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mardi 25 juin 2013

OCDE : Pas de salut hors du diplôme

"L'écart en terme d'emploi entre les jeunes qui ont un niveau d'instruction et ceux qui ont abandonné tôt leurs études n'a cessé de se creuser" affirme l'OCDE qui publie le 25 juin l'édition 2013 de Regards sur l'éducation. Ce constat général est particulièrement vrai pour la France. Mais ce n'est pas tout. Tenez vous bien : le diplôme est plus fort que le chocolat...

Ecarts devant le chômage

Le taux de chômage des personnes qui n'ont pas achevé le deuxième cycle du secondaire est de 13% dans l'OCDE contre 5% pour les diplômés du supérieur. La crise a aggravé les choses en renforçant la concurrence pour l'emploi. En France le taux de chômage pour les jeunes sans formation est passé de 14 à 18% depuis 2008. C'est un des taux les plus forts de l'OCDE. Le taux de chômage est de 11% pour les jeunes ayant un baccalauréat et de 6% pour les diplômés du supérieur.

Ces moyennes sont évidemment à nuancer selon les filières. Certaines filières professionnelles par exemple peuvent avoir un taux de chômage inférieur à celui des bacheliers technologiques ou professionnels. Mais globalement, en France, le taux de chômage st identique entre bacheliers professionnels et généraux. Ce qui, pour l'OCDE, pose la question de la reconnaissance du professionnel.

Ceux qui tiennent les murs

La France se distingue par la difficulté du retour en formation en dehors des l'âge socialre classique. Dans de nombreux pays de l'OCDE on peut reprendre ses études après avoir quitté l'école. En France c'est quasi impossible et l'OCDE met l'accent sur cet obstacle. Peu de jeunes sans qualification âgés de 25 à 29 ans sont en formation en France : seulement 1% contre 10% en Allemagne. La proportion de ces jeunes au chômage est de 22% en France contre 14% dans l'OCDE, c'est un des taux les plus importants de l'Organisation.

Que rapporte le diplôme ?

Dans tous les pays de l'OCDE le fait d'être diplômé du supérieur augmente fortement le salaire. L'écart entre une formation secondaire et supérieure peut atteindre 65% aux Etats-Unis ou au Brésil. En France l'écart entre le revenu d'un salarié ayant un diplôme inférieur au bac et un salarié ayant un diplome du supérieur varie de l'indice 79 à 147. L'avantage st plus important pour les hommes (83 à 157) et moins fort pour les femmes (75 à 145).





Mais l'OCDE fait mieux en calculant la balance pertes / profits pour les poursuites d'études. Ainsi, en France, l'OCDE estime à 97 888 $ le gain net d'un bachelier et 74 234$ pour une bachelière. Pour un diplômé du supérieur le gain sera de 225 495$ pour un homme et 156 192$ pour une femme. L'écart entre les sexes est très marqué. Faire des études génère aussi des gains pour la collectivité, évalués à 59 440$ pour un bachelier et 130 208$ pour un diplômé du supérieur. Le diplômé paiera plus d'impôts, aura moins besoin d'aide sociale, sera moins au chômage par exemple.

Mais ce que montrent aussi les données OCDE c'est l'écart générationnel important pour les diplômés du supérieur. Avec la Corée et la Grèce, la France fait partie des pays en tête de l'OCDE pour une rémunération particulièrement élevée des séniors. On retrouve ici la thèse de Louis Chauvel sur "la guerre des générations". "Jamais les seniors n'ont connu un revenu moyen aussi élevé et un patrimoine aussi important" assénait-il en 2010. "Alors que le chômage est le mode d'entrée dans la vie adulte des jeunes depuis les années 1980. Ces mêmes jeunes sont étranglés entre des salaires de plus en plus bas et un coût du logement de plus en plus élevé. Les générations plus anciennes ont pu financer leur logement par l'inflation. Politiquement la situation est identique. En 1981 pour un député de moins de 40 ans il y avait un député de plus de 60. Aujourd'hui il y en a 9 ! Les vieux ont accaparé le pouvoir !"

Le diplôme plus fort que le chocolat




Mais on n'aurait tort de limiter l'efficacité du diplôme aux gains financiers qu'on peut en attendre c'est à dire à la qualité de l'investissement. Ou même au fait que le citoyen éduqué est généralement un meilleur citoyen, plus impliqué, plus confiant, moins extrémiste, que son homologue moins diplômé. Le diplôme a aussi la qualité de dissoudre le chocolat et les graisses inutiles. C'est du moins ce qu'affirme l'OCDE qui a calculé le pourcentage d'obèses dans la population en fonction du diplôme. Il y a un lien nette entre obésité et niveau d'instruction. Ainsi en France le diplôme divise par deux le taux d'obèses pour les hommes et par plus de trois pour les femmes. C'est fort, non ?

François Jarraud

Louis Chauvel

le mardi 25 juin 2013.

lundi 7 mai 2012

Universités : La licence ne sert plus à rien…

7 MAI 2012 13 H 30 MIN
ORNELA DULELLARI 


La licence en poche, et après ? On savait déjà que le baccalauréat des filières générales et technologiques ne rimait pas avec qualification mais, personne n’en parle : la licence universitaire ne vaut quasiment plus rien sur le marché du travail.

Constat amer. Seuls 38% des étudiants obtiennent leur licence en trois ans. Beaucoup trop peu avait souligné le gouvernement Fillon qui s’était fixé pour objectif de diviser le taux d’échecs par deux en première année.

En 2011, c’est sous Valérie Pécresse qu’est promulgué l’article 16 de l’arrêté « Licence » du 1er août 2011. Ce dernier impose aux universités des dispositifs qui permettent aux étudiants de compenser dans un semestre et d’un semestre à l’autre n’importe quel enseignement fondamental de leur cursus (par exemple le droit civil pour un étudiant en droit) avec des options de tous ordres (sport, engagement associatif, activités culturelles etc.).

