vendredi 9 septembre 2011

Initiative "Startup America" : l'heure d'un premier rapport d'étape ?

Il y a quelques mois, nous vous annoncions le lancement en grande pompes, par le président Obama lui-même, de l'initiative public-privée "Startup America" [1]. Ce programme mobilisateur est destiné à favoriser et soutenir la création et le développement de jeunes startups à fort potentiel, celles là-même qui sont responsables d'une grande partie de la croissance américaine et de la quasi-totalité de la création d'emplois dans le pays !

Animé d'intentions et d'objectifs louables, le Gouvernement fédéral avait promis, pêle-mêle : de faciliter l'accès au capital pour les jeunes créateurs d'entreprises, de simplifier les procédures administratives et d'immigration, de mettre en place des niches fiscales adaptées à l'investissement, développer l'accompagnement des entrepreneurs ou encore de favoriser l'enseignement scientifique dans les lycées et universités américaines. Un très ambitieux programme, capable d'offrir des opportunités pour les entrepreneurs américains.

Trois mois ont passé. Après ces annonces, et après la mise en place de dizaines de "sous-initiatives", nous sommes en mesure de dresser un premier rapport d'étape de l'impact de "Startup America" sur l'environnement entrepreneurial aux Etats-Unis.

Parmi ces dernières, il y avait celle censée endiguer la "fuite des talents". Il s'agissait de développer une politique destinée à maintenir aux Etats-Unis les entrepreneurs ou les étudiants d'origine étrangère [2]. Le dépôt d'une proposition de loi bipartisane [3] créant un "visa entrepreneur" devait résoudre le problème. Malheureusement elle n'a toujours pas été étudiée par le Congrès. En revanche, le Ministère de la sécurité intérieure vient d'annoncer une série de mesures en direction des entrepreneurs étrangers :
- Ils seront éligibles à la délivrance d'une "green card" [4] à condition de démontrer que leur projet d'entreprise possède un intérêt pour les Etats-Unis,
- Certains jeunes diplômés des filières scientifiques verront leur permis de travail temporaire étendu pour une période de 29 mois (contre 12 auparavant).

On peut ici parler de petits pas en avant plutôt que d'une véritable politique d'immigration adaptée, surtout en raison du flou qui entoure l'application de ces mesures.

D'autres mesures sont intervenues dans le cadre de "Startup America", notamment sur les volets du financement et de la fiscalité. Afin de favoriser l'accès au capital des entrepreneurs et surtout mettre en place un environnement fiscal tourné vers l'innovation, l'Administration Obama a prolongé jusqu'à la fin 2011 une mesure visant à exempter d'impôt les gains issus des investissements dans les PMI-PMEs [5]. Le président souhaite désormais rendre cet avantage permanent à partir de 2012. Principalement destinée aux investisseurs providentiels (les "angels"), la mesure encourage ces derniers à réinvestir dans des entreprises en phase précoce de développement, contrebalançant la tendance qui veut que les financements se dirigent prioritairement vers des entreprises plus matures. Pour l'Administration fédérale, cette mesure anticipe l'instauration d'un nouveau cadre fiscal pour les jeunes entreprises. Reste à savoir si l'exécutif actuel aura une marge de manoeuvre suffisante pour le mettre en oeuvre.

Un autre volet de "Startup America" a trait à l'accompagnement des entrepreneurs. Il s'agit ici du programme "Innovation Corps" [6], programme de formation de chercheurs à l'entrepreneuriat dont nous nous faisions l'écho il y a quelques semaines. On notera également la mise en place du programme "Science Talent Expansion Program", porté par la Fondation Nationale pour la Science et l'Ecole de Commerce de Stanford. Il vise à former à l'entrepreneuriat et à l'innovation de jeunes ingénieurs à travers tout le pays. Ces initiatives, bien que peu dotées, visent à identifier des entrepreneurs talentueux parmi de nouveaux profils scientifiques. Les responsables du programme parlent d'un "fossé de mentalité" à combler entre d'un côté les scientifiques et, de l'autre, les entrepreneurs. L'objectif final ? Faciliter le transfert de nouvelles technologies des laboratoires vers les marchés.

