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samedi 23 août 2014

Des « villes intelligentes » en Afrique du Nord : un débat local sur une tendance mondiale

Lorsque vous passez le comptoir d’enregistrement à l’aéroport international Mohamed V de Casablanca, un affichage numérique vous apprend que l’on a utilisé xquantité d’énergie solaire et économisé x quantité d’énergie grâce à l’installation de panneaux polycristallins qui alimentent la plate-forme de transit. Voilà peut-être de quoi surprendre agréablement une touriste qui n’aura pas encore eu l’occasion de constater d’autres progrès, comme le réseau de tramway de Rabat. Mais pour un citoyen du pays, il y a là matière à réflexion, car le terme « ville intelligente » évoque l’idée d’une amélioration de l’infrastructure et du recours à la technologie. Cependant, dans les pays du Maghreb, les attributs d’une ville « intelligente » sont plus souvent un sujet de discussion qu’une incitation à passer à l’action. Ce sont les développements de l’infrastructure de ce type, de même que les problèmes posés par l’accès à l’eau et par l’encombrement de la circulation, qui ont motivé l’organisation du 1er sommet international des Villes intelligentes en Afrique du Nord (#ISSC2014) à l’université Al Akhawayn d’Ifrane, au Maroc.

Bien que le Maroc contraste avec ses voisins maghrébins plus aisés (Algérie, Tunisie et Libye) puisque c’est parmi eux le seul pays à revenu intermédiaire de la tranche inférieure, ses multiples villes et leur diversité suscitent un grand nombre de débats sur l’urbanisme, qui peuvent porter sur des sujets aussi divers que la gestion des espaces verts ou l’amélioration de l’accès à l’énergie et à l’eau. Les organisateurs du sommet ont compilé une définition opérationnelle de la « ville intelligente » en couvrant quatre thèmes : 1) urbanisation ; 2) inclusion numérique ; 3) gouvernance et 4) mobilité.

L’une des grandes questions traitées lors de cette conférence, particulièrement pertinente dans le contexte local, était : comment promouvoir le développement de territoires ruraux intelligents tout en respectant la culture locale ? Ou, comme l’a justement formulé Louis Zacharilla, cofondateur de l’Intelligent Community Forum (ICF) : « être davantage qui vous êtes, et continuer de s’équiper d’outils et de technologies modernes... ». Selon lui, les villes du Maghreb ne devraient pas chercher à copier la Silicon Valley : celle-ci a connu un processus de développement organique et n’est pas apparue par décret. De plus, chaque zone géographique a des qualités qui lui sont propres. Les villes du Maghreb possèdent une richesse unique, qui ne peut être reproduite ni en Europe, ni en Chine, ni dans les pays du Golfe. Ainsi, l’énergie solaire n’est pas une option viable en Chine, qui doit faire face à un important problème de brouillard de pollution. Le Maghreb n’a pas ce problème, du moins pas encore.

Pour l’ICF, une ville intelligente présente les caractéristiques suivantes :
  • elle garantit la connectivité : l’internet est un bien public, et pas seulement une technologie, et il est tout aussi vital pour l’inclusion sociale et la productivité que l’électricité ;
  • elle n’est plus un « trou perdu au milieu de nulle part » ;
  • elle utilise le savoir, la recherche, la créativité et la collaboration comme des outils du développement économique.

Plusieurs autres questions ont orienté les débats lors de la conférence : comment la conception d’une « ville intelligente » peut-elle renforcer l’efficacité du secteur des transports ? Peut-on craindre qu’une ville intelligente soit menacée de « sur-numérisation » ou qu’elle s’appuie à l’excès sur les technologies de l’information et des communications ?, s’est-t-on demandé à propos des coûts de maintenance dont s’accompagne cette mutation. D’autres ont également dit redouter que certaines villes de la région, comme Masdar City, ne deviennent trop « techno-centrées, au lieu d’être centrées sur l’humain », selon les termes de l’urbaniste marocain Hassan Radoine. Devenir une ville plus moderne, ce n’est pas même la chose que devenir une ville plus intelligente. En effet, il arrive qu’une ville moderne se réinvente au détriment des besoins de la population locale, et oublie la nécessité d’espaces publics.

Pour pouvoir prétendre au qualificatif « intelligente », une ville ne devra pas se contenter de multiplier les outils technologiques. Selon Carlo Ratti, directeur duSensable City Laboratory du Massachusetts Institute of Technology, la ville intelligente doit être conçue pour interagir avec le citoyen. Le plus beau défi, c’est le prendre une ville et d’améliorer ce qu’elle est, plutôt que de partir de zéro, a expliqué Carlo Ratti. Dans le cas des pays du Maghreb, la conception des villes intelligentes doit apporter une réponse coordonnée aux problèmes des ressources en eau si l’on veut en préserver la durabilité. Ainsi, le Maroc pourrait s’inspirer du Pavillon de l’eau numérique, qui apporte de l’eau dans un espace public multifonctionnel tout en éduquant les citoyens sur les ressources hydriques.

