dimanche 4 septembre 2011

L’école a-t-elle perdu son autorité?

Bruno Robbes est maître formateur (France) et conseiller pour la prévention et la gestion de la violence en milieu scolaire dans l’académie de Versailles.

Y a-t-il perte d’autorité à l’école ?
Dans son acception courante et politico-médiatique, l’autorité est connotée négativement, ce qui empêche parfois de définir l’autorité autrement que comme de l’autoritarisme, qui est un abus de position dominante. A l’inverse, l’autorité évacuée consiste à refuser l’autorité parce qu’on la considère comme de l’autoritarisme. Ces deux conceptions font obstacle à la vraie autorité : l’autorité éducative, qui régule la vie en société et permet au jeune d’être « l’auteur de lui-même » pour être un adulte accompli.

« Des professeurs disqualifient l’éducation de parents »


Est-ce difficile pour un professeur d’avoir de l’autorité aujourd’hui ?
Quand on regarde l’école d’autrefois, les choses n’étaient aussi simples et idéales qu’on essaie de nous le faire croire. Pour autant, un certain nombre de raisons expliquent que c’est plus difficile aujourd’hui pour les enseignants : l’environnement socio-économique et les valeurs de la société, qui s’écartent de plus en plus de celles de l’école. Il y a aussi un manque de formation à la pédagogie. Un enseignant n’est pas un savant : son boulot est de faire apprendre. L’exercice de la relation d’autorité est un véritable savoir professionnel à acquérir.

Les parents jouent leur rôle ?
Il y a moins que par le passé de consensus social autour de l’école et des valeurs éducatives. Ce qui peut poser problème, c’est le sentiment de défiance vis-à-vis du savoir-faire de l’enseignant. La réciproque est aussi vraie : des professeurs disqualifient l’éducation de parents.

Les élèves ont-ils pris le pouvoir ?
Certainement pas ! Les pratiques pédagogiques sont loin d’être aussi débridées que certains discours le font croire, comme celui qui voudrait que 1968 ait révolutionné les pratiques. Ce qui change, c’est que les enfants osent davantage contester quand ils ne sont pas d’accord.

« On doit encadrer l’élève »


Il n’y a donc pas lieu de restaurer l’autorité des profs…
Restaurer l’autorité, c’est restaurer l’autoritarisme et donc le recours à la force. A l’heure où un certain nombre de pays du Maghreb se soulèvent pour accéder à la démocratie, est-on en mesure de relever le défi d’une autorité qui ne soit pas de l’autoritarisme ou du laisser-faire ? L’enjeu est là. Comment articuler des éléments non négociables avec du négociable. L’adulte n’est pas l’enfant et l’enseignant n’est pas l’élève, mais on doit entendre un minimum la parole de l’élève et l’encadrer.1
  1. Propos recueillis par F. Voogt – Le Soir – 30.08.11

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