lundi 12 septembre 2011

Ecole et réseaux... Encore en retard d’une guerre ?

L’école a toujours été en retard d’une guerre. L’affirmation peut choquer ou irriter, elle est pourtant une évidence et n’a rien de péjoratif.

Que ce soit par rapport à l’évolution des savoirs, de l’environnement, de la société, des enjeux du futur, l’école est dans l’incapacité d’anticiper.

Il peut difficilement en être autrement. Il est en effet impossible, par exemple, de préparer aux métiers du futur puisque l’on ne les connaît pas. Il est impossible de concevoir des programmes, d’éditer des manuels, dans une perspective d’avenir de 10 ou 20 ans puisque l’on ne connaît pas l’avenir. Terrible dilemne.

Ainsi, l’école élabore des programmes en les fondant sur le passé et elle cherche à s’adapter sous la pression des évolutions dont certaines s’imposent à elle, parfois dans la douleur. On cherche alors de bonnes raisons de justifier la stagnation voire l’obsolescence. L’imposition de contenus gravés dans le marbre de ce qui pourrait devenir un tombeau, bloque toute innovation réelle.

L’argument est noble : on ne peut pas concevoir des programmes avec des savoirs encore contestés, non définitivement établis. Le problème est que la connaissance évolue vite aujourd’hui et que les savoirs pris en considération dans le passé peuvent être contestés aujourd’hui. Donc, l’argument perd de se noblesse et il peut facilement être assimilé à du conservatisme ou à du corporatisme.

Le choix des disciplines à enseigner est un exemple lumineux. André Giordan l’explique avec une logique que personne ne parvient à contester. « Pourquoi retrouverait-on toujours, et seulement, les mêmes disciplines inchangées, celles d’il y a 100 ans ? Peut-on se passer aujourd’hui d’un minimum de droit, d’économie, de psychologie, de sociologie, d’anthropologie, d’urbanisme, etc. ? » dit-il.

Et Philippe Meirieu insiste quant à lui sur la nécessité de l’exigence sur les finalités et d’une certaine souplesse quant aux contenus pour permettre les adaptations, les évolutions nécessaires, tout en garantissant la cohérence entre les finalités, les programmes et les pratiques pédagogiques.

Edgar Morin dans les sept savoirs nécessaires à l’éducation du futur éclaire magistralement la réflexion sur ce sujet.

La question de la pédagogie est liée à la question des contenus.
On sait que la pédagogie frontale, magistrale, à un groupe d’élèves de plus en plus hétérogène au niveau des savoirs et des compétences extra scolaires, ne pourra plus tenir longtemps avec des élèves qui veulent s’exprimer et chercher, qui s’ennuient trop souvent et qui accumulent des savoirs hors de l’école que l’école ne sait pas réinvestir. Les classes sont souvent au bord de l’explosion même dans des quartiers huppés.

Les technologies nouvelles, la numérisation, bousculent les certitudes, la nostalgie, le confort provisoire de l’habitude.
Je l’ai écrit maintes fois, si la numérisation n’est utilisée que pour améliorer l’existant, pour rendre les cours plus beaux, pour illustrer les affirmations magistrales, sans rien changer d’autre, sans remettre en cause les modèles ancestraux, alors l’école est condamnée à court terme – ce qui est peut-être recherché par certains - et le développement de l’école à la maison aux Etats Unis devrait nous alerter.

Il est un domaine qui devrait nous interpeller avant qu’il ne soit trop tard, c’est celui des réseaux.
Tous les enfants et les jeunes s’intègrent à des réseaux, construisent des savoirs et des compétences entre eux, mobilisent des techniques sans avoir eu de cours pour manipuler toutes les machines.

Tous les enfants et les jeunes ont donc profondément changé depuis l’élaboration des programmes scolaires. Peut-on revendiquer l’immobilisme ou le retour en arrière – comme c’est le cas pour les nouveaux vieux programmes de 2008- alors que tout change si vite autour de l’école, alors que les réseaux offrent une perspective nouvelle du métissage possible entre les apprentissages formels, non formels et informels ?

L’écart croissant entre l’école et son environnement est un grand danger pour l’avenir. Tout projet éducatif alternatif qui n’oserait pas traiter la question des savoirs et de la pédagogie serait condamné à court terme.

Mais vous n’êtes pas obligé d’être d’accord.

par Pierre Frackowiak lundi 12 septembre 2011

http://www.educavox.fr/Ecole-et-reseaux-Encore-en-retard

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