Une autre définition de la ville intelligente met l’accent sur l’instrumentation ainsi que sur le développement de l’interconnexion, explique Jean-François Barsoum, consultant senior chez IBM. Renforcer l’interconnexion, cela signifie utiliser efficacement les données en temps réel pour prendre des décisions éclairées sur tout un éventail de questions relatives à l’espace urbain, comme la circulation, la gestion de crise ou la sécurité. Si l’on collecte des données sur l’eau, on pourra planifier les besoins en eau des dix prochaines années, ce qui évitera des forages inutiles. Associées à la technologie des capteurs, les big data permettraient aussi de rationaliser et de planifier la production alimentaire, a ajouté Jean-François Barsoum. Dans une ville plus intelligente, les fonctionnaires municipaux pourraient utiliser les capteurs pour irriguer les cultures et optimiser les pratiques agricoles.

Dans le cas du Maroc, Mohamed Attahri estime que ce sont les problèmes de circulation automobile qui empêchent Casablanca de se muer en ville intelligente. Au cours des douze dernières années, le nombre de véhicules sur les routes marocaines a augmenté de 55 %, et c’est un problème auquel Casablanca devra s’attaquer, qu’elle choisisse ou non de devenir une ville intelligente. Pour Mohamed Attahri, un gain d’efficience de 1 % de la circulation routière au Maroc pourrait engendrer 550 millions de dollars d’économies. Il a d’ailleurs élaboré l’outil « Greendizer » destiné à cartographier les problèmes de circulation à Casablanca, mais son utilisation dépendra de la rapidité avec laquelle cette technologie sera adoptée sur place. Au vu de la courbe de l’adoption du téléphone mobile, il y a toutes les raisons d’être optimiste.

Toutefois, tous les participants n’ont pas partagé ce bel enthousiasme pour les villes intelligentes. Beaucoup les considèrent en effet comme de simples techno-utopies réservées à ceux qui peuvent se permettre de vivre dans de tels environnements. Comme l’ont objecté quelques participants, une ville intelligente a besoin de citoyens plus instruits sans pour autant aggraver le clivage rural-urbain. De plus, même si une ville intelligente ne passe pas que par des investissements dans la technologie, comment feront les urbanistes pour éviter de creuser le fossé numérique, lequel a déjà tendance à favoriser les environnements plus urbains ? Une ville intelligente a besoin du haut débit, d’une main-d’œuvre instruite collaborant avec une université, d’innovation et d’inclusion numérique.

Lors de la clôture, l’ICF a invité le Maroc à désigner une ville qui se joindra aux 21 « smart cities » en 2017. Il sera intéressant de voir si le Maroc sélectionne une ville de taille moyenne ou une métropole, ou choisit d’investir dans la création d’un nouveau site, comme Masdar City aux Émirats arabes unis. Quel que soit le site retenu pour le titre de ville intelligente d’Afrique du Nord, on peut espérer qu’une université locale y tiendra un rôle de premier plan. 

SOUMIS PAR ​MEHRUNISA QAYYUM LE JEUDI, 17/07/2014

http://blogs.worldbank.org/arabvoices/fr/smart-cities-in-north-africa

mardi 10 septembre 2013

En quoi l’internet est-il un progrès ?

Elargir l’accès à l’internet, le rendre abordable pour tous est assurément une initiative louable. C’est en tout cas celle que vient de lancer Internet.org, une coalition d’acteurs de l’internet où l’on trouve Facebook, Samsung, Ericsson, Nokia, Opera, Qualcomm et Mediatek. Le but initial de cette association a été clairement annoncé par Mark Zuckerberg lui-même via communiqué de presse (.pdf) (clamant : “la connectivité est-elle un droit de l’homme ?”) et article dans le New York Times :“réduire le coût de la fourniture de services internet mobile à 1% de leur niveau actuel dans les 5 à 10 ans à venir en améliorant l’efficacité du réseau et les logiciels de téléphonie mobile”. L’objectif est clair : offrir un accès internet aux deux tiers de l’humanité qui ne sont pas encore connectés au réseau. Connecter la planète, rien de moins.

Effectivement, tout consommateur de services de l’internet mobile ne peut que souscrire à cette perspective. Tout le monde semble souscrire également à l’élargissement de la connectivité à l’humanité tout entière. Pourtant, à bien y regarder, ces objectifs que nous avons tous largement intégrés, que nous ne questionnons plus, ne sont pourtant pas sans ambiguïtés.


Comme l’explique Alexis Madrigal (@alexismadrigal), rédacteur en chef de The Atlantic, la vidéo promotionnelle qui accompagne cette initiative n’est pas sans équivoques.




