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lundi 9 septembre 2013

Les Arabes précurseurs de l’ère numérique

« La mathématique est la reine des sciences et la théorie des nombres est la reine des mathématiques. » Gauss

Avec la civilisation numérique que nous vivons, nous constatons que l’affirmation de Pythagore,l’un des plus anciens philosophes de l’humanité, énoncée il y plus de 2500 ans, selon laquelle « tout est nombre » s’avère des plus actuelles. En effet, tout ce que nous échangeons sur Internet est numérique, la culture numérique a été et est encore le pivot du développement technologique le plus pointu. La culture numérique ne semble pas faire question tant l’évidence d’un déploiement technique rend partout présent la numérisation de nos tâches et de nos œuvres.

Pythagore avait énoncé que les mathématiques ordonnaient l’univers des dieux et des hommes. 24 siècles plus tard, le mathématicien et philosophe britannique George Boole parvint à exprimer les opérations de l’esprit logique par une algèbre.

Pythagore avait pressenti la science des nombres, les Arabes l’ont créée.

Après la Renaissance, les Européens en ont repris le flambeau pour créer le monde moderne. Dans ce qui suit, nous désignons par le terme générique « arabe » l’ensemble des peuples et des savants dont les œuvres ont été écrites en arabe : ils furent Arabes, Persans, Berbères, Espagnols, etc. C’étaient des musulmans, des juifs, des chrétiens, et d’autres encore.


Pour apprécier l’importance considérable de la contribution de ces savants (qui ont été si nombreux et si féconds qu’il est impossible de les citer tous ici), nous allons juste citer quelques exemples de mathématiciens arabes réputés, en remarquant qu’en fait, les mathématiques ne furent que l’une des facettes de leur savoir qui, à l’époque, couvrait plusieurs domaines de la connaissance.

1. Abu Abdallah Al-Khawarizmi (783-850) était un mathématicien persan, géographe et astronome. Il est considéré comme le plus grand mathématicien de la civilisation islamique. Il a contribué à l'adoption du système de numérotation indienne, plus tard connu sous le nom de chiffres arabes. Il a introduit des méthodes de simplification des équations. Il a utilisé la géométrie euclidienne dans ses démonstrations. Il a donné son nom au mot « algorithme », qui est une suite finie et non ambiguë d’opérations ou d'instructions permettant de résoudre un problème.

2. Abū Yūsuf al-Kindī (801—873). Dans le domaine de la géométrie, Al Kindi aborde la théorie des lignes parallèles. Il donne un lemme sur l'existence de deux lignes dans le plan, à la fois non parallèles et sans intersection, la géométrie non euclidienne n'est pas loin.

3. Thabet ibn Qurra (826-901) est connu pour ses traductions des mathématiques grecques, et ses recherches en arithmétique sur les nombres premiers. Il énonce et démontre le plus important théorème connu sur les nombres amiables (deux nombres sont amiables si chacun d'eux est égal à la somme des diviseurs propres de l'autre) qui porte aujourd’hui son nom. Ce travail sur les nombres amiables sera poursuivi par al-Fârisî (XIVe siècle). L’analyse des conclusions d’al-Fârisî montre que dès le 14e siècle, on était parvenu à un ensemble de résultats et de techniques attribués jusque-là aux mathématiciens européens du 17e siècle.

4. Al Hassen Ibn Al-Haythem (965-1039), surnommé Alhazen par les Européens, est un savant qui a laissé son nom sur la question connue aujourd'hui sous le nom de problème du billard d’Alhazen. Le problème peut se résumer ainsi « soit deux billes A et B placées en deux points quelconques d'un billard parfaitement circulaire. Trouver le point du rebord sur lequel la bille A doit être envoyée pour revenir heurter la bille B après avoir rebondi une seule fois ». Alhazen a réussi à le trouver grâce à des sections coniques, mais il n'a pas réussi à le prouver à l'aide d'un raisonnement d'algèbre mathématique. Durant des siècles, plusieurs scientifiques ont essayé de résoudre ce problème, mais ce n’est qu’en 1997 que Peter M. Neumann, professeur à Oxford, a démontré que la solution fait appel à une équation du quatrième degré et ne peut donc être résolue avec une règle et un compas.

Ibn Al-Haythem a découvert l’un des plus beaux théorèmes de la théorie des nombres : « un entier p, plus grand que 1, est premier si et seulement si ((p – 1) !+1) est divisible par p ». Sept siècles plus tard, les Européens appelleront ce théorème, le théorème de Wilson (1741-1793).

5. Muḥammad Al-Bīrūnī (973- 1048) est connu pour sa théorie sur la rotation de la Terre autour de son axe et autour du Soleil, et ceci bien avant Copernic (1473-1543). Il mentionna, avant Isaac Newton (1642-1727) la force d´attraction que la Terre exerce sur les corps. Mathématicien, géologue, botaniste, astronome, historien, linguiste, a laissé une œuvre considérable. Al-Biruni était un pionnier. Il a créé la première mappemonde construite en Asie centrale. Avec l’aide d’un astrolabe, de la mer et d’une montagne avoisinante, il a évalué la circonférence de la Terre. Il a calculé avec précision les densités et les poids spécifiques de minéraux, travaillé sur la "règle de trois", développé des équations à plusieurs inconnues, contribué à développer la trigonométrie. Il a imaginé un canal reliant la mer Rouge et la Méditerranée (actuel canal de Suez), a proposé de dessaler l’eau de mer pour approvisionner les contrées désertiques en eau douce. Lorsque les écrits d'Al-Bîrunî parviennent en Europe, son nom fut francisé en Aliboron. On francisait et latinisait autrefois les noms provenant des langues "barbares" et imprononçables. Exemples : Ibn Sina = Avicenne, Ibn Rushd = Averroès, Kung-fu Tseu = Confucius. Pour les Européens d’alors, ses œuvres apparaissent comme ardues, voire ésotériques. Au lieu de reconnaître leur incompétence, les savants français se sont moqués du contenu de ses livres. Par dérision, Al-Bîrunî, alias Aliboron, fut affublé du sobriquet de Maître Aliboron. Au 14e siècle, Jean Buridan (1300-1358), maître scolastique et philosophe aristotélicien, nomma Aliboron son célèbre âne affamé et assoiffé qui, placé à égale distance d'un seau d'eau et d'une botte de foin, mourut de faim et de soif, faute d'avoir su choisir dans quelle direction aller en premier. Par la suite, d'autres ânes furent nommés Aliboron, et "Maître Aliboron" devint une périphrase pour désigner l'âne par excellence, comme on le lit chez La Fontaine.  Du reste, je suis convaincu que La Fontaine n’aurait pas utilisé ce mot s’il savait l’ânerie qui en a été l’origine. Autrement dit, les ânes ne sont pas toujours ceux que l’on pense !

