Suivre par Email

jeudi 10 octobre 2013

De l'humour mathématique

Une nouvelle chaîne, initiée par Eric de Rock 'n' science vient de voir le jour sur le c@fé des sciences : blague à caractère scientifique. L'objectif est de mettre en avant ce que la science a fait de meilleur en terme de vannes vaseuses et jeux de mots approximatifs. Je ne pouvais pas passer à côté de cette occasion pour poster mes blagues mathématiques préférées. Celle que j'ai choisi de mettre en valeur, je l'ai découverte il y a quelques mois, et, chose rare, je l'ai retenue !



The best joke ever
Je préfère prévenir : le public succeptible de comprendre cette blague est très restreint. Du coup, je ne suis plus à un snobisme près, et je vais faire l'affront de la publier en anglais... La voici :

A comathematician is a device for turning cotheorems into ffee.

Ce qui, en français, donne :

Un comathématicien est une machine à transformer les cothéorèmes en fé.

(Du coup, on perd le jeu de mot...)

La meilleur blague jamais : explication

Ce bon mot fait en fait référence à une citation du mathématicien honrois Alfréd Rényi (et non, comme on le voit souvent, de Paul Erdõs, avec qui il a cosigné de nombreux papiers) :

Un mathématicien est une machine à transformer le café en théorèmes.

Autrement dit, un mathématicien n'a besoin que de café pour produire des théorèmes. La citation contiendrait également un jeu de mot en allemand, sans doute volontaire de la part de Rényi : "Satz" signifie à la fois "théorème" ("Lehrsatz") et "marc de café" ("Kaffeesatz").

En anglais, "café" se traduit par "coffee", qui contient le préfixe co- si cher aux mathématicien (cosinus, cotangente...). Ce préfixe intervient surtout quand on parle d'homologie, une technique intervenant dans divers domaines (algèbre, topologie...) et dans lequel on étudie le comportement d'une opération entre des espaces de dimensions décroissantes (l'homologie) ou croissantes (la cohomologie). Généralement, quand il existe une homologie dans un sens, on a une cohomologie dans l'autre sens (son dual). Finesse de vocabulaire des matheux : pour passer de l'homologie à la cohomologie, il suffit généralement d'ajouter ou d'enlever le préfixe co-.

Avec le vocabulaire de l'homologie, la citation de Rényi devient :

Mathematician : coffee → theorems

Quand on passe en cohomologie, on change de sens et on enlève/ajoute co-, ce qui donne la blague en question :

Comathematician : cotheorems → ffee.

CQFE (ce qu'il fallait expliquer)

Degré d'une blague mathématique

On peut définir récursivement le degré d'une blague mathématique de la façon suivante :
  • Une blague est de degré 0 lorsqu'elle n'a rien de mathématique.
  • Une blague est de degré n+1 lorsqu'elle peut être obtenu à partir d'une blague de degré n en lui ajoutant une notion mathématique.
Quelques exemples :
  • "Qu'est ce qu'un canif ? Un p'tit fien" est une blague de degré 0, puisque, même en cherchant bien, il n'y a rien de mathématique là-dedans.
  • "Quelle est l'anagramme de Banach-Tarski ? Banach-Tarski Banach-Tarski" est une blague de degré 1, puisqu'elle fait référence au théorème de Banach-Tarski, qui démontre que l'on peut découper et réassembler un objet de manière à former deux copies identiques de cet objet.
  • "Il existe 10 sortes de personnes : celles qui connaissent le ternaire, celles qui ne le connaissent pas et celles qui pensent que c'est du binaire" est de degré 2, puisqu'elle s'appuie sur la blague suivante, de degré 1 : "Il existe 10 sortes de personnes : celles qui connaissent le binaire et les autres". Notons que cette blague peut servir à construire une blague de degré arbitrairement long, en considérant d'autres bases de numérations - une blague de degré 42 ressemble à "Il existe 10 sortes de personnes, celles qui connaissent la base 41, celles qui ne le connaissant pas, celles qui pensent que c'est de la base 40, celles qui pensent que c'est de la base 39, ..., celles qui pensent que c'est du binaire". Les blagues en question perdent cependant très vite de leur force comique.

La blague du comathématicien est à mon sens le seul exemple vraiment valable de blague de degré 3. En effet, elle s'appuie sur la citation de Rényi, qui est de degré 2 (puisqu'elle mêle réflexion sur le métier de mathématicien et jeu de mot hilarant en allemand).

Le papier introduisant cette notion de degré d'une blague (Pourquoi est-il si diffcile de calculer le degré d’une blague mathématique ?) donne un autre exemple de blague de degré 3, mais je dois admettre qu'elle ne m'a pas vraiment convaincu.

Pour terminer, une autre bonne blague à raconter demain matin à la machine à café :

Trois logiciens entrent dans un bar. Le barman leur demande : "un café pour chacun ?"
Le premier logicien répond : "Je ne sais pas".
Le deuxième répond alors : "Je ne sais pas".
Le dernier conclut : "Oui".

Sources :
Dimitri Karpov, Minos Libbouet, Roland Triedich, Pourquoi est-il si difficile de calculer le degré d’une blague mathématique ?,
Bruno Winckler, Recueil de blagues mathematiques : Plus de 100 pages d'humour mathématique, à lire absolument !

Image :
Xkcd, Matrix Transform

Posté par El Jj à 21:00 - Permalien [#]

http://eljjdx.canalblog.com/archives/2013/10/07/28168290.html

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire