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samedi 5 octobre 2013

Tous codeurs à la rentrée ?


Plusieurs années après la démocratisation de l'ordinateur suivie de l'introduction dans les curricula de l'acquisition des bases de la littéracie numérique, il importe de revisiter les contenus et principalement les objectifs pédagogiques, d'actualiser les pratiques, d'ouvrir les fenêtres en somme.

Améliorer l'enseignement de l'informatique

En effet, alors que beaucoup d'élèves ont un accès permanent aux outils numériques (ordinateurs, tablettes, téléphones portables, etc.) et que la maîtrise de ces outils est facilitée par la pléthore de tutoriels et de forums d'utilisateurs en ligne, il faut bien se poser la question de l'opportunité d'enseigner encore et uniquement à l'école le traitement de texte et le tableur.

Dans bien de contextes, l'enseignement des habiletés numériques se résume à cela avec quelques variantes (la sécurité sur les réseaux sociaux, par exemple). Toujours est-il que l'apprenant est cantonné dans un rôle passif vis-à-vis de l'informatique. Il ne pourrait en être autrement vu que les enseignants se fient au curriculum et que même s'ils le voulaient, beaucoup ne disposent pas eux-mêmes des compétences nécessaires pour faire évoluer l'enseignement de l'informatique.

A la question, faut-il réformer l'enseignement de l'informatique à l'école ? Beaucoup de voix ont répondu par l'affirmative. Le cas le plus cité est celui de la Grande-Bretagne où les autorités se sont ouvertement montrées favorables à cette réforme à la faveur de la campagne lancée par The Guardian en janvier 2012 avec le soutien du géant américain Google pour "améliorer l'enseignement des technologies et de l'informatique dans les écoles et les universités anglaises".

En France, une épreuve de spécialité en informatique et sciences du numérique (sic) est introduite dès cette année au Baccalauréat série scientifique. De manière individuelle, certains enseignants se sont essayés à faire évoluer les cours d'informatique mais il n'existe pas un format de cours validé unanimement.

Cours d'informatique améliorés

Néanmoins un consensus se dégage sur ce que peut être un cours d'informatique amélioré vu que l'objectif poursuivi est de rendre les apprenants plus actifs à l'égard des technologies et de susciter chez eux la créativité. Ce consensus porte sur l'introduction de la programmation dans l'enseignement d'informatique. Autrement dit, il s'agit d'apprendre à coder.

Pour Delphine Regnard, l'enseignement de la programmation comporte un triple intérêt : pédagogique, éducatif et humain. Elle écrit dans un billet publié sur le portail Hypothèses : "Evidemment, je ne prétends pas qu’il faille avoir le niveau de maîtrise des Informaticiens, que cela soit possible pour tout un chacun ; je sais bien que cela demande des années d’études. Ce que je prétends, c’est que de la même façon que la société a considéré que même élève en A2 je devais recevoir des rudiments de maths, eh bien, même (et je dirais « surtout » assez volontiers) en filière L, il faut des cours de culture numérique. Et pas seulement pour les élèves de S, dont on sait bien qu’ils sont bien partis pour constituer l’élite".

Faire partie de la nouvelle élite, tel n'est pas l'objectif poursuivi. Plus simplement, l'apprentissage du code vise à faire comprendre le fonctionnement du numérique et à éveiller la curiosité.

Enseigner la programmation

A la rentrée, vous souhaiteriez vous lancer avec vos apprenants dans le code. Pas besoin de chercher midi à quatorze heures, Yohann Poiron propose sur le Blog des Nouvelles Technologies une recension des ressources d'apprentissage du codage.

La plupart de ces ressources sont en anglais à l'instar de la Code Academy qui soit dit en passant a déclaré 2012 l'année du code - ce qui se poursuit d'ailleurs. On trouve néanmoins quelques références francophones : OpenClassrooms (nouvau Site du Zéro) connu pour ses tutoriels pour débutants etDéveloppez.com. A la rentrée, vous n'auriez donc pas raison de ne pas franchir le pas... surtout si vous avez écrit vos premières lignes de code pendant les congés !

RÉFÉRENCES

Guillaud, Hubert. "Apprendre à coder pour apprendre à décoder", InternetActu.net. 20 janvier 2012.http://www.internetactu.net/2012/01/20/apprendre-a-coder-pour-apprendre-a-decoder/.

Poiron, Yohann. "Des façons d’apprendre à coder gratuitement", Le Blog des Nouvelles Technologies dédié au Web, aux nouvelles technologies et au développement Web. 9 février 2012. http://www.blog-nouvelles-technologies.fr/archives/10246/des-facons-dapprendre-a-coder-gratuitement/.

Regnard, Delphine. "Pourquoi il faut apprendre à coder à tous nos élèves". Enseignant en cherchant, Hypothèses. 6 juillet 2012. http://enseignant.hypotheses.org/492.

Slate.fr. "Pourquoi les enfants doivent apprendre à coder". 9 mai 2012.http://www.slate.fr/lien/52717/pourquoi-les-enfants-doivent-apprendre-coder-ecole.

Illustration : spaxlax, Shutterstock.com

Créé le mardi 25 juin 2013 | Mise à jour le mercredi 18 septembre 2013

mardi 23 juillet 2013

10 pistes pour penser la culture numérique


 Lorsque l’on croise des podcasts et des conférences autour de la question des liens entre culture et numérique de l’année écoulée, voilà ce qu’on peut en retenir avec comme fil rouge la problématique suivante : disposons-nous du recul nécessaire pour définir la culture ou les cultures numériques ?

1. La culture numérique serait générative et ouverte, elle n’est pas seulement reconnaissable à sa dimension patrimoniale. Elle co-construit avec d’autres cultures. Il s’agit d’une culture d’identités parallèles. Elle introduit de nouvelles pratiques en plus du lire, écrire, compter : il faut savoir créer, chercher et permettre la co-construction. Le numérique n’est pas un outil, mais un nouveau milieu du savoir. Il s’agit d’une technologie intellectuelle au sens où le définit Jack Goody dans La raison graphique.

2. Par définition, le numérique permet la mémorisation et la diffusion dans l’espace et dans le temps. Le numérique ouvre les portes d’une culture de la publication. Le rapport à la culture change : on passe du spectateur à l’amateur. L’amateur pratique aussi, partage. Les acteurs sont à la fois consommateur, créateur et diffuseur.

3. La culture se modifie, le numérique permet cette modification du document. Pour cela, il faut savoir "computer", à savoir jouer avec l’algorithme. La modification permet de construire de nouveaux outils, regards et contenus. La conversion est au coeur de la culture numérique : de format en format, de forme en forme, d’évoluer dans l’interopérabilité.

4. La culture numérique se caractérise par des articulations d’échelles culturelles différentes entre le supranational, le national et le local. Mais il manque une vision de l’avenir de la vie de l’esprit dans le numérique pour construire une nouvelle civilisation. Il faudrait dépasser le mimétisme comme sur les réseaux sociaux actuels.

5. L’accès à la culture numérique pour les jeunes pose des enjeux énormes en termes d’employabilité et de citoyenneté. Il faut éviter les ruptures dans la compétitivité, dans la construction de soi, dans l’implication dans la vie de la cité en tant qu’acteur.

6. L’élitisme rime avec une économie de prestige lié à la rareté, inverse à la culture numérique basée sur l’intelligence collective. On passerait d’une culture hiérarchique à une culturehorizontale. Il existerait des formes d’incompréhension entre des subcultures et métacultures contre une culture légitime. La culture numérique s’oppose à l’idée que l’information est un secret détenu par certains : elle doit être publique et soumise à la critique pour lui donner de la valeur.

7. Il existerait une confusion entre le numérique et la télévision qui nourrit un imaginaire négatif lié à l’écran. Contrairement aux autres écrans, le numérique permet de médier, de transmettre et de produire des contenus. On serait confronter à un problème dans le rapport à l’objet informatique.

8. Le numérique permet l’appropriation des données, de l’information pour sortir de la flânerie et de l’errance. Il y a une obligation d’initiative pour construire des chemins de la connaissance singuliers.

9. La numérisation des savoirs permet des économies d’échelles sous forme d’enjeux géopolitiques très importants. La France doit développer un accès à la culture comme bien public, accessible à tout le monde.

10. Pour finir par de l’opérationnel, Bruno Devauchelle fait 4 propositions pour repenser les lieux de savoir à travers la culture numérique (et ici notamment l’école et le formation des enseignants) :
  • repenser les espaces temps d’activité de l’enseignement et de la formation.
  • favoriser l’articulation entre pratiques personnelles et pratiques professionnelles.
  • mettre en veille les enseignants sur la connaissance de l’évolution culturelle liée au numérique, aux sciences et techniques.
  • ne pas faire de la culture ou des cultures des ilôts de résistance mais des espaces de libération, individuelle et collective.

Sources
Place de la Toile de Xavier de la Porte avec Divina Frau-Meigs, François Taddéi et Pierre-Antoine Bataille, décembre 2012.
Place de la Toile de Xavier de la Porte avec Marc Le Glatin, Hortense Vinet, Olivier Tesquet, février 2013.
Du grain à moudre d’Hervé Gradette avec Pierre Moeglin, Bernard Stiegler, Marianne Baby, mars 2013.
Milad Douehei à l’ESEN, avril 2013.
Bruno Devauchelle à l’IUFM de Montpellier, juillet 2013.
L’invité des Matins de Marc Voinchet avec Bernard Stiegler, juillet 2013.

parJeff Tavernier(son site)mardi 23 juillet 2013

jeudi 19 avril 2012

Domination, pouvoir et culture à l’ère du numérique


Il fut un temps ou les culture étaient séparées par classes sociales et se mélangeaient très peu. Le développement de l’information d’abord puis de la communication au cours des deux derniers siècles ont transformé cet équilibre pluri séculaire.

Le numérique, force d’intégration et de convergence de techniques variées d’abord concurrentes puis rassemblées, apporte aujourd’hui une recomposition du paysage qui est la base d’une prise de conscience collective (cf. Mon dernier billet).

La révolution française à la suite du siècle des lumières à pose les bases de ce développement s’appuyant en particulier sur deux notions : la citoyenneté et l’instruction.

Le développement rapide d’une presse populaire jusqu’à l’arrivée de la radio puis de la télévision a permis dans un premier temps de métissage : les classes dominantes ont autorisé l’information des classes soumises. Pour ce faire elles se sont emparées du pouvoir de diffusion contenu dans ces moyens techniques. En faisant cela elles ont renforcé l’image de leur domination en permettant la visibilité d’une culture de l’élite bien différente de celle du peuple. L’école a servi de médiateur en rendant supportable cet écart puisqu’on pouvait accéder, grâce à elle, à cette culture des gens du pouvoir (le terme pouvoir est pris au sens large recouvrant l’ensemble des classes dominantes de la société).

La presse populaire, la radio puis la télévision vont creuser ce sillon. En renforçant l’information de l’ensemble de la population il s’est agit de la contenir afin qu’elle accepte les messages des dominants. Si la presse écrite à rarement été mise en danger de concurrence il n’en a pas été de même avec la radio, en particulier quand les radios libres se sont développées (l’auteur de ces lignes à participé à l’une de ces aventures avec radio Bri Vigoudenn en 1981). La réaction des dominants à été suffisamment habile pour maintenir le cap. Les radios libres sont rentrées dans le rang et se sont situées dans le paysage une fois qu’elles ont échangé cette liberté contre le droit d’émettre dans un cadre contrôlé.

