennsylvanie, de fortes teneurs en méthane (CH4) des eaux souterraines prélevées autour des puits de gaz non conventionnel. Cette pollution n'est pas circonscrite aux abords immédiats des gisements : elle concerne les zones situées jusqu'à un kilomètre autour des points de forage.
Les scientifiques ont analysé l'eau issue de 141 points de prélèvement dans les nappes phréatiques de cette partie des Appalaches. Environ 80 % des échantillons étudiés montrent des teneurs mesurables de méthane – l'hydrocarbure qui forme l'essentiel du gaz extrait. Loin des puits, les niveaux enregistrés sont généralement faibles. En revanche, à moins d'un kilomètre de la production, les niveaux de contamination sont six fois plus élevés, en moyenne.
TENEUR IMPORTANTE EN MÉTHANE
Les scientifiques ont cherché d'autres causes possibles à ces teneurs élevées en méthane (composition du sous-sol, topographie) mais le seul paramètre permettant de les expliquer est, selon leur analyse, la présence proche d'un forage. En outre, les auteurs ont examiné la signature isotopique du méthane retrouvé dans les nappes : plus les forages sont proches, plus cette signature est caractéristique du méthane piégé dans les roches profondes. La présence d'hydrocarbures dans les aquifères, lorsqu'elle dépasse un certain seuil, n'est donc pas imputable à des contaminations de bactéries "méthanogènes".
Les concentrations de méthane mesurées près des puits ne sont pas anecdotiques. Pour une vingtaine d'échantillons, tous ou presque situés à moins d'un kilomètre des forages, la teneur en méthane excède 10 milligrammes par litre (mg/l), seuil de préoccupation pour les autorités sanitaires américaines. Dans une douzaine de cas, l'hydrocarbure est présent, dans une eau présumée potable, à plus de 28 mg/l – soit le seuil d'"action immédiate", selon la réglementation en vigueur. L'eau la plus contaminée affiche une teneur en méthane de près de 70 mg/l.
Si le lien avec l'exploitation du gaz de schiste ne semble pas faire de doute, il n'est pas possible – en l'état – d'incriminer la technique de fracturation hydraulique elle-même. Celle-ci consiste à injecter sous haute pression et à très grande profondeur (plus d'un kilomètre en général) de l'eau mêlée à du sable et à des adjuvants chimiques. Ainsi fracturée, la roche libère les hydrocarbures qu'elle séquestre.
RISQUE DE FISSURES DANS LE SOUS-SOL
Pour ses adversaires, cette technique présente le risque d'ouvrir de longs réseaux de fissures dans le sous-sol, susceptibles de mettre en relation des réservoirs de gaz et des nappes phréatiques. Sans exclure ce processus assez improbable, les chercheurs américains jugent plus crédibles de mauvaises pratiques de forage : défauts de cimentation des puits, etc.
Une telle interprétation des résultats est appuyée par une autre découverte. Les niveaux de contamination des nappes phréatiques ne seraient pas uniquement liés à la distance qui les sépare des puits de gaz de schiste. L'âge de ces derniers semble également jouer un rôle. "Dans nos données, il y a une petite tendance àvoir des concentrations de méthane augmenter avec l'âge des puits", écrivent les chercheurs.
Deux explications sont proposées pour expliquer ce lien. La première est que les puits vieillissent mal et que leur étanchéité diminue à mesure que le temps passe. Dans ce cas, "les problèmes de potabilité de l'eau pourraient s'accroître au fil des années". La seconde serait que "les pratiques de forage s'améliorent avec le temps". Pour trancher, les auteurs de l'étude appellent à lancer rapidement de nouvelles études.
Stéphane Foucart
LE MONDE | 24.06.2013
mardi 25 juin 2013
Gaz de schiste : les nappes phréatiques polluées aux abords d’un site de forage
Voici une information qui devrait ajouter de l’eau au moulin des opposants à l’exploitation du gaz de schiste. En effet, des chercheurs américains ont mesuré dernièrement des concentrations anormalement élevées de gaz de schiste dans les puits d’eau potable aux abords de forages en Pennsylvanie.
