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mardi 27 mars 2012

Ma vision de l’enseignement instrumenté par les réseaux et les outils numériques

... Tout commence il y a plusieurs années lorsque le besoin de prolonger mon cours s’avérait indispensable. Internet en était à ses balbutiements, les connexions rares et onéreuses. Le numérique était déjà présent et j’ai commencé par connecter un ordinateur portable à une télévision (l’ancêtre des vidéo projections) puis j’ai réalisé des cédéroms pour intégrer la portabilité des savoirs. J’ai découvert les blogs en 2003 et j’ai commencé à exporter mes cours hors la classe de façon dématérialisée.

Pendant trois ans j’ai intégré l’équipe Eductice de l’INRP (actuel ifé) pour travailler sur les scénarios pédagogiques et plus précisément les scénarios de pédagogie embarquée (SPE).

Après ces trois années passionnantes, je suis retourné devant mes élèves où je développe depuis un travail et une réflexion sur la pédagogie dans les mondes virtuels.

Cet ensemble de pratiques, d’usages et de réflexions me permettent pendant une semaine de participer au PIL pour évoquer mon travail et rencontrer d’autres acteurs européens de la e.pédagogie. Mes travaux avait été primés lors des journées lyonnaises. J’avais eu le grand prix de l’enseignement numérique pour mes travaux sur les mondes virtuels. Depuis ce prix mes usages et travaux ont continué et ont pris une tournure plus réflexive. J’analyse avec Jacques Rodet (blog de t@d) les enjeux du tutorat dans les mondes virtuels, j’accumule les traces grâce à unechaine youtube sur les mondes virtuels, je tiens à jour un carnet de voyage immersif. Je rencontre régulièrement d’autres acteurs de la e.pédagogie immersive, je participe à des projets immersifs avec la faculté de droit virtuelle de Lyon 3 Jean Moulin et je compte co-organiser un colloque totalement immersif l’année prochaine.

En complément de ces traces j’ai rédigé des textes de synthèse, pour l’académie de Lyon, pour le suivi de mon activité sous forme de synthèses annuelles.

Que fais je dans les mondes virtuels ?

J’organise des conférences virtuelles avec mes étudiants dans un monde virtuel qui se nommeAssemblive. Le choix de l’immersivité est motivé par une démarche réfléchie et construite. En quelques mots je peux dire que les constructions pédagogiques se répartissent en quatre pôles :

  • Le monde virtuel comme instrument de formation en ligne, un lieu immersif de reproduction du lieu de formation. Mes cours sont de ce type. Les besoins exprimés sont de l’ordre spatial et temporel, le monde virtuel permet de gérer les interactions humaines pour un groupe géographiquement éclaté. L’inconvénient de la dispersion des compétences peut être résolu via les réseaux.
  • Le monde virtuel comme instrument de simulation - Le monde virtuel est paramétré pour que les acteurs simulent des situations du réel "possibilité de recréer des situations exceptionnelles pour mettre en situation des gens face à des situations qu’ils rencontreront rarement" Laurent Gout (2011). Le monde ne se substitue pas à l’acquisition de routines dans la vraie vie mais il permet d’anticiper des situations atypiques sans conséquences effectives IRL. Le monde virtuel permet d’analyser des situations extra - ordinaires par un procédé de répétition et d’analyse par retour en arrière. Le monde dentallife s’inscrit dans cette dynamique de simulation ainsi que la salle d’urgence de l’impérial college of London.
  • Le monde virtuel comme lieu d’immersion dans un élément de savoir, comme processus spécifique. Les acteurs sont immergés dans une représentation du savoir (exemple des champs magnétiques) et interagissent avec l’environnement. Il semble qu’il soit possible, à ce stade, de croiser les travaux de ceux qui œuvrent dans les mondes virtuels et ceux qui développent des systèmes 3D.
  • Le monde virtuel comme instrument de co-construction des savoirs - Dans certains domaines il est possible d’utiliser le monde virtuel comme lieu de construction de concepts. ...