La télévision, plus difficile à mettre en œuvre n’a pas connu ce phénomène, même si des tentatives ont eu lieu. Mais vite contenues dans le cadre initié pour les radios, cela n’est pas allé plus loin que la multiplication des chaînes privées à l’instar du modèle nord américain. Mais ce qui pose question avec la télévision c’est justement la question culturelle. À la domination de la culture classique s’est progressivement substituée la domination de la culture de la consommation. Cette forme culturelle s’est propagé dans l’ensemble des médias sous la forme magique du terme « audimat ».

À partir de ce renversement il s’agit d’organiser les médias sur la base de la rentabilité commerciale pure, c’est à dire dans une logique qui fixe le contenu en fonction de l’équilibre de vie que l’on développe dans la société. L’augmentation des temps de loisirs avec la diminution du temps de travail à été compensée par une augmentation de la productivité et donc de la fatigue et du stress au travail, encourage par la précarisation et le chômage structurel. Les médias audiovisuels de masse ont donc eu un rôle de sas de décompression et non pas de dynamiseur des consciences et des cultures. On pourra trouver facilement des chaînes et des émissions alibis qui justifient les autres formes dites bizarrement populaire. Populaire signifiant non pas issu du peuple, mais bon pour le peuple…

L’émergence récente du web à semé la panique dans tous les systèmes de domination établis. Double choc : celui de la liberté et celui du libéralisme. Internet ouvre des portes jusque la tenues par les dominants : information, savoirs etc… Il est donc libérateur potentiellement, mais surtout il permet une remise en cause des pouvoirs établis par l’accès à l’information accompagné de la possibilité de la traiter et de la diffuser : en d’autres termes la communication à bousculé l’information. En ouvrant ces portes, internet a été repéré par les dominants comme le vecteur du libéralisme individualiste cher aux penseurs nord américains du 19ème et 20ème siècle. Grâce à Internet, chacun peut se réaliser sans se soucier de sa position sociale. Derrière l’écran la plage !!! Cette option montre bien comment les dominants tentent de contenir la population en utilisant, par exemple, les sagas individuelles amenant à des réussites désormais planétaires…

Malgré ces évolutions, il y a un élément essentiel qui n’est pas immédiatement pris en compte mais qui émerge en ce moment, c’est l’inversion culturelle. En d’autre termes, malgré toutes les tentatives pour contenir l’émergence d’une culture transformée par le numérique, celle-ci se déploie et les changements d’attitude des dominants sont de plus en plus visibles : faute d’avoir pu résister, il faut accompagner le métissage, c’est à dire l’identifier pour en contrôler les évolutions. Nombre de débats et rapports récents en attestent.

Le numérique est en train tenter de rebattre les cartes et il inquiète les classes dominantes… Alors elles cherchent à le contrôler. Comment citoyenneté et instruction continuent d’être au service de la domination…. Est la question centrale posée aux dominants. D’une part les découpages culturels classiques se sont effondrés (on pourra lire à ce sujet aussi bien Dominique Pasquier que Bernard Lahire ou encore Olivier Donnât et Sylvie Octobre ou Monique Dagnaud), d’autre part le monde scolaire est écartelé entre sa mission première pour tous et la réalité de sa marginalisation dans les débats éducatifs qui remplacent progressivement les débats sur l’instruction.

Quelle citoyenneté développer dans un tel univers qui a comme spécificité de rendre poreuses de nombreuses frontières ? Citoyens du monde, désormais présent qui s’oppose à la citoyenneté nationale ; d’autant plus que les dominants ont tendance à instrumentalisme l’international dans leurs argumentaires selon les causes. On peut penser que la citoyenneté passe désormais par un travail important sur les identités culturelles numériques. Cette notion encore complexe à identifier est pourtant celle au semble prendre le pas sur les modes traditionnels d’appartenance. La citoyenneté de la révolution à perdu de son sens à la fin du XXème siècle, il est nécessaire de repenser une nouvelle idée de la citoyenneté à l’ère du numérique

Quand a l’instruction, elle est passée progressivement d’une position de domination absolue à une relativisation grandissante de son impact et de son efficacité sociale. Les dominants ne s’y sont pas trompés en fustigeant l’école par l’intermédiaire de ses plumes autorisées tout en encourageant simultanément la concurrence de nouvelles modalités de scolarisation (le rapport de JM Fourgous est éloquent à ce sujet). L’ambivalence des pouvoirs en place à l’égard du numérique disqualifie progressivement l’institution scolaire des deux côtés. Les modes de vie du quotidien ont consacré la place du numérique devenu fait social total, mais surtout base d’un fait culturel nouveau qui concerne aussi bien les adultes que les jeunes (il suffit de regarder les adultes et leurs attitudes au lieu de fustiger simplement celles des jeunes…)

Le métissage culturel, la culture pluriel est un fait de société lié, au moins partiellement, au développement des TIC au cours des cinquante dernières années, mais issu d’une évolution plus ancienne. Aujourd’hui il est nécessaire de travailler plus fondamentalement au lieu de tenter de replâtrer les brèches ouvertes dans les pouvoirs et les dominations en place. D’autant plus que certains seraient prompts à abandonner les idéaux de 1789 et la générosité sociale qui est la marque de la culture française au profit de la seule domination de la richesse, abandonnant le partage de la richesse culturelle pour générer de nouvelles formes de classes sociales.

Il est désormais indispensable que chacun sache se situer dans un univers numérique, s’y développer, collaborer, apprendre… En d’autres termes le monde de l’instruction doit remettre à plat son modèle et ses formes scolaires pour tenter de construire un nouveau modèle qui sache prendre en compte les porosités nouvelles et l’indispensable éducation à l’autodidaxie, clef de la réussite de chacun dans les années à venir… Autodidacte ne signifiant pas ici isolement, individualisation, mais responsabilisation dans la gestion de son propre parcours au sein d’un univers complexe et instable…

parbdevauchelle(son site)mercredi 18 avril 2012

http://www.educavox.fr/Domination-pouvoir-et-culture-a-l

jeudi 6 octobre 2011

Pourquoi le numérique est-il une culture ?