Des chercheurs américains ont souhaité mesurer les effets de l’exploitation du gaz de schiste sur les nappes phréatiques et les aquifères. Beaucoup accusent cette exploitation de s’accompagner d’importants risque de pollution. Ils ont donc mesuré les concentrations de méthane, dans les puits d’eau potable aux abords d’un site d’exploitation de gaz de site dans les Appalaches, en Pennsylvanie. Après avoir analysé l’eau de 141 puits, 82 % des échantillons faisaient apparaitre la présence de méthane.
Plus on s’approche du forage, plus l’eau est polluée
D’autre part, et c’est là le constat le plus important pour ces scientifiques, la concentration en méthane des échantillons est d’autant plus importante que le prélèvement a été fait dans un puits proche du point d’exploitation du gaz de schiste. La teneur en méthane est six fois plus élevée dans les puits situés à moins d’un kilomètre d’un site d’exploitation de gaz de schiste que la moyenne des autres puits. Et, les puits les plus proches révèlent également la présence du propane.
Pour les scientifiques, il existe deux explications probables à ces contaminations : soit le tubage acier des forages sont défectueux, soit le cuvelage en ciment est poreux. Deux situations qui peuvent arriver reconnaissent les défenseurs de l’exploitation du gaz de schiste.
Posté par: Rédaction
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jeudi 18 avril 2013
Tunisie - A Gafsa, berceau de la révolution, les richesses s’en vont, la pollution reste
C’est dans le bassin minier de Gafsa, au centre de la Tunisie, que tout a commencé. Les citoyens, fatigués de se voir confisquer la richesse générée par l’exploitation du phosphate, descendent dans la rue début 2008. Et y restent, malgré la violente répression. Cinq ans et une révolution plus tard, ils poursuivent le combat. Considérant que leurs aspirations à plus de justice et au partage des richesses n’ont pas été satisfaites, et alors qu’ils subissent les conséquences environnementales de l’extraction minière.
« La Tunisie chuchotait encore que nous étions déjà à crier, hurler notre colère ». Pour Alaa, jeune chimiste, être originaire de Redeyef est une grande fierté. Pour rentrer chez lui, au cœur du bassin minier de Gafsa, il faut rouler pendant plus de cinq heures, depuis Tunis. C’est ici, il y a cinq ans, qu’a germé la Révolution tunisienne qui a renversé Ben Ali. « C’était au mois de janvier, en 2008, retrace Alaa. La Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), seule industrie de la région et principale source d’emplois, a publié les résultats truqués d’un concours de recrutement. Ce n’était pas la première fois. Mais nous avons décidé que ce serait la dernière ! »
Un mouvement social précurseur
« Dignité, travail, liberté » : les slogans clamés à Gafsa deviendront trois ans plus tard ceux de la Révolution tunisienne. Trois années pendant lesquelles la répression du régime de Ben Ali place sous une chape de plomb le bassin minier. Des centaines de policiers et de militaires sont dépêchés sur place, avec pour mission d’étouffer la contestation. Les habitants, qui enchainent sit-in et manifestations, sont continuellement harcelés. Beaucoup sont arrêtés et tabassés. Quatre personnes meurent sous les balles de la police.
Solidement épaulée par des comités de soutien créés dans le pays [1], ainsi qu’en France, la contestation tient bon. De jeunes blogueurs font là leurs premières armes. Forçant les barrages imposés par la censure. Ébruitant la révolte au-delà des frontières. « Les conditions de vie sont tellement difficiles que les gens n’ont pas hésité à s’engager fermement », analyse Zakia Dhifaoui. Poétesse et écrivaine, Zakia fait partie des 38 personnes condamnées à de la prison ferme, après un procès entaché d’irrégularités. Mais elle se souvient de la révolte comme d’une grande fête. « Dure, mais belle. » Au cours de laquelle les Tunisiens ont choisi de ne plus se taire. « Ils ont fait le premier pas, et ne se sont jamais arrêtés », glisse-t-elle. Cinq ans plus tard, qu’en est-il de ce mouvement social précurseur, et de ses revendications, dans une Tunisie en pleine transition ?