Celle-ci utilise en effet des extraits d’un discours du président John Kennedy, savamment coupés et sélectionnés, qui semblent mettre l’accent sur l’importance des communications pour assurer la paix. Or, le discours de Kennedy, prononcé dans une université américaine en juin 1963 y est largement tronqué. La vidéo oublie de rappeler le contexte dans lequel il a été prononcé : la guerre froide, quelques mois après la crise des missiles de Cuba. Leur portée venait alors de la menace nucléaire, pas des réseaux de communication. Alors que Kennedy en appelait à un programme mondial de discussions entre nations, reformulé par Facebook, le propos sonne comme un appel au développement d’une plateforme, comme si cela pouvait être une solution à tous les maux actuels. Mais surtout, relève avec pertinence Alexis Madrigal, suite aux révélations d’Edward Snowden sur la collecte de données mise en place par la NSA avec la complicité active des grands acteurs de l’internet et des opérateurs de téléphonie mobile, force est de constater que ce type de discours tombe à plat. La réalité de ce qui est dans l’intérêt des grandes entreprises du web (avoir de plus en plus d’utilisateurs) élargit également la portée de la surveillance. “Dans un monde post-Snowden, les déclarations enflammées pour l’élargissement de la connectivité deviennent un peu ridicules”, ironise Madrigal. Les grandes entreprises du Net ne peuvent désormais plus faire semblant d’être des saints. La philanthropie bienveillante de Zuckerberg peut être sincère, mais elle est trop liée à ses propres intérêts commerciaux pour être honnête.

Certes, la mission d’Internet.org semble raisonnable et même réalisable, estime un peu rapidement Madrigal. Aucun grincheux ne peut contester à une industrie de vouloir élargir sa clientèle en proposant des produits meilleurs marchés. Pourtant, l’objectif affiché est ambitieux et force est de constater que la stratégie pour y parvenir est pour l’instant assez floue, estime Jack Flanagan pour le New Scientist. Si faire des applications et des logiciels plus efficaces est l’objectif le plus réalisable à court terme (notamment en terme de compression de données), la question de l’élargissement de l’infrastructure du réseau à des populations éloignées de toutes infrastructures, qui n’ont bien souvent accès ni à l’eau, ni à l’électricité ni aux soins médicaux, risque de s’avérer plus délicat. Et pour l’instant, le projet Loon de Google, qui propose de développer un réseau d’accès sans fil grâce à des ballons flottant dans la stratosphère, bien qu’encore à l’état de prototype expérimental, semble plus avancé que la coalition Internet.org. En attendant d’en savoir plus sur les modalités de réalisation de ces objectifs, force est de constater que la coalition en reste à une déclaration d’intention un peu vaine.



Mais cette coalition ne cherche pas seulement à accroître l’efficacité technique et économique de l’internet. Elle suggère également, à un niveau idéologique, que la connectivité signifie la paix et que l’accès à l’internet est synonyme de progrès. Et peut-être que cela nous semble à tous moins évident aujourd’hui qu’hier, estime Madrigal. “Jusqu’à un certain point, cela pouvait avoir du sens d’associer Facebook à la paix. Mais ce temps est terminé. Certes, les gens aiment l’internet. Certes, ils vont sauter sur lui s’il est disponible, malgré les difficultés liées au manque de respect de la vie privée. Le business technologique est sauvé. Mais ce n’est pas pour autant que nous devons une adulation à ses leaders. Nous ne devrions pas avoir à adorer les produits web, ou les gens qui les font, ou les valeurs qu’ils portent pour utiliser l’internet.”

De quel progrès la connectivité est-elle porteuse ?


Sur son blog, la sociologue américaine, Jen Schrardie (@schrardie), s’emporte : Non, Facebook n’est pas un droit de l’homme ! et rappelle la critique de l’idéologie de la Californie, celle du néolibéralisme de la Silicon Valley formulée par les théoriciens des médias britanniques Richard Barbrook et Andy Cameron dès les années 90. Cette idéologie qui affirme que la technologie, le capitalisme et l’individu mènent à une participation égalitaire. Pour elle, les principes d’Internet.org fleurent bon le bon vieux déterminisme technologique. Et la sociologue de se moquer de l’association trop rapide faite entre la technologie et la croissance. “L’internet en soi ne résoudra pas les problèmes structurels des pays en développement. Pensez-y de cette façon : les avantages économiques que connait le monde développé (souvent construits sur le dos des pays en développement), pourraient surtout favoriser la croissance de l’internet, plutôt que l’inverse.” Pour connecter le monde entier, il faudrait avant tout une économie plus socialisée que ne le propose le modèle néolibéral et individualiste du net.

Mais surtout, la sociologue dénonce un autre mythe de l’internet : le fait que nous puissions tous participer librement une fois que nous sommes connectés. Et Jen Schrardie de pointer vers ses articles de recherche sur “l’écart de production numérique” qui expliquent même parmi tous les gens qui sont en ligne, ou ceux qui consomment des contenus en ligne, il subsiste des divisions sociales importantes entre ceux qui produisent des contenus en ligne et ceux qui ne le font pas. Et à mesure que l’activité politique et économique se déplace sur l’internet, l’accès et les compétences deviennent essentiels. Et ces compétences là, ne seront pas résolues par le seul accès. Tant s’en faut.

Le chercheur Phil Nichols (@philnichols) sur son blog – repris par The Atlantic – revient lui sur le lien intrinsèque entre connectivité et progrès que suggère cette initiative (même si on pourrait adresser sa critique à bien d’autres initiatives de défense et de promotion de l’internet, voire même à l’internet tout entier…). Pour lui, il est temps d’expliciter de quel progrès il est question quand on présuppose que l’internet en est un.