Invité du CIGREF en tant que Grand Témoin, Milad Doueihi interpelle les acteurs de l’Entreprise Numérique ! Ses questions permettent de planter le nouveau décor qui s’impose aux dirigeants d’entreprises aujourd’hui, comme à la société en général. En effet, si le numérique est à la fois une science et une culture qui introduit de nouvelles valeurs, de nouveaux critères sur nos héritages culturels, l’entreprise peut-elle garder ses modèles d’affaires, ses options de création de valeur hérités de la culture précédente ?


Milad Doueihi, auteur de « Pour un humanisme numérique », philologue et historien, titulaire de la Chaire des Cultures Numériques à l’Université de Laval au Québec.

Merci au CIGREF de me donner l’occasion de partager avec vous quelques réflexions sur le monde numérique. J’aimerais aborder cette première question : pourquoi le numérique est-il une culture ?

Synthèse vidéo :


Pour aller plus loin…


Il faut déjà penser à cette évolution de notre vocabulaire, pas seulement en français, mais également en anglais, au passage qui s’est fait de manière assez transparente entre l’informatique et le numérique. En anglais, on est passé de « computing » vers le « digital ». En français de l’informatique, qui est toujours là, vers le numérique. Or, dans cette évolution sémantique, il y a un rapport avec la technicité qui est fondamentale, essentielle dans la dimension sociale et culturelle de ce qu’est la culture aujourd’hui et surtout la culture numérique.


On doit aussi se rappeler que l’informatique est une science assez particulière. Elle a commencé comme une branche des mathématiques et elle a eu le pouvoir de s’autonomiser assez rapidement, de créer son propre registre. Une fois qu’elle s’est établie comme science avec tous ses droits, elle est devenue aussi une industrie. Il n’y a que la chimie qui soit en ce sens assez proche de l’informatique. Les grandes sciences ne sont pas des industries. L’informatique et la chimie sont les seules à être de très grandes industries. Mais l’informatique n’est pas seulement une industrie, elle est aussi une culture. En effet, elle est devenue, par sa nature-même, accessible à tous. Elle n’a pas seulement modifié notre quotidien. Sa matière première est disponible. Le code exige une forme de compétences, mais il reste accessible, aux jeunes comme à toute personne qui est intéressée.

Le numérique passe de l’esprit de géométrie à l’esprit de finesse…
Cette première dimension du passage de l’informatique vers le numérique peut aussi être présentée en reprenant la pensée de Blaise Pascal qui a théorisé sur le fait qu’il existe deux esprits : un esprit de géométrie et un esprit de finesse. Selon Pascal, l’esprit de géométrie est la maitrise de la technicité, des règles. Mais une fois que cela passe vers la population, vers le peuple comme l’on disait au 17ème siècle, cela devient l’esprit de finesse. Il me semble que dans cette mutation entre l’informatique et le numérique, on vit quelque chose de semblable à ce que Pascal décrit de ce passage à l’esprit de finesse au-delà de l’esprit de géométrie. C’est très important, parce que cela nous permet de dire pourquoi et comment le numérique est une culture.

Evidemment, on ne va pas entrer dans les débats byzantins quant à une définition de la culture. Je vais reprendre une très belle phrase de Nietzsche qui dit que « la culture est ce qui modifie notre regard sur les objets, sur notre actualité, sur notre héritage ». Lorsque l’on réfléchit et que l’on considère de près ce que fait le numérique aujourd’hui, il fait précisément cela : il modifie notre regard sur le patrimoine. On est en train de numériser notre héritage imprimé, notre culture, les musées, les grandes institutions culturelles. En même temps, il produit de nouveaux objets qui n’existaient pas et, dans cette hybridation entre les deux, il y a émergence d’un nouveau regard. Emergent surtout de nouvelles perspectives sur ce que sont à la fois la personne, l’individu et la collectivité. C’est en ce sens-là que l’on peut penser que le numérique est une culture. C’est cette première dimension qui donne au numérique cet énorme poids culturel.

De l’algorithme à la sociabilité…
Deuxième dimension, le numérique a réussi quelque chose d’assez étonnant, vous le savez mieux que moi en tant que spécialistes, l’informatique est un monde fondé sur des bases scientifiques, des algorithmes. Mais néanmoins, avec ce monde qui est voué à des formes de régularité, il est devenu un lieu de sociabilité remarquable. Cette tension qui existe entre des formes normatives inscrites et où l’on trouve le rôle déterminant de ce que l’on peut appeler les « usages effectifs », est la propre dimension culturelle du numérique. Il suffit de regarder les plateformes actuelles pour voir que l’on ne peut pas imposer aux utilisateurs certaines formes d’usages. Ce sont les pratiques qui modifient les plateformes. C’est cette dynamique entre des plateformes façonnées par des idées reçues par cet imaginaire de la technique, qui permet en même temps aux utilisateurs de les modifier.