À partir de ces usages, quelle est ma vision de l’enseignement instrumenté par les réseaux et les outils numériques ? D’ailleurs est ce une vision ? J’ai plutôt le sentiment de poser des jalons réflexifs pour mieux interroger ma pratique dans un environnement bouleversé.

  1. Le monde éducatif est à un moment charnière, à un basculement, il me paraît difficilement envisageable de revenir en arrière ;
  2. L’instrumentation concerne la sphère de l’apprentissage (e.learning) et de l’enseignement (e.teaching) ;
  3. L’outil est prégnant mais il reste au service d’une réflexions où la pédagogie et la didactique sont motrices ;
  4. Il est vain de vouloir intégrer le numérique sans s’appuyer sur une scénarisation (peut être faut-il parler des scénarisations) ;
  5. Nous sommes à une époque où l’expérimentation se frotte rudement avec les tentatives de généralisation ;
  6. La généralisation passera par la formation massive des acteurs des dispositifs d’enseignement ;
  7. La notion de temps et d’espace est modifiée. L’établissement scolaire entre dans une période de redéfinition. L’établissement est-il le seul lieu pertinent d’apprentissage ? Comment penser l’architecture intérieure en liaison avec la prégnance du numérique ?
  8. Quel temps numérique pour les enseignants quand le temps masqué se frotte au temps institutionnel normé ?
  9. Comment les politiques s’y prendront-ils pour donner une réponse à la définition du temps numérique ? (corriger des copies et préparer des cours n’équivalent pas au temps de travail numérique)
  10. Le métier d’enseignant se transforme avec l’ouverture numérique sur l’extérieur. Faut-il interdire les outils numériques ? Faut-il au contraire les inscrire dans le temps d’acquisition des savoirs en définissant de nouvelles pratiques socio-éducatives ?
Vous l’aurez compris ce métier repose sur beaucoup d’interrogations et peu de certitudes. Les usages enseignants sont à observer avec attention mais il faut que le politique et l’économique prennent le relais à un moment donné pour lui donner sa force sociétale. ...

Uma semana bonita

http://www.educavox.fr/Ma-vision-de-l-enseignement






jeudi 13 octobre 2011

Le présentiel retrouvé en formation à distance grâce aux environnements 3D


Publié par Jenny Bihouise sur son blog

Des logiciels opensource permettent désormais de configurer des espaces virtuels dédiés à des activités de formation, les apprenants et les formateurs incarnés au moyen d’avatars pouvant des quatre coins de la planète se retrouver en un même lieu et au même moment, y partager une expérience réunissant les conditions requises pour que s’exercent les interactions et les phénomènes de groupe nécessaires à la construction des savoirs.

Une série d’applications permet par ailleurs l’utilisation du matériel pédagogique traditionnel tels la projection diapos, video et sites webs, le recours aux post-it et autres jeux d’animations chers aux méthodes actives, la distribution de « polys » ou encore l’écriture collective simultanée.

Certes, parmi les 5 sens plus ou moins sollicités lors de rencontres physiques réelles, l’odorat le toucher et le goût restent absents à l’appel.

Mais sont ils à ce point indispensables aux actions de formation en général ?

Et dès lors que cette technologie offre suffisamment d’éléments permettant de se forger une représentation de l’autre :

- l’aspect physique de l’avatar est celui dont décide son propriétaire, il s’y projette en lui conférant la part de lui-même qu’il souhaite communiquer.

- la communication -verbale (audio, chat public ou privé, instantané ou différé) et non verbale (silences, outils de gestuelle et d’expression)

- force même par ses fonctionnalités la qualité d’écoute des autres, et quelques études en démontrent déjà les vertus désinhibitrices.

- au final ce sont les codes traditionnels d’appréhension de l’autre qui sont ré-interrogés, et leur émergence dans les consciences au cours de cette expérience immersive constitue en soi une formation informelle tout à fait intéressante. - enfin, les rencontres réelles venant ponctuer de telles séquences de formation restent fortement préconisées.