Phil Nichols décortique l’argumentaire de l’initiative en se référant à la critique de mouvement pour l’alphabétisation du début du XXe siècle. Longtemps, l’alphabétisation, comme l’internet aujourd’hui, a été réifiée comme quelque chose ayant une valeur intrinsèque. “Diffuser l’alphabétisation au niveau mondial n’avait pas seulement pour but d’enseigner aux gens à lire, elle a également imposé des valeurs sur comment et sur ce que les gens devaient lire.” L’internet, comme l’alphabétisation du monde en son temps, est doté de valeurs, comme la capacité à stabiliser et démocratiser la société ou à favoriser le développement économique… Sans que le lien de l’un à l’autre n’ait jamais été vraiment et fermement établi.

Longtemps les théories de l’alphabétisation ont suggéré que là où l’alphabétisation était introduite, elle avait eu pour conséquence d’introduire des changements cognitifs, sociaux, économiques et scientifiques… Il a fallu attendre les travaux des anthropologues Claude Lévi-Strauss ou Jack Goodynotamment pour que s’atténuent les jugements de valeur dans les comparaisons culturelles. Reste que malgré ces travaux, l’idée que les cultures lettrées étaient moralement et intellectuellement supérieures est une idée qui n’a cessé de se sédimenter, quand bien même cela s’avérait inexact. L’alphabétisation n’étend pas la démocratie ni les capacités cognitives des individus… 

“Il a fallu attendre les années 80 pour que la force bienveillante de l’alphabétisation sur le développement social commence à être attaquée.” Des chercheurs comme Sylvia Scribner, Michael Cole, Shirley Brice Heath ont montré que l’alphabétisation, en soi, ne garantissait ni une augmentation des aptitudes intellectuelles ni la mobilité sociale. “Synthétisant et étendant ces études, Brian Streetconcluait que nos idées sur l’alphabétisation sont souvent drapées dans l’idéologie et que, même si elles sont partagées et diffusées sous couvert d’altruisme, elles impliquent toujours une question de pouvoir – un pouvoir qui a souvent pour intérêt d’accroître le contrôle social et de préserver les hiérarchies sociales.”

Pour Phil Nichols, l’argument principal qu’Internet.org utilise pour justifier sa vision repose sur une distinction binaire entre connectés et non-connectés – une opposition simple qui rappelle la fracture entre alphabétisés et non-alphabétisés. “De la même façon que ces distinctions ont souvent été utilisées pour renforcer la supériorité des populations alphabétisées sur les autres, on trouve un sens semblable dans la supériorité de la mission d’Internet.org dans le fait d’apporter les mêmes chances à chacun que celles que connaît un tiers du monde aujourd’hui”.

Le discours d’Internet.org suggère que la raison pour laquelle certains ont plus d’opportunités que d’autres repose sur le fait qu’ils soient connectés à l’internet. Qu’importe si ce raisonnement est réducteur et condescendant et met de côté les obstacles réels qui entravent les chances de pays moins “connectés”. Qu’importe si cette faiblesse de connexion est un symptôme plutôt qu’une cause. “L’internet – tout comme l’alphabétisation avant lui – est présenté comme une panacée, un moyen autonome pour soigner tous les maux” économiques et sociaux de toutes les sociétés.

Diffuser l’alphabétisation c’est donc imposer des valeurs à d’autres cultures. De la même manière, promouvoir la connectivité n’est pas liée au désir des gens de se connecter d’une manière spécifique. “Bien que nous attribuions souvent un esprit démocratique et participatif inné à l’internet, la quasi-totalité de notre activité en ligne aujourd’hui est médiée par des plateformes dont les protocoles imposent une logique très précise dans la façon dont nous pouvons utiliser ces sites ou nous connecter les uns aux autres. Et les données générées par cette activité – un peu comme les informations diffusées à travers l’enseignement de l’alphabétisation – peuvent être tout autant utilisées pour exploiter que pour libérer.”


Cela ne signifie pas que ces nouveaux utilisateurs à venir de l’internet ne pourront pas en tirer parti, l’utiliser et le façonner pour qu’il réponde à leurs propres besoins… Mais ce n’est assurément pas l’objet d’Internet.org. Rien ne prouve à ce jour que l’internet apporte la paix, le progrès ou une meilleure qualité de vie. L’alphabétisation au numérique, la “littératie“, ne signifie pas seulement avoir accès à l’internet, mais en comprendre le fonctionnement, comprendre qui l’a construit, comment, pourquoi, et surtout apprendre à l’utiliser comme moyen d’émancipation… pas comme moyen d’assujettissement.

Emancipation ou assujettissement ?


