Dans une étude récente, le "Centre on Education and the Workforce" de l’Université de Georgetown avait conclu qu’« obtenir un diplôme sanctionnant des cycles d’études au-delà du secondaire vaut presque toujours le coup ». Les diplômes sont toujours corrélés avec les revenus : un Américain avec un diplôme professionnel peut s’attendre à gagner 3,6 millions de dollars au cours de son existence ; s’il n’a qu’un diplôme de premier cycle, il ne doit s’attendre à gagner que 1,3 millions de dollars.
Mais peut-on se baser sur le passé pour prédire le futur dans ce domaine ? Ce n’est pas l’avis de The Economist, pour qui la baisse de la demande en personnel diplômé observé depuis la récession pourrait être bien plus qu’une simple tendance conjoncturelle :
- Tout d’abord, on observe une forte hausse du nombre de diplômés de l’enseignement supérieur, sur le plan mondial. Entre 1990 et 2007, le nombre d’étudiants en université a augmenté de 22% en Amérique du nord, de 74% en Europe, de 144% en Amérique Latine, et de 203% en Asie. Au total, en 2007, 150 millions de personnes sont allées à l’université, dont 70 millions rien que pour l’Asie. Et les économies émergentes, désireuses de combler leur retard en la matière, bâtissent des universités pour concurrencer les meilleures écoles de l’Amérique et de l’Europe. De plus en plus, les diplômés des pays occidentaux devront compter avec ceux issus des pays plus pauvres, qui sont prêts à travailler plus dur pour des salaires moindres.
- Dans le même temps, nous avons assisté à une révolution technologique. Les ordinateurs sont de plus en plus sophistiqués, et de plus en plus capables de prendre en charge des tâches routinières de plus en plus élaborées, plus rapidement, et plus précisément que les hommes.
- Cette observation a conduit plusieurs économistes, dont Paul Krugman, à douter que la société postindustrielle sera de plus en plus demandeuse en diplômés, et à estimer au contraire qu’il y aura un creusement de cette demande, parce que les emplois intermédiaires seront détruits par ces machines sophistiquées, et que la demande en emplois très qualifiés s’affaiblira. David Autour, du MIT (Massachusetts Institute of Technology), souligne que l’automatisation rendue possible au cours de l’ère informatique n’a pas détruit que les emplois des ouvriers, elle a détruit tout emploi qui pouvait être réduit à une routine. Alan Blinder, de l’Université de Princeton, estime que les emplois des plus diplômés sont aussi les plus délocalisables : le travail de codage informatique peut être fait de partout, contrairement au travail du plombier, ou à celui du chauffeur routier.
Un diplôme d’université est toujours l’indispensable sésame pour entrer dans les grandes guildes, comme l’ordre des médecins, le barreau et l’enseignement universitaire, qui donnent accès à la sécurité de l’emploi, et à de bons salaires. Au cours du 20ième siècle, ces ordres étaient encore capables de mettre des barrières à l’entrée, parfois pour de bonnes raisons, parce que les métiers qu’ils recouvrent n’admettent pas l’incompétence (le médecin se doit d’être compétent et qualifié), mais aussi dans un but plus intéressé, celui de protéger leurs intérêts. Mais de plus en plus, ces mêmes guildes commencent à trembler sur leurs fondations : les cabinets d’avocats sous-traitent de façon croissante leurs recherches de documents à des spécialistes qui les ont informatisées, comme Blackstone Discovery. Les patients des médecins se débrouillent par eux-mêmes plus fréquemment, en recherchant sur internet les solutions à leurs problèmes. Et les postes de professeurs titulaires d’université sont plus souvent confiés à des vacataires.
Thomas Malone, du MIT, estime que l’automatisation, la mondialisation et la dérégulation font partie d’un mouvement plus global : l’application de la division du travail au travail intellectuel, pour en améliorer la productivité. D’une part, les consommateurs pourront de plus en plus trouver des alternatives aux services coûteux fournis par les professionnels de ces ordres ; d’autre part, les travailleurs intellectuels pourront se concentrer sur leurs domaines d’expertise, et sous-traiter les tâches les plus fastidieuses à d’autres.
Mais ces changements vont inéluctablement réduire le confort et la prédictibilité de l’existence pour les générations futures de diplômés.
(Photo:
par Audrey Duperron
05 sept. 2011
Source:The Economist
http://www.express.be/business/fr/economy/3-raisons-pour-lesquelles-le-diplome-universitaire-ne-sera-plus-la-garantie-dune-vie-financierement-insouciante/151901.htm
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