Une nouvelle dimension culturelle locale
Nous sommes devant l’émergence de nouveaux critères. Des critères à la fois culturels, politiques, sociaux et économiques. On peut parler de nouvelles valeurs qui émergent avec les pratiques et les usages du numérique. Au-delà des critères se trouvent des repères qui n’existaient pas précédemment, sauf d’une manière plutôt théorique, et qui sont désormais actualisés. Un exemple, la géolocalisation permet de nouveaux usages de proximité. Elle a créé de nouvelles valeurs à la fois économiques et sociales alors même qu’elle existait bien avant. Mais avec son déploiement à grande échelle dans les techniques, et surtout avec la convergence entre le cellulaire et le réseau classique, on voit l’émergence de nouvelles valeurs. Au-delà on trouve aussi, et c’est l’une des contradictions de la culture numérique actuelle, pas un conflit mais une tension entre la dimension globale (ce qui est quelque chose d’occidental ancré dans un usage de l’anglais associé au code et aux langues de programmation), mais qui reçoit actuellement une tendance qui va s’accélérer, un usage très local. Par exemple, lorsque vous voyagez avec le « dieu caché » qu’est Google, chaque fois que vous débarquez dans un pays, il insiste pour vous donner ses résultats de recherches dans la langue de la région où vous trouvez. Il faut essayer de le convaincre pour qu’il vous les donne dans une autre langue ! Pourquoi, parce que Google a créé des critères de pertinence associés à la fois à la proximité et à la géolocalisation. Les résultats de recherche, avec ce que cela implique, sont articulés en fonction de ce positionnement. Il y a 4 ans, cela n’existait pas.

On a souvent dit qu’il y a une forme d’homogénéité dans cette culture numérique, mais je crois que l’on voit le retour des cultures locales. C’est un avantage car cela va permettre une forme de coexistence, de cohabitation, même s’il faut négocier, entre des spécificités à la fois territoriales, linguistiques, politiques, sociales, et une forme de continuité qui est intégrée à travers la structure de la ou les plateformes.

De l’index au visage…
On assiste à une mutation culturelle très importante aujourd’hui avec les réseaux sociaux, ce que l’on appelle parfois un peu rapidement la « sociabilité numérique ». On est en train de voir une transformation de ce que j’appelle le passage de la culture de l’index vers la culture du visage. La culture de l’index, nous la connaissons tous, c’est la liste, c’est tabulaire. C’est très simple, un critère de pertinence établi avec l’ordre qui nous est donné. La culture du visage, ce n’est pas « Facebook » malgré son nom !… Je fais référence à un très beau texte écrit par un anthropologue, ethnologue du 20ème siècle qui s’intitule « la valeur esthétique du visage ». Ce qu’il observe, c’est que pour comprendre une culture différente, il faut regarder le visage dans une forme de rencontre arbitraire. Il prend l’exemple très classique d’un Allemand qui rencontre un Japonais. Il y a échange de regard entre les deux et c’est dans ce croisement des regards que se fait la formation d’une idée qui exprime la différence et l’altérité culturelle.

Aujourd’hui, avec la sociabilité, avec le rôle de l’image, de la personnalisation des plateformes qui exploitent la présence de l’image dans toute sa mesure, on est en train de surmonter certaines difficultés présentées par l’index. Comment va-t-on négocier cette mutation ? Dans quel sens va-t-elle donner lieu à de nouvelles pratiques, à de nouvelles valeurs ? Cela reste à observer.

Une mutation identitaire
Une dernière dimension culturelle, pour moi tout à fait essentielle, c’est la manière dont la culture numérique a réussi à transformer notre identité et la personne elle-même. Nous avons tous des pseudos différents, des comptes différents consacrés au travail, à la famille, aux amis… Mais le numérique modifie de manière assez radicale l’identité. Car l’identité numérique est polyphonique dans le sens où elle est multiple et qu’il est difficile de la rassembler. Ce qu’il est important de retenir, c’est que l’identité numérique est constituée comme une archive. Pourquoi ? Du point de vue du système informatique, l’identité n’est que l’assemblage, l’historique de la présence sur le réseau. C’est cet agrégat qui constitue la personnalité. Vous l’avez sans doute remarqué, par exemple si vous commandez un livre sur une plateforme en ligne, comme j’en ai fait l’expérience : j’ai voulu offrir un livre sur les jardins du désert à une personne qui allait s’installer dans le désert. Pendant des mois j’ai eu droit à des offres de livres de jardinage du désert parce que l’algorithme a décidé que c’était ce qui m’intéressait ! Il faut le convaincre de se déplacer. On peut retenir la notion de traçabilité extrême de l’identité numérique. Avec la traçabilité, il y a des problèmes, mais aussi les promesses sur le plan privé ou celui de la sécurité. Il y a aussi une notion qui n’existait pas avant, c’est la mesurabilité de l’identité.

L’identité était quelque chose de qualitatif, elle est devenue mesurable. On voit là quelque chose de déterminant. En France et en Europe, depuis le 18ème siècle, l’Etat a introduit la mesure dans toutes ses fonctions, mais aujourd’hui on est en train de construire des mesures qui touchent à l’identité de façon presque intime. C’est ce qui modifie d’une manière étonnante l‘espace de nos présences dans le monde numérique. C’est dans ces transformations de l’identité et ses constructions que l’on trouve, à travers la mesure et la traçabilité, la manière dont le numérique est une véritable culture inédite.

Est-ce que l’élève dépasse le maître ?
Le numérique est à mon avis très trompeur. Il a commencé en voulant imiter, copier les choses très familières et très connues. Il suffit de se rappeler les premières pages web, qui s’appellent toujours « pages », parce qu’il y a quelque chose auquel on tient beaucoup (surtout en France) qui s’appelle le livre…

Aujourd’hui, le numérique est en train de s’autonomiser, de se libérer de cet héritage qui nous est familier. Il est en train d’imposer, ce qui est très intéressant car les questions de responsabilité deviennent centrales, d’imposer ses propres registres et repères. C’est la véritable dimension de civilisation et de culture qu’est le numérique.

Publié le 5 octobre 2011

http://www.entreprises-et-cultures-numeriques.org/pourquoi-le-numerique-est-il-une-culture/


lundi 26 septembre 2011

Le nouvel « usager numérique »

On évoque fréquemment l’évolution des usages quand notre monde devient numérique. C’est par exemple le cœur du travail de la Fondation CIGREF, dont le Programme International de Recherche « Information Systems Dynamics » (ISD) est d’étudier l’évolution de ces usages, pour « mieux comprendre comment le monde numérique transforme notre vie et nos entreprises ». L’objectif de ces travaux est de pouvoir « alerter les dirigeants des entreprises sur les enjeux stratégiques liés à cette grande mutation ».