« Une aberration », s’exclame Claire Akiko-Brisset, maître de conférences à l’unité de formation et de recherche (UFR) LCAO (langues et civilisation Asie-Orientale) à l’université Paris-VII-Denis-Diderot. « La disparition des notes planchers est une catastrophe. La semestrialisation en est une autre. Sans avoir fait la preuve des acquis, cela permet d’augmenter le taux d’étudiants qui valident leur année. Mais forcément, le niveau des étudiants sera moins bon, critique-t-elle. Et puis, le fait de compenser un enseignement principal avec un enseignement secondaire peut induire des stratégies d’étudiants visant à choisir tous les modules secondaires qui permettront de compenser le module principal. »

Du côté des étudiants, cette réforme est vécue comme une petite victoire. Emmanuel Zemmour, président de l’UNEF explique : « Près de la moitié des établissements pratiquaient déjà la compensation annuelle, l’autre non. C’était donc une question de justice, affirme-t-il. Par ailleurs, ce nouveau système met un terme aux évaluations couperets. Désormais, les universités prennent en compte les progrès des étudiants, ce qui n’avait jamais été le cas. Et puis, chaque université peut augmenter le coefficient des matières fondamentales. »

«Ne bradons pas le diplôme de la licence !», s’exclament certains maitres de conférences dénonçant une tentative de fausser le système de notation.

Un fossé social se creuse entre le niveau de diplôme des Grandes écoles fréquentées par un milieu « élitiste » et celui de l’université accessible aux classes plus ou moins moyennes et modestes. Dans un marché du travail compétitif, où la demande excède l’offre d’emploi, les postes les plus qualifiés deviennent première source d’inégalité et de reproduction sociale.

Les conditions d’obtention de la licence la discréditent, la dévalorisent, voire faire disparaitre son rôle effectif.

L’université, porteuse d’espoir en mai 68 serait-elle devenue source de désespoir en mai 2012 ?

Ornela Dulellari

http://www.streetgeneration.fr/news/breves/68357/universites-la-licence-ne-sert-plus-a-rien/

lundi 30 avril 2012

Les diplômes en Allemagne


Publié le 30 avril 2012 par Rédaction CursusMundus.com

Comme tous les autres membres de l’Union Européenne engagés dans le processus de Bologne,l’Allemagne a entamé une refonte de ces formations et des diplômes que ses universités attribuent pour se calquer sur le modèle européen LMD.

Les principaux diplômes en Allemagne

Parmi les diplômes délivrés en Allemagne on retrouve donc le Bachelor, le Master et le Doctorat.

Le Bachelor en Allemagne est appelé Bakkalaureus. Les formations aboutissant à un Bachelor durent généralement 3 à 4 ans. Les formations aboutissant à un Master s’étalent quant à elles sur une ou deux années.

Au delà de ces formations dont le fonctionnement est désormais identique dans de nombreux pays d’Europe, on peut encore retrouver des cursus appartenant au système historique allemand.

Les autres diplômes allemands

Ainsi, il existe encore des diplômes en Allemagne appelés Vordiplom, Zwischenprüfung, Diplom ouMagister.

Le VorDiplom n’est pas un diplôme à proprement parlé. Il correspond en réalité aux deux premières années d’études d’un Diplom. Il est comparable à un DEUG français.
Le terme Zwischenprüfung est quant à lui employé pour parler de l’examen que les étudiants engagés dans un cursus de Magister passe après leurs quatre premiers semestres d’études.

Le Diplom est un diplôme allemand qui sanctionne 4 années d’études. Il se rapproche de la Maîtrise française. Le Diplom est délivré dans les universités tandis que le Diplom (FH) est délivré par les Fachhochschulen.

Le Magister est plus ou moins identique au Diplom. Son originalité tient au fait que les étudiants suivent des enseignements et passent des examens dans deux disciplines majeures ou dans une majeure et deux mineures.

http://www.cursusmundus.com/etudier-en-allemagne/diplome-allemagne-13121

samedi 14 avril 2012

La dévalorisation des diplômes universitaires

Publié le 14/04/2012

On récolte ce que l’on sème. La classe politique voulait démocratiser l’éducation. Force est de constater que ses initiatives se sont soldées par la dévalorisation des diplômes. Le nivellement par le bas est le moyen le plus simple et le plus rapide d’augmenter les taux de réussite et c’est la voie empruntée par de nombreux établissements d’enseignement. Ce type de débat sur l’université fait rage actuellement au Québec.

Par Nathalie Elgrably-Lévy, Montréal, Québec.




Le bras de fer se poursuit entre les étudiants et le gouvernement du Québec. Dans ce dossier, l’État bénéficie de la sympathie de la majorité des citoyens. Pourtant, il est partiellement responsable de l’attitude des étudiants, car il a lui-même, jadis, semé les graines du mécontentement.

En 1997, la ministre de l’Éducation, Pauline Marois, avait annoncé son plan d’action pour la réforme de l’éducation. Ses intentions étaient claires : passer de « l’accès du plus grand nombre au succès du plus grand nombre ». Elle avait même fixé des cibles pour le taux de diplomation.

Puis, en 2000, c’était au tour de son successeur, François Legault, de dévoiler sa Politique québécoise de financement des universités et d’annoncer l’instauration de contrats de performance.

Dans ces contrats, l’État obligeait les universités à se fixer des cibles de performance (dont les grands thèmes étaient imposés par le ministère de l’Éducation) et, en contrepartie, il s’engageait à augmenter le financement des institutions qui atteignent leurs objectifs.

La hausse du taux de diplomation était l’un des critères de performance.

Nivellement par le bas

Ne soyons pas naïfs ! Le nivellement par le bas est le moyen le plus simple et le plus rapide d’augmenter les taux de réussite et c’est précisément l’avenue empruntée par de nombreux établissements d’enseignement. Aujourd’hui, les nouveaux analphabètes fonctionnels ont en fait fréquenté l’école jusqu’à 16 ans. Voilà qui en dit long sur la qualité de l’enseignement au secondaire !

Comme les élèves qui terminent le secondaire sont moins bien formés, les cégeps doivent ensuite adapter leurs program­mes à cette nouvelle clientèle.

Ensuite, c’est au tour des universités de revoir leurs exigences à la baisse, d’une part pour tenir compte des capacités des étudiants et, d’autre part, pour atteindre le taux de diplomation visé. C’est ainsi qu’au lieu de réformer l’éducation, notre ministère l’a plutôt déformée.