Une région riche mais sinistrée
Créée à la fin du 19ème siècle, peu après la découverte du gisement de phosphates par un géologue français, « la Compagnie des phosphates de Gafsa a connu d’énormes mutations », raconte l’économiste Abdeljelil Bedoui [2]. Entreprise d’État depuis l’indépendance, elle a un temps assuré le plein emploi local et procuré à la population des services et infrastructures tels que la distribution de l’eau et de l’électricité, des commerces ou des bourses d’études.
« Cette offre de services, et la sécurité de l’emploi, compensaient en partie la rudesse et la dangerosité du travail », commente Abdeljelil Bedoui. Au milieu des années 1980, les mines de fond sont fermées, au profit de celles à ciel ouvert. Arrivent la mécanisation et une nouvelle gestion du personnel, soutenue par la Banque mondiale : les départs à la retraite ne sont plus remplacés, il n’y a plus de créations d’emplois.
« On passe de 14 000 ouvriers dans les années 80 à moins de 5 000 aujourd’hui », détaille l’économiste. La productivité augmente et le taux de chômage explose. Dans le bassin de Gafsa, 24 % de la population active est sans emploi (contre 17 % au niveau national). Ce taux grimpe jusqu’à 50 % chez les jeunes diplômés. L’offre de services se délite peu à peu. « Chez nous, il n’y a rien ! », résume Rifqa Issaoui, présidente de la toute jeune association des femmes minières (AFM). « Nous n’avons pas de routes, ni de services publics. » Aucun bureau de la compagnie nationale de télécommunication à l’horizon. Pas d’administration. Ni de tribunal de première instance. Et il faut faire 200 kilomètres pour trouver le premier hôpital. « Nous vivons dans la misère alors que notre région est source de richesses pour le pays. C’est injuste. » Le phosphate représente 13 % des exportations tunisiennes. Bref, une région riche en ressources mais sinistrée socialement.
La pollution minière en héritage
« La seule chose qui nous reste des mines, ce sont les maladies », proteste Khadra. Mère de trois enfants, elle doit se débrouiller, pour nourrir sa famille, avec les 200 dinars mensuels (100 euros) que ramène son mari, ramasseur de poubelles payé à la journée. « La région est très polluée, confirme Alaa. La poussière qui vole dans les rues est chargée de phosphates, de même que l’eau. Nous avons des problèmes importants de cancers. » Pour débarrasser les phosphates de composants radioactifs tels que le cadmium ou l’uranium, le minerai passe dans d’énormes centrifugeuses. Les déchets qui en sortent, sous forme de boue, sont extrêmement pollués. Et il n’existe aucun moyen de les traiter. « Ces problèmes sanitaires participent de la colère des gens de Gafsa », explique Abdeljelil Bedoui.
Avec un bénéfice net de 500 millions d’euros en 2010 (et 650 millions en 2008), la CPG représente environ 3 % du PIB de la Tunisie. 90 % des phosphates extraites du site (environ 8 millions de tonnes par an) sont transformés dans le pays, en engrais notamment. Les 10 % de phosphates bruts restants sont exportés vers la Turquie et l’Europe principalement. « Depuis 2007, le prix du phosphate, au niveau international n’a cessé d’augmenter, précise Adeljelil Bedoui. De même que celui des engrais dérivés du phosphate. La CPG ne manque donc certainement pas de moyens ! C’est dans ce contexte de coexistence provocante entre l’opulence des uns et la misère croissante des autres que s’est déclenché le mouvement de contestation sociale en 2008. »
Nouveau régime, mêmes maux
Mais aujourd’hui Zakia Dhifaoui regrette, comme bien d’autres, que rien n’ait changé en Tunisie sur la question des droits économiques et sociaux. « Nous nous sommes débarrassés de Ben Ali, mais pas du système [3] », résume-t-elle. A Gafsa, les citoyens continuent d’emprunter des routes de terre battue. Le manque de transparence du recrutement à la CPG sévit toujours. Les sit-in et manifestations se poursuivent.