Mais, la plus belle réussite de "Startup America" est à ce jour l'initiative développée par une alliance [7] entre les acteurs de l'entrepreneuriat : grandes entreprises, investisseurs, mentors, consultants ou encore fondations. Pour le coup, des investissements importants ont été mobilisés. Lors du lancement de l'initiative, le président Obama avait promis de rassembler 2 milliards d'investissement directs et indirects pour les startups à forte croissance d'ici à 5 ans. Avec plus de 400 millions d'investissements directs mobilisés à ce jour, on comprend que le Président est en avance sur le calendrier. Tous les plus grands comptes américains sont réunis : en plus des participants initiaux tels que Facebook, Intel ou IBM (qui avaient déjà promis près de 100 millions), on trouve désormais Microsoft (son programme de soutien BizSpark), American Express (des réductions sur ses prestations), Linkedin et Cisco.

Cet engagement des grandes entreprises est révélateur d'une prise de conscience de leur part : elles réalisent toutes que leur capacité à rester dynamiques et porteuses d'innovation repose sur les jeunes entreprises innovantes, porteuses de croissance. Elles dont donc tout intérêt à participer à ce mouvement, dont elles récolteront directement les fruits dans le futur en acquérant ou en collaborant avec certaines de ces jeunes pousses. Cet engagement financier important permet également à l'initiative "Startup America" de prendre une véritable ampleur, les sommes investies par le privé étant, pour le moment, bien supérieures à celles investies par le Gouvernement fédéral.

Les investisseurs privés sont également très impliqués dans l'initiative. La meilleure illustration en est la création d'un fonds d'investissement nommé "Impact Investment Fund", résultat d'un partenariat entre "Small Business Administration", (agence fédérale) et un cabinet de capital risque du Michigan. Ce fonds, doté de 130 millions (80 provenant de la SBA, 50 des investisseurs privés), sera utilisé pour des investissements dans de jeunes entreprises locales à fort potentiel de croissance. Cette fois-ci, les montants engagés montrent tout le sérieux de l'opération et la volonté de faciliter l'accès au capital pour les jeunes entreprises.

Une grande zone d'ombre persiste néanmoins : la capacité du gouvernement à maintenir ses engagements financiers dans l'initiative. Lors du lancement de "Startup America", le gouvernement avait promis d'injecter 2 milliards sur 5 ans [8] via la SBA, principalement sous forme de garanties de prêts. Donc sans aucun coût pour les contribuables américains ! Les premiers fonds ont été débloqués 3 mois après le lancement de l'initiative (cf § précédent) et 1 milliard reste à débloquer en 2012, en fonction du budget approuvé par le Congrès.

Nul ne doute qu'avec la perte de la majorité à la Chambre des Représentants et les concessions faites lors du débat sur le budget, la perspective de voir un renforcement de ce fonds avec de l'argent fédéral s'est rétrécie. Cependant, les récentes déclarations et prises de position d'Eric Cantor, leader Républicain de la Chambre, laissent entrevoir une véritable prise de conscience, par l'opposition, de la nécessité de soutenir les petites et jeunes entreprises sur le long terme. M. Cantor a ainsi apporté son soutien à un ensemble de propositions de la fondation Kaufman, [9] en insistant sur la nécessité de faciliter l'accès au capital pour les jeunes startups.

Au total, l'initiative "Startup America" a donc donné naissance à une multitude d'initiatives qui, prises individuellement, ne sont pas assez puissantes ni suffisamment soutenues pour redonner un élan suffisant à l'entreprenariat américain. En revanche, l'addition de ces initiatives peut provoquer des synergies et faire bouger les lignes politiques. Comme la Maison Blanche se plait à le souligner, les promesses formulées il y a 6 mois sont toutes en cours de réalisation, même si certaines d'entre elles le sont partiellement. Un nouveau "terrain de jeu" favorable aux entrepreneurs est donc en cours de construction, mais il faudra probablement attendre encore une année pour avoir une idée de son état final.

BE Etats-Unis 258 >> 9/09/2011

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