Le nivellement par le bas est d’ailleurs confirmé par ce qu’il est convenu d’appeler « l’inflation des notes », un phénomène amplement documenté.

Deux chercheurs canadiens, James Côté et Anton Allahar, ont d’ailleurs montré que la note moyenne qui était de C il y a 30 ans oscille aujourd’hui entre B+ et A-.

Dévalorisation des diplômes

La classe politique voulait démocratiser l’éducation. Force est de constater que ses initiatives se sont soldées par la dévalorisation des diplômes.

Or, les employeurs ne sont pas dupes, ils ont ajusté les salaires en conséquence. L’Annuaire québécois des statistiques du travail indique d’ailleurs que, de 2000 à 2010, des diplômés universitai­res ont vu leur rémunération horaire croître plus lentement que n’importe quel autre groupe. C’est aussi le groupe où le nombre de chômeurs a augmenté le plus vite.

Nul doute que les étudiants doivent payer pour leur éducation. Mais, de grâce, ne banalisons pas les diplômes ! Quand les établissements d’enseignement ne seront plus obligés de privilégier le taux de diplomation, quand ils abandonneront le nivellement par le bas et qu’ils privilégieront la qualité des diplômes plutôt que le pourcentage de diplômés, les étudiants pourraient alors accepter plus facilement une hausse des frais de scolarité !

Sur le web.

Lien raccourci: http://www.contrepoints.org/?p=79205

http://www.contrepoints.org/2012/04/14/79205-la-devalorisation-des-diplomes-universitaires?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+Contrepoints+%28Contrepoints%29

dimanche 30 octobre 2011

Skills, Not Just Diplomas: World Bank urges action to close skills gaps

Students at a vocational school in Osh, Kyrgyzstan
Countries in Eastern Europe and Central Asia need to reform their education and training systems in order to provide the right skills demanded by labour markets, says a new World Bank report, Skills, Not Just Diplomas: Managing Education for Results in Eastern Europe and Central Asia, released on 25 October.
 
‘In spite of the large number of students completing upper secondary and tertiary education, surveys of around 10,000 firms in the region reveal that skills shortage is one of the most significant bottlenecks to business growth. This report addresses this paradox and the policies that can help meet the demands of constantly evolving labour markets.’ said Mamta Murthi, World Bank Director, Human Development Department, Europe and Central Asia.
 
According to World Bank report, three factors jeopardize the quality and relevance of education systems:
  • too little focus on measuring skills—the ultimate outcomes of the education and training process.
  • schools and local authorities often lack flexibility and freedom to respond to rapidly evolving needs and the local context due to still pervasive centralized management in many countries.
  • countries have struggled to reorganize their school networks in the face of shrinking student cohorts, resulting in misallocation of scarce resources—for example in maintenance of nearly empty schools rather than in restoring the attractiveness of the teaching profession.
 
'Without adequate information on the skills students acquire and those adults actually have, policies to address skills gaps operate in the dark,' said Lars Sondergaard, Senior Education Specialist, and lead author of the report. 'We lack data on the skills of the working-age population.'
 
The Skills, Not Just Diplomas report analyzes the challenges and opportunities to prepare education and training systems to address this situation, building on cutting-edge policies and successful international experience.
 
One of the key recommendations is to focus more on the collecting evidence for better policies.
 
‘New surveys are needed to measure the skills of youth and the adult population, and assess what skills firms are looking for, says World Bank. With knowledge on what the gaps are, policies can be designed, for instance, to improve curriculum, teacher training, and career choice.
 
In 2012, the ETF is planning the second wave of its Torino Process, a review of the state of human capital development policies, with a special focus on vocational education and training, and business-education cooperation in 30 countries in the south and east of the European Union.
 
 
Year/Date: 27/10/2011
 
http://www.etf.europa.eu/web.nsf/(RSS)/63FFC6324B042D38C1257936004CB590?OpenDocument&LAN=EN

samedi 1 octobre 2011

Made in Seoul

La Corée du Sud est souvent montrée comme un modèle de développement économique, où éducation et emploi vont de pair. Pourtant malgré un taux de chômage très bas, les statistiques et la réalité nous montrent une réalité qui est tout autre.


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La Corée du Sud est souvent citée comme l’exemple de réussite d’une économie du plein emploi en temps de crise financière généralisée. Les statistiques publiées régulièrement par le ministère du travail, et reprise par l’OCDE, viennent conforter l’idée qu’un système éducatif performant est la garantie d’une très bonne employabilité et donc d’un taux d’inactivité très faible. En effet avec un taux de chômage de 3,4% à la sortie de la crise qui laisse rêveur, l’image d’un marché du travail dynamique dans la quinzième économie mondiale est très forte.

La Corée du Sud est le pays de l’OCDE qui engage le plus de dépenses dans son système éducatif, et talonne l’Islande en dédiant à ce secteur, 7,6% de son PIB (dont 4,7% pour le secteur public). Comme l’accès aux meilleures écoles est l’assurance d’une future réussite professionnelle, les familles n’hésitent pas à consacrer 30% de leurs revenus (12% en 2006) pour financer à leurs rejetons, des cours particuliers et privés en fin de journée déjà très chargée. Cours du matin pour une préparation aux examens d’entrée à l’université, cours du soir pour s’avancer sur les programmes scolaires, les nuits séoulites s’égayent de mini-bus qui transportent enfants et adolescents à leurs cours privés.

Plus de jobs que de travail
Pourtant cet investissement important dans le système éducatif est loin d’être une garantie de trouver automatiquement l’emploi désiré, même si a priori le taux de chômage « officiel » peut le laisser penser : 35% de la population active ne cotisent pas à un système de chômage, soit parce que l’entreprise a moins de trois salariés, soit parce que le travail est un job (moins de 80 heures par mois). Sans couverture social, le job est de mise pour survivre et les jobs sont nombreux en Corée. On repère ces gisements de salariés low cost ainsi dans toute la société séoulite : des étudiants, main- d’œuvre corvéable à 4€ de l’heure, recrutés par les chaînes tels que Starbucks, Zoo Coffe ou Cafe Bean ; des retraités, profitant des transports gratuits, qui font office de livreurs pour la multitude de sites internet ; des femmes sous-payées qui représentent l’essentiel des employés de commerce et des supermarchés ouvert 24h/24h ; des cumulards d’emplois, à l’image de ces enseignants qui le soir s’improvisent conducteurs pour ramener les propriétaires de voitures éméchés après avoir passé une soirée entre collègues.