Reste que comme le souligne très bien Claire Cain Miller dans une tribune pour le New York Times,“Dans la Silicon Valley, cette terre de légende où l’on trouve des robots et des voitures sans conducteurs, une conviction profonde motive tout un chacun : si vous le construisez, ils viendront.”Cela signifie que si les ingénieurs peuvent construire quelque chose, alors les gens suivront, adopteront ce que les ingénieurs ont imaginé. Le problème n’est pas de savoir si les gens devraient ou non le faire, mais chacun estime que les gens finiront par s’adapter à ce qui leur est proposé. Et force est de constater que la plupart du temps, nous nous adaptons, estime la journaliste Claire Cain Miller. “Ce sentiment de malaise qui accompagne souvent notre première expérience avec une nouvelle technologie se dissipe rapidement et nous sommes conquis.” C’est ce qui explique que nous soyons prêts à échanger nos données personnelles contre des outils si commodes, si “libérateurs”… en apparence. Qu’importe si les ingénieurs et concepteurs n’ont pas réfléchi aux conséquences, aux implications morales, sociales, personnelles, économiques ou politiques… La force du “progrès”, des nouvelles propositions techniques, est de toujours parvenir à s’imposer, quelles que soient leurs conséquences, même si celles-ci s’avèrent finalement dramatiques.

Comme le disait avec beaucoup d’humeur dans une très pertinente fable l’informaticien Laurent Chemla cet été, ou comme le résume très bien Alexis Mons, directeur général d’Emakina et auteur de Marketing et Communication à l’épreuve des foules intelligentes : “Le numérique nous façonne. Il nous amène à penser les choses, à faire les choses d’une certaine façon. Et s’il y a des services ou des produits à succès sur le net, ce n’est pas simplement de l’économie, ils nous amènent à penser autrement.”

La connectivité, les services et produits que nous utilisons, nous transforment. Et le plus souvent c’est cette transformation que nous appelons progrès, quand bien même ses effets ne seraient pas tous positifs, tant s’en faut, comme l’exprimait déjà Jacques Ellul dans le Bluff technologique :“Nous sommes situés dans un univers ambivalent, dans lequel chaque progrès technique accentue la complexité du mélange des éléments positifs et négatifs.”

La connectivité, l’accès ne sont pas un outil du progrès, ils sont devenus le progrès lui-même. Pourtant l’internet n’est ni noir ni blanc. Il est à la fois un moyen d’émancipation et un moyen d’assujettissement. Nous le façonnons et il nous façonne. Tout l’enjeu est que cet internet de demain, ce “système technique”, demeure suffisamment ouvert, suffisamment divers, suffisamment neutre pour permettre encore un peu d’émancipation et pas seulement notre assujettissement. Mais pour cela, il ne nous faudra pas compter seulement sur la doucereuse philanthropie des promoteurs d’Internet.org…

Par Hubert Guillaud le 10/09/13

http://www.internetactu.net/2013/09/10/en-quoi-linternet-est-il-un-progres/

vendredi 23 août 2013

Comment peut-on être dirigeant ?

Diriger aujourd’hui n’est pas une sinécure, construire sa légitimité et faire autorité non plus.

Diriger est moins que jamais une sinécure. Voici, pour commencer, les réflexions de deux de nos gouvernants : Nicolas Sarkozy, le 19 février 2012, à Marseille : « Je vais à la rencontre des Français pour leur parler de l’autorité. Je veux leur parler de l’autorité du maître à l’école, pas du copain à l’école, de l’autorité du professeur, de l’Etat, de la loi. Je veux parler de l’autorité que confère le savoir et que confère la morale. Un monde sans autorité est un monde sans liberté. ».

François Hollande, le 22 janvier de la même année : « je revendique une simplicité qui n’est pas une retenue, mais la marque de l’authentique autorité ». Visiblement, nos deux compères s’interrogent sur la chose et nous avec eux. Comment peut-on être dirigeant se demanderait Montesquieu ?

La fin du « leader visionnaire »Longtemps les entreprises françaises ont été dirigées par des têtes bien faites, issues de l’X et de quelques autres, tandis que les dirigeants politiques étaient formés à l’ENA. Bertrand Collomb par exemple disait ingénument : « quand on avait fait l’X et qu’on entrait dans une entreprise privée, devenir président cela semblait naturel » (Cf. Profession PDG, 2006, en collaboration avec Olivier Basso). Comme d’autres de sa génération, il a incarné un modèle, celui défini par O. Basso dans sa conférence du 12 février 2013 à l’ENS Ulm comme le « dirigeant modélisateur », le « leader visionnaire ».

Il voit plus loin que les autres. Il sait plus qu’eux et tire son autorité de ce savoir, sa légitimité étant assurée par les institutions dont il est issu (X, Mines, fonction publique, PhD) et par le succès de l’expérience américaine. C’est bien ce type de dirigeant que Nicolas Sarkozy veut remettre à l’honneur à travers la figure du « maître d’école », du « professeur ». Malheureusement, l’opération « restauration » est vouée à l’échec. Souvenons-nous de ce qui s’est passé au moment de la crise financière lorsqu’Eric Cantona a lancé l’idée de retirer notre argent des banques et qu’Alain Minc s’en est indigné, renvoyant la star du football à son ballon au prétexte qu’il ne savait pas puisqu’il n’était pas. Le sachant, l’expert « taclait » vertement l’ignare des stades. Etait-ce si simple ?

