dimanche 6 mai 2012

La thèse, un « vrai » travail !

Les aspects concrets de la thèse | 29 novembre 2010 | Par Moritz Hunsmann
dimanche 6 mai 2012
par antonin

Souvent, nous avons nous-mêmes du mal à considérer notre travail de thèse comme un « vrai » travail. Se considérer soi-même comme « chercheur(e) », en formation certes, mais chercheur(e) quand même, me semble cependant un pas important dans le processus d’insertion professionnelle. En effet, la thèse est une véritable expérience professionnelle qui demande des compétences nombreuses qui dépassent de loin la seule capacité de rédiger le document final. Sans ignorer la situation problématique dans laquelle se trouvent actuellement l’enseignement supérieur et la recherche en France, l’insertion professionnelle reste, en partie, une question d’estime de soi et d’état d’esprit. Donc : n’intériorisons pas l’infériorité supposée de notre statut en concevant la thèse comme du « non-travail » ou du « pas encore-travail » ! Poser la question de l’insertion professionnelle en termes de « passage thèse-travail » (autrement dit : « Qu’est-ce que j’aimerais faire quand je serai grand ? ») semble donc malheureux. Non seulement parce que la thèse est déjà un travail à part entière, mais parce que l’insertion professionnelle est un processus et non pas un moment précis.

Dans quel projet professionnel s’inscrit ma thèse ?

Il y a trente-six raisons, et donc manières différentes, de faire une thèse. Certains font une thèse avec comme objectif de devenir chercheur ou enseignant-chercheur, d’autres pour acquérir des compétences spécifiques et s’insérer dans un milieu professionnel précis, d’autres parce qu’ils n’ont pas eu le courage ou la force de tourner le dos à ce monde académique qui les valorisait tant, et d’autres encore sont guidés pas le seul « désir de connaissance ». Posons-nous donc la question : quelle est la place de la thèse dans mon projet personnel ?

Transformer ses expériences en compétences

Loin d’être uniquement un travail intellectuel sur un sujet pointu, la réalisation d’une thèse implique des savoir-faire divers et variés. Ainsi, en faisant une thèse, nous apprenons notamment à :
  • Réfléchir, développer une analyse critique et structurer nos pensées
  • Conduire des recherches / enquêtes (collecter de l’information, la traiter, puis la restituer de manière cohérente)
  • Écrire de manière correcte, compréhensible et articulée (ce n’est pas rien !)
  • Présenter notre travail à l’oral
  • Respecter les délais (au moins ceux pour les colloques ou les appels à contribution…)
  • Travailler à la fois de manière autonome et en équipe
  • Gérer un « projet » (la thèse) du début à la fin
  • Prendre des initiatives (sur le terrain, à l’université…)
  • Développer un « réseau » et contribuer à son animation. (Sans développer un rapport utilitariste à son environnement professionnel, il s’agit simplement d’être conscient du fait que beaucoup de choses « se font » grâce à l’insertion (intentionnelle ou non, consciente ou non) dans différents groupes ou cercles relationnels « ouverts »…)
  • Faire preuve de détermination et d’endurance (voire d’obstination !

  • Enfin, nous aurons acquis une connaissance empirique et théorique poussée d’un domaine