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vendredi 13 septembre 2013

Albert Jacquard (1925-2013) : « L'économie est basée sur une conception erronée du thème de la valeur »

Hommage au grand généticien et humaniste disparu


Né à Lyon le 23 décembre 1925, le généticien Albert Jacquard est décédé mercredi 11 septembre, emporté par une forme de leucémie, à l'âge de 87 ans. © Reuters

Propos recueillis par Denis Lafay, Acteurs de l'économie | 13/09/2013, 10:16

Cet entretien avait été réalisé en décembre 2006, presque sept ans avant sa disparition survenue mercredi à l'âge de 87 ans. Rien de ce que l'humaniste expose ici (publié alors dans les colonnes d'Acteurs de l'économie) n'a vieilli. L'« utopie » du généticien, également ancien élève de Polytechnique et de l'université de Stanford, appelle à réveiller les consciences qui enferment dans la logique économique tout ce qui, des ressources naturelles à la santé ou à l'éducation, devrait lui échapper. Un cri d'amour pour l'homme, de haine pour la marchandisation, et d'espérance pour ceux qui refusent la résignation. La Tribune publie également infra la préface qu'il avait rédigée en 2009 pour l'ouvrage « Autrement » (Acteurs de l'économie). Albert Jacquard y exhorte le lecteur à se « prendre en main » pour décider de sa vie et de la vie. Leçon d'altruisme, et là encore, une utopie salvatrice afin d'imaginer la planète et l'humanité « différemment ».

Qu'est-ce qu'une utopie ?

C'est ce qui n'est pas encore mais qui pourrait exister. C'est un rêve qu'hélas on n'a pas encore essayé d'exaucer. Une utopie doit être raisonnable, même très raisonnée. A cette condition, elle autorise la lucidité. Et c'est cette lucidité qui nous amène à constater que les êtres humains, parfois de bonne foi, se sont trompés. Ils ont cru que la terre était inépuisable, presque infinie. L'état de l'humanité fait la démonstration inverse.

Pour quelles raisons l'utopie est-elle à la fois si précieuse et si menacée ? Comment doit-on agir pour préserver l'espace d'utopie en chacun de nous puis dans la société ?

On ne peut pas concevoir l'avenir sans envisager l'utopie. L'avenir, par définition, n'existe pas. La nature ne connaît que le présent. Les hommes ont inventé un « demain », et leurs angoisses de ce demain les entraînent à l'orienter dans la direction qu'ils souhaitent. Cette singularité propre aux seuls hommes est merveilleuse, à condition de savoir l'utiliser. Ce qui n'est pas le cas, car ce demain nous le définissons collectivement selon la loi du marché, ce mythe ridicule de la « main invisible » qui convainc d'accepter de se soumettre au hasard.

Sommes-nous victimes du diktat du pragmatisme ?

Nous faisons le choix d'orienter toute l'activité humaine en fonction d'événements qu'il suffirait d'ignorer puisqu'ils ne représentent rien. Or on préfère créer des raisonnements intelligents autour de cette absurdité de la « main invisible ». Regardez les théologiens : ils produisent des concepts formidables, mais qui reposent sur la croyance. Et l'édifice intellectuel qu'ils érigent à partir de cette croyance est démesuré. C'est malheureusement cette même logique qui prévaut en économie.

Comment peut-on maîtriser cette « main invisible » ? Par la volonté collective ?

Une structure collective est certes nécessaire, mais elle ne peut encore être déployée. C'est pourquoi l'utopie apparaît aussi essentielle pour diriger la planète. Prenons l'exemple du pétrole. Intrinsèquement, rien ne permet de déterminer que le baril « vaut » 2 ou 1 000 dollars. La valeur du pétrole doit s'établir selon bien d'autres paramètres que ceux marchands. Ce « cadeau de la nature », épuisable, ne peut pas être fourni sans limite à tout le monde, et exige une gestion saine et équitable. Ce que nous refusons d'adopter, au risque d'approcher le pire du pire. Cette négligence et ce mépris sont monstrueux.

Vous rejoignez là l'économiste Patrick Artus, convaincu que les ressources naturelles constituent un bien collectif qui doit se soustraire à la propriété de quelques entreprises multinationales…

Les ressources naturelles forment le patrimoine commun de l'humanité. Le concept, merveilleux, déposé par l'Unesco pour les cathédrales et les temples, devrait être adapté à toutes les réalités non renouvelables de la nature.

La « valeur » créée par la croissance économique est parfois loin de nourrir la valeur humaine. L'utopie consiste-t-elle à tenter d'asservir la valeur économique à celle de l'homme, et à organiser autrement l'attribution du pouvoir ?

Sur ce sujet de la « valeur », la langue française est insuffisante. Comme pour le « temps », un même mot signifie plusieurs réalités. Les valeurs aux sens économique et humain n'ont rien de commun. Appliquer une valeur économique à des actes du type « garder un enfant » ou « aider un vieillard » n'a aucun sens. Sauf à considérer que cela coûtera toujours trop cher. La valeur d'un objet n'est pas fonction de l'objet lui-même mais seulement de ce que la société qui l'entoure en a décidé. Tel livre peut « valoir » 1 ou 10 000 euros selon l'intérêt qu'on lui porte. En définitive, toute l'économie est basée sur une conception erronée du thème de la valeur. Sans doute faut-il envisager l'élimination de ce mot.

Il faut donc être vigilant sur l'exploitation manipulatrice, à des fins d'image et mercantiles, que les entreprises font de ce mot…

Les entreprises créent une valeur économique. Mais les vraies valeurs sont ailleurs. Quelles sont-elles ? Par exemple l'intelligence. Celle d'un enfant forme une valeur extraordinaire. Et s'interroger sur le « coût » de son développement ou sur sa valeur marchande est inepte.

