Ce n’est pas moi qui le dis, du moins aujourd’hui. C’est Nicole Belloubet, 1ère Vice Présidente en charge de l’Education, au Conseil Régional de Midi Pyrénées, agrégée de Droit Public, Docteur en Droit, Professeur d’Université à l’Institut de Sciences Politiques de Toulouse, très connue du grand public pour sa démission de ses fonctions de Rectrice de l’Académie de Toulouse le 2 mars 2005, fait rarissime dans ce Ministère.
La lettre qu’elle adresse aux personnels d’encadrement de son académie précise le contexte de sa décision, motivée par un constat d’incohérence entre les ambitions affichées par l’Etat et les moyens mis à sa disposition.
Dans une interview que l’on peut retrouver sur ce site, elle explique : « Nous sommes dans le paradoxe d’un équipement à peu près cohérent des établissements et des élèves et de l’inexistence de la formation des enseignants alors qu’il y a urgence à révolutionner les pratiques pédagogiques sur la base des nouveaux outils numériques. »
Je ne suis pas sûr que cette conclusion soit partagée par une majorité de ses confrères universitaires attachés au modèle de la transmission magistrale, ni par les professeurs dont on observe, dan un contexte d’incertitudes et de menaces, la tendance que l’on peut comprendre, à un repli vers les disciplines classiques cloisonnées portées comme des boucliers.
Je ne suis pas sûr que les décideurs mesurent bien l’importance des enjeux. Trop de collectivités se contentent de financer des équipements souvent coûteux et sophistiqués sans trop savoir si leur usage s’inscrit dans une perspective de transformation de l’école.
Les bilans des engagements des collectivités sont toujours quantitatifs : des TBI dans 120 classes, un ordinateur à chaque élève, une classe pupitre par école, etc, ce qui est louable, mais qui, au regard des sommes dépensées, peut sembler bien insuffisant.
Il est vrai que de bonne foi, les élus attribuent des moyens, satisfont les revendications des enseignants, et considèrent que ce qui en est fait relève des enseignants.
La tradition de la confiance aux enseignants et du refus de s’immiscer dans la pédagogie, leur domaine réservé, fait que l’on continue trop souvent comme avant en donnant des apparences de modernité. On ne change rien au fond, personne n’a été dérangé, on a la conscience du devoir accompli qui permet de claironner dans les campagnes.
Pourtant, il est de plus en plus évident que l’on ne pourra pas continuer encore longtemps comme cela sans rupture.
Pourtant tout indique logiquement qu’il faudra bien changer sans tarder au risque de persévérer dans des impasses ou d’assister, impuissant, à des explosions dont les premiers signes s’intensifient avec le développement de l’ennui à l’école et de l’incompréhension des savoirs scolaires.
Plusieurs faits plaident pour la thèse d’une révolution des pratiques pédagogiques qui ne soit pas réduite à des apparences :
· Les élèves et les jeunes ont considérablement changé depuis la généralisation du numérique.
Contrairement à ce que l’on aurait pu penser au temps de l’angoisse quant à la fracture numérique, ce changement ne concerne pas que les milieux favorisés. Il est général. Ils ont appris et apprennent des quantités de choses eux-mêmes ou dans des réseaux divers.
Ils apprennent à utiliser les outils les plus sophistiqués que nous avons parfois de la peine à maîtriser sans jamais avoir subi un cours d’informatique. Il ne serait d’ailleurs pas inutile d’essayer de savoir comment ils apprennent. L’autodidaxie a toujours été ignorée de l’école, cela ne sera plus possible.
· Ils accèdent à des savoirs savants ou à des vulgarisations souvent bien faites, qui les intéressent, hors l’école. Ils savent parfaitement qu’ils peuvent trouver tout ce qu’ils cherchent sur Internet sans interroger l’école
· Ils ont besoin, bien plus qu’auparavant de s’exprimer, de dialoguer, d’être reconnus comme des êtres pensants et pas comme des réceptacles de savoirs prédigérés, de faire état de leurs propres connaissances, d’agir, de créer
· Le développement exponentiel des savoirs de l’humanité et de leur diffusion relativise fortement le crédit des disciplines classiques que les jeunes peinent à mettre en relation avec leur environnement
Il y a vraiment urgence à révolutionner les pratiques pédagogiques…
Mais vous n’êtes pas obligé d’être d’accord avec Madame Belloubet !
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