A l’aube de l’ère numérique, cette perception n’est pas si évidente, notamment pour les adultes par rapport aux plus jeunes et surtout aux enfants. Un décalage que Gérard Berry, professeur au Collège de France décline en termes « d’inversions mentales » induits par la nouvelle pensée algorithmique… Sur un autre plan, celui de l’écriture, pour Clarisse Herrenschmidt, chercheur qui travaille sur l’histoire des signes écrits, l’écriture numérique est une révolution qui influence la société et ses modes de cognition.

Louise Merzeau, chercheuse en sciences de l’information et de la communication, s’est exprimée sur le « nouvel usager numérique » dans un entretien accordé à Interstices-infos. Nous avons retenu ces propos.
 
Il faut revenir sur la définition de l’usager et voir ensuite en quoi l’usager numérique présenterait des spécificités. La question de l’usage peut être définie par rapport à 3 notions proches, sans doute pas tout à fait synonymes, mais qui permettent d’approcher ce qu’est l’usage : la réception. Est-ce que l’usager est d’abord un récepteur ? Ensuite, la notion de l’utilisation. Etre un usager c’est d’abord utiliser. Reste à savoir utiliser quoi. Et puis dernier degré, un peu plus proche de la complexité de l’usage, la notion de l’appropriation.

La réception
Cette notion de réception renvoie à des théories un peu anciennes. Elles ont témoigné à un moment de la recherche d’un recentrage de l’émetteur, le seul pôle auquel on s’intéressait auparavant. On se demandait ce que les utilisateurs des produits culturels recevaient, mais aussi comment ils recevaient, et qu’est-ce qu’ils faisaient avec les médias qu’ils consommaient. C’était une première étape intéressante vers un recentrage vers l’usager. Pour autant, la plupart de ces théories maintiennent une vision très bipolaire entre l’émetteur et le récepteur, sont très centrées sur un message clairement identifiable et finalement ce sont des théories qui dessinent plus une pensée de l’audience qu’une pensée de l’usage. Donc cela produit des résultats intéressants mais qui ne suffisent pas à cerner ce que l’on peut appeler l’usage, et a fortiori, l’usager numérique.

La notion d’utilisation
Elle va réintroduire ce que les recherches sur l’audience laissaient un peu de côté, la dimension technique. Si on définit l’usager comme utilisateur, cela veut dire que c’est l’utilisateur d’un dispositif, d’un objet, d’un outil. On voit un déplacement du paradigme du message vers la prothèse technique. Des travaux vont s’intéresser à l’interface homme-machine. La question des compétences, des savoir-faire. On s’intéresse plus à ce moment-là à un savoir procédural de l’usager. On avance ainsi vers une dimension plus active de l’usager, comme quelqu’un qui sait faire quelque chose. Il y a plusieurs niveaux autour de la question de l’utilisation. Le premier est celui de l’équipement. Ce n’est pas le plus intéressant. Il est important de signaler le danger qu’il y a à limiter l’usage en termes d’équipement. Avoir un certain nombre de machines, d’outils, d’instruments, mesurer l’équipement d’une population, d’une école en tel ou tel types d’appareils, c’est un niveau important, mais c’est tout à fait insuffisant pour évaluer s’il y a usage ou pas, et de quelle nature est cet usage.

L’échelon suivant, toujours dans cette thématique de l’utilisation, est celui du savoir-faire, du savoir procédural qui nécessite un apprentissage et va poser la question des modes d’emploi. On observe que l’offre industrielle diffuse de moins en moins de modes d’emploi. Il y a rétention de l’information sur les manières d’utiliser, mais aussi les manières de réparer des machines plus anciennes. Cette question du savoir propre à l’utilisateur est aussi un enjeu politique, industriel et véritablement culturel. Dans le domaine du numérique, c’est criant. Vu l’obsolescence programmée des logiciels et des matériels, il est impossible, si on s’en tient uniquement à l’information officielle, d’avoir des renseignements sur la façon d’utiliser un ancien ordinateur ou des logiciels un peu anciens. La seule manière d’avoir ces informations maintenant, c’est de passer par des réseaux d’usagers.


La mémoire d’usage
La question de savoir se servir d’un outil n’est pas la seule. Il y a aussi la mémoire d’usage. Notre rapport aux outils techniques n’est pas seulement un rapport utilitaire, utilitariste. Ce n’est pas non plus un rapport qui se joue uniquement au présent. On a tous des outils d’âges différents. Cette mémoire technique est aussi une manière de nous identifier, de nous positionner dans la société, de nous situer dans une génération. Cette injonction que l’on fait ainsi aux usagers de devoir oublier ce qu’ils savaient faire la veille pour réapprendre quelque chose, est une violence extrême. Un apprentissage ne peut pas se faire à ce rythme-là. Il y a vraiment un enjeu de continuité culturelle, de transmission. C’est aussi e que l’on transmet à nos enfants, à nos élèves, à nos étudiants. Dans l’usage, il y a cette dimension de mémoire.

Les usages numériques se diversifient, témoignent de démarches de plus en plus actives, participatives. Les outils se démocratisent, le web est dit aujourd’hui social. Donc, les détenteurs des droits, au sens juridique, et plus largement les détenteurs des droits symboliques de diffusion et de production, se sentent menacés pour la plupart. D’où cette crispation que l’on constate, qui est en train de prendre le pas sur des postures plus ouvertes. On oublie un peu la dimension culturelle, la dimension d’appropriation, celle de construction d’une culture par l’usage. L’exemple du livre est frappant. On s’interroge sur son prix, sur les relais de diffusion au plan national ou international des livres numériques. On s’interroge sur les équipements, les fameuses tablettes ou les liseuses. Mais peu de gens s’interrogent sur le fait que lire, ce n’est pas seulement acheter un livre, ce n’est pas seulement feuilleter un livre, qu’il soit sur papier ou sur écran, c’est aussi prêter ses livres, emprunter des livres, parler des livres, annoter ses livres, garder ses livres chez soi, les transmettre à ses enfants… On voit très bien l’usage. L’usage, ce n’est ni la consommation, ni la seule gestion des droits !