Construire sa légitimité
Poursuivons donc avec la légitimité avant de revenir sur l’autorité, en nous arrêtant un instant sur leurs définitions respectives, précisément parce qu’elles sont souvent confondues. Par « autorité » ici, nous entendrons : l’obtention d’un assentiment d’autrui à l’action prescrite sans violence et sans persuasion. Elle concerne donc la manière dont le pouvoir s’exerce. La « légitimité » renvoie, quant à elle, aux conditions préalables à l’exercice du pouvoir. Le mot se réfère au droit, à la loi, même si elle ne se confond pas avec la « légalité ». C’est ce qu’avait bien compris Machiavel, qui met en valeur la fin d’une légitimation divine et l’autonomisation du politique. La question de la légitimité est première et conditionne celle de l’autorité. Dans les entreprises, un candidat légitime ne fait pas forcément un président légitime, tout comme un DG ou un DAF ne devient pas mécaniquement un PDG légitime. L’entreprise n’est pas une « démocratie » entend-on souvent.

Certes, mais elle est le reflet de son époque. Ainsi, à bien des égards, « l’hyperprésidence », comme on l’a appelée, fut surtout une quête éperdue de cette légitimité. Du côté de « l’hypoprésidence » actuelle, la ou les réponses restent en suspens. De la même manière, dans les entreprises, la nomination par les actionnaires ou le président ou le DG ne suffisent plus. Voilà pourquoi Eric Cantona, fort de sa légitimité issue des stades, peut contrarier Alain Minc. Claude Lefort définissait en effet la démocratie comme le « lieu vide » du pouvoir (Cf. Temps présent, 2007).

Ce « vide » structurel place la question de la légitimité au cœur de l’exercice du pouvoir. Eric Cantona est-il moins légitime qu’Alain Minc à s’exprimer sur la crise financière ? Bien entendu, une grande école, une expérience opérationnelle éventuellement marquée par des résultats financiers positifs, si possible à l’étranger, contribuent largement à l’accès au poste de dirigeant d’une entreprise de taille conséquente. Seulement, ces éléments ne suffisent plus. La légitimité, de nos jours, n’est plus substantielle. Elle se fait procédurale. Autrement dit, elle se construit. Et cette construction se fait avec les autres. De là, pour les dirigeants d’entreprises, l’absolue nécessité du « réseau » et la fin des PDG avec portes capitonnées.

Les dirigeants qui croient ne pas avoir à construire cette légitimité, s’exposent à courir après l’autorité, au risque de la confondre avec l’autoritarisme, également appelé « micro-management ».

S’autoriser à faire autorité
Bien entendu, un dirigeant à peu près tranquille sur sa légitimité n’est pas assuré du succès. Loin s’en faut ! Alain Renaut nous a annoncé La fin de l’autorité (Flammarion, 2004). Heureusement, Myriam Revault d’Allonnes aborde la question autrement pour montrer qu’elle n’a pas disparu mais que les ingrédients ont changé (Cf. l’Autorité, essai sur le pouvoir des commencements, Seuil, 2006). La tradition et le passé ne font plus autorité pour personne aujourd’hui, dirigeants ou dirigés. Quant au futur, comme nous ne croyons plus au progrès systématique ni aux lendemains qui chantent, il nous inspire souvent défiance ou peur.

Dans ces conditions, diriger une école, une entreprise du CAC 40 ou un Etat, n’a rien d’une sinécure. Qu’est-ce qui peut bien faire autorité si le statut et l’expérience ne suffisent plus ? Peut-être ce qui, au fil du temps, ne semble pas avoir varié pour « l’auctoritas » et tient à l’étymologie du mot autant qu’à des dérivés : « auteur », « augmenter » ou « autoriser ».

L’autorité appelle aujourd’hui le geste de s’autoriser. Ce qui fait autorité, c’est la capacité à poser des actes qui tiennent lieu de réponse, alors même que vous n’êtes pas sûrs de ce que vous avancez, que vous n’avez aucune vision de l’avenir ni aucune expérience, dans certains cas. Pour ceux qui s’aventurent à venir occuper cette place de dirigeant, deux actions s’imposent : construire sa légitimité et faire autorité.

Catherine Blondel
Directrice scientifique des séminaires pour dirigeants de l’Institut de l’ENS Ulm,
Conseillère de dirigeants

Publié le 22/08/2013 

dimanche 18 septembre 2011

Le Conseil de l´Europe au Forum sur la gouvernance de l´Internet 2011

Il convient d'étendre au maximum les droits et de limiter au minimum les restrictions et, en parallèle, de préserver l´Internet de toute perturbation, de protéger les droits de l'homme en ligne et de lutter contre la cybercriminalité : tel sera le message essentiel du Conseil de l'Europe au 6e Forum sur la gouvernance de l'Internet (FGI), organisé par les Nations Unies à Nairobi du 27 au 30 septembre.

L'accès à l´Internet est devenu une condition préalable indispensable de la liberté d'expression de toute personne et de sa capacité de réunion et de participation à la vie publique. Mais un certain nombre de menaces pèsent sur l´Internet ; une coopération internationale est nécessaire pour s´en protéger. Comment les États, les entreprises et la société civile peuvent-ils coopérer pour protéger la liberté, la vie privée et la sécurité des utilisateurs, afin que ceux-ci soient en confiance et se sentent en sécurité sur l´Internet ?