La population invisible des diplômes sans emploi
Si cette population précaire qui ne bénéficie pas de la couverture d’une assurance- chômage est clairement identifiée, il en est une autre en revanche qui échappe à toutes statistiques sur le chômage : les diplômés sans emploi. Plus du tiers des 25-64 ans sont déclarés sans activité, dont la majorité est diplômée. Les chiffres publiés par l’OCDE à la mi-septembre sont venus confirmer la situation de crise à laquelle doit faire face le gouvernement de Lee Myun-bak, car au sein de l’organisation internationale, la Corée du Sud est lanterne rouge, précédant tout juste la Turquie, avec un taux d’emploi de seulement 76% pour les diplômés du tertiaire (70% pour les 2e cycle du secondaire et post-secondaire non tertiaire). A titre de comparaison, la France se situe dans la moyenne de l’OCDE avec 84%, la Norvège se réservant la première place de ce classement avec 90%. Alors qu’au recrutement ils sont préférés par les grands groupes et les administrations, les jeunes diplômés sud-coréens mettent en moyenne 11 mois pour trouver un travail.

Petits boulots : diplômés contre non-qualifiés
Entre logique éducative poussée à l’extrême dans l’espoir de décrocher la « bonne situation », et souci d’offrir un service gratuit 24h/24h mais qui multiplie les emplois précaires, les responsables politiques ont bien des difficultés à trouver une solution à un marché de l’emploi complexe, où les mieux diplômés finissent par occuper des postes d’emploi non-qualifiés. Pour l’instant, on court au plus pressé : les 30 plus importantes entreprises de Séoul se sont ainsi engagées à multiplier les embauches, dont une moitié de diplômés pour le deuxième semestre 2011. Mais le gouvernement également insiste auprès des administrations pour qu’elles évitent une discrimination massive à l’embauche pour les non diplômés ; cela reste à ce jour un vœu pieux puisque en juillet dernier, les entreprises du secteur public ont « annoncé qu’elles auront du mal à les embaucher ».

Arnaud Vojinovic pour www.lesinfluences.fr

Mercredi 28 Septembre 2011

http://emploiparlonsnet.fr/les-directs/made-in-seoul

mercredi 28 septembre 2011

Le MBA, diplôme international d’excellence

Venu des USA, le MBA connaît un vrai succès en Europe et dans le reste du monde. Quelles sont les conditions pour obtenir ce Graal ? Quels bénéfi ces en tirer ? Eléments de réponse.

Le Master Business Administration est un diplôme de référence dans le monde du management et jouit d’une renommée internationale. Les cours se déroulent en anglais, l’esprit se veut multiculturel. Les promotions se composent d’étudiants de diverses nationalités. L’apprentissage dit « hélicoptère »donne une vue transversale des différentes fonctions de direction. Le but étant d’agir vite et bien face à toutes sortes de situations.
 
Généralement, les secteurs de la finance, des ressources humaines, du marketing passent au crible des apprentis leaders. C’est pourquoi les détenteurs de ce fameux diplôme sont souvent courtisés par les chasseurs de têtes.

Booster sa carrière
Lorsque le marché de travail est morose, le MBA prend toute son envergure. En effet, au sortir de cette formation, la recherche d’emploi s’annonce généralement plus aisée et assure souvent un salaire attractif. Cet accélérateur de carrière est donc très prisé. Les grandes écoles jouent d’ailleurs des coudes pour être au top des classements mondiaux. Et pour cause, les formations représentent un réel investissement : les frais d’inscription oscillent en moyenne autour de 40 000 € (jusqu’à 70 000 €pour les MBA les plus prestigieux).

Les conditions d’admission
Pour suivre un MBA, vous devez être en possession d’un diplôme universitaire de type long et d’une expérience professionnelle substantielle. En effet, les MBA s’adressent principalement aux jeunes diplômés avec une expérience professionnelle d’au moins 2 ans. Cependant, ne vous découragez pas si vous n’avez pas ladite expérience. Les écoles, après examen de votre dossier, peuvent estimer que vous avez un haut potentiel de leadership. Si vous obtenez de bons scores aux tests de sélection obligatoires (GMAT et TOEFL), l’établissement pourrait valider votre candidature.

Un choix mûrement réfléchi
Faire un MBA représente un engagement considérable de votre part. Le MBA doit s’intégrer dans un projet professionnel précis. Posez-vous les bonnes questions : pourquoi je désire faire un MBA ? Dans quel but ? Quelles sont les aides pour le financer (sponsoring, bourses, employeur) ? Quel type de MBA entreprendre en particulier (full time ou part time, MBA spécialisé, executive) ?

Une fois que vous aurez mis à plat votre projet, vous pourrez analyser en profondeur les différents programmes. Les MBA spécialisés peuvent, par exemple, vous permettre d’approfondir un secteur particulier. Mais méfiez-vous des ambiguïtés de certains de ces diplômes. Parfois, ce sont des masters, et non des MBA. Pour ne pas vous tromper, reportez-vous sur les organismes d’accréditations officiels (comme l’AACSB, l’AMBA, et l’EFMD) qui observent les programmes, la dimension internationale des écoles, leurs réputations, la qualité du corps enseignant, leurs réseaux avec les entreprises, etc. Les journaux économiques (Financial Times, Business Week, The Economist) peuvent aussi être de très bons indicateurs, pensez-y !

Un label pour choisir son MBA

L’accréditation est une composante clé pour faire son choix. Le label EQUIS, géré par l’European Foundation for Management Development (EFMD), donne une indication fiable de la qualité de l’enseignement. Avec ce label, les étudiants bénéficieront d’une reconnaissance internationale pour leur qualification. En avril 2011, 130 écoles de commerce implantées dans 38 pays se sont vues attribuer le label EQUIS. En Belgique, il y en a 3 : Louvain-School of Management, Solvay Brussels School of Economics and Management, et Vlerick Leuven Gent Management School.

