7 MAI 2012 13 H 30 MIN
ORNELA DULELLARI
La licence en poche, et après ? On savait déjà que le baccalauréat des filières générales et technologiques ne rimait pas avec qualification mais, personne n’en parle : la licence universitaire ne vaut quasiment plus rien sur le marché du travail.
Constat amer. Seuls 38% des étudiants obtiennent leur licence en trois ans. Beaucoup trop peu avait souligné le gouvernement Fillon qui s’était fixé pour objectif de diviser le taux d’échecs par deux en première année.
En 2011, c’est sous Valérie Pécresse qu’est promulgué l’article 16 de l’arrêté « Licence » du 1er août 2011. Ce dernier impose aux universités des dispositifs qui permettent aux étudiants de compenser dans un semestre et d’un semestre à l’autre n’importe quel enseignement fondamental de leur cursus (par exemple le droit civil pour un étudiant en droit) avec des options de tous ordres (sport, engagement associatif, activités culturelles etc.).
« Une aberration », s’exclame Claire Akiko-Brisset, maître de conférences à l’unité de formation et de recherche (UFR) LCAO (langues et civilisation Asie-Orientale) à l’université Paris-VII-Denis-Diderot. « La disparition des notes planchers est une catastrophe. La semestrialisation en est une autre. Sans avoir fait la preuve des acquis, cela permet d’augmenter le taux d’étudiants qui valident leur année. Mais forcément, le niveau des étudiants sera moins bon, critique-t-elle. Et puis, le fait de compenser un enseignement principal avec un enseignement secondaire peut induire des stratégies d’étudiants visant à choisir tous les modules secondaires qui permettront de compenser le module principal. »
Du côté des étudiants, cette réforme est vécue comme une petite victoire. Emmanuel Zemmour, président de l’UNEF explique : « Près de la moitié des établissements pratiquaient déjà la compensation annuelle, l’autre non. C’était donc une question de justice, affirme-t-il. Par ailleurs, ce nouveau système met un terme aux évaluations couperets. Désormais, les universités prennent en compte les progrès des étudiants, ce qui n’avait jamais été le cas. Et puis, chaque université peut augmenter le coefficient des matières fondamentales. »
«Ne bradons pas le diplôme de la licence !», s’exclament certains maitres de conférences dénonçant une tentative de fausser le système de notation.
Un fossé social se creuse entre le niveau de diplôme des Grandes écoles fréquentées par un milieu « élitiste » et celui de l’université accessible aux classes plus ou moins moyennes et modestes. Dans un marché du travail compétitif, où la demande excède l’offre d’emploi, les postes les plus qualifiés deviennent première source d’inégalité et de reproduction sociale.
Les conditions d’obtention de la licence la discréditent, la dévalorisent, voire faire disparaitre son rôle effectif.
L’université, porteuse d’espoir en mai 68 serait-elle devenue source de désespoir en mai 2012 ?
Ornela Dulellari
http://www.streetgeneration.fr/news/breves/68357/universites-la-licence-ne-sert-plus-a-rien/
ORNELA DULELLARI
Constat amer. Seuls 38% des étudiants obtiennent leur licence en trois ans. Beaucoup trop peu avait souligné le gouvernement Fillon qui s’était fixé pour objectif de diviser le taux d’échecs par deux en première année.
En 2011, c’est sous Valérie Pécresse qu’est promulgué l’article 16 de l’arrêté « Licence » du 1er août 2011. Ce dernier impose aux universités des dispositifs qui permettent aux étudiants de compenser dans un semestre et d’un semestre à l’autre n’importe quel enseignement fondamental de leur cursus (par exemple le droit civil pour un étudiant en droit) avec des options de tous ordres (sport, engagement associatif, activités culturelles etc.).
« Une aberration », s’exclame Claire Akiko-Brisset, maître de conférences à l’unité de formation et de recherche (UFR) LCAO (langues et civilisation Asie-Orientale) à l’université Paris-VII-Denis-Diderot. « La disparition des notes planchers est une catastrophe. La semestrialisation en est une autre. Sans avoir fait la preuve des acquis, cela permet d’augmenter le taux d’étudiants qui valident leur année. Mais forcément, le niveau des étudiants sera moins bon, critique-t-elle. Et puis, le fait de compenser un enseignement principal avec un enseignement secondaire peut induire des stratégies d’étudiants visant à choisir tous les modules secondaires qui permettront de compenser le module principal. »
Du côté des étudiants, cette réforme est vécue comme une petite victoire. Emmanuel Zemmour, président de l’UNEF explique : « Près de la moitié des établissements pratiquaient déjà la compensation annuelle, l’autre non. C’était donc une question de justice, affirme-t-il. Par ailleurs, ce nouveau système met un terme aux évaluations couperets. Désormais, les universités prennent en compte les progrès des étudiants, ce qui n’avait jamais été le cas. Et puis, chaque université peut augmenter le coefficient des matières fondamentales. »
«Ne bradons pas le diplôme de la licence !», s’exclament certains maitres de conférences dénonçant une tentative de fausser le système de notation.
Un fossé social se creuse entre le niveau de diplôme des Grandes écoles fréquentées par un milieu « élitiste » et celui de l’université accessible aux classes plus ou moins moyennes et modestes. Dans un marché du travail compétitif, où la demande excède l’offre d’emploi, les postes les plus qualifiés deviennent première source d’inégalité et de reproduction sociale.
Les conditions d’obtention de la licence la discréditent, la dévalorisent, voire faire disparaitre son rôle effectif.
L’université, porteuse d’espoir en mai 68 serait-elle devenue source de désespoir en mai 2012 ?
Ornela Dulellari
http://www.streetgeneration.fr/news/breves/68357/universites-la-licence-ne-sert-plus-a-rien/
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