Quelles sont les perspectives ? « La CPG pourrait commencer par embaucher au lieu de recourir aux heures supplémentaires, souligne Adeljelil Bedoui. « En 2008, l’entreprise a dépensé 4 millions d’euros en heures supplémentaires. Ce qui correspond à peu près à l’embauche de 1 800 salariés à 400 dinars par mois ! » La réhabilitation de la région, extrêmement polluée par un siècle d’exploitation des phosphates, pourrait par ailleurs générer beaucoup d’emplois.« On pourrait draguer les lits des rivières, où se sont accumulées des boues très chargées en métaux lourds (cadmium, uranium), mettre en place des systèmes de recyclage des eaux usées et très polluées. La construction et le fonctionnement de toutes les infrastructures indispensables, et qui font défaut dans la région, sont d’autres pistes de créations d’emplois. »
« La région pourrait être prospère »
Sans compter que diverses prospections ont mis en évidence d’autres richesses minières, tels que le marbre, l’argile pour la construction de briques, le gypse utile en construction ou encore le sable silicique qui peut servir à fabriquer des plaques électroniques. « Tout est possible à Gafsa. La région pourrait être prospère et les habitants à l’abri de la misère », assure Abdeljelil Bedoui. Mais en Tunisie, l’heure n’est pas aux dépenses publiques. « Les choix libéraux du gouvernement actuel impliquent un désengagement de l’État. Nous n’avons pas en Tunisie, de politique industrielle. » Pas facile non plus de se défaire du système clientéliste qui a prévalu pendant les années Ben Ali.
Les citoyens de Gafsa, qu’ils soient militants, syndicalistes, jeunes chômeurs ou mères au foyer, sont décidés à poursuivre la lutte. Jusqu’à ce que leur soif de justice et de dignité soit satisfaite. « Nous nous battrons encore et encore » , lancent les femmes de la région. Intervenant dans un atelier du Forum social, Khadra, voile serré sur la tête, regard vif et déterminé, dit d’une voix claire et forte « ce gouvernement est arrivé après un “dégage”, et il repartira avec le même slogan ! » Gafsa la rebelle n’a pas dit son dernier mot.
« La Tunisie chuchotait encore que nous étions déjà à crier, hurler notre colère ». Pour Alaa, jeune chimiste, être originaire de Redeyef est une grande fierté. Pour rentrer chez lui, au cœur du bassin minier de Gafsa, il faut rouler pendant plus de cinq heures, depuis Tunis. C’est ici, il y a cinq ans, qu’a germé la Révolution tunisienne qui a renversé Ben Ali. « C’était au mois de janvier, en 2008, retrace Alaa. La Compagnie des phosphates de Gafsa (CPG), seule industrie de la région et principale source d’emplois, a publié les résultats truqués d’un concours de recrutement. Ce n’était pas la première fois. Mais nous avons décidé que ce serait la dernière ! »
Un mouvement social précurseur
« Dignité, travail, liberté » : les slogans clamés à Gafsa deviendront trois ans plus tard ceux de la Révolution tunisienne. Trois années pendant lesquelles la répression du régime de Ben Ali place sous une chape de plomb le bassin minier. Des centaines de policiers et de militaires sont dépêchés sur place, avec pour mission d’étouffer la contestation. Les habitants, qui enchainent sit-in et manifestations, sont continuellement harcelés. Beaucoup sont arrêtés et tabassés. Quatre personnes meurent sous les balles de la police.
Solidement épaulée par des comités de soutien créés dans le pays [1], ainsi qu’en France, la contestation tient bon. De jeunes blogueurs font là leurs premières armes. Forçant les barrages imposés par la censure. Ébruitant la révolte au-delà des frontières. « Les conditions de vie sont tellement difficiles que les gens n’ont pas hésité à s’engager fermement », analyse Zakia Dhifaoui. Poétesse et écrivaine, Zakia fait partie des 38 personnes condamnées à de la prison ferme, après un procès entaché d’irrégularités. Mais elle se souvient de la révolte comme d’une grande fête. « Dure, mais belle. » Au cours de laquelle les Tunisiens ont choisi de ne plus se taire. « Ils ont fait le premier pas, et ne se sont jamais arrêtés », glisse-t-elle. Cinq ans plus tard, qu’en est-il de ce mouvement social précurseur, et de ses revendications, dans une Tunisie en pleine transition ?