Claire Morvan

http://www.studyrama.be/spip.php?article1968

jeudi 15 septembre 2011

Le diplôme d'enseignement supérieur : une solution contre la crise ?


Le diplôme d'enseignement supérieur : une solution contre la crise ?

Faire des études supérieures procure un avantage financier substantiel aux individus, selon le rapport Regards sur l'éducation 2011 : Les indicateurs de l'OCDE qui vient de paraitre. « Les diplômés de l’enseignement « tertiaire » (niveau équivalent de l’enseignement supérieur n .r.) peuvent espérer gagner plus de 50 % de plus que les diplômés du deuxième cycle de l’enseignement secondaire ou de l’enseignement post-secondaire non tertiaire. (…) L’avantage salarial relatif que procure une formation tertiaire augmente avec l’âge. » précise OCDE.

Selon le même rapport, les diplômés de l'enseignement supérieur sont également beaucoup moins nombreux à avoir perdu leur emploi durant la crise économique mondiale (taux de chômage constant en 2009, soit 4,4 % en moyenne dans l’ensemble des pays de l'OCDE) que ceux qui ont quitté l’école sans qualification (taux de chômage de 11,5 % en 2009, contre 8,7 % en 2008). Cette tendance vient s’ajouter au problème du chômage des jeunes, qui passe aujourd'hui la barre des 17 % dans la zone OCDE.

« Nous devons à tout prix éviter le risque d’une génération sacrifiée. Malgré la restriction des budgets publics, les États doivent maintenir leurs investissements afin de préserver le niveau de qualité de l’enseignement, notamment pour les plus vulnérables. (...) L'investissement dans l'éducation n'est pas seulement une question d'argent, c'est aussi un investissement dans les personnes et un investissement dans l'avenir. » a affirmé Angel Gurría, Secrétaire général de l’OCDE, à l’occasion de la publication de ce rapport.

Le pourcentage de diplômés de l’enseignement supérieur a aussi augmenté de manière significative au cours des 30 dernières années dans les pays de l’OCDE. La France a également rattrapé son retard: aujourd’hui on enregistre en moyenne 43 % des Français diplômés de l’enseignement supérieur dans le groupe d’âge des 25-34 ans, contre 18 % chez les 55-64 ans.

Rédigé par Agence Noir sur Blanc le 15/09/2011 à 18:00

http://jobosapiens.blog.capital.fr/index.php?action=article&id_article=433519

mercredi 14 septembre 2011

La nouvelle licence : un diplôme de référence, pour la réussite et l'emploi

Le nouvel arrêté fixe les principes régissant la licence et en définit les modalités
Augmentation de la durée minimale d’enseignement pour garantir la qualité académique de la licence.
Faire de la licence un diplôme davantage orienté vers la vie professionnelle. Des stages validés dans le cursus deviennent possibles et des référentiels de compétence sont prévus.
Prise en compte de la diversité des profils des étudiants avec la généralisation :
  • des passerelles entre formations
  • des parcours de soutien ou d’excellence
  • des semestres rebonds qui permettent aux étudiants ayant des difficultés en première année de préparer leur réorientation
  • des systèmes de tutorat seront généralisés
Consulter l'extrait du Conseil des ministres du 13 juillet 2011 sur le portail du gouvernement :

lundi 5 septembre 2011

3 raisons pour lesquelles le diplôme universitaire ne sera plus la garantie d'une vie financièrement insouciante



Dans une étude récente, le "Centre on Education and the Workforce" de l’Université de Georgetown avait conclu qu’« obtenir un diplôme sanctionnant des cycles d’études au-delà du secondaire vaut presque toujours le coup ». Les diplômes sont toujours corrélés avec les revenus : un Américain avec un diplôme professionnel peut s’attendre à gagner 3,6 millions de dollars au cours de son existence ; s’il n’a qu’un diplôme de premier cycle, il ne doit s’attendre à gagner que 1,3 millions de dollars.


Mais peut-on se baser sur le passé pour prédire le futur dans ce domaine ? Ce n’est pas l’avis de The Economist, pour qui la baisse de la demande en personnel diplômé observé depuis la récession pourrait être bien plus qu’une simple tendance conjoncturelle :

- Tout d’abord, on observe une forte hausse du nombre de diplômés de l’enseignement supérieur, sur le plan mondial. Entre 1990 et 2007, le nombre d’étudiants en université a augmenté de 22% en Amérique du nord, de 74% en Europe, de 144% en Amérique Latine, et de 203% en Asie. Au total, en 2007, 150 millions de personnes sont allées à l’université, dont 70 millions rien que pour l’Asie. Et les économies émergentes, désireuses de combler leur retard en la matière, bâtissent des universités pour concurrencer les meilleures écoles de l’Amérique et de l’Europe. De plus en plus, les diplômés des pays occidentaux devront compter avec ceux issus des pays plus pauvres, qui sont prêts à travailler plus dur pour des salaires moindres.

- Dans le même temps, nous avons assisté à une révolution technologique. Les ordinateurs sont de plus en plus sophistiqués, et de plus en plus capables de prendre en charge des tâches routinières de plus en plus élaborées, plus rapidement, et plus précisément que les hommes.

- Cette observation a conduit plusieurs économistes, dont Paul Krugman, à douter que la société postindustrielle sera de plus en plus demandeuse en diplômés, et à estimer au contraire qu’il y aura un creusement de cette demande, parce que les emplois intermédiaires seront détruits par ces machines sophistiquées, et que la demande en emplois très qualifiés s’affaiblira. David Autour, du MIT (Massachusetts Institute of Technology), souligne que l’automatisation rendue possible au cours de l’ère informatique n’a pas détruit que les emplois des ouvriers, elle a détruit tout emploi qui pouvait être réduit à une routine. Alan Blinder, de l’Université de Princeton, estime que les emplois des plus diplômés sont aussi les plus délocalisables : le travail de codage informatique peut être fait de partout, contrairement au travail du plombier, ou à celui du chauffeur routier.