Mais leur diminution ne contribue-t-elle pas au développement d’une gestion économique, sociale et environnementale plus durable ?

Certes aussi, le développement de l’usage est resté différé jusqu’à ce jour en raison d’obstacles tant liés à l’accès (manipulations logicielles lourdes pour l’utilisateur, vétusté des machines) et à l’ergonomie de l’interface (apprentissage de fonctionnalités complexes), qu’à la réputation du principe lui-même héritée des balbutiements des mondes virtuels tel Secondlife.

Cependant, les évolutions récentes de l’offre sont à découvrir sans plus tarder : demain ces espaces seront à portée d’un clic de souris et il est urgent d’y apporter en amont : contenu, méthodes et principes d’usage, accompagnement et développement.

Dans cet objectif et afin de familiariser les formateurs et organismes de formation à l’expérience immersive, je propose des visites individuelles au sein d’une opensim équipée à cet usage, dans le cadre de l’activité de la société Internet 3 Solutions.

Ci -dessous un nouveau document que je publie pour illustrer les atouts des logiciels 3D pour la formation présentielle à distance :

La formation en espace 3D


Contact : jenny.bihouise@internet3solutions.com Pour Internet 3

Solutions : www.internet3solutions.com Jenny Bihouise

Documents joints

Document(PDF – 620.3 ko)


par moiraud(son site) jeudi 13 octobre 2011


http://www.educavox.fr/Le-presentiel-retrouve-en

mardi 4 octobre 2011

Monde virtuel et motivation des apprenants. Quelques pistes.

Dans le billet intitulé "Ressorts d’engagement et interventions tutorales sur le plan motivationnel"Jacques Rodet m’interpelle d ela façon suivante :

"A partir de cet inventaire, il serait possible d’examiner comment compléter ou combiner ces ressorts d’engagement par des interventions tutorales sur le plan motivationnel. Il est bien possible que Jean-Paul Moiraud ait déjà quelques réponses…"

Je préfère parler de pistes de réflexions avancées, plutôt que réponses. Commençons par cadrer cette analyse en nous référant à la définition du plan de support motivationnel. donnée par Jacques Rodet, dans un billet du blog de T@D intitulé "Distinction entre support motivationnel et support socio-affectif des apprenants" : (extrait)

"Le motivationnel est un plan de support à l’apprentissage qui vise à encourager la persévérance à la formation et à prévenir l’abandon. Le tuteur, ne doit pas se limiter à intervenir comme aiguillon et relais des stratégies de motivation extrinsèque mais doit également agir de manière à ce que l’apprenant renforce sa motivation intrinsèque.

Ceci est particulièrement nécessaire lorsque l’apprenant n’arrivant plus à faire face à ses difficultés d’apprentissage envisage l’abandon. Le tuteur ne devrait pas non plus être avare d’encouragements et de félicitations car le renvoi seul de l’apprenant à ces erreurs ou à ces échecs est profondément démotivant pour de nombreuses personnes." Source - Blog de T@D Jacques Rodet

Je propose de jalonner quelques pistes pour ébaucher un plan de support motivationnel en monde immersif. Elles n’ont pas de valeurs prescriptives, elles sont un champ des possibles, une première approche exploratoire.

Les mondes virtuels émergent dans la formation à distance, les modalités du tutorat sont à définir. Il est préférable, dans un premier temps, de s’attacher à cerner prioritairement les usages plutôt que les enjeux manipulatoires (même s’ils sont une source évidente de questionnement).

C’est ce que souligne Christelle Mariais : "Concernant la conception d’un scénario au stade de l’esquisse, notre approche se focalise sur l’activité des apprenants, indépendamment des outils qui seront utilisés lors de l’exécution" Christelle Mariais, Florence Michau , Jean-Philippe Pernin, Nadine Mandran, in [« Learning Role-Playing Games » : méthodologie et formalisme de description pour l’assistance à la conception] (2011)

Je procèderai en deux temps, en parlant d’abord des ressorts d’engagement motivationnel pour les tuteurs, puis ceux des apprenants. Une construction qui pourrait s’apparenter à une ébauche de scénario à granularité fine.