Le Conseil de l'Europe présentera l'action qu'il mène pour répondre à ces questions et à d'autres encore. Il organisera quatre ateliers et une discussion, tout en prêtant son concours à une session consacrée au Dialogue européen sur la gouvernance de l’Internet (EuroDIG). Il interviendra également dans le cadre d'autres sessions, avec plusieurs intervenants et animateurs. Maud de Boer-Buquicchio, Secrétaire Générale adjointe du Conseil de l'Europe, participera à plusieurs réunions, ainsi qu'à la cérémonie d'ouverture.


Ateliers et discussion du Conseil de l'Europe à l’IGF

Priorité aux droits de l'homme : « la phase constitutionnelle » de la gouvernance de l'Internet ?
– La discussion portera sur les nouveaux principes de la gouvernance d'Internet du Conseil de l´Europe, fondés sur les droits de l'homme, la démocratie et l'État de droit.

Renforcer la protection transfrontalière des données à caractère personnel sur l´Internet
- La discussion portera sur les travaux menés par le Conseil de l'Europe pour mettre à jour sa Convention sur la protection des données en tenant compte des enjeux d'Internet.

Discussion : Vers la stratégie du Conseil de l´Europe sur la gouvernance de l´Internet 2012 -2015– Cette discussion abordera les priorités, les actions et les attentes du Conseil de l'Europe pour les quatre prochaines années.

Stratégies de lutte contre la cybercriminalité
- Bon nombre de gouvernements adoptent des politiques et stratégies qui visent à assurer la cybersécurité, mais rares sont ceux qui élaborent des politiques ou stratégies spécifiques de lutte contre la cybercriminalité. L’atelier procédera à l'examen des stratégies de cybersécurité et de lutte contre la cybercriminalité, ainsi que du rôle joué par les parties concernées.

Obtenir un consensus sur l'universalité, l'intégrité et la transparence de l'Internet
- Comment les États collaborent-ils pour préserver l´Internet de toute perturbation ? Quels sont leurs attentes réciproques pour préserver le fonctionnement et la durabilité de l’Internet dans le respect des droits de l'homme, de l'État de droit et de la démocratie ?

Pour de plus amples informations sur le FGI, www.coe.int/internet, www.intgovforum.org,

samedi 17 septembre 2011

http://www.infodsi.com/articles/123272/conseil-europe-forum-gouvernance-internet-2011-maximum-droits-minimum-restrictions-cyberespace.html

lundi 29 août 2011

Gouverner l’innovation numérique d’entreprise

En entreprise numérique, l’innovation naît des usages renouvelés des systèmes d’information. Pour gouverner cette innovation numérique, il faut aménager le modèle de gouvernance des systèmes d’information dit « Maîtrise d’ouvrage/Maîtrise d’œuvre » avec des « régimes numériques d'entreprise » adressant des usages différenciés.

Economie de la connaissance, économie de l’information, économie de l’immatériel… En cette année 2011, la formule semble se fixer avec le qualificatif numérique. Cet élément de langage, dont on peut noter que l’équivalent anglais reste incertain (numeric, numerical, digital,…), sera-t-il un catalyseur assez puissant pour inspirer les acteurs à réinventer l’entreprise et imaginer des modèles innovants de création de valeur ? Car il faut bien admettre qu’en ce début de cette année « nous ne connaissons ni les limites (…) ni les modalités exactes de la création de valeur par le numérique »[1].

Une taxonomie des usages renouvelés des SI

Or en entreprise, cette création de valeur numérique naît des usages renouvelés des systèmes d’information (SI). Un exemple immédiat d’usage renouvelé est la mise d’un site d’entreprise sous un contrat Creative Commons au lieu du traditionnel copyright.

Pour explorer la création de valeur en entreprise numérique, nous proposons une taxonomie d’usage des SI à cinq classes : « organisationnel, relationnel, technologique, humain et intellectuel » [2].

La première classe, l’usage « organisationnel » des SI, vient immédiatement à l’esprit : sans possibilité d’automatisation des tâches par les SI, les entreprises n’auraient pas été massivement réorganisées par reconfiguration de leurs activités en processus.

Le second usage est « relationnel » : il est porté par les différentes générations de systèmes de communication pour entreprise et dont la dernière est construite autour des smartphones.

L’usage « technologique » est observé lors d’un couplage entre un SI et un système de surveillance, d’alarme et de contrôle d’un outil industriel, par exemple un système de signalisation ferroviaire.

Pour la quatrième classe, « l’humain », un exemple est l’exposition de CV, de recommandations et de contacts dans les réseaux professionnels publics.

Enfin, on peut qualifier d’usage « intellectuel » la publication en ligne de travaux de recherche par une entreprise adoptant une politique d’Open Innovation [3].

Pertinence du modèle Maîtrise d’ouvrage / Maîtrise d’œuvre

Face à ces différents usages, la gouvernance de création de valeur passe par des dispositifs adaptés.

En France, de nombreux dispositifs de gouvernance reposent sur le modèle de gestion informatique dit « Maîtrise d’ouvrage / Maîtrise d’œuvre » (MOA/MOE). Ainsi, une enquête en ligne révèle que ce modèle serait adopté dans les entreprises françaises à plus de 80 % pour régler les relations entre les directions métiers et la direction des systèmes d’information (DSI) [4].

