jeudi 8 septembre 2011

« Le rôle de l'école est de transmettre des valeurs »

Le ministre de l'Éducation, Luc Chatel, sera en visite au lycée Val-Moré de Bar-sur-Seine aujourd'hui. À cette occasion, il fait le point sur la rentrée

La rénovation de la voie professionnelle s'achève cette année. Quels enseignements en tirez-vous ?

« Nous avons voulu rénover la voie professionnelle pour la revaloriser et pour rehausser le niveau de qualification des élèves. Avant la mise en place du bac pro en trois ans, plus de la moitié des jeunes quittaient la filière professionnelle avec un niveau BEP ou CAP. Nous voulons amener le maximum de jeunes au niveau bac. Nous avons aussi souhaité une égalité de traitement entre la voie professionnelle et générale. Cette réforme illustre la politique que nous portons, qui passe par la personnalisation des parcours, afin que davantage d'élèves sortent du système éducatif avec une qualification plus élevée. Elle constitue également une vraie réponse pour les jeunes qui cherchent une insertion professionnelle rapide. »

Estimez-vous que les objectifs fixés par cette réforme ont été atteints ?

« Les résultats au bac 2011 sont très encourageants. Le nombre de candidats a augmenté de 36 %. Nous enregistrons une augmentation de plus de 37 000 élèves en bac pro. Ça veut dire que le travail initié commence à se traduire par des résultats. »

La voie professionnelle a certes contribué à augmenter le nombre de bacheliers, mais quelle en est l'incidence sur l'enseignement supérieur ?

« La voie professionnelle a été créée pour être une filière courte avec une insertion professionnelle rapide. Nous avons voulu, avec la réforme du lycée, développer un processus d'orientation plus progressif et réversible pour qu'on puisse poursuivre ses études avec un bac pro. L'accès au BTS ainsi qu'à des classes préparatoires sont autant de signaux que nous envoyons aux bacheliers professionnels.

Nous rénovons également la filière technologique. J'étais il y a peu au lycée Louis-Legrand à Paris, temple de l'excellence, qui vient d'ouvrir une filière technologique avec une série STI. Nous nous engageons vers la diversification de l'excellence. Il n'y a pas une voie unique d'accès à l'excellence. »

La voie technologique connaît depuis plusieurs années une désaffection. Pensez-vous que la rénovation lancée cette rentrée sera suffisante ?

« Les entreprises de l'industrie ont besoin de talents, de compétences à tous les niveaux de qualification. Cette série permettait une bonne insertion professionnelle et était très demandée par les entreprises. Pourtant, elle perdait des élèves, par manque d'attractivité. Nous avons travaillé avec les fédérations professionnelles et nous nous sommes rendu compte que les programmes n'avaient pas été revus depuis vingt ans. Nous sommes passés de quinze spécialisations à quatre. Nous avons souhaité mettre en place des programmes modernes avec du design, de l'architecture, de l'écoconstruction… Aujourd'hui, on demande aux élèves d'être plus qualifiés et polyvalents. Nous voulons montrer que la série technologique n'est plus une filière dépotoir. Il est vrai que le nombre d'inscrits était jusqu'ici en chute libre. Nous avons réussi à l'enrayer. À la rentrée, nous enregistrons une hausse des effectifs de 1 % dans cette filière. »

De manière plus générale, dans quelle mesure la réforme du lycée peut mieux accompagner les jeunes en termes d'orientation ?

« La réforme du lycée prévoit la mise en place de tuteur, c'est-à-dire de professeurs, qui accompagnent les élèves volontaires, mais aussi l'accompagnement personnalisé. Dans ce cadre, un temps est consacré au processus d'orientation, sous la responsabilité des conseillers pédagogiques des lycées. Nous allons faciliter les passages d'une filière à une autre, avec des stages passerelles en fin de première, pour les élèves, qui veulent changer de série. En effet, désormais en 1re, les séries disposent d'un tronc commun de 15 heures, soit 60 % de l'emploi du temps. Nous tendons à développer une orientation plus progressive. L'élève a le droit à l'erreur. »

Syndicats et enseignants pointent du doigt les suppressions de postes massives alors que le nombre d'élèves augmente. Que leur répondez-vous ?

« La France reste dans le peloton de tête des pays qui investissent dans leur système éducatif. En moins de trente ans, le budget par élève a augmenté de 80 %. À la rentrée 2011, nous recensions 35 000 professeurs de plus qu'il y a vingt ans pour 500 000 élèves de moins. Est-ce que le défi est celui de la quantité ? Non ! L'augmentation des moyens a t-elle permis d'améliorer l'efficacité du système éducatif ? Non. L'enjeu n'est plus la quantité mais la qualité. Chaque enfant est différent. Nous devons donc mettre en place des pratiques pédagogiques différentes en fonction des besoins de l'élève. Nous nous orientons vers la personnalisation des parcours et de la pédagogie. »

Avec des postes en moins et des classes plus chargées, les enseignants s'interrogent sur la manière de lutter contre l'échec scolaire.

« En primaire, il y a vingt-trois élèves par classe, soit deux de moins qu'il y a vingt ans. En collège, ils sont 25 par classe, soit un de moins qu'il y a vingt ans. C'est pareil pour le lycée. Là encore, ce n'est pas en rajoutant des moyens qu'on aura des résultats mais en faisant de la différenciation. En primaire, les enseignants détectent les élèves en difficultés et leur apportent du soutien scolaire pendant deux heures afin d'éviter les risques de décrochage. C'est cela qu'on va faire progressivement tout au long de la scolarité. Même chose dans les collèges, où après 16 h, on pratique le soutien scolaire. Un tiers des élèves y est accueilli. Il faut faire du qualitatif, du sur-mesure. »

Depuis quelques jours, on parle du grand retour de la morale, pourtant elle était déjà dans les programmes de 2008.

« J'ai publié une circulaire la semaine dernière, à l'adresse des enseignants, pour la mise en œuvre de ce programme. Le rôle de l'école est de transmettre des valeurs et de montrer l'exemple. C'était attendu par les parents. J'ai de très bons retours.

Les valeurs de l'école et celles de la République sont liées. Échanger sur ces valeurs fait partie de la fonction éducative de l'école. Elle prépare les enfants à devenir de futurs citoyens, à être libres et égaux. »

Et vous, c'est quoi votre morale ?

« Je dois faire confiance et laisser libre cours à la liberté pédagogique des enseignants. Nous sommes en train de relever le défi le plus difficile depuis l'histoire de l'école. Aujourd'hui, l'école doit être le lieu de tous les possibles. L'obligation de moyens s'est transformée en obligation de résultats. »

Aurore CHABAUD 
 
Publié le jeudi 08 septembre 2011 à 09H11        
 

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