•Motiver le tuteur

L’apprenant et la chaine de formation

Je vais emprunter une voie de traverse en évoquant en premier la motivation du tuteur. Il est nécessaire de rappeler que le monde virtuel de formation n’a d’existence et de consistance que s’il est pensé dans le continuum d’une chaine de formation.

Le rôle du tuteur est spécifique. Motiver l’apprenant c’est comprendre les enjeux tutoraux immersifs et les fonctions adjacentes (schéma ci-contre). La charge cognitive est forte dans un monde virtuel. Les tâches spécifiques des acteurs du dispositif doivent être distribuées. Un scénariste, un développeur, un concepteur de cours, un tuteur, un community manager, un capteur de ressources. Les apprenants ne pourront être encadrés, écoutés, motivés que si le tuteur peut se concentrer sur l’aide aux apprenants en s’affranchissant des contraintes amont et aval (1).


•Motiver l’apprenant

Après le détour nécessaire sur les rives du tutorat, il convient d’examiner quels sont les ressorts d’engagement pour les apprenants (le terme apprenant englobant les étudiants de la formation initiale et les salariés en formation tout au long de la vie ou life long learning). Je vais reprendre un extrait de l’article de Christelle Mariais, Florence Michau , Jean-Philippe Pernin et Nadine Mandran (op.cit.).

Ils déterminent les quatre premiers ressorts d’engagement sous les termes de "agôn, alea, mimicry et ilinx" soit, traduit « être en compétition », « être soumis au hasard » « jouer un rôle » et « perdre le contrôle ». Le dernier ressort proche de l’injonction paradoxale, nous enjoint de trouver le point d’équilibre entre l’impératif de faire perdre le contrôle à l’apprenant et celle de le rassurer. L’intervention tutorale immersive est spécifique.

Elle est formalisée dans trois dimensions ; L’incarnation tridimentionnelle du tuteur, l’instrumentation interactive de la gestuelle, l’intervention dans un espace signifiant. Trois points d’ancrage pour les ressorts motivationnels. -


Une représentation 3D du tuteur

Avatar Robot

Avatar humanoïde
 

La structure des mondes virtuels permet au tuteur d’interagir non seulement par la voix, le texte, l’image, la vidéo mais aussi grâce à son avatar. Dans un dispositif habituel, type classe virtuelle, l’apprenant doit se représenter le tuteur par construction d’une image mentale (on suppose que la webcam est désactivée). En monde immersif le tuteur est représenté sous une forme "avatarisée", charge à son détenteur, de lui conférer une sociabilité. Choisir une représentation humaine ou robotisée n’a pas le même sens.

Le tuteur projette une part de lui même dans sa représentation numérique. L’avatar du monde virtuel est représenté en 3D et évolue dans un espace 3D. Il peut se mouvoir, interagir avec les autres acteurs. Le tuteur pourra ainsi rencontrer l’apprenant dans l’espace de formation. Il pourra instaurer un lien de proximité effectif par la combinaison fine, des déplacements spatiaux, de la voix et du texte et de la gestuelle.


- Instrumenter la gestuelle de l’avatar

Les possibles technologiques de la programmation permettent d’intégrer une gestuelle humaine, une attitude. Par attitude nous entendons "une attitude est un état mental de préparation à l’action qui exerce une influence dynamique sur nos comportements. C’est en somme une manière de se comporter ou une prédisposition à porter un jugement, à manifester un comportement dans une situation donnée." Allport (1935) "In Quelques repères pour évaluer les attitudes et les comportements professionnels en soins infirmiers" - Margot Phaneuf, inf., Ph. D. Infiressources, août 2010.

Il y a ici un champ de réflexion sur la place du geste et de l’attitude dans un dispositif immersif et sa possible instrumentation. L’aide, la motivation, l’acte qui consiste à rassurer l’apprenant lorsque cela s’avère nécessaire peut être augmentée grâce au geste .