Un diplôme d’université est toujours l’indispensable sésame pour entrer dans les grandes guildes, comme l’ordre des médecins, le barreau et l’enseignement universitaire, qui donnent accès à la sécurité de l’emploi, et à de bons salaires. Au cours du 20ième siècle, ces ordres étaient encore capables de mettre des barrières à l’entrée, parfois pour de bonnes raisons, parce que les métiers qu’ils recouvrent n’admettent pas l’incompétence (le médecin se doit d’être compétent et qualifié), mais aussi dans un but plus intéressé, celui de protéger leurs intérêts. Mais de plus en plus, ces mêmes guildes commencent à trembler sur leurs fondations : les cabinets d’avocats sous-traitent de façon croissante leurs recherches de documents à des spécialistes qui les ont informatisées, comme Blackstone Discovery. Les patients des médecins se débrouillent par eux-mêmes plus fréquemment, en recherchant sur internet les solutions à leurs problèmes. Et les postes de professeurs titulaires d’université sont plus souvent confiés à des vacataires.

Thomas Malone, du MIT, estime que l’automatisation, la mondialisation et la dérégulation font partie d’un mouvement plus global : l’application de la division du travail au travail intellectuel, pour en améliorer la productivité. D’une part, les consommateurs pourront de plus en plus trouver des alternatives aux services coûteux fournis par les professionnels de ces ordres ; d’autre part, les travailleurs intellectuels pourront se concentrer sur leurs domaines d’expertise, et sous-traiter les tâches les plus fastidieuses à d’autres.

Mais ces changements vont inéluctablement réduire le confort et la prédictibilité de l’existence pour les générations futures de diplômés.

(Photo: by j.o.h.n. walker)

par Audrey Duperron

05 sept. 2011

Source:The Economist

http://www.express.be/business/fr/economy/3-raisons-pour-lesquelles-le-diplome-universitaire-ne-sera-plus-la-garantie-dune-vie-financierement-insouciante/151901.htm

mercredi 31 août 2011

Le diplôme reste un atout essentiel face au chômage

Dans la génération 2007, les jeunes ont été nombreux à se tourner vers des formations professionnalisantes.
 
 
Dans la génération 2007, les jeunes ont été nombreux à se tourner vers des formations professionnalisantes. (Infographie ML)

Que deviennent les jeunes après leur sortie définitive du système de formation initiale ? Le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Cereq), un organisme public basé à Marseille, a décidé de répondre à cette question. Comme il le fait tous les trois ans au travers d’enquêtes de suivi d’une génération de sortants. La dernière en date vient de paraître. Elle s’intéresse donc aux jeunes qui se sont mis à chercher un travail en 2007, le but étant de savoir ce qu’ils sont devenus pendant les trois années suivantes, c’est-à-dire jusqu’en 2010.

Principal constat : la génération 2007 a bel et bien souffert de la crise de 2008. Mais les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur ont moins souffert du chômage que les autres (voir notre infographie). Et, à l’inverse, plus le diplôme est élevé, plus le taux d’emploi augmente.

Voilà ce qui distingue réellement cette génération 2007 des autres. Car le Cereq s’était déjà intéressé aux sortants de l’année 1998 et à ceux de 2001 et 2004. "Ce qui différencie les générations que nous avons suivies, c’est notamment la conjoncture", rappelle Stéphane Michun, un chercheur montpelliérain qui travaille pour le Cereq en Languedoc-Roussillon. Reste qu’un autre constat peut être établi : malgré tout, "les diplômes demeurent un atout essentiel", insiste le chercheur.

Dans cette génération 2007, les jeunes ont été nombreux à se tourner vers des formations professionnalisantes. La preuve ? Sur 100 jeunes sortants, détaille le Cereq, 17 possédaient un CAP ou un BEP, autant ont un bac technologique ou professionnel, 6 un bac général.

Concernant l’enseignement supérieur cette fois, 16 jeunes sur 100 possédaient à leur sortie de formation initiale un bac + 2. Ils étaient donc deux fois plus nombreux que les titulaires d’une licence L3 ou d’un bac + 5. "Beaucoup de jeunes ont préféré des formations courtes, bac + 2 ou bac + 3, professionnalisantes", résume Stéphane Michun. Une façon de s’insérer au mieux dans le monde du travail.

Les jeunes femmes ont, elles aussi, leur stratégie pour se faire une place dans la vie active. Comment ? En misant sur les diplômes de l’enseignement supérieur. Ainsi, elles sont toujours plus nombreuses que les garçons à se lancer dans les études. "Elles sont majoritaires à l’université. En fait, elles surinvestissent dans l’enseignement supérieur, car elles savent qu’elles devront faire face à plus de difficultés sur le marché du travail et qu’à compétences égales, elles se verront parfois refuser certains postes", ajoute le chercheur.

Enfin, les non-diplômés ont pâti de la crise beaucoup plus que les autres. C’est d’autant plus inquiétant que depuis 1998, malgré la succession de plans contre l’échec scolaire, leur poids ne se réduit pas en France. Ils représentaient 18 % de la génération 2007, contre 17 %, neuf ans plus tôt.
 
 
 
PIERRE BRUYNOOGHE
 
 
30/08/2011, 06 h 00
 

Une école de Londres invente le diplôme avec garantie de boulot

Formation | Un centre de formation privé anglais s’engage à verser plus de 3300 francs à ses anciens étudiants en économie ou en management qui n’ont pas trouvé un job six mois après avoir été diplômés avec au moins une mention moyenne.

 

Wikimedia/Chernenkaya (CC by-sa)
© Wikimedia/Chernenkaya (CC by-sa) | Un des bâtiments de la London School of Business and Finance
 
Persuadée que ses élèves n’auront aucune difficulté à ce placer après leur formation, la London School of Business and Finance s'est engagée à verser 2500£ (un peu plus de 3300 francs) aux diplômés n’ayant pas trouvé d’emploi à plein-temps correspondant à leur formation six mois après leur diplôme.

Cela correspond à environ 8% de leurs frais d’écolage a calculé le Times Higher Education, puisque les cours de cette école privée atteignent les 9950£ par année (environ 13'200 francs). Il faudra toutefois réussir ses examens avec au moins une mention moyenne (Mention secondaire inférieure, selon le système anglais) pour que cette garantie s’applique.

Durant les six mois qui suivent leur diplôme, l’école offre, en outre, un coaching aux anciens étudiants. Ils sont par exemple aidés pour rédiger leur curriculum vitae et peuvent obtenir des stages dans des entreprises partenaires.