Une région riche mais sinistrée
Créée à la fin du 19ème siècle, peu après la découverte du gisement de phosphates par un géologue français, « la Compagnie des phosphates de Gafsa a connu d’énormes mutations », raconte l’économiste Abdeljelil Bedoui [2]. Entreprise d’État depuis l’indépendance, elle a un temps assuré le plein emploi local et procuré à la population des services et infrastructures tels que la distribution de l’eau et de l’électricité, des commerces ou des bourses d’études.
« Cette offre de services, et la sécurité de l’emploi, compensaient en partie la rudesse et la dangerosité du travail », commente Abdeljelil Bedoui. Au milieu des années 1980, les mines de fond sont fermées, au profit de celles à ciel ouvert. Arrivent la mécanisation et une nouvelle gestion du personnel, soutenue par la Banque mondiale : les départs à la retraite ne sont plus remplacés, il n’y a plus de créations d’emplois.
« On passe de 14 000 ouvriers dans les années 80 à moins de 5 000 aujourd’hui », détaille l’économiste. La productivité augmente et le taux de chômage explose. Dans le bassin de Gafsa, 24 % de la population active est sans emploi (contre 17 % au niveau national). Ce taux grimpe jusqu’à 50 % chez les jeunes diplômés. L’offre de services se délite peu à peu. « Chez nous, il n’y a rien ! », résume Rifqa Issaoui, présidente de la toute jeune association des femmes minières (AFM). « Nous n’avons pas de routes, ni de services publics. » Aucun bureau de la compagnie nationale de télécommunication à l’horizon. Pas d’administration. Ni de tribunal de première instance. Et il faut faire 200 kilomètres pour trouver le premier hôpital. « Nous vivons dans la misère alors que notre région est source de richesses pour le pays. C’est injuste. » Le phosphate représente 13 % des exportations tunisiennes. Bref, une région riche en ressources mais sinistrée socialement.
La pollution minière en héritage
« La seule chose qui nous reste des mines, ce sont les maladies », proteste Khadra. Mère de trois enfants, elle doit se débrouiller, pour nourrir sa famille, avec les 200 dinars mensuels (100 euros) que ramène son mari, ramasseur de poubelles payé à la journée. « La région est très polluée, confirme Alaa. La poussière qui vole dans les rues est chargée de phosphates, de même que l’eau. Nous avons des problèmes importants de cancers. » Pour débarrasser les phosphates de composants radioactifs tels que le cadmium ou l’uranium, le minerai passe dans d’énormes centrifugeuses. Les déchets qui en sortent, sous forme de boue, sont extrêmement pollués. Et il n’existe aucun moyen de les traiter. « Ces problèmes sanitaires participent de la colère des gens de Gafsa », explique Abdeljelil Bedoui.
Avec un bénéfice net de 500 millions d’euros en 2010 (et 650 millions en 2008), la CPG représente environ 3 % du PIB de la Tunisie. 90 % des phosphates extraites du site (environ 8 millions de tonnes par an) sont transformés dans le pays, en engrais notamment. Les 10 % de phosphates bruts restants sont exportés vers la Turquie et l’Europe principalement. « Depuis 2007, le prix du phosphate, au niveau international n’a cessé d’augmenter, précise Adeljelil Bedoui. De même que celui des engrais dérivés du phosphate. La CPG ne manque donc certainement pas de moyens ! C’est dans ce contexte de coexistence provocante entre l’opulence des uns et la misère croissante des autres que s’est déclenché le mouvement de contestation sociale en 2008. »
Nouveau régime, mêmes maux
Mais aujourd’hui Zakia Dhifaoui regrette, comme bien d’autres, que rien n’ait changé en Tunisie sur la question des droits économiques et sociaux. « Nous nous sommes débarrassés de Ben Ali, mais pas du système [3] », résume-t-elle. A Gafsa, les citoyens continuent d’emprunter des routes de terre battue. Le manque de transparence du recrutement à la CPG sévit toujours. Les sit-in et manifestations se poursuivent.
Quelles sont les perspectives ? « La CPG pourrait commencer par embaucher au lieu de recourir aux heures supplémentaires, souligne Adeljelil Bedoui. « En 2008, l’entreprise a dépensé 4 millions d’euros en heures supplémentaires. Ce qui correspond à peu près à l’embauche de 1 800 salariés à 400 dinars par mois ! » La réhabilitation de la région, extrêmement polluée par un siècle d’exploitation des phosphates, pourrait par ailleurs générer beaucoup d’emplois.« On pourrait draguer les lits des rivières, où se sont accumulées des boues très chargées en métaux lourds (cadmium, uranium), mettre en place des systèmes de recyclage des eaux usées et très polluées. La construction et le fonctionnement de toutes les infrastructures indispensables, et qui font défaut dans la région, sont d’autres pistes de créations d’emplois. »
« La région pourrait être prospère »
Sans compter que diverses prospections ont mis en évidence d’autres richesses minières, tels que le marbre, l’argile pour la construction de briques, le gypse utile en construction ou encore le sable silicique qui peut servir à fabriquer des plaques électroniques. « Tout est possible à Gafsa. La région pourrait être prospère et les habitants à l’abri de la misère », assure Abdeljelil Bedoui. Mais en Tunisie, l’heure n’est pas aux dépenses publiques. « Les choix libéraux du gouvernement actuel impliquent un désengagement de l’État. Nous n’avons pas en Tunisie, de politique industrielle. » Pas facile non plus de se défaire du système clientéliste qui a prévalu pendant les années Ben Ali.
Les citoyens de Gafsa, qu’ils soient militants, syndicalistes, jeunes chômeurs ou mères au foyer, sont décidés à poursuivre la lutte. Jusqu’à ce que leur soif de justice et de dignité soit satisfaite. « Nous nous battrons encore et encore » , lancent les femmes de la région. Intervenant dans un atelier du Forum social, Khadra, voile serré sur la tête, regard vif et déterminé, dit d’une voix claire et forte « ce gouvernement est arrivé après un “dégage”, et il repartira avec le même slogan ! » Gafsa la rebelle n’a pas dit son dernier mot.
PAR NOLWENN WEILER (4 AVRIL 2013)
Basta !
http://www.bastamag.net/article3016.html
Notes
[1] Les militants de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) et de la Ligue des droits de l’homme soutiennent aussi la révolte.
[2] Membre actif au sein de la Ligue Tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH), Adeljelil Bedoui est membre fondateur du Forum des droits économiques et sociaux ; du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) ; du Comité de soutien aux familles du bassin minier de Gafsa 2008 ainsi que de l’Association Vérité et Justice pour Farhat Hached. Il a refusé d’occuper des postes à haute responsabilité sous la dictature de Ben Ali. Nommé le 17 janvier 2011, ministre auprès du premier ministre dans le premier gouvernement constitué après la fuite de Ben Ali, il en démissionne le lendemain pour protester contre le maintien des ministres qui ont servi le régime dictatorial déchu.
[3] Ancienne membre du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL), Zakia Dhifaoui a choisi de quitter ce parti. Elle considère que son président, Mustapha Ben Jaafar, a trahi la Révolution. A la tête de l’assemblée nationale constituante, il a selon Zakia Dhifaoui, réservé un trop bon accueil aux anciens du régime.
Basta !
http://www.bastamag.net/article3016.html
Notes
[1] Les militants de l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), de l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD) et de la Ligue des droits de l’homme soutiennent aussi la révolte.
[2] Membre actif au sein de la Ligue Tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH), Adeljelil Bedoui est membre fondateur du Forum des droits économiques et sociaux ; du Conseil national pour les libertés en Tunisie (CNLT) ; du Comité de soutien aux familles du bassin minier de Gafsa 2008 ainsi que de l’Association Vérité et Justice pour Farhat Hached. Il a refusé d’occuper des postes à haute responsabilité sous la dictature de Ben Ali. Nommé le 17 janvier 2011, ministre auprès du premier ministre dans le premier gouvernement constitué après la fuite de Ben Ali, il en démissionne le lendemain pour protester contre le maintien des ministres qui ont servi le régime dictatorial déchu.
[3] Ancienne membre du Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL), Zakia Dhifaoui a choisi de quitter ce parti. Elle considère que son président, Mustapha Ben Jaafar, a trahi la Révolution. A la tête de l’assemblée nationale constituante, il a selon Zakia Dhifaoui, réservé un trop bon accueil aux anciens du régime.
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