Le geste chaleureux, le geste d’encouragement (nécessité de concevoir des simulations spécifiques mais avec une finesse du geste et/ou de l’attitude) sont à intégrer comme élément de réflexion du scénario. Le geste est -il à l’heure actuelle un élément pertinent pour structurer les aspects motivationnels ? La mise en forme d’un document définissant ce qu’est le geste professionnel du tuteur pourrait être une ressource précieuse pour donner une réponse. Son prolongement pouvant être des travaux de "programmation" pour les transformer en geste numérique adapté au tutorat.


- Agir dans un espace signifiant

Le lieu de formation immersif doit se comprendre comme un espace normé. Il n’est pas le bureau du tuteur, il n’est pas le domicile de l’apprenant. Il est un lieu réel d’interaction pour l’apprentissage, l’enseignement et le tutorat. Dans les dispositifs habituels de formation en ligne (classe virtuelle, visio-conférence ...) le tuteur accompagne via les chats, les forums, les wikis, le mail, la visio...

En immersion il est bien sûr possible de dialoguer mais il est en plus loisible de rencontrer le tuteur dans une unité d’espace et de temps. Le design du lieu doit contribuer à créer un sentiment d’identité et de confort spatial. Se rencontrer réellement en immersion (l’avatar étant utilisé comme médiateur) semble être une plus value pour répondre aux questions sensibles des apprenants comme la difficulté de compréhension, le risque de décrochage. Ajoutons que le dispositif immersif éloigne des bruits de fond numérique.

Être dans un monde numérique de formation coupe des sollicitations extérieures qui construisent la culture du "zapping" (lire ses mails, consulter ses messages sur Facebook, surveiller ses tweets). L’immersion favorise le tutorat en permettant de se concentrer sur l’essentiel, évoquer ses difficultés de formation. En disant cela, j’élude volontairement la question de la difficulté pour l’apprenant d’identifier et d’exprimer ses difficultés, il s’agit là d’une autre question.


- Évoquer les interventions tutorales sur le plan motivationnel, même si l’on est dans un registre différent, c’est ouvrir la question du contexte socio-affectif immersif.

L’approche en monde virtuel nécessite des compétences manipulatoires fortes (maîtrise du navigateur, avatar, boite directionnelle, vue subjective, gestion de l’espace, des gestes ... Le technique conditionne ici l’acquisition des savoirs. A distance l’apprenant peut éprouver un sentiment de solitude technologique tout en étant en situation d’interaction sociale.

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(1) Le recensement des usages que je suis en train d’effectuer me montre que les expériences sont encore largement le fait de passionnés. La chaîne de formation avec partage des compétences est à créer. Le monde virtuel semble faire l’objet d’observations institutionnelles mais les engagements ne sont pas encore au rendez- vous.


par moiraud(son site) mercredi 28 septembre 2011

http://www.educavox.fr/Monde-virtuel-et-motivation-des

Technologie et pédagogie dans les mondes virtuels

Je visite de nombreux mondes virtuels pour constituer mon matériel de recherche (1). Je suis en train de constituer une base de données de mondes qui me paraissent significatifs d’un point de vue pédagogique. Le secteur médical (2) est un terrain d’observation privilégié pour les mondes virtuels de simulation, les usages ont nombreux . Le virtuel est adapté à la connexion entre les savoirs disciplinaires théoriques et la pratique, dans le monde médical (on peut retrouver cette invariance dans les sciences juridiques)

Les concepteurs des mondes médicaux ont atteint un niveau technologique d’excellence. J’ai visité des salles d’opérations, des blocs chirurgicaux, des salles d’odontologie, des nurseries, des salles d’urgence, des salles de radiologie (3) ... Il est possible de simuler un grand nombre de situations professionnelles. Les acteurs (avatarisés) peuvent interagir avec d’autres acteurs (patient/médecin/assistant), avec des objets professionnels (cathéter, masque, lampe, table d’auscultation, moniteurs, fauteuils pro ...) dans un environnement reconstitué.