Joël Burri | 31.08.2011 | 11:18

http://www.24heures.ch/actu/monde/ecole-londres-invente-diplome-garantie-boulot-2011-08-31

mercredi 17 août 2011

De la fac à la vie active : un saut en parachute doré ?



 
Cette brève histoire n’est pas un témoignage, elle n’est pas une expérience vécue, mais elle est un peu le miroir de nous tous : conscient que sa précarité est embarrassante, Paul sait malheureusement trop bien que des centaines de milliers de personnes vivent son histoire au même instant. Il sait que, diplômé ou non, tout le monde peut être jeté en pâture dans la fosse aux lions quand on n’est pas de bonne famille au capital socioculturel et économique doré.


Paul Anbois est âgé d’un quart de siècle. Nous sommes en juin, il sort de ses études à l’université, avec un diplôme de bac+5 à forte valeur ajoutée qu’il pourrait aisément valoriser sur le « marché » [1] du travail. De formation pluridisciplinaire en sciences, il a acquis un ensemble de savoir-faire littéraires et des compétences qu’il peut loyalement « offrir » à un employeur. Seulement voilà, les sciences qu’il a étudiées sont dites sociales, molles, il ne peut pas les « vendre » sur le « marché » du rentable. Et les portes vers lesquelles il se destinait, celles de la fonction publique, de la recherche, de l’enseignement, de l’édition ou du journalisme, ont été murées par l’État ploutocratique alors même qu’il était à la fac. Fin de bail, fin de concession, à la porte, à la casse. Travailleurs modernes, ne réfléchissez pas trop, soyez flexibles, et ménagez vos forces à usage unique dans le prêt à consommer. Me direz-vous, notre étudiant aurait du troquer bien avant ses sciences sociales contre des études de communication ou de banque-assurance !

Comme des centaines de milliers d’individus en France, Paul vient grossir les rangs de la recherche, et pense à se recycler. Il ne travaille pas pour le traitement des déchets au CNRS, et il n’est pas rémunéré pour enquêter sur un objet d’étude particulier. Son laboratoire, est un portail web. Paul Anbois s’emploie à trouver salaire auprès de Pôle Emploi. Il sait que les médias falsifient le comptage de ses camarades de classe sociale, en publiant qu’il existe, en juin 2011, 2,6 millions de chercheurs de sa filière. Alors que son sujet concerne, en réalité, toute catégories de chômeurs confondues, près de cinq à six millions de personnes.


Beaucoup de candidats, peu d’élus…
Paul a vingt-cinq ans. Il sait qu’il a le droit au Revenu de Solidarité Active (RSA) en attendant de trouver un emploi. Ainsi commence son parcours du combattant : première démarche, inscription sur les listes de demandeurs d’emploi, puis demande de RSA auprès de sa Caisse d’Allocations Familiales (CAF). La « conseillère » du Pôle Emploi rétorque que « pour être éligible au RSA, il faut avoir 26 ans et avoir travaillé deux ans ». Paul dit oui, en hochant la tête, mais il sait que l’employée se trompe, car cette allocation remplace le RMI et est attribuée à toutes les personnes sans activité de 25 à 55 ans. Mais ce n’est pas grave, les humains ont le droit à l’erreur, surtout le lundi matin. Et là, coup de tonnerre ! Le conseil général considère notre ami comme étant encore étudiant jusqu’en octobre (là, c’est du témoignage véridique). Chômeur total et non indemnisé, il comprend maintenant mieux l’enjeu du gouvernement en 2009, de remplacer le RMI attribué par la CAF par le RSA, attribué par le Conseil Général (autrement dit, le département) : réduire ou freiner les aides sociales sans que cela ne soit visible par la majorité qui n’en nécessite pas. Merci Mr M. Hirsch !

Ainsi, commencent les rédactions de lettres de motivations classées sans suites. Il sait que son master pourrait lui ouvrir les voies royales de la haute sphère publique, ou bien pourrait même déboucher sur un poste de « cadre ». Il n’est donc pas à plaindre et ne s’en plaint pas. Mais comment mettre en cadre des toiles vierges, ou comment peindre avec des pinceaux sans le coup de patte qui les guident ? Et oui, Paul découvre le monde merveilleux de la vie active. Il a peut-être un bon bagage de connaissances, mais il souffre d’un double cercle vertueux : non content de manquer d’expérience, il est trop diplômé. Ou plutôt, la valeur de son diplôme dépasse ce qu’il est possible, pour un employeur, de rétribuer : un salaire correspondant aux études faites. Paul accepte pourtant d’être payé au salaire minimum au début de sa « carrière ». Mais lorsqu’il envoie sa deux-centième candidature spontanée sans réponse à une entreprise, le responsable des ressources humaines, lui, ne le sait pas.

Paul Anbois préfère être réaliste plutôt que royaliste, il sait qu’il faut tout accepter afin de trouver un travail. Et il ne veut pas évoluer dans les arcanes du pouvoir qu’il qualifie de monarchiques. C’est un homme un peu acariâtre dont l’opiniâtreté avec laquelle il s’attèle à défendre ses rêves utopiques, lui fait récuser toute idée de s’encarter à quelconque organisation partisane que cela soit pour monter en grade dans les institutions et administrations publiques. Pour lui, un responsable politique qui récite au micro un programme électoral qu’il n’a pas écrit, ou un PDG de multinationale qui évoque un plan de restructuration, c’est comme une lionne affamée qui voudrait expliquer à une antilope apeurée qu’elle ne lui fera pas de mal. Il se dit depuis pas mal d’années déjà, que le gouvernement agit moins pour le service de la population que pour les classes riches, dominantes et possédantes. Mais un jour, il faut bien se lancer. Paul, est fait pour écrire la politique, non pour enfumer les électeurs à asséner qu’ils devront crever pour que vivent les oligarques courtisans du royaume. Il n’est pas fait pour vendre des crédits de consommation en porte-à-porte en flouant des personnes âgées, martelant que leur souscription révolutionnaire va permettre de défiscaliser leurs revenus. Paul, il est plutôt rêveur acharné, plutôt du côté de la plume que du discours oral. Plutôt fleur bleue que du côté du sabre et du goupillon, il affectionne ce qui est non marchandable : l’humanisme, l’amour, la paix et la liberté.