Peut-on influencer les usages ?
Beaucoup de travaux ont démontré que l’usage n’était jamais complètement prévisible ou prescriptible. On peut le contraindre dans une certaine mesure avec la forme et les fonctionnalités-mêmes des objets qui sont mis sur le marché et qui sont extrêmement contraignants. On pense au problème d’interopérabilité, de connectique. Le fait de ne pas pouvoir brancher deux matériels ou de devoir racheter sans arrêt une nouvelle version, ce sont des contraintes très fortes.

Plusieurs chercheurs observent que quelles que soient les études préalables que l’on peut faire pour lancer un nouvel objet technique sur le marché, et quel que soit même le succès que va rencontrer cet objet technique, on ne peut jamais prévoir à cent pour cent la manière dont les gens vont l’utiliser. De très nombreux exemples dans l’histoire de la technique le montrent. Le Minitel au départ n’était pas du tout conçu pour les messageries qui ont fait son succès. L’internet lui-même n’était pas du tout conçu pour des applications comme celles que l’on voit aujourd’hui. Donc on observe très régulièrement un processus d’adaptation de l’usage, mais aussi un processus de détournement, de bifurcation, qui montre que les usagers peuvent s’approprier une offre technique en la détournant à leur propre fin. Ce n’est pas une mauvaise pratique, ce n’est pas une méconnaissance du bon mode d’emploi, mais véritablement un signe d’appropriation. Dans certains cas, il s’est avéré que c’étaient ces usages détournés qui ont produit véritablement une nouvelle logique d’usage.

C’est l’usage qui fait la maitrise technique
La culture technique, au sens de maitrise des outils techniques, est peu développée parce qu’elle a été totalement exclue de l’éducation, de l’enseignement général. C’est l’usage qui fait la maitrise technique. En utilisant les logiciels, les dispositifs, les machines, on s’en sert peut-être de façon superficielle, ou déconnectée de toute érudition technique, mais les usages se développent quand même. La maitrise technique n’est pas le principal verrou. Tout le discours sur le « digital native » se focalise là-dessus. On met un petit enfant devant un ordinateur, une tablette… il ne connait pas toutes les fonctionnalités, mais tout de suite il s’en sert ! Le problème est plutôt d’aider les enfants, les étudiants, sans oublier les adultes, aider les usagers à mettre en perspective leurs propres usages avec des usages plus anciens, avec les tendances à venir, y compris sur le temps long. Ne pas couper cela de la culture écrite, de la culture de l’imprimé, de notre usage de la télévision, des médias de masse en général. Mettre tout cela en résonnance au lieu de faire de l’usager numérique quelqu’un qui est tout seul face à des lois qui veulent lui interdire son usage et face à une culture officielle, qui est encore celle de l’école, qui tarde et peine (même si on peut comprendre pourquoi) à intégrer ces usages.

Utilisation sauvage !
Les usages numériques se développent en douce, clandestinement, sans accompagnement, sans encadrement, sans culture, sans la moindre érudition. Le drame n’est pas que les gens n’arrivent pas à utiliser ces objets numériques. Ils les utilisent, bien ou mal n’est pas le propos. L’usage est analphabète, il n’est pas conscient de lui-même, pas responsable, pas assumé et du coup est souvent très pauvre.


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Publié le 26 septembre 2011 Entreprise Numérique

http://www.entreprises-et-cultures-numeriques.org/le-nouvel-usager-numerique/

dimanche 18 septembre 2011

Québec : regards sur les Cultures Numériques et les entreprises

C’est à Québec, dans le cadre du Musée de la Civilisation, que l’on porte ces « Regards sur les cultures numériques », pour en percevoir les enjeux et les perspectives.

Selon Milad Doueihi, titulaire de la toute nouvelle « Chaire de recherche sur les cultures numériques » de l’Université de Laval, « Le numérique interroge nos objets premiers : ceux du savoir, comme du politique. Il le fait par un double jeu : d’une part, il semble s’approprier ces objets culturels tout en les faisant circuler dans un nouveau contexte et en modifiant leurs propriétés ; d’autre part, en introduisant des objets inédits. Ce double rapport explique, en partie, à la fois la familiarité du monde numérique mais aussi sa dimension aliénante ».


Quel lien entre les cultures numériques, les entreprises et le CIGREF ?
 
La raison d’être du CIGREF lors de sa création a été d’accompagner les grandes entreprises dans cette aventure que fut l’informatique, puis les systèmes d’information, et maintenant le numérique.

Le CIGREF joue, depuis 40 ans, un rôle important en termes d’influence et d’échanges de pratiques dans ces domaines. Nous avons d’ailleurs fêté nos 40 ans l’année dernière, en 2010. Cela nous a amenés à nous poser des questions importantes. Maintenant, les systèmes d’information sont bien implantés, bien déployés dans les entreprises. Cela nous a donné l’opportunité de réfléchir un peu plus en avant, de nous projeter vers 2020 ! Pour cela nous avons créé une Fondation de Recherche, la Fondation CIGREF qui a permis de lancer un grand programme international de recherche afin de « mieux comprendre comment le monde numérique transforme notre vie et nos entreprises ». Ces travaux doivent aussi nous donner des repères sur la suite, pour le CIGREF après 2010.

Ces espaces de réflexion se sont beaucoup ouverts, la Fondation CIGREF a aussi permis de rencontrer beaucoup de personnalités dans le monde entier. Nous avons ainsi rencontré Milad Doueihi, nous avons écouté sa pensé. Nous avons été frappés, d’abord par son ouvrage, « La grande conversion numérique » qui a renforcé pour le CIGREF une vraie conviction. Le monde numérique est en train de se créer, ce qui sera déterminant pour le 21ème siècle, et que l’on ne peut pas concevoir les sociétés de demain sans réfléchir au numérique. Ces enjeux sont certes des enjeux de société mais aussi des enjeux pour les entreprises. Le monde numérique abolissant les frontières, les entreprises sont des acteurs sociétaux comme d’autres et l’on ne peut se tenir à l’écart.

Nous avons beaucoup réfléchit, on a mis en place des groupes de travail pour définir le numérique, ce qui nous a conduits, l’année dernière à une nouvelle conviction : le numérique est une nouvelle ère dans la continuité des systèmes d’information. Les caractéristiques de cette « ère numérique » sont d’ores et déjà qu’il s’agit d’un mouvement sociétal très fort dans lequel les entreprises vont devoir s’inscrire, ce qui change complètement la donne. Voir la gestion des systèmes d’information à l’intérieur de l’entreprise n’est plus suffisant, il faut maintenant voir d’abord avec ce qui se passe dans l’écosystème de l’entreprise pour le ramener dans les organisations afin de les faire évoluer.

On a adopté une nouvelle mission pour 2010 – 2015, « promouvoir la culture numérique comme source de performance et d’innovation ». Nous sommes ainsi passés de l’usage des systèmes d’information, notre précédente mission, à la culture numérique. C’est un vrai saut dans l’avenir, dans l’inconnu certes, mais dans l’avenir. C’est toute cette genèse, que l’on a partagée avec vous sur la notion de cultures numériques, qui nous a amenés à soutenir ce projet de création de « Chaire de recherche sur les cultures numériques » de l’Université de Laval. Nous avons donc signé une convention de partenariat avec le Doyen Denis Brière en décembre dernier.

A travers ma présence aujourd’hui, le CIGREF représente 130 grandes entreprises françaises convaincues que la question sur les cultures numériques est très importante pour elles. Cela parait assez simple finalement, mais ce saut très ouvert des systèmes d’information vers le numérique, dans le milieu de l’entreprise n’est pas un saut facile ! Il représente une perte de repères. L’objectif de l’entreprise est de créer de la valeur ajoutée pour ses employés, ses clients, ses actionnaires. Que veut dire pour la notion de cultures numériques ?

Vers un nouveau monde, de nouvelles civilisations numériques…
En quelques mots, parce que cela sera aussi l’objet de réflexion de ce colloque, nous avons la conviction profonde que ce monde numérique qui se crée, on en est vraiment au début, va déterminer ce que sera le monde au 21ème siècle, ce que seront les sociétés au 21ème siècle. Ce monde nouveau se crée avec ses codes, avec ses normes, avec son dynamisme. C’est un espace sociétal, citoyen, culturel. C’est un espace économique pour l’entreprise. De nombreuses études indiquent que le numérique sera l’opportunité d’une croissance forte pour les entreprises.

Ce monde va être différent du monde que nous connaissons. Cette différence va être à la fois créée de manière organique, spontanée, mais aussi par la façon dont les acteurs vont se comporter. Nous sommes convaincus que les entreprises ont un rôle fort à jouer, non seulement en termes de création de nouveaux territoires de création de valeur pour elles, mais également en tant qu’apport sociétal qui va influencer l’évolution du monde numérique. Sachant que l’on n’en est qu’au début. On le voit, le monde numérique va évoluer. Cette représentation du monde physique qu’on aura dans le numérique va prendre une place de plus ne plus importante.

Les entreprises doivent jouer un rôle dans la création de ce monde numérique…
Peut-être sommes-nous à l’ère de la création de nouvelles civilisations numériques. Dans sa réflexion, Milad Doueihi, qui part des religions, fait un lien extrêmement important sur l’importance que prendra ce monde numérique dans les années à venir, dans lequel les cultures d’entreprises vont prendre place. C’est un sujet extrêmement important pour nous, non seulement pour l’entreprise et sur le plan sociétal. Il n’y a pas de distinction à nos yeux, les entreprises doivent se projeter, doivent être partie prenante dans la création de ce monde-là, de ses valeurs, de ses cultures. En espérant qu’elles s’orientent vers des cultures riches, ouvertes. Riches de ses diversités, ouvertes de ses communications, non pas de mondes fermés qui ne communiquent pas entre eux. C’est un temps très important aussi pour ce que sera le monde de demain pour nos enfants, nos petits-enfants.

J’espère avoir clarifié en quoi nous percevons l’importance des cultures numériques de l’entreprise dans le monde numérique. Le CIGREF se positionne en France, et plus largement sur le plan international, comme un carrefour d’échanges sur les cultures numériques et l’entreprise, réfléchissant aussi sur la notion « d’entreprise numérique ».

Nous sommes très heureux que cette Chaire se mette en place, et très impatients d’en voir les résultats !

Publié le 15 septembre 2011

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Cultures Numériques : citoyenneté et société numérique



Le colloque sur les Cultures Numériques qui se tient actuellement à Québec, avec le soutien du CIGREF, s’est interrogé sur la société numérique. Dans cette société, l’objet numérique est-il pire ou meilleur que nos objets classiques ? N’a-t-il pas sa propre matérialité qui suppose des pratiques différentes, voire contraires à la culture de l’imprimé qui est/fut la nôtre jusque-là ? S’il y a conflit d’objets, est-ce à dire que s’instaure une « guerre culturelle » autour de valeurs juridiques, économiques et sociales ?
 

Publié le 16 septembre 2011

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