En effet, lors d’une reconfiguration d’une activité en processus, c’est la direction métier qui arrête le design des processus, définit le calendrier de déploiement, et retient à son budget les coûts du développement de l’application informatique. Pour les systèmes de communication, ce sont également les directions métiers qui fixent les niveaux de qualité de service (SLA). Et en usage technologique, les données traitées par les SI sont dictées par les fonctionnalités des systèmes industriels.

En revanche pour un usage humain, cette relation de type client fournisseur classiquement entretenue entre la direction métier et la DSI trouve ses limites : il faut convoquer une troisième partie prenante, la direction des ressources humaines.

De même, en usage intellectuel, il vaut mieux inviter la direction juridique dès l’étude d’opportunité du SI et en maintenir l’implication pendant l’exploitation.

À titre d’exemple, reprenons le système de publication d’articles en ligne pour « partager » des travaux de recherche : c’est le respect effectif du Code de la propriété intellectuelle par les lecteurs « utilisateurs » des articles qui déterminera l’intensité de l’usage du système de publication : la publication des articles est valorisée par la reconnaissance expresse des auteurs personnes physiques ou morales par les tiers utilisateurs, et dans le B2B, le niveau de maturité de cette pratique n’atteint pas encore celui de la sphère académique, à l’exception peut être d’une poignée d’entreprises mondialement reconnues pour leurs capacités de recherche et d’innovation.

Des régimes numériques d’entreprise

Si l’usage organisationnel ou relationnel des SI est largement maîtrisé par la fonction informatique, l’usage technologique l’est plus rarement, et l’usage humain ou intellectuel est émergent. Avec leur développement, on peut s’attendre à ce que la gouvernance des SI calée sur le modèle MOA/MOE évolue en des modèles différenciés [5].

Pour inspirer cette évolution, nous proposons de recourir à la notion de « régime numérique d’entreprise », où la notion de régime (Ang : regime) puise sa force dans le paradigme politique [6].

Et d’ores et déjà, on peut identifier certaines pratiques de gouvernance de SI préfigurant des taxonomies de régimes numériques d’entreprise [6][7].

Références
[1] « L’entreprise numérique - quelles stratégies pour 2015 ? » Bruno Ménard, CIGREF, Nuvis publishing, 2010.
[2] Lors de ses prestations, Dô-Khac Decision la désigne par HORIT : “Humain, Organisationnel, Relationnel, Intellectuel, Technologique”
[3] « Open Innovation: The new imperative for creating and profiting from technology», Henry Chesbrough, Harvard Business School Press, 2003.
[4] Open Survey N°2 : 12 questions pour apprécier la pertinence du modèle « maîtrise d’ouvrage – maîtrise d’œuvre », une enquête produite par Dô-Khac Decision SARL.
[5] « Ontologies de la trilogie MOA-MOE-MUE », Tru Dô-Khac, CIO-Online, 1er novembre 2010.
[6] Cette idée de s’inspirer pour la gouvernance de SI de la gouvernance politique n’est pas nouvelle. Dès 2002, le professeur P. Weill (MIT) présentait une taxonomie de gouvernance SI où figuraient « IT Monarchy », « Feudalism », ou « Federalism ». Mais curieusement, son auteur a désigné génériquement ces éléments par « archétype » (Ang : archetype) alors que ce sont proprement des régimes politiques…“Don’t just lead: govern. Implementing effective IT governance”, Peter Weill, Richard Woodham, 2002, MIT CISR.
[7] "Le Régime Numérique est le Service (The Regime is the Cloud Computing Service )" , CIO-Online, 17 janvier 2011


Par Tru Dô-Khac, consultant en innovation et gouvernance numérique

lundi 29 août 2011

http://www.infodsi.com/articles/122477/gouverner-innovation-numerique-entreprise-tru-do-khac-consultant-innovation-gouvernance-numerique.html

samedi 9 juillet 2011

Quelle gouvernance appliquer à Internet ?

Fin juin à Dublin, une conférence a réuni, pendant trois jours, chercheurs, politologues, spécialistes des technologies de l'information, terroristes repentis et extrémistes en herbe, autour de la question : comment éviter la radicalisation des jeunes ? Et comment "déradicaliser" ceux qui ont déjà basculé dans la violence ?

Heureuse initiative. Mais, au-delà du débat sur le fond, l'origine de ce "Sommet contre l'extrémisme violent" ouvre des perspectives intéressantes sur la manière dont les acteurs de l'Internet font irruption dans des domaines qui, traditionnellement, relèvent de la compétence des Etats. Car ce n'était ni une officine de l'ONU ni une obscure institution intergouvernementale qui organisait ce sommet, mais Google, le géant du Web. Ou, plus précisément, "Google Ideas", Google Idées.

Créé, en 2010, au sein de la firme du célèbre moteur de recherche, Google Idées n'est pas un département de recherche, ce n'est pas une fondation, ce n'est pas non plus un think tank, un réservoir à idées. C'est, nous explique Google dans un charmant néologisme, un "think-do tank" : une unité qui veut "marier les idées et l'action". ...

LEMONDE | 09.07.11 | 13h49          
par Sylvie Kauffmann