Comme beaucoup, il a entendu les sketches de Coluche, et cherche avant tout de l’argent, plutôt qu’un travail en tant que tel. Il s’en va donc traîner sa carcasse en la repeignant d’un coup de motivation auprès de boîtes pas très mélioratives, comme Mc Do, Quick ou l’usine. Il paraît que ça recrute à mort chez les jeunes. Ainsi continuent les candidatures vaines, de Mc Do à Décathlon, de Carrefour aux services de la mairie, en passant par les vendanges, les campings et les bars pour voir si par hasard, ils n’auraient pas besoin d’un serveur. De ce côté-là de la recherche, Paul n’est pas vraiment chômeur. Il fait même des heures supplémentaires et qui plus est, défiscalisées, puisque non rémunérées. Petits boulots, petits CDD et contrats intérims, missions saisonnières d’été, Paul est content, il a trouvé salaire. Mais puisqu’il n’a pas de contrat à durée indéterminée, en tant que chômeur non indemnisé une fois la saison terminée, la précarité du travail l’empêche encore d’être libre. Libre, c’est-à-dire autonome, pour se payer un voyage ou un loyer d’appartement, manger, bref, s’assumer et ne plus vivre sous la dépendance de ceux qui l’abritent (famille, amis, etc.). Et encore, il a la chance d’être hébergé…

Pourtant, cet homme est plutôt ambitieux. Il se voit volontiers écrivain en train de signer ses préfaces dans les coulisses des librairies, ou alors rédacteur en chef d’un journal géré en société coopérative de production, qu’il aura lui-même créé. Ou artisan micro-brasseur, accompagnant les touristes dans un café-concert pour des soirées à thème au fin fond de l’Ariège, de l’Ardèche ou de la Drôme. C’est qu’il en veut, du boulot. En 2010, 640 000 jeunes de moins de 25 ans étaient au chômage, ce qui représente une part de 23% de la jeunesse étant touchée par la précarité. C’est 44% en Espagne…Sans compter ceux dont l’emploi ne correspond pas aux diplômes. Paul, socialement, n’est pas seul. Mais au vu du démantèlement progressif des services publics depuis les présidences de F. Mitterrand (la gauche le PS en France a été la première à donner à l’économie une trajectoire néolibérale de privatisations en masse des entreprises) et de la dématérialisation des services sociaux, Paul est autant aigri qu’inquiet.

Voilà qu’il reçoit une réponse à la cent-cinquantième candidature qu’il avait envoyée : « Mr Machin on vous remercie, mais nous ne pouvons pas donner suite à votre candidature »…Comprendre, merci, mais nous n’avons pas besoin de vous. En amont de la recherche d’emploi, afin de se faire embaucher par un employeur pour effectuer un poste intéressant, il faut être expérimenté. Or pour acquérir de l’expérience, il faut avoir déjà travaillé ou avoir été stagiaire. Les demandes de stage peuvent pourtant souvent être négatives aussi. Pour se loger, il faut un CDI, ou un CDD relativement long. Or pour avoir un CDI, il faut de l’expérience. Dans l’histoire du chat qui se mort la queue, le pauvre animal domestique s’étourdit.

Nous vivons une époque formidable, ou les gens quémandent un smic auprès des entreprises-pieuvres pour se loger dans des villes où la spéculation immobilière fait grimper les prix quasiment à hauteur du salaire mensuel net. Des salaires trop faibles comparés au coût exorbitant de la vie, cela en fait des sommes d’agios bancaires prélevées sur nos comptes. Ce à quoi s’ajoute que, dans les départements où il y a peu de boulot, une "armée industrielle de réserve" se forme, chacun est obligé d’accepter de prendre la place d’un autre, ou bien d’être victime de la loi de la jungle.

Et les professionnels de la désinformation télévisuelle plantent leurs oripeaux libéraux dans le cerveau du populo pour faire croire que nombre de chômeurs préfèrent rester allocataires plutôt que d’accepter les offres de Pôle Emploi. Mais Paul Anbois, ou d’autres, sont un peu amers de voir leurs salaires horaires rétribués à neuf euros bruts, alors qu’en fin de mois, ils auront apporté à l’entreprise peut-être dix ou quinze fois plus que leur salaire. Et les actionnaires, les investisseurs, ou toutes autres sangsues étrangères gravitant autour du système productif, elles, se frottent les mains avidement en faisant du bénéfice sur les crises économiques.

Paul, qui n’est plus étudiant et à peine rentré dans la vie active, se pose une question : il existe un salaire minimum depuis 1941 (date de l’idée d’un plafond minimal) et 1950 (date légale d’institutionnalisation du salaire minimum interprofessionnel garanti, SMIG). Pourquoi n’y aurait-il pas un SMAIC, salaire maximal interprofessionnel de croissance, en dessus duquel les gros revenus serait taxés, afin d’éviter que les inégalités économiques et sociales ne se creusent trop ? Pourquoi n’y aurait-il pas une taxation des transactions financières couplée d’une pénalisation des mécanismes de défiscalisation pour éviter de privatiser les profits et de socialiser les pertes ? Ça ne plairait pas trop au Medef, cela…

En attendant de philosopher sur l’alternative sociale à donner au droit du travail, il flanque à la porte son idéal socialiste pour aller à l’usine. C’est l’heure du pointage. Huit heures à conditionner des palettes sous l’œil hagard des contremaîtres. Voilà deux-trois ans que nombre de diplômés enchaînent CDD sur CDD, tantôt manutentionnaire d’usine, ou livreur de pizzas, tantôt équipier chez Mc Do ou employé de rayon aux deux-huit chez Carrefour. Résultat, le bond dans la vie active est un saut en parachute plutôt troué que doré, même en étant diplômé ! Sont-ce les études à l’université ou bien la guerre sociale des classes, qui fabrique le chômage et l’indignation silencieuse de Paul Anbois ?


Agoravox | Samuel Moleaud (son site) mercredi 10 août 2011

mercredi 17 août 2011
par antonin

http://www.collectif-papera.org/spip.php?article1151