6. Omar Khayyâm (1048-1131) est un savant et un poète persan. C’était le premier mathématicien à avoir traité systématiquement des équations cubiques, en employant des tracés de coniques pour déterminer le nombre des racines réelles et les évaluer approximativement. Outre son traité d'algèbre, Omar Khayyâm a écrit plusieurs textes sur l'extraction des racines cubiques.

7. Nasir al-Din al-Tusi (1201-1274) était le premier à traiter la trigonométrie en tant que discipline mathématique distincte, et dans son Traité sur le Quadrilateral, il a donné la première exposition étendue de la trigonométrie sphérique, et il était le premier à énumérer les six cas distincts d'un triangle équilatéral en trigonométrie sphérique. Il a également créé la célèbre formule de sinus pour les triangles isocèles, qui était l'une de ses contributions mathématiques principales. En 1265, al-Tusi a écrit un manuscrit concernant le calcul pour les nièmes racines d'un nombre entier. Il a indiqué les coefficients d'expansion d'un binôme à n'importe quelle puissance, donnant la formule binomiale (appelée plus tard "triangle de Pascal").

Les Arabes avaient « la bosse des maths »

Le rôle de la civilisation arabe a été particulièrement novateur en mathématiques : arithmétique, algèbre, analyse combinatoire et trigonométrie. Ils ont utilisé les mathématiques comme auxiliaires d'autres disciplines telles que l'astronomie, les techniques de constructions géométriques (mosaïques, coupoles…) mais aussi à des fins purement religieuses pour calculer les coordonnées géographiques et indiquer la direction de La Mecque.

Dans le domaine de l’arithmétique, l’une des branches les plus nobles et les plus difficiles des mathématiques, les Arabes ont accompli une œuvre considérable en recueillant, en propageant et en enseignant l’usage des chiffres et du calcul indiens, et en poussant l’étude de certaines propriétés remarquables des nombres vers un embryon de la théorie des nombres.

C’est que, dans le domaine numérique, l’esprit arabe « immatérialise le nombre et le personnalise ».Le nombre n’est plus une nature douée de propriétés mais un être actif doué d’un rôle opératoire, qui concourt avec d’autres dans l’ensemble des opérations. Ainsi, ce qui intéresse les Arabes dans la série des nombres, ce n’est pas la suite naturelle et chosifiée, c’est le terme défini par sa place dans la série avec sa singularité. Ils ont recherché l’ordinal, plutôt que le cardinal ; ils ne se sont pas rebutés et horrifiés par les nombres impairs ou les nombres irrationnels, comme l’avaient été les Grecs. « On a même trouvé chez Ibn Qurra la notion cantorienne du transfini » (L. Massignon et R. Arnaldez).

Comme l’explique A.P. Youschkevitch, « l’assimilation de l’héritage classique a permis aux mathématiciens arabes d’atteindre, dans le développement des algorithmes numériques et des problèmes correspondants, un plus haut niveau que celui auquel pouvaient accéder les mathématiciens indiens et chinois. Là où ces derniers se contentaient d’établir une règle de calcul particulière, les mathématiciens de l’Islam réussissaient souvent à développer toute une théorie ».

Introduction des chiffres indiens et du zéro

C'est d'Inde, tracés dans leur graphie nagari, que sont venus de nouveaux signes permettant, grâce au zéro positionnel, une plus grande souplesse d'emploi. Des astronomes musulmans, en apprenant cette science des Indiens au 8e siècle, ont vraisemblablement importé dans un même mouvement leurs chiffres. Al Khawarizmi serait le premier à avoir, au 9e siècle, travaillé sur les méthodes de calcul indiennes. Rapidement adoptés, ces signes ont subi de nombreuses modifications avant de prendre l'apparence des chiffres dits arabes utilisés de nos jours. Ce sont les savants d'Afrique du Nord (Kairouan) qui ont développé une nouvelle graphie appeléemaghrébine, ou ghobar, ou tout simplement arabe. C’est celle qui est employée aujourd'hui par le monde entier, sauf au Moyen Orient, qui a conservé jusqu'à nos jours la graphie indo-persane des 9 chiffres, parce qu'ils considèrent que les Maghrébins ne sont pas des Arabes (ce qui est vrai) et donc qu'ils refusent de considérer "les chiffres arabes", créés à Kairouan, comme arabes !! Ainsi, comble de l’absurde, les seuls peuples qui n'utilisent pas les chiffres arabes sont les Arabes eux-mêmes. Ajoutons à cela que la langue arabe n’est la langue maternelle d’aucun Arabe et nous constatons par là l’état actuel deschizophrénie des Arabes.

Introduction du système sexagésimal babylonien

On pourrait se demander pourquoi certaines mesures sont exprimées de nos jours en base 60, dite base sexagésimale. On utilise ce système par exemple pour le temps (heures, minutes, secondes), pour les coordonnées géographiques (latitude, longitude) et pour mesurer les angles. Ce système, positionnel, a été créé en Irak, par les Sumériens, ancêtres des Babyloniens, vers le 19è siècle avant J.C., il y a presque 4000 ans !

Dans un système positionnel, la position du chiffre indique son ordre de grandeur. Par exemple [3 ;4;2] signifie, dans notre système positionnel décimal 3x102+4x10+2x1 soit 342. Pour les Sumériens, il signifiait 3x602+4x60+2x1 soit 10800+240+2 soit encore 11042. Ce système disposait aussi du zéro.

Le système sexagésimal a l'avantage d'avoir de nombreux diviseurs entiers (1, 2, 3, 4, 5, 6, 10, 12, 15, 20, 30, 60) qui facilitent le calcul des fractions. Les fractions ont toujours été le cauchemar des écoliers. Il en était ainsi chez les comptables ou les arpenteurs d’il y a 4000 ans. Par contre, si 60 est divisible par 1,2,3,4,5 et 6, il ne l’est pas par 7. C’est pour cela que les Sumériens considéraient le chiffre 7 comme démoniaque, et décidèrent qu’une semaine devait s’arrêter au 7e jour. Le sept est devenu, dans beaucoup de croyances, un chiffre spécial, ayant parfois une connotation divine et parfois une connotation diabolique.

Ce système, antérieur au système décimal indien a exercé une grande influence depuis la plus haute antiquité à nos jours. Depuis le 2e siècle avant J.C., les astronomes grecs l’utilisèrent. Après les Grecs, les astronomes arabes l’ont utilisé pour leurs tables astronomiques, d’autant plus que les Babyloniens avaient aussi un calendrier lunaire. Et c’est ainsi que le système savant babylonien est parvenu jusqu’à nous, et au monde entier, grâce aux Arabes.

Pour la première fois dans l’Histoire, les mathématiciens arabes prennent conscience du fait que les propriétés de la numération de position d’origine indienne sont indépendantes de sa base. Ils comprennent donc, peu à peu que, dans une numération de position, munie du zéro et possédant des chiffres significatifs détachés de toute intuition visuelle directe (comme par exemple dans la numération romaine), la notation des entiers est extensible à une représentation simple et rationnelle de tous les nombres. Ainsi, les opérations fondamentales de l’arithmétique (addition, soustraction, multiplication, division), s’y effectuent aussi aisément selon des règles simples indépendantes de la base envisagée (à l’époque, base 10 et base 60).

Transmission des chiffres arabes en Europe et au reste du monde

L’histoire de cette transmission est assez édifiante.

- Une première tentative a été faite par le pape de l’an 1000, Sylvestre II. Premier pape français, Sylvestre II, né Gerbert d’Aurillac, est aussi un grand savant et un acteur politique majeur. Né vers 945 dans une famille de paysans, Gerbert est éduqué à l'abbaye Saint-Géraud d'Aurillac, dans un esprit moderniste. Remarqué par le comte de Barcelone, le garçon poursuit son instruction dans les abbayes catalanes. Il y découvre le « quadrivium », c'est-à-dire les quatre sciences profanes de son époque : l'arithmétique (dont la numération indo-arabe), la géométrie, la musique et l'astronomie, à travers des manuscrits en latin traduits de l'arabe. Ce faisant, le moine précède de plus d'un siècle les étudiants des universités de Paris, Montpellier et Oxford qui vont au XIIe siècle traverser comme lui les Pyrénées pour compléter leurs connaissances grâce aux maîtres et savants arabes. Devenu pape en 999, sous le nom de Sylvestre II, il use de toute son autorité pour imposer les chiffres arabes chez les chrétiens, à la place des chiffres romains peu pratiques. Sa tentative va échouer, à cause de la résistance des savants de l’Église, qui considéraient que tout ce qui venait des Sarrasins (les Arabes) ne pouvait qu’être diabolique. On accusa même ce pape d’être habité par le diable. Cette légende a eu la vie tenace, à tel point qu’en 1648, six siècles plus tard, l’autorité pontificale fit ouvrir le tombeau de Sylvestre II pour vérifier si les diables de l’enfer ne l’habitaient point !

- Deux siècles plus tard, une deuxième tentative va réussir.

Né à Pise en Italie, Leonardo Fibonacci (1175-1250), a été élevé et éduqué en grande partie à Béjaïa (Bougie), l’une des capitales du Maghreb d’alors, où vivait son oncle Guillermo Bonacci. Celui-ci était le représentant, auprès des douanes maghrébines, des marchands toscans en Algérie, en Tunisie et au Maroc. Le jeune Leonardo, formé dans les écoles algériennes, s’est vite passionné pour les mathématiques arabes. Fibonacci rapporta à Pise en 1198 les chiffres arabes et la notation algébrique. Grâce à ses écrits et à sa persévérance, Finobacci réussit là où le pape Sylvestre II échoua.

L’introduction du papier, des chiffres arabes et de tout le savoir arabe en Europe va grandement faciliter la Renaissance européenne.

http://numidia-liberum.blogspot.com...

samedi 17 août 2013

Persian and Arab astronomers produced an improved version of the Greek armillary sphere in the 8th century




Persian and Arab astronomers produced an improved version of the Greek armillary sphere in the 8th century, and wrote about it in the treatise of Dhat al-Halaq or The instrument with the rings by the Persian astronomer Fazari (d.c. 777). Abbas Ibn Firnas (d.887) is thought to have produced another instrument with rings (armillary sphere) in 9th century which he gifted to Caliph Muhammad I (ruled 852-886).[11] The spherical astrolabe, a variation of both theastrolabe and the armillary sphere, was invented during the Middle Ages in the Islamic world.[12] The earliest description of the spherical astrolabe dates back to the Persian astronomerNayrizi (fl. 892-902). Muslim astronomers also independently invented the celestial globe, which were used primarily for solving problems in celestial astronomy. Today, 126 such instruments remain worldwide, the oldest from the 11th century. The altitude of the sun, or the Right Ascension and Declination of stars could be calculated with these by inputting the location of the observer on the meridian ring of the globe.


An armillary sphere in a painting by Sandro Botticelli, c. 1480.

The armillary sphere was introduced to Western Europe via Al-Andalus in the late 10th century with the efforts of Gerbert d’Aurillac, the later Pope Sylvester II (r. 999–1003).[13]Pope Sylvester II applied the use of sighting tubes with his armillary sphere in order to fix the position of the pole star and record measurements for the tropics and equator.[14]

(via kenobi-wan-obi)

samedi 19 mai 2012

La BERD se dote d'un fonds spécial dédié aux démocraties arabes

Le Monde.fr avec AFP | 19.05.2012 à 16h50 • Mis à jour le 19.05.2012 à 16h50

La Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) s'est dotée samedi 19 mai d'un fonds spécial d'un milliard d'euros pour étendre dès cette année ses opérations à quatre "démocraties arabes émergentes", l'Egypte, la Tunisie, le Maroc et la Jordanie. C'est son nouveau président, le Britannique Suma Chakrabarti, qui sera chargé de mettre en oeuvre cette ouverture, après son élection surprise vendredi par les 65 pays et institutions actionnaires réunis en assemblée générale à Londres.

La BERD a déjà ouvert des bureaux au Caire, à Casablanca, Tunis et Amman, dans les quatre pays choisis pour initier son expansion géographique. Les premiers projets devraient démarrer en septembre prochain.

Fondée en 1991 pour favoriser le passage des pays de l'ex-bloc soviétique à l'économie de marché, la banque intervenait jusqu'à présent dans 29 pays d'Europe de l'Est et d'Asie centrale. Elle avait reçu pour mission, lors de sa précédente assemblée générale, de soutenir les démocraties naissantes dans la foulée du "printemps arabe". L'extension de son rayon d'action au sud et à l'est de la Méditerranée avait été souhaitée "par la communauté internationale et les pays de la région", a-t-elle rappelé samedi.

INVESTIR JUSQU'À 2,5 MILLIARDS D'EUROS PAR AN

Ce changement implique un long processus pour modifier à l'unanimité les statuts de la banque. La création du fonds spécial, puisé sur ses réserves propres, va luipermettre de commencer à investir sans attendre la fin de ce processus, qui doitpasser dans certains cas par des ratifications parlementaires. Dans les quatre premiers pays arabes choisis, elle concentrera son action "sur le développement du secteur privé, la croissance des petites et moyennes entreprises, l'amélioration des services municipaux, le développement de secteurs financiers stables et l'amélioration des services de fourniture d'énergie".

A terme, la BERD estime qu'elle pourra investir jusqu'à 2,5 milliards d'euros par an dans sa nouvelle zone d'intervention "sans diminuer son engagement dans les pays où elle opère actuellement". Elle y a investi en 2011 un montant record de 9,1 milliards d'euros dans près de 400 projets.

Les actionnaires de la banque avaient déjoué les pronostics vendredi en désignant pour quatre ans à la tête de l'institution le haut fonctionnaire britannique Suma Chakrabarti, un spécialiste du développement. A l'issue d'un vote inédit entre cinq candidats, provoqué par l'incapacité des pays de l'Union européenne à se mettred'accord en amont comme ils l'avaient fait jusqu'alors, le Britannique a battu notamment le président sortant allemand de la Berd Thomas Mirow, dont le bilan est pourtant largement salué.

Suma Chakrabarti s'est également imposé face au Français Philippe de FontaineVive Curtaz, vice-président de la Banque européenne d'investissement (BEI) qui bénéficiait du soutien tacite de Paris et Berlin dans le cadre d'un vaste jeu de chaises musicales incluant une série de postes économiques européens àpourvoir. C'est la première fois depuis la création de la Berd que la présidence échappe à un Français ou à un Allemand.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2012/05/19/la-berd-se-dote-d-un-fonds-special-dedie-aux-democraties-arabes_1704258_3234.html#xtor=RSS-3208

lundi 30 avril 2012

Les entreprises arabes tournent-elles le dos à la Tunisie ?

La coopération avec les pays frères et amis au niveau de la dynamisation du partenariat industriel, hautement créatif d’emplois, gagnerait, pour son efficacité, à être jumelée à des projets au niveau de l’infrastructure, ce qui aiderait à désenclaver les régions intérieures du pays où toute velléité d’investissement est handicapée par la vétusté des routes, l’absence de terrains ou de locaux industriels viables ou de télécommunications.

C’est le contexte dans lequel il convient de placer le 6e forum arabe des petites et moyennes industries qui vient de se tenir, à Tunis, une initiative qui s'inscrit dans le cadre du renforcement du partenariat d'affaires sur la base des offres de coopération.

Durant ce conclave interarabe de trois jours, près de 1000 contacts d'affaires entre 200 hommes d'affaires tunisiens et 190 hommes d'affaires de pays arabes étaient programmés.

Initiée par l'organisation arabe de développement industriel et de la métallurgie et la Banque islamique de développement, cette manifestation a été marquée depuis le 1er jour par la participation de plusieurs entreprises arabes opérant dans différents domaines.

D’après l’APII, il s’agissait de renforcer les relations entre les acteurs dans les Etats arabes tels que les propriétaires d’entreprises, les organisations de supervision et de soutien de professionnels appartenant aux secteurs des services de fabrication et services connexes aux petites et moyennes entreprises.

Surtout, le secteur industriel en Tunisie représente un pilier important dans le processus de développement pour le pays. Il représente aussi un moteur principal de l’économie nationale à travers l’augmentation de l’emploi, l’amélioration du revenu du citoyen, l’augmentation de la production, l’exportation et attirer les investissements étrangers.

Certes, les entreprises tunisiennes, qui ont connu depuis plus de deux décennies plusieurs programmes de mise à niveau et de modernisation avec l’appui de l’Union Européenne, sont aujourd’hui prêtes à amorcer la diversification de leurs marchés et aussi de leurs partenaires. Elles sont en mesure également de tisser des liens commerciaux et industriels forts et pourquoi pas en termes de recherche et d’innovation avec leurs homologues arabes.

La Tunisie industrielle d’aujourd’hui, c’est 17.000 entreprises employant plus de 700.000 personnes. L’ambition est à la mesure des préoccupations du moment avec un très fort taux de chômage parmi les diplômés de l’enseignement supérieur.

Cependant, on constate une présence assez timide des entreprises arabes ou à participation arabe opérant en Tunisie dont le nombre ne dépasse pas 104 entreprises, soit uniquement 2% du tissu industriel tunisien. Face à ce constat, le gouvernement de Jebali est appelé à offrir les services nécessaires aux promoteurs et investisseurs arabes afin de développer leurs projets et notamment se renseigner sur les procédures de création d'entreprises, les avantages et incitations qui leur sont destinés, les sites d'installation possibles et les opportunités prometteuses d'investissement et de partenariat.

Il est également nécessaire d’accompagner les promoteurs arabes dans les différentes phases de démarrage et de suivi de la réalisation des projets et notamment dans la phase d'élaboration des études de faisabilité et de la finalisation du schéma de financement.

30-04-2012 

AfricanManager 

http://www.africanmanager.com/detail_article.php?art_id=139938

lundi 16 avril 2012

La Tunisie décroche la troisième place lors du championnat du débat arabe des écoles au Qatar

Selon  lorientlejour.com ( 16/04/2012 ) , la Tunisie a décroché la troisième place lors du championnat du débat arabe des écoles  (International Schools Arab Debating Championship) qui s'est déroulé au Qatar  du 1er au 4 avril , derrière la Jordanie en deuxième place et le Liban qui a remporté ce championnat.

Près de 20 pays arabes ainsi que la Malaisie ont pris part à l'événement organisé par le centre qatari de débat (QatarDebate Centre), qui fait partie de la Fondation qatarie (Qatar Foundation).

Ce championnat s'inscrit dans le cadre du World Schools Debating Championships (WSDC), une compétition entre lycéens lancée en 1988 en Australie.

Lire l'article  http://www.lorientlejour.com//news/article.php?id=753668

Inattendu : le nouveau baby boom des pays arabes

Si les années 1990 ont été marquées par une forte baisse de la natalité dans les pays du Maghreb, les taux sont repartis à la hausse, semble-t-il.

Sur le site de atlantico.fr , une interview de Philippe Fargues,  démographe spécialiste du monde arabe, publiée 16 avril 2012 en donne quelques explications.

D'après lui, en Tunisie, la baisse de fécondité s’est arrêtée il y a cinq ou six ans. Ces réalités sont parfaitement méconnues car les bases de données statistiques utilisées aux Nations unies ne sont pas à jour. Il faut attendre plusieurs années pour qu’elles prennent en compte des changements aussi récents. Les démographes ont pris connaissance, eux, de cette réalité grâce aux publications des statistiques des naissances des pays en question.

Jusque-là, les observateurs pensaient que la baisse, rapide, continuerait. Il y a eu un retard soudain dans l’âge du mariage des femmes de ces pays. Plusieurs raisons à cela : l’accès à l’éducation des femmes, la crise économique, le manque d’emploi et les immenses difficultés auxquelles les couples pour s’installer. Ces niveaux se sont stabilisés.

On n’explique pas encore très bien ce phénomène. On peut imaginer, tout simplement, que le monde arabe résiste aux normes établies dans les pays du nord, où les taux de fécondité se sont stabilisés à environ deux enfants par femme. On peut également imaginer qu’il y a une influence d’un certain nombre de difficultés économiques. On peut enfin imaginer un rôle de la part des islamistes.

Les pays arabes gardent tous une croissance démographique naturelle positive. En Tunisie, on a un taux non négligeable avec une population qui augmente de 1% par an.

Reste qu’il n’est pas évident de subvenir aux besoins des anciens. Si la main d’œuvre disponible est nombreuse, le travail, lui, ne l’est pas. C’est plutôt là que réside la difficulté à nourrir les personnes âgées. Nous avons sur ces régions des pays avec des taux de chômage à deux points et, notamment du côté des femmes, une vraie absence d’emplois disponibles. Cette configuration n’est pas favorable au contrat de génération d’un point de vue économique.

Est-ce que nos démographes et statisriciens confirment ces tendances ?

dimanche 4 septembre 2011

Révolution arabe : « Pas de Grand Soir islamiste à l'horizon »

     
"Révolution 69", date de prise de pouvoir de Kadhafi, peint sur un âne à Ras Lanuf, en Libye, le 29 août (Esam Al-Fetori/Reuters).
 
Ancien diplomate arabisant, professeur associé à Sciences-Po Paris, spécialiste du monde musulman et… de Jimi Hendrix (accessoirement aussi contributeur régulier à Rue89), Jean-Pierre Filiu publie cette semaine « La Révolution arabe, dix leçons sur le soulèvement démocratique ».
 
Au lendemain du troisième changement de régime de l'année – la Libye, après la Tunisie et l'Egypte –, il partage ces « leçons » avec nous. Entretien.
 
Rue89 : Dans votre livre, vous parlez de Révolution au singulier. Est-ce toujours valable alors que les situations ont évolué de manière très différente d'un pays à l'autre ?
 
 
Jean-Pierre Filiu : Oui, et je l'argumente. Le singulier vient de la mise en perspective historique : j'établis un parallèle avec un autre mouvement au singulier mais qui a eu une implication diverse et plurielle, qui est la « renaissance arabe », la « nahda » [au XIXe siècle, ndlr]. Ce qu'on vit aujourd'hui se situe dans son prolongement.
 
Il faut accepter qu'on est face à une vague de fond, un bouleversement de très longue durée qui concerne l'ensemble du monde arabe, mais aussi que ce mouvement se traduira dans différents contextes nationaux, et encore plus pour LA Révolution arabe que pour LA Nahda arabe qui était chargée d'une très forte dimension panarabe. Ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui.
 
Cette dynamique arabe indéniable va se traduire par le fait que chacun de ces mouvements, s'il progresse, peut en entraîner d'autres ; s'il stagne, ça a aussi un impact sur la dynamique des autres ; s'il est contrarié, réprimé, ou s'il y a contre-révolution, cela affectera l'ensemble.
 
On a aujourd'hui un monde arabe qui est porté, traversé, par le soulèvement de sa jeunesse, que ce soulèvement soit actif ou prêt à se déclencher. Cette jeunesse partage le même refus du système – en arabe, régime et système, c'est le même mot – dont elle demande, selon les cas, le renversement ou la réforme.
 
Quel est le « programme commun » de ce mouvement ?
 
 
Partout, on retrouve la même exigence partagée, qui tourne autour de principes très simples :
  • transparence ;
  • lutte contre la corruption ;
  • partage du pouvoir et des richesses ;
  • élections libres.
 
Toutes choses qui prennent quelques minutes à dire, mais parfois des mois de lutte et des années à mettre en place. Et non seulement ça ne va pas se calmer, mais ça va plutôt s'intensifier, car ce mouvement charrie beaucoup d'énergie, mais ne sera pas linéaire : il connaîtra des phases de désespoir, de désenchantement, voire de trahisons, ce qu'on n'a pas encore vu.
 
Mais il connaîtra aussi de très grandes victoires. Et je suis personnellement convaincu qu'en Syrie, il ira jusqu'au bout, et il faudrait mieux que le régime syrien, au lieu de s'entêter dans une répression abjecte, tire les conséquences de la poursuite de la contestation, malgré plus de 2 000 morts, soit deux fois le bilan de la Révolution égyptienne dans un pays quatre fois moins peuplé. Le mouvement ne faiblira pas selon moi, et il fera tout pour s'en tenir à sa dynamique citoyenne.
 
La leçon que l'on tire de la Libye c'est que, sauf en cas de menace d'extermination – il n'y a pas d'autre mot, la Révolution libyenne était menacée de liquidation –, il faut s'en tenir à la voie citoyenne. C'est ce qu'on voit encore aujourd'hui encore au Yémen malgré la grande quantité d'armes en circulation.
 
Le changement de régime en Libye n'a été possible que par une intervention militaire extérieure et une vraie guerre : cela ne change-t-il rien par rapport à votre raisonnement ?
 
Je suis convaincu que la Libye va rester une exception. Ce serait très grave de vouloir le poser en précédent, cela pourrait conduire à des erreurs de perception très lourdes.
 
L'intervention occidentale, avec ses plus de 7 000 sorties offensives, a sauvé la Révolution, qui allait être liquidée à Benghazi le 19 mars, mais elle ne s'est pas substituée à la Révolution qui a vaincu par ses propres forces. Et même dans les scènes les plus choquantes de violence milicienne que l'on voit depuis la chute de Tripoli, on voit cette réappropriation du pays par les combattants qui en sont issus. C'est l'anti-Bagdad.
 
C'est un mouvement qui émane des profondeurs de la Libye, qui n'aurait pas pu, effectivement, vaincre sans le soutien de l'Occident, mais c'est lui qui a gagné. Cette victoire est la sienne et personne ne peut la lui dénier.
 
Il faut bien voir que si Kadhafi était arrivé à ses fins, avait pu écraser Benghazi et Misrata, il n'aurait à mon avis pas tardé quelques jours avant de se retourner contre la Révolution tunisienne, de la déstabiliser méthodiquement, et on sait qu'un certain nombre de nostalgiques de Ben Ali avaient trouvé refuge chez lui. Et il aurait sans doute essayé de pêcher en eaux troubles en Egypte, où il aurait eu moins de succès.
 
C'est un épisode majeur, mais ce n'est qu'un épisode dans le mouvement de fond qui est aujourd'hui porté par la Révolution syrienne.
 
Vous dites « un cas exceptionnel, pas un précédent », on pense aussitôt à la Syrie : cette tentation n'existe-t-elle pas ?
 
Une ingérence directe serait tragique. Elle est d'ailleurs souhaitée par le régime syrien, ça serait sa seule planche de salut, d'arriver à mobiliser ce qu'il lui reste de soutien contre une intervention étrangère. C'est d'ailleurs ce sur quoi sa propagande fonctionne du matin au soir.
 
Ecoutons l'opposition syrienne : elle a une voix, des dirigeants respectables et tout à fait légitimes, qui ont posé on ne peut plus clairement trois « non » :
  • non à la confessionnalisation qui fait le jeu du régime ;
  • non à la violence armée, pour les mêmes raisons ;
  • non à l'intervention étrangère, à l'internationalisation.
 
En revanche, la même opposition demande avec beaucoup de force des sanctions internationales, économiques sur le pétrole syrien, personnelles sur les responsables de la répression, et elle avait mené, au mois d'août, un de ses « vendredis de protestation », qui prouvent à quel point elle est structurée, contre le « silence » de la communauté internationale. Mais sans demander d'intervention.
 
La population est entrée dans une épreuve de force de longue durée avec le régime, et ne cèdera plus.
 
Dans les « dix leçons » du livre, il y a le fait que ce sont des « révolutions sans chef » : est-ce un atout ou une faiblesse ?
 
Je suis convaincu que ce n'est pas une faiblesse. Le fait de ne pas avoir de chef a failli être fatal à la Révolution libyenne dans un contexte de guerre civile. Mais je reste convaincu que la Libye sera l'exception.
 
En revanche, même dans la phase post-révolutionnaire, ce qui fait le dynamisme de ces expériences qui sont toujours en cours, en Tunisie comme en Egypte, le jeu reste pluraliste. La force de ces révolutions est qu'elles demeureront inclusives. Plus elles intègreront de sensibilités – on pense évidemment aux islamistes, mais il y en a beaucoup d'autres –, plus on voit apparaître dans ces mouvements que l'on croyait très forts, des phénomènes centrifuges.
 
D'où cet aspect déroutant – on n'est à pas loin de cent partis en Tunisie –, mais c'est une étape nécessaire. Je suis très optimiste, sur la longue durée, même s'il peut y avoir sur le chemin des tragédies, car ces sociétés sont très bien armées pour faire face à ce processus d'involution, d'introspection, de reconstruction nationale. Et elles peuvent le mener à terme assez vite.
 
Il faut reconstruire des pays par le bas, mais il n'y a pas de raccourci, ça peut prendre du temps.
 
Quand j'étais aux Etats-Unis, au printemps, on me disait » : « Les Arabes, avec leur culte du chef, ont vite besoin d'un leader, d'un Président… » Je leur répondais que la tendance lourde est au parlementarisme. On verra les résultats des constituantes, mais mon intuition est qu'on va aller vers un parlementarisme mâtiné d'une forte dose de proportionnelle.
 
La question des islamistes reste largement débattue : quel rôle joueront-ils ?
 
Ma vision est plurielle. C'est une des grandes questions du moment. Les islamistes sont au pied du mûr. Il ne fait pas sous-estimer la douleur que représente, en interne comme en externe, la nécessité de choisir et de trancher, et de sortir d'une ambiguïté qui était très confortable et que permettait la répression.
 
Il y a trois données que l'on retrouve partout :
  • les islamistes sont minoritaires, ils sont peut-être le parti le plus fort en relatif, mais ils sont toujours minoritaires ;
  • ils sont toujours divisés. En Egypte, on en est aujourd'hui à quatre partis issus des Frères musulmans, trois partis salafistes, sans compter d'autres partis qui se réclament de l'islamisme… Il y a un éparpillement de l'offre politique islamiste, ça va troubler les partisans de l'unité ;
  • les islamistes ne sont pas à l'origine des processus révolutionnaires ; ils ont été réactifs et ont pu y jouer une part, négligeable en Tunisie, importante en Egypte, moins en Libye. Mais toujours dans un second temps. Ça finit par peser sur le rapport que la population entretient avec un parti que l'on disait hégémonique.
 
L'alternative classique dictature/islamistes doit être enterrée. On va aller vers autre chose, qui peut être déroutant, mais qui peut aussi être enthousiasmant ! En tout cas, je ne vois pas de Grand Soir islamiste à l'horizon.
 
Il y aura surtout l'apprentissage du pluralisme, de la négociation, de la coalition, qui va agir comme un acide sur les actes de foi de ces mouvements.
 
Le cas du Maroc, avec son processus politique, est-il à part ? Un monarque descendant du Prophète a-t-il plus de chance d'éviter la rupture qu'un régime dictatorial classique à la syrienne ?
 
Il y a une évidence empirique : le principe monarchique résiste mieux que le principe républicain. L'explication est d'ordre historique : on est dans des révolutions nationales. Et une monarchie qui, comme c'est le cas au Maroc, est assise sur trois siècles d'histoire et de pouvoir, est de toutes les façons beaucoup plus légitime qu'une dictature de type baasiste arrivée dans les années 60 avec des justifications artificielles.
 
Quand on parle de légitimité d'ordre religieux – « commandeur des croyants »… –, on parle encore dans un cadre national. Le roi du Maroc est « commandeur des croyants », mais des croyants marocains…
 
Je crois que l'Arabie saoudite, qui est au cœur de la stabilité sous-régionale de la péninsule arabique, et qui a les richesses fabuleuses du pétrole, a aussi le caractère incontestablement national de la dynastie régnante, qui a construit l'Etat autour d'elle. Ça donne beaucoup de force.
 
D'où la faiblesse de la Jordanie où la dynastie est arrivée il y a quelque 90 ans seulement, ce qui est beaucoup pour une « République héréditaire » comme la Syrie, mais peu pour une monarchie.
 
La France avait « raté » la Tunisie ; la Libye lave-t-elle ce ratage ?
 
Je ne pense que pas que ce soit la logique dans laquelle il faut se situer. Je crois qu'il y a eu un tournant entre le 17 et le 19 mars, dans lequel la France a joué un rôle majeur. Il faut, sans réserve, le reconnaître et le saluer. J'étais alors aux Etats-Unis, et il est clair qu'ils n'y allaient pas, ils allaient laisser Benghazi être reprise sans lever le petit doigt. Ce qui aurait été un désastre pour la Libye, mais aussi la Tunisie.
 
Ce tournant est dû au volontarisme de la France, de Nicolas Sarkozy, et de la diplomatie d'Alain Juppé à New York. Mais ça prouve aussi, contrairement à une certaine tradition diplomatique, qu'on peut avoir une politique forte et une visibilité très forte dans une zone, Benghazi, où la France n'a aucune présence historique. La France y est aujourd'hui adulée, et ça n'a rien à voir avec un passé colonial ou une politique d'immigration : c'est purement le fruit d'une politique juste qui a été perçue comme tel par la population.
 
Ça marque un tournant pour la France, mais il faut continuer.
 
 
Photos et illustration : « Révolution 69 », date de prise de pouvoir de Kadhafi, peint sur un âne à Ras Lanuf, en Libye, le 29 août (Esam Al-Fetori/Reuters).
 
 
Par Pierre Haski | Rue89 | 04/09/2011 | 11H35
 
 

jeudi 11 août 2011

Les fondations fragiles des nouvelles démocraties arabes

Dans le monde arabe, il y a pénurie d’associations non gouvernementales autonomes servant d’intermédiaires entre l’individu et l’État. Cette faiblesse chronique de la société civile suggère que l’issue immédiate la plus probable de la crise actuelle est une nouvelle série de dictateurs ou de régimes à parti unique.

Par Timur Kuran (*), depuis Durham, Caroline du Nord, États-Unis


Article publié en collaboration avec Un monde libre


Les manifestants qui ont renversé ou menacé les dictateurs arabes demandent davantage de libertés, des élections justes et des mesures anti-corruption. Mais ils n’ont pas affiché une idéologie distincte, et encore moins cohérente. C’est parce que les organisations privées n’ont joué qu’un rôle périphérique et que les manifestations n’ont pas eu de leaders avec une certaine stature.

Ces deux limitations sont dues à la pénurie de longue date, à travers le monde arabe, d’associations non gouvernementales autonomes servant d’intermédiaires entre l’individu et l’État. Cette faiblesse chronique de la société civile suggère que des démocraties arabes viables – ou les dirigeants qui pourraient les gouverner – ne vont pas émerger de sitôt. L’issue immédiate la plus probable de la crise actuelle est une nouvelle série de dictateurs ou de régimes à parti unique.

La démocratie exige des contre-pouvoirs, et c’est en grande partie par la société civile que les citoyens protègent leurs droits en tant qu’individus, forcent les décideurs politiques à répondre à leurs intérêts, et limitent les abus de l’autorité de l’État. La société civile promeut également une culture de négociation et donne aux futurs leaders les compétences pour articuler leurs idées, former des coalitions et gouverner.

Les conditions préalables à la démocratie sont absentes dans le monde arabe en partie parce que Hosni Moubarak et d’autres dictateurs arabes ont passé un demi-siècle à étouffer les médias, supprimer la recherche intellectuelle, limiter l’expression artistique, interdire des partis politiques, et coopter des organisations régionales, ethniques et religieuses pour réduire au silence les voix dissidentes.

Mais les handicaps de la société civile arabe ont également des causes historiques qui transcendent les politiques des dirigeants modernes. Jusqu’à l’établissement des régimes coloniaux à la fin du 19ème siècle, c’est la charia qui régnait dans les sociétés arabes, excluant les organisations privées autonomes. Ainsi, alors que l’Europe occidentale opérait sa difficile transition de l’arbitraire des monarques vers l’état de droit démocratique, le Moyen-Orient conservait des structures politiques autoritaires. Un tel environnement politique a empêché les institutions démocratiques de prendre racine et finalement facilité la montée des dictatures arabes modernes.

Étonnamment, la charia n’a pas de concept de société, organisation pérenne et autonome qui peut être utilisée à des fins lucratives ou pour fournir des services sociaux. L’alternative islamique à la société à but non lucratif a été la waqf, une fondation établie en conformité avec la charia pour offrir indéfiniment des services spécifiés, par des administrateurs liés par des instructions essentiellement fixes. Jusqu’à l’époque moderne, les écoles, les organismes de bienfaisance et des lieux de culte, toutes organisées en sociétés en Europe occidentale, ont été mis en place en tant que waqfs au Moyen-Orient.

Une société peut s’adapter à des conditions changeantes et participer à la politique. Une waqf ne peut ni l’un ni l’autre. Ainsi, dans l’Europe pré-moderne, les églises, qui avaient un poids politique, les universités, les associations professionnelles et les municipalités représentaient un contrepoids aux monarques. Au Moyen-Orient, les waqfs apolitiques ne favorisaient pas les mouvements sociaux ou les idéologies.

À partir du milieu du 19ème siècle, le Moyen-Orient a importé d’Europe le concept de société. Par étapes, les municipalités autonomes arabes, les associations professionnelles, les groupes culturels et de bienfaisance ont assumé les fonctions sociales des waqfs. Pourtant, la société civile arabe demeure superficielle à l’aune des normes mondiales.

Une indication de ce fait est que dans leurs interactions avec des organismes privés ou publics, les citoyens des États arabes sont plus susceptibles que ceux dans les démocraties avancées de s’appuyer sur des relations personnelles avec les employés ou les représentants. Cette tendance se retrouve également dans les statistiques de la corruption de Transparency International, qui montrent que dans les pays arabes les relations avec les agences de l’État sont beaucoup plus susceptibles d’être considérées comme des transactions personnelles d’affaires. Une préférence historiquement enracinée pour les interactions personnelles limite la portée des organisations, ce qui contribue à expliquer pourquoi les organisations non gouvernementales n’ont joué qu’un rôle mineur dans les soulèvements arabes.

Un secteur d’entreprises moins puissant a aussi entravé la démocratie. Le Moyen-Orient a atteint l’ère industrielle avec un secteur privé atomistique non adapté pour rivaliser avec les grandes entreprises qui en étaient venues à dominer l’économie mondiale. Jusque-là, le secteur privé arabe était exclusivement composé de petites entreprises, à courte durée de vie, établies en vertu du droit islamique des partenariats. Cela a été un sous-produit du système égalitaire d’héritage en Islam, qui visait à répartir la richesse. Les entreprises qui réussissaient étaient généralement dissoutes quand un partenaire décédait, et pour éviter les pertes consécutives, les hommes d’affaires arabes maintenaient leurs entreprises à la fois petites et temporaires.

Les entreprises arabes avaient un poids politique moindre qu’en Europe occidentale, où d’énormes entreprises établies contribuaient à la société civile directement comme une force politique contre le pouvoir politique arbitraire ou en soutenant des causes sociales. Par exemple, lors de l’industrialisation, les grandes entreprises européennes ont financé des campagnes politiques, y compris l’éducation de masse et les mouvements anti-esclavagistes.

Depuis la fin du 19ème siècle, les codes commerciaux importés de l’étranger ont permis à des Arabes de former de grosses entreprises, durables, comme les grandes banques, les géants des télécommunications et de chaînes de magasins. Pourtant, les sociétés arabes ont tendance à être plus petites par rapport aux normes mondiales, ce qui limite leur pouvoir vis-à-vis de l’État. Bien que de grandes sociétés occidentales ont pu être connues pour supprimer la concurrence politique et restreindre les droits individuels, dans les pays arabes, c’est la rareté des grandes entreprises privées qui représente le plus grand obstacle à la démocratie.

Malgré ces handicaps, il y a certaines raisons d’être optimiste quand il s’agit de la démocratisation au Moyen-Orient. Le monde arabe n’a pas à repartir de zéro. Une foule d’organismes privés sont déjà présents, mais surtout à l’état embryonnaire. Et si la crise actuelle génère des régimes plus tolérants envers la politique exercée par la base et envers la diversité d’opinions, davantage d’associations capables de défendre les libertés individuelles émergeront sûrement.

Par ailleurs, les pierres angulaires d’une économie moderne sont en place et largement acceptées. Les pratiques économiques en contradiction avec la charia, comme les banques et les sociétés, ont été adoptées il y a assez longtemps pour faire partie de la culture locale. Leur utilité les rend attrayantes même pour les islamistes qui trouvent à redire à d’autres aspects de la modernité.

Au cours des 150 dernières années, le monde arabe a accompli des transformations économiques structurelles qui ont pris un millénaire en Europe. Ses progrès économiques, quelles que soient les insuffisances, ont été remarquables. Si le progrès politique est en retard, c’est en partie parce que former des organisations non gouvernementales solides prend du temps. Dans une génération ou deux, alors que les transformations économiques du siècle et demi passé continueront à changer la façon dont les citoyens interagissent avec les organisations, la pression insurmontable en faveur de la démocratie pourra encore survenir même dans les recoins du monde arabe où la société civile est la plus affaiblie.

Une société civile plus forte ne suffira pas à apporter la démocratie. Après tout, les organisations privées peuvent promouvoir des programmes intolérants et despotiques, comme le démontrent les organisations islamistes qui dénoncent le pluralisme politique et les libertés personnelles. Mais sans une société civile forte, les dictateurs ne céderont jamais le pouvoir, sauf en cas d’intervention étrangère.

Des organisations privées indépendantes et bien financées sont donc essentielles à la réussite des transitions démocratiques. Elles sont également essentielles au maintien des démocraties, une fois qu’elles ont émergé. En effet, sans des acteurs privés forts, désireux et capables de résister aux forces antidémocratiques, les démocraties naissantes arabes pourraient facilement retomber dans l’autoritarisme.

—-
(*) Timur Kuran, professeur d’économie et de sciences politiques à l’Université de Duke aux États-Unis, est l’auteur de l’ouvrage récent “The Long Divergence: How Islamic Law Held Back the Middle East” et, en français de Islam et sous-développement un vieux puzzle revisité.

Cet article a été originellement publié en anglais dans le New York Times.

Posté par Contrepoints le 11/08/2011

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