Design de simulation
En enlevant la chair disciplinaire de ces simulations, on voit s’esquisser le squelette d’un modèle technologique immersif de formation (à la fois très proche du serious game, il affirme en même temps sa singularité).

J’ai employé le terme technologique et pas encore le terme pédagogique en raison de constantes d’observations accumulées pendant mes séances immersives.

Il y a, dans les mondes observés, un déficit de lisibilité pédagogique. La qualité des animations tend à estomper ce manque, si l’on se contente d’une observation de surface. De façon générale, les concepteurs des mondes ont intégré l’idée qu’il faut aider à l’apprentissage par la manipulation. Pour mener à bien cet objectif ils ont conçu des HUD [Head Up Display ou affichage tête haute] (4), des objets qui rendent interactives les situations pédagogiques (5). Par contre le modèle pédagogique, sous tendu, n’est jamais (ou très rarement) justifié, il est occulté par la prégnance de la dimension technologique

J’émets l’hypothèse qu’il faut que les acteurs aient, à disposition, un espace de formation immersif intelligible à tous les niveaux. La marge de progression est à rechercher dans cette direction. Établir des articulations logiques entre les constructions technologiques et les enjeux pédagogiques semble nécessaire.

La posture d’observateur est inconfortable car l’immersion rend difficile la perception du lien existant (je suppose qu’il existe) entre les démarches construites IRL (in the real life) et les logiques immersives. Je me permets de citer, à titre d’illustration, Laurent Gout qui rédige une chronique de visite de la salle d’Urgence de l’Impérial College de Londres : " L’Imperial College of London, présent de longue date sur Second Life, dispose d’une zone pour des "ateliers virtuels" où les participants sont confrontés à un afflux massif de victimes graves dans un service d’urgences. C’est du moins ce que j’ai interprété de ce qu’il m’a été donné de voir, car vous l’imaginez bien, au milieu du mois d’Août les locaux étaient plutôt déserts" - Le billet cité. Laurent Gout met en évidence un paradoxe, un monde persistant avec un niveau d’information volatile.

On peut émettre quelques hypothèses sur cet asynchronisme entre l’ouverture de l’univers instrumental technologique et le bricolage des constructions liées à la formation / tutorat (6)

1.Les mondes virtuels sont encore dans la phase d’innovation pédagogique. Les constructions sont (assez souvent) le fait de créateurs polyvalents / geeks. L’ampleur du chantier (par essence chronophage) les pousse à travailler par priorité. Il semblerait donc souhaitable que la chaîne de formation s’organise en ayant comme fil conducteur une structure construite sur le principe de la division des tâches. Une sous représentation des pédagogues dans le dispositif est peut être une explication possible.
2.Les concepteurs ont choisi d’expliquer, aux apprenants, aux enseignants, aux tuteurs, les enjeux IRL ou par blog interposé (7), le monde virtuel étant confiné à sa simple fonction instrumentale.
3.Les concepteurs ne jugent pas utile de définir inworld les enjeux, parce qu’ils leurs semblent évidents, transparents. la construction technologique se suffisant par elle même.
4.Les mondes visités ne sont que des constructions technologiques, les modèles pédagogiques ne sont pas intégrés.
5.La communauté pédagogique dans les mondes virtuels n’est pas suffisamment organisée, les publications sont éparses et la mise en commun de modèles est quasi absente.


Technologie et pédagogie
Il ressort de ces observations, et quelque soit l’hypothèse évoquée ci-dessus, que les mondes virtuels sont encore trop orientés technologie et pas suffisamment sur les enjeux de formation, même si la direction est clairement affichée.

C’est probablement à ce titre que Jacques Rodet peut apporter sa pierre à l’édifice en proposant une trame pour un modèle de tutorat immersif qui associe en subtilité technologie et tutorat. (...)

par moiraud(son site) samedi 1er octobre 2011

http://www.educavox.fr/Technologie-et-pedagogie-dans-les