Comment la place, la crédibilité, la légitimité que nous réservons à l'utopie sont-elles liées à notre rapport à la mortalité, à notre besoin d'éternité, à la foi ou à l'absence de foi ?

Je me méfie des instructions de catéchisme qui, lorsque j'étais enfant, m'enseignaient que la vie sur terre servait à préparer la vie future. Je me contente de préparer ma vie actuelle, celle de mes enfants et de mes petits-enfants. Ce lien que vous évoquez consiste à refuser de se réfugier dans la foi en l'au-delà afin de préserver son sens de la responsabilité à l'égard de la réalité d'aujourd'hui. Le monde de demain, c'est moi qui le bâtis avec d'autres. Je me donne le devoir d'agir pour que ça fonctionne mieux.

Dès lors, l'utopie n'est plus un rêve et devient un projet d'humanité. Son initiation doit prendre pour fondement que tout homme est une merveille, et qu'il faut s'émerveiller devant l'homme. Sans l'adoption de ce postulat, il n'y a pas d'issue.

A quoi s'expose une société qui entrave l'accès à l'utopie ?

Au désespoir. Et in fine à la popularisation des sectes : « Puisque rien n'est possible sur terre, je vais vous apprendre que tout est possible chez moi : scientologue, témoin de Jéhovah… ».

« J'atteins l'âge où proposer une utopie est un devoir », écrivez-vous. Ne faut-il pas enseigner que ce devoir concerne chaque âge, et que seulement à ce prix il est possible d'espérer cette « cité idéale » qui ambitionne l'épanouissement des humains ?

Absolument. Mon propos est à mettre en lien avec une angoisse personnelle qui croît avec l'âge. A 80 ans, le temps terrestre s'est amenuisé, le sentiment de l'urgence croît, les angoisses grandissent, alors qu'à 40 ans on se sent encore éternel.

Votre modèle d'enseignement, qui donne à chaque élève l'opportunité de créer sa propre utopie, n'a pas pour vocation de préparer à la vie active, de se soumettre à la réalité économique, ou de fournir à ce « moloch qu'est le marché, les hommes et les femmes dont il a besoin ». Comment pouvez-vous faire entendre cette démonstration aux centaines de milliers de jeunes aujourd'hui sans emploi ?

Il faut placer chacun dans les conditions de créer sa personne, de devenir quelqu'un, sans qu'il soit orienté vers une finalité productiviste et mercantile, sans qu'il soit façonné à ce que le « marché » va réclamer de lui. Dans les écoles de la banlieue parisienne, j'ai affaire à des gens un peu désespérés mais qui m'écoutent volontiers parce qu'ils préfèrent avoir pour objectif de se construire que de devenir des futurs patrons. Certes, gagner correctement leur vie est essentiel, mais ils ont compris que l'enjeu prioritaire est ailleurs, dans la réalisation d'eux-mêmes. Ce qui implique d'avoir une perspective. Résultat, ils sont moins désespérés lorsqu'ils m'écoutent que lorsqu'ils entendent les discours du richissime patron de Total.

Votre essai « L'utopie » (Stock) démarre par l'école et s'achève par l'école. Vous condamnez très sévèrement les systèmes de sélection, de notation et de concours de l'enseignement supérieur. En premier lieu pour l'accès à l'école, prestigieuse, dont vous êtes issu : Polytechnique. Celle-ci - comme d'autres - a-t-elle échoué dans ce qui constitue à vos yeux le cœur de l'éducation : « meubler l'intelligence » ?

Ces établissements ne savent pas s'y prendre, et pourtant le besoin est ressenti. Les jeunes ingénieurs sont parfaitement formés à construire des machines et des bâtiments. Mais il leur manque un plus : l'humanisme. Lorsque Mario Botta prépare la construction de l'école d'architecture de Lugano, il m'invite à enseigner « l'humanistique ». Pourquoi ? Parce qu'il avait saisi que ses étudiants devaient réfléchir à l'homme avant de plancher sur les plans de bâtiments, et qu'une dose d'humanisme était utile à l'accomplissement, à la densité, à l'utilité de leur futur métier.

Dans le germe humain, la société, les règles qui façonnent l'organisation, qu'est-ce qui constitue un obstacle à l'exaucement de votre utopie ?

En théorie, rien. En réalité, l'inertie, qui entrave la dynamique nécessaire à ce changement de cap que nous devons emprunter en urgence. Et cette inertie est parfaitement bien orchestrée et instrumentalisée. Qu'un ministre comme Thierry Breton ose nous engager vers une croissance annuelle sans fin de 3 % - qu'un élève du certificat d'études sait parfaitement incompatible avec l'état de la planète - relève de la falsification intellectuelle.

Vous êtes généticien, spécialiste des populations. Comment expliquez-vous que l'homme soit à ce point si peu capable de mettre son intelligence au service du « bon » et des autres, et si capable de détruire l'autre comme d'engager son autodestruction ?

On ne peut pas l'expliquer, seulement le constater. Ce qui apparaît majeur dans ce dévoiement, c'est le culte du pouvoir. De François d'Assise à Gandhi ou aux plus anonymes citoyens, la planète regorge de gens merveilleux, dénués de goût du pouvoir. Face à eux, toutes sortes de décideurs, énarques, polytechniciens et autres, appâtés par ce pouvoir que leur accès privilégié aux rouages décisionnels permet d'assouvir. Ma référence est un homme qui vécut deux siècles avant Jésus Christ. Un jour qu'il labourait son champ, on vint le chercher et on lui demanda d'intervenir pour sauver la République. « Toi seul peux y parvenir ». « J'ai mes champs à cultiver ». « Ca ne fait rien, viens ». Il se rendit à Rome, accomplit sa tache, et deux ans plus tard retourna à ses champs. Simplement parce qu'il n'avait pas envie du pouvoir. Il faut se méfier de tous ceux qui veulent le pouvoir : ils sont peu intelligents et/ou vicieux.

C'est dans ce même registre que vous vous élevez contre la hiérarchisation des êtres humains ?

Il ne peut exister de palmarès entre les hommes. Et il faut lutter contre le principe d'unidimensionnalité, au nom duquel on réduit l'individu à un mot et on détermine qu'un être est meilleur qu'un autre. C'est pour cette raison qu'à l'école il faut cesser cette logique, puérile, des concours, qui hypothèque la mission de l'éducation : participer à la construction de personnes différentes.

Mais comment ne pas verser alors vers un inepte et dangereux égalitarisme ?

Bien sûr, je ne suis pas égal à un autre. Mais l'absence du signe « égal » n'autorise pas pour autant l'introduction des signes « plus grand » ou « plus petit ». Ces deux items ne valent que pour des ensembles définis par un nombre. Or nous ne sommes pas identifiables par un nombre. Si bien que l'on ne peut pas appliquer aux hommes les principes de supériorité et d'infériorité.

Vous expliquez précisément comment la lecture constitue l'axe cardinal de la construction de chaque intelligence. Votre cité idéale inclut-elle l'éradication de la télévision - vous osez une audacieuse comparaison entre Patrick Le Lay, président deTF1 mobilisé à « décerveler » les téléspectateurs pour les inféoder à la machine économique, et Joseph Goebbels - ?

Des centaines de milliers d'années ont été nécessaires pour créer le langage, fondé sur les sons. L'écoute de ces derniers enclenche un mécanisme intérieur qui développe l'image et la vision que nous aurons du mot. Et voilà qu'en l'espace de quelques décennies, on envoie non plus des sons mais des images qui bougent. Or notre cerveau n'est pas apte à traiter ces images. Devant le téléviseur, nous sommes immobiles, apathiques, face à ces images en mouvement qui accrochent et anesthésient l'esprit. La télévision provoque la destruction de l'intelligence, et ne peut pas être présentée comme utile.

Comment doit-on arbitrer entre les intérêts individuel et collectif ? Par exemple, alors que la carte scolaire est au cœur du débat électoral, comment les parents attachés au principe républicain de l'école publique doivent-ils agir lorsque ladite école publique dont ils dépendent n'est pas en mesure d'assurer l'éveil et l'épanouissement de leur enfant ?

Mes enfants ont toujours été à l'école publique. C'était certes plus rude qu'à Notre-Dame-de-Passy, mais ils ont gagné à être « en contact ». Il faut admettre que « ce qui nous fait, c'est ce qui nous fait mal ». En tant que parent, on voudrait que nos enfants n'aient jamais mal. Mais on a tort. Il faut de temps en temps qu'ils aient mal. Et d'ailleurs, ce mal, ils le connaîtront tôt ou tard. Pour cette raison, je considère que toute école devrait être publique et ouverte à tout le monde.

L'enjeu, plus général, est de reconstruire l'intérêt personnel de telle sorte qu'il soit conforme à l'intérêt collectif. Pour cela, il ne faut pas hésiter à être révolutionnaire.

Est-ce du sentiment de propriété dont notre civilisation est la plus malade ? Cet attachement viscéral au « besoin » de posséder forme-t-il le symptôme d'une société effrayée et recroquevillée ?

Cet attachement caractérise une société qui ne joue pas l'avenir. Le seul bien dont je suis propriétaire, c'est une maison que j'ai achetée dans le Lot, pour 20 000 Francs. L'ensemble de mes droits d'auteur a contribué à la rendre vivable, puis belle. Bien sûr, je n'aimerais pas qu'on m'en dépossède. Pour autant, je considère qu'il n'y a aucune raison pour que mes arrière-petits-enfants bénéficient d'un bien qu'ils n'auront pas mérité. Cette maison, je l'ai érigée grâce au fruit de mon travail. Ce qui, par définition, ne sera pas le cas de ma descendance. On ne devrait posséder que ce que l'on construit soi-même. Il apparaît donc nécessaire qu'au bout de quelques générations les biens soient retirés à la famille. C'est essentiel pour revaloriser le travail. Hériter constitue une forme d'enfermement.

L'attachement à l'héritage matériel constitue-t-il pour les parents le moyen de se dédouaner du seul véritable héritage qui vaille mais qu'ils accomplissent insuffisamment : celui du sens, de la culture, de l'ouverture, du dialogue, de toutes formes de construction immatérielle ?

C'est effectivement une déviation, un faux semblant, un cache misère dans l'échec. L'enjeu est pour eux de compenser leurs manquements éducationnels par un bien qui, malheureusement, n'aidera en rien leurs enfants à se bâtir.

Vous distinguez le « travail torture » du « travail action », élément de rencontres, de projets, de réalisation de soi-même. Cette distinction peut être portée sur un autre périmètre : des terrains de forte croissance, aussi inutiles que néfastes à l'individu et à la planète, sont dopés par le consumérisme et le mercantilisme, quand d'autres, aussi essentiels à la collectivité que la santé, la culture, l'éducation, sont négligés. La société est-elle prête à envisager la hiérarchisation des domaines qui doivent héberger prioritairement les investissements et la croissance ?

Ce vœu est nécessaire. Mais on ne peut l'envisager qu'à l'échelle mondiale, et à la condition d'établir une échelle commune des valeurs. La première voie consisterait à « planétariser » le système de soin. Comme l'indique Bernard Kouchner, tout médecin est sans frontière, et tout accès aux soins devrait être égal pour tous. Comment peut-on encore conditionner la distribution des médicaments à la nationalité ou aux moyens financiers des bénéficiaires… Ensuite, ce même effort devra être porté sur l'éducation et la justice, mais cette fois de manière plus compliquée puisque contrairement à toute maladie, identique à Sao Paulo ou Sidney, l'éducation implique des systèmes différenciés qui tiennent compte des spécificités domestiques.

L'enjeu est en définitive d'orienter la dynamique de « réussite » vers le bien collectif…

Absolument. Il faut faire « quelque chose de sa vie ». Et réhabiliter le droit aux erreurs, car c'est par elles que l'on comprend.

Donnez-nous une raison de croire en l'accomplissement de votre utopie alors que vous citez cette confession terrible de René Dumont : « L'homme est le pire danger pour tout ce qui peuple la planète. Lorsqu'il disparaîtra, les autres vivants pourront se réjouir de l'élimination du plus inquiétant des prédateurs »…

Vous et moi avons des enfants. Ils sont la raison pour laquelle je partage intellectuellement l'opinion de René Dumont mais m'en démarque dans la réalité. Ces enfants sont notre émerveillement, et nous donnent le devoir de leur laisser une terre vivable. Cet argument, qu'on ne comprend que lorsqu'on est parent, est le seul qui vaille. Mais il est capital.

Si vous étiez ministre, quel portefeuille aimeriez-vous gérer ?

L'Education nationale. Partout, j'écrirais : « Ici on enseigne l'art de la rencontre ».

XXXXX

Préface d'Autrement (Editions Acteurs de l'économie)

L'économie du partage, par Albert Jacquard

Imaginons un lac dont la température est de deux ou trois degrés ; son eau est naturellement sous forme liquide ; l'hiver approche, la température descend à un degré, puis à zéro, rien ne change ; à moins-un ou moins-deux degrés l'eau est toujours liquide ; mais il suffit alors du moindre événement, un caillou lancé dans le lac, pour que d'un coup, sa surface se transforme en glace.

L'équilibre eau-glace était instable, le lac était en surfusion, prêt à changer d'état en un instant. Jules Verne, toujours à l'affût des curiosités scientifiques pour alimenter les aventures de ses héros, a utilisé un phénomène pour tirer d'affaire l'un deux ; isolé par l'eau, il est libéré par la glace ; il a suffit de jeter un caillou.

L'humanité de ce début de siècle apparaît semblable à ce lac ; elle est en situation d'équilibre instable, à la merci d'événements anodins qui pourront provoquer des conséquences planétaires. Le domaine où ce constat s'impose avec le plus d'urgence est celui des conflits entre nations ou entre peuples.

L'accumulation d'un stock d'armes nucléaires capables de faire disparaître en peu de temps toutes les espèces évoluées, dont la nôtre, peut mettre un terme définitif à l'aventure humaine. Il suffit, pour provoquer cette fin absurde, que l'un des détenteurs de ces armes choisisse de déclencher le suicide collectif généralisé de préférence à la soumission à la loi commune. Même les précautions prises par les démocraties pour désigner leurs responsables ne mettent pas à l'abri de tels comportements ; et les nations qui disposent de ces armes ne sont pas toutes des démocraties ; le pire est possible, mais notre imagination peine à prendre la mesure de la monstruosité de l'enjeu. Plutôt que de les regarder en face nous travestissons nos angoisses en les réduisant à un jeu de rôle, que certains stratèges présentent comme une simple "dissuasion".

Notre capacité d'auto-aveuglement a été rendue plus manifeste encore, dans le domaine de l'économie, par les récents soubresauts financiers. Tout s'est passé depuis 2008 comme si les décideurs en charge de notre Terre étaient à la barre d'un Bateau Ivre. Après avoir montré leur incapacité à maîtriser les événements, ils montrent maintenant leur incapacité à proposer de nouveaux concepts. Il est pourtant nécessaire de définir enfin clairement de quoi il s'agit : organiser au mieux la production et la répartition des richesses, qu'elles soient fournies par la nature ou produites par nous.

Il se trouve que l'accord est à peu près général sur les grands principes de liberté, d'égalité, de respect, tels qu'ils sont énoncés par la Déclaration Universelle. Elle a été adoptée par tous les Etats ; il devrait donc être possible d'en préciser les conséquences concrètes en les ajustant aux contraintes locales ; force est de constater que la réalité est très éloignée de cet idéal. Ainsi l'objectif proclamé d'égalité est à l'opposé de ce que décrivent les statistiques sur lesquelles tous les spécialistes sont d'accord : aujourd'hui un cinquième des humains consomme quatre cinquièmes des richesses disponibles. Cela signifie que le "riche" moyen consomme seize fois plus que le "pauvre" moyen. Il est utile de réfléchir un instant à ce que signifie ce rapport de un à seize pour la vie quotidienne, et il ne s'agit que de moyennes.

Quant à la liberté, elle doit être redéfinie pour tenir compte d'un fait que nous sommes contraints d'accepter : l'humanité est assignée à résidence sur sa planète ; la Terre est magnifique mais elle est limitée ; la découverte de ses richesses est maintenant suffisamment avancée pour organiser la dynamique du partage. Cette répartition est même le socle logique sur lequel fonder l'organisation des rapports des humains entre eux et avec la planète. Il était possible de négliger cette nécessité lorsque celle-ci nous apparaissait comme infinie et inépuisable ; nous ne pouvons plus nous bercer de cette illusion.

L'humanité est dans un état équivalent à la surfusion. Par notre activité, notre agitation, nos choix insuffisamment réfléchis, nous faisons les gestes qui font disparaître l'eau liquide et apparaître la glace. Nous vivons cette mutation. Nous pouvons nous en désoler ; nous pouvons aussi la regarder comme une occasion d'ouvrir de nouvelles perspectives.

http://www.latribune.fr/opinions/tribunes/20130913trib000784897/albert-jacquard-1925-2013-l-economie-est-basee-sur-une-conception-erronee-du-theme-de-la-valeur-.html

vendredi 21 juin 2013

France : l'esprit d'entreprise entre à l'école

Lors de la clôture des Assises de l'entrepreneuriat en France, le Président Hollande annonçait une série de mesures pour « stimuler l'esprit d'entreprise et stimuler tous les talents » par la « formalisation d'un programme éducatif sur l'esprit d'initiative et l'innovation dans le Secondaire (de la sixième à la terminale) et dans l'enseignement supérieur. »

Dès 2003, le Gouvernement français, par un Protocole entre le ministère de la jeunesse, de l'éducation nationale et de la recherche, le ministère délégué à l'enseignement scolaire et le secrétariat d'état aux PME, au commerce, à l'artisanat, aux professions libérales et à la consommation annonçait son intention de « développer l'esprit d'entreprendre » auprès des jeunes dans un communiqué de presse. Pour répondre à cette vue, l'école était déjà dans la ligne de mire.

Stimuler chez les jeunes leurs talents, créativité, initiative, et leur goût d'entreprendre, n'est-ce pas avec la transmissions des connaissances, un des buts premiers de l'éducation ? Ne s'agit-il pas des bases du développement de la personne quels que soient ses talents ?

Pourtant, pour certains, stimuler l'esprit d'entreprendre, c'est demander à l'école de transmettre les valeurs néolibérales, de redéfinir et de réorienter la pédagogie et les connaissances en fonction des lois du marché.

Pour d'autres, amorcer un rapprochement efficace entre l'école et le monde des travailleurs, c'est garantir un meilleur avenir aux jeunes et à l'ensemble de la société. Le débat est lancé. Et vu d'ailleurs, il est plutôt corsé.

Respecter la laïcité

Parce que la laïcité n'est pas que religieuse, mais qu'elle protège une certaine neutralité contre les doctrines et les idéologies uniques, le Président de la Commission nationale éducation du Parti de Gauche, Francis Dalpe s'élève contre cette réorientation de l'école vers « l'esprit d'entreprendre ». Il la voit comme une « dérive minimaliste et utilitariste du socle commun de compétence instauré par la précédente loi d'orientation de 2005 de François Fillon. »

Le Parti de Gauche dénonce cet « adéquationnisme » entre formation et besoins en emploi. Cette obsession d'arrimer les contenus et les connaissances et les approches pédagogiques aux diktats des entreprises. « Enfermements, aveuglements idéologiques, aliénations», la position du Parti de Gauche regrette cette mainmise gouvernementale sur l'école. Et surtout, il réaffirme la mission de l'école « d'instruire, de qualifier et d'émanciper». Oui, d'émanciper. Sous cet angle, il y a de quoi s'interroger.

Il nous semble quelque peu contradictoire de vouloir développer l'esprit d'entreprise, la créativité, l'initiative des jeunes alors qu'ils baignent eux aussi dans cette atmosphère européenne d'austérité, qui se caractérise notamment par une frilosité extrême de crédit bancaire. Austérité promue par le pouvoir politique.

Un entrepreneur, vous avez dit un entrepreneur?

Développer l'esprit d'entreprise, Esther Grisard, professeur d'appui en charge du programme "option découverte professionnelle", sait de quoi il en retourne. Les collégiens engagés dans cette option « découverte professionnelle » côtoient, à raison de trois heures semaines, des entrepreneurs. Loin des considérations idéologiques, ces jeunes n'en demeurent pas moins confrontés à la contradiction entre ce qu'ils observent sur le terrain et la "légende" de l'entrepreneur : le travail d'équipe d'un côté et de l'autre, ce que les entrepreneurs eux-mêmes promeuvent: l'autonomie, le travail en solitaire. Les jeunes ont besoin de cohérence.

Par ailleurs, Sylvie Lemaire, directrice des agences Ile-de-France d'une société d'outils de communications pour les entreprises, fait état de l'importance de mettre en contact ces jeunes qui, à 13 ans, se considèrent déjà trop « bêtes » pour suivre une voie générale parce que c'est ce qu'on leur a fait comprendre, avec des chefs de service qui, eux aussi, ont parfois eu un parcours de vie remplie d'embuches. Elle considère qu'il faudrait intervenir auuprès d'eux dès le début de l'école secondaire. Elle témoigne de son propre cheminement de femme dans un monde d'hommes, tente de leur expliquer « ce qu'est l'esprit d'entreprise, de les familiariser avec des fonctions dans le mondes technologies de l'information et du business to bussiness. »

Qu'est-ce au juste qu'un entrepreneur ? Si les jeunes se posent la question, ils trouveront peut-être la réponse dans l'inspiration qu'un chef d'entreprise leur aura insufflée. Par l'expérience de la relation qui s'établira entre eux. Assez étonnamment, le « mentorat » semble rester absent du langage associé à cet esprit d'entreprise, concept aux contours flous. Pourtant, dans le présent débat, le mentor ne devrait-il pas être l'entrepreneur et vice versa?

L'esprit d'entreprise de qui au juste?

Les enseignants craignent l'intrusion de l'idéologie marchande à l'école. L'impatience des entreprises à engager des jeunes efficaces, engagés, entrepreneurs, créatifs est palpable. Et les jeunes eux, désirent, cherchent, imaginent bien au-delà et malgré toutes ces considérations politiques et économiques, à l'école, en stage, dans leurs loisirs, sur le web. Ils sont des entrepreneurs sans aucun doute. Chacun à sa manière.

Patrick Rey offre un autre point de vue assez intéressant. Parce qu'il revient sur la mission de base de l'école: « former à lire, écrire, compter. » Ce qui à première vue peut sembler peu innovateur ( indépendemment de la manière dont on s'y prend pour réaliser cet objectif ). Mais pertinemment puisqu'on observe, en France comme en Amérique, que la maîtrise de ces savoirs de base n'est pas suffisamment acquise. À titre d'exemple, mentionnons les échecs aux examens de français d'admission dans les universités québécoises et les « écoles d'ingénieurs » en France qui doivent compenser en offrant des formations de mises à niveau.

Cet esprit d'entreprise, dans le fond, ne peut s'exprimer que dans un contexte où tout le monde le développe. En fait, peut-être fait on fausse route en ne l'associant qu'au secteur marchand. Dans le fond, l'esprit d'entreprise est affaire de tout le monde. Pour que, toujours selon Patrick Rey, « Des entrepreneurs deviennent enseignants/formateurs, des enseignants/formateurs deviennent entrepreneurs. »

Voilà une ouverture intéressante. Celle de mettre en réseau les jeunes, les éducateurs, les travailleurs, patrons et employés de tous les secteurs d'activité. Parce qu'on le sait que cet esprit d'entreprise habite autant un scientifique, un administrateur, un artiste, un pédagogue, un informaticien, les jeunes et les moins jeunes.

Bien sûr, cette intention politique s'est exprimée formellement tout récemment. Le débat est vif. De nombreuses positions de toutes les allégeances s'expriment sur les forums et les blogs. Les stages en entreprises ne sont pas nouveaux. Quelle autres initiatives seront déployées pour « incarner cet esprit d'entreprise »? À suivre...

Sources:

Ferry, Luc, Darcos, Xavier, Dutreil, Renaud, mars, 2003. Développer l'esprit d'entreprendre : une ambition partagée. Consulté le 17 juin 2013.http://www.dgcis.gouv.fr/files/files/archive/www.pme.gouv.fr/actualites/dossierpress/dp06032003/conventionpmeeduc.html

Portail, du ministère du redressement productif, Clôture des Assises de l'entreprenariat. Consulté le 17 juin 2013. http://www.redressement-productif.gouv.fr/cloture-assises-de-l-entrepreneuriat

Rey, Patrick, L'esprit d'entreprise à l'école : une envie ou une nécessité?http://www.enviedentreprendre.com/2013/05/lesprit-dentreprise-a-lecole-une-envie-ou-une-necessite/conventionpmeeduc.

Daspe, Francis, L'esprit d'entreprise à l'école : une atteinte à la laïcité. Consulté le 17 juin 2013. http://www.rue89.com/2013/05/23/lesprit-dentreprise-a-lecole-entre-coiffeuse-zuckerberg-242424

Lorenzi, Daisy, L'esprit d'entreprise à l'école : entre la coiffeuse et Zucherberg, consulté le 17 juin 2013. http://www.rue89.com/2013/05/23/lesprit-dentreprise-a-lecole-entre-coiffeuse-zuckerberg-242424

Le Monde FR. M Blogs. Esprit d'entreprise es-tu là? L'école va te parler. Consulté le 17 juin 2013.http://enseigner.blog.lemonde.fr/2013/05/15/esprit-dentreprise-es-tu-la-lecole-va-te-parler/

Créé le lundi 17 juin 2013 | Mise à jour le mardi 18 juin 2013

cursus.edu

vendredi 4 mai 2012

Les jeunes de MENA veulent être propriétaires et bien gagner leur vie

MÉDITERRANÉE. Gagner un salaire décent et accéder à la propriété. Voilà ce à quoi aspirent prioritairement les jeunes du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord (MENA), selon la 4e enquête annuelle d’ASDA’A Burson-Marsteller. Le cabinet de relations publiques dubaïote s’est associé au consultant américain Penn Schoen Berland pour sonder 2 500 jeunes âgés de 18 à 24 ans originaires de douze pays*, après les printemps arabes. Des évènements qui ont clairement bousculé les préoccupations des jeunes.

Si comme en 2011, l’augmentation du coût de la vie ou le danger lié aux drogues reste pour eux un sujet majeur, la corruption dans les gouvernements et la vie publique a pris une place considérable avec 42% des jeunes interrogés qui se disent très préoccupés par ce sujet contre 16% en 2011 et 13% lors de la première étude, en 2008. L’état de l’économie ou les conflits au Moyen-Orient progressent également de façon importante. Comme par ailleurs le pourcentage de jeunes sondés très préoccupés par la perte des valeurs traditionnelles (44% en 2012 contre 32% en 2011) alors que parallèlement, ils sont de plus en plus nombreux à considérer que ces valeurs sont démodées (35% contre 17% en 2011). Le pourcentage de jeunes à s’informer quotidiennement a en outre bondi durant la période, passant de 18% en 2011 à 52% en 2012.

Il faut noter qu’à la question "Pensez-vous que les choses dans votre pays vont dans le bon ou dans le mauvais sens depuis cinq ans ?", 74% des jeunes Égyptiens sondés jugent que les choses vont dans le bon sens. Ils n’étaient que 38% l’année dernière.

72% des sondés considèrent enfin que les révolutions ont été bénéfiques pour la région.

*Arabie Saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, Irak, Jordanie, Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, Tunisie.

Caroline Garcia

Vendredi 4 Mai 2012

http://www.econostrum.info/Les-jeunes-de-MENA-veulent-etre-proprietaires-et-bien-gagner-leur-vie_a10170.html

mardi 27 septembre 2011

Le sous-financement universitaire n’existe pas

L'Institut de recherche et d'informations socio-économiques, institut de recherche sans but lucratif, indépendant et progressiste fondé en 2000 au Québec, a produit une série de vidéos qui visent à déconstruire le mythe du sous-financement universitaire et qui ouvrent ainsi la voie à une véritable critique des politiques de gestion universitaire actuelle.
L’IRIS lance aujourd’hui à la fois son blogue, son compte twitter et une série de vidéos sur la hausse des frais de scolarité. En diversifiant nos façons de communiquer, nous croyons pouvoir rejoindre un plus large public. Souvent un petit billet de blog se lit mieux qu’une note socio-économique, parfois une capsule vidéo convainc plus aisément qu’une étude. Pour les neuf prochains lundi, vous trouverez donc ici des capsules qui s’attaquent aux mythes entourant la hausse des droits de scolarité universitaires. Largement inspirées de notre brochure sur la question, ces vidéos permettent à mon collègue Eric Martin et à moi-même de donner l’essentiel des arguments en deux minutes.Pour cette entrée en matière, Eric s’attaque au premier argument des défenseurs de la hausse : le sous-financement universitaire. Non seulement il démonte l’idée selon laquelle nos universités seraient pauvres, mais en plus il souligne à quel point c’est l’attribution des ressources à l’intérieur même des université qui pose problème.L’argument du sous-financement est la justification maîtresse derrière la hausse. Elle a été mise de l’avant par la CRÉPUQ dans son rapport Urgence d’agir pour les universités qui a ensuite été repris par le gouvernement et les médias. Sans cette idée-force de sous-financement une hausse aussi brutale devient injustifiable. Il est donc essentiel d’en comprendre les tenants et aboutissants.
 
IRIS – Blogue – Le sous-financement universitaire n’existe pas

À lire aussi: la brochure Faut-il vraiment augmenter les frais de scolarité?

Publié parFlorence Piron

lundi 26 septembre 2011

http://www.commissionrecherche.com/2011/09/le-sous-financement-universitaire.html

lundi 19 septembre 2011

Les Français jugent sévèrement leur école


Un sondage IPSOS L'Histoire-Marianne révèle que deux Français sur trois n'ont plus confiance en leur école. C'est la première fois que cette institution subit un tel désaveu. Fonctionne mal. En tout cas moins bien qu'ailleurs. Ne garantit pas l'égalité des chances. Ne prépare pas bien à  la vie professionnelle. Quelle volée de bois vert pour l'école de la République ! Le sondage exclusif réalisé par l'institut IPSOS pour le compte des journaux L'Histoire et Marianne révèle la défiance des Français envers une institution qu'ils considèrent en échec sur ses grandes missions.

Tout n'est pas pourtant totalement négatif. Ainsi, les sondés estiment à  66% que l'école assure l'acquisition des savoirs de base; à  57% qu'elle sait apprendre à  vivre avec les autres. Mais ils sont 65% à  penser qu'elle ne prépare pas bien à  la vie professionnelle. Le rôle intégrateur de l'école est également mis en question : 60% des Français considèrent que l'égalité des chances n'est pas garantie par l'école publique. Et un peu plus de la moitié des sondés ne croient pas qu'elle transmette correctement les valeurs de la république.

Globalement, les Français ne font pas confiance à  l'école pour préparer aux enjeux du monde actuel (59% expriment une défiance). Pour Philippe Joutard, historien et membre du comité de rédaction de L'Histoire, "c'est la première fois que l'école subit un tel désaveu. En 1996, le même question avait été posée, et les réponses négatives étaient alors largement minoritaires, à  40%. En 2007, une enquête donnait un pourcentage identique : le recul est de 24 points par rapport à  ces deux sondages précédents."

Malgré ces jugements sévères, le métier d'enseignant reste attractif. Deux tiers des Français encourageraient ainsi leur enfant à  devenir instituteur ou professeur. Effet de la crise ? Ou bien vocation toujours reconnue comme noble ? Les sondés mettent en tout cas en avant la transmission des savoirs avant les avantages matériels du métier.

Retrouvez les résultats détaillés du sondage dans le numéro spécial L'Histoire-Marianne "L'école de la République" et sur le site de L'Histoire.

Aline Richard

16.09.2011

http://www.larecherche.fr/content/actualite-Sapiens/article?id=30439

jeudi 8 septembre 2011

« Le rôle de l'école est de transmettre des valeurs »

Le ministre de l'Éducation, Luc Chatel, sera en visite au lycée Val-Moré de Bar-sur-Seine aujourd'hui. À cette occasion, il fait le point sur la rentrée

La rénovation de la voie professionnelle s'achève cette année. Quels enseignements en tirez-vous ?

« Nous avons voulu rénover la voie professionnelle pour la revaloriser et pour rehausser le niveau de qualification des élèves. Avant la mise en place du bac pro en trois ans, plus de la moitié des jeunes quittaient la filière professionnelle avec un niveau BEP ou CAP. Nous voulons amener le maximum de jeunes au niveau bac. Nous avons aussi souhaité une égalité de traitement entre la voie professionnelle et générale. Cette réforme illustre la politique que nous portons, qui passe par la personnalisation des parcours, afin que davantage d'élèves sortent du système éducatif avec une qualification plus élevée. Elle constitue également une vraie réponse pour les jeunes qui cherchent une insertion professionnelle rapide. »

Estimez-vous que les objectifs fixés par cette réforme ont été atteints ?

« Les résultats au bac 2011 sont très encourageants. Le nombre de candidats a augmenté de 36 %. Nous enregistrons une augmentation de plus de 37 000 élèves en bac pro. Ça veut dire que le travail initié commence à se traduire par des résultats. »

La voie professionnelle a certes contribué à augmenter le nombre de bacheliers, mais quelle en est l'incidence sur l'enseignement supérieur ?

« La voie professionnelle a été créée pour être une filière courte avec une insertion professionnelle rapide. Nous avons voulu, avec la réforme du lycée, développer un processus d'orientation plus progressif et réversible pour qu'on puisse poursuivre ses études avec un bac pro. L'accès au BTS ainsi qu'à des classes préparatoires sont autant de signaux que nous envoyons aux bacheliers professionnels.

Nous rénovons également la filière technologique. J'étais il y a peu au lycée Louis-Legrand à Paris, temple de l'excellence, qui vient d'ouvrir une filière technologique avec une série STI. Nous nous engageons vers la diversification de l'excellence. Il n'y a pas une voie unique d'accès à l'excellence. »

La voie technologique connaît depuis plusieurs années une désaffection. Pensez-vous que la rénovation lancée cette rentrée sera suffisante ?

« Les entreprises de l'industrie ont besoin de talents, de compétences à tous les niveaux de qualification. Cette série permettait une bonne insertion professionnelle et était très demandée par les entreprises. Pourtant, elle perdait des élèves, par manque d'attractivité. Nous avons travaillé avec les fédérations professionnelles et nous nous sommes rendu compte que les programmes n'avaient pas été revus depuis vingt ans. Nous sommes passés de quinze spécialisations à quatre. Nous avons souhaité mettre en place des programmes modernes avec du design, de l'architecture, de l'écoconstruction… Aujourd'hui, on demande aux élèves d'être plus qualifiés et polyvalents. Nous voulons montrer que la série technologique n'est plus une filière dépotoir. Il est vrai que le nombre d'inscrits était jusqu'ici en chute libre. Nous avons réussi à l'enrayer. À la rentrée, nous enregistrons une hausse des effectifs de 1 % dans cette filière. »

De manière plus générale, dans quelle mesure la réforme du lycée peut mieux accompagner les jeunes en termes d'orientation ?

« La réforme du lycée prévoit la mise en place de tuteur, c'est-à-dire de professeurs, qui accompagnent les élèves volontaires, mais aussi l'accompagnement personnalisé. Dans ce cadre, un temps est consacré au processus d'orientation, sous la responsabilité des conseillers pédagogiques des lycées. Nous allons faciliter les passages d'une filière à une autre, avec des stages passerelles en fin de première, pour les élèves, qui veulent changer de série. En effet, désormais en 1re, les séries disposent d'un tronc commun de 15 heures, soit 60 % de l'emploi du temps. Nous tendons à développer une orientation plus progressive. L'élève a le droit à l'erreur. »

Syndicats et enseignants pointent du doigt les suppressions de postes massives alors que le nombre d'élèves augmente. Que leur répondez-vous ?

« La France reste dans le peloton de tête des pays qui investissent dans leur système éducatif. En moins de trente ans, le budget par élève a augmenté de 80 %. À la rentrée 2011, nous recensions 35 000 professeurs de plus qu'il y a vingt ans pour 500 000 élèves de moins. Est-ce que le défi est celui de la quantité ? Non ! L'augmentation des moyens a t-elle permis d'améliorer l'efficacité du système éducatif ? Non. L'enjeu n'est plus la quantité mais la qualité. Chaque enfant est différent. Nous devons donc mettre en place des pratiques pédagogiques différentes en fonction des besoins de l'élève. Nous nous orientons vers la personnalisation des parcours et de la pédagogie. »

Avec des postes en moins et des classes plus chargées, les enseignants s'interrogent sur la manière de lutter contre l'échec scolaire.

« En primaire, il y a vingt-trois élèves par classe, soit deux de moins qu'il y a vingt ans. En collège, ils sont 25 par classe, soit un de moins qu'il y a vingt ans. C'est pareil pour le lycée. Là encore, ce n'est pas en rajoutant des moyens qu'on aura des résultats mais en faisant de la différenciation. En primaire, les enseignants détectent les élèves en difficultés et leur apportent du soutien scolaire pendant deux heures afin d'éviter les risques de décrochage. C'est cela qu'on va faire progressivement tout au long de la scolarité. Même chose dans les collèges, où après 16 h, on pratique le soutien scolaire. Un tiers des élèves y est accueilli. Il faut faire du qualitatif, du sur-mesure. »

Depuis quelques jours, on parle du grand retour de la morale, pourtant elle était déjà dans les programmes de 2008.

« J'ai publié une circulaire la semaine dernière, à l'adresse des enseignants, pour la mise en œuvre de ce programme. Le rôle de l'école est de transmettre des valeurs et de montrer l'exemple. C'était attendu par les parents. J'ai de très bons retours.

Les valeurs de l'école et celles de la République sont liées. Échanger sur ces valeurs fait partie de la fonction éducative de l'école. Elle prépare les enfants à devenir de futurs citoyens, à être libres et égaux. »

Et vous, c'est quoi votre morale ?

« Je dois faire confiance et laisser libre cours à la liberté pédagogique des enseignants. Nous sommes en train de relever le défi le plus difficile depuis l'histoire de l'école. Aujourd'hui, l'école doit être le lieu de tous les possibles. L'obligation de moyens s'est transformée en obligation de résultats. »

Aurore CHABAUD 
 
Publié le jeudi 08 septembre 2011 à 09H11        
 

mercredi 27 juillet 2011

Pour une Politique alimentaire populaire

Un beau projet qui fait appel à la participation citoyenne dans un domaine où la science occupe une place importante.

Faire germer une politique alimentaire
Mission accomplie pour le Projet pour une politique alimentaire populaire !
 
La Politique a été lancée avec succès le 18 avril dernier à Ottawa, en pleine campagne électorale.
 
 
Il faut maintenant convaincre les député(e)s, les pouvoirs publics et tous les paliers de gouvernement d'appliquer cette politique.
 
C'est désormais Sécurité alimentaire Canada qui va faire cet important travail: défendre la Politique alimentaire à Ottawa. Partenaire depuis le début du PFPP, Sécurité alimentaire Canada est un organisme qui :
  • travaille sur la sécurité alimentaire à travers le Canada et dans le monde;
  • fait la promotion de la collaboration et de l'engagement citoyen pour des politiques et des programmes qui améliorent la sécurité alimentaire au Canada et ailleurs;
  • fonde sa vision sur trois engagements étroitement liés:
    • la faim zéro,
    • un système alimentaire durable,
    • des aliments sains et salubres.
 
 
Publié parMélissa Lieutenant-Gosselin
mercredi 27 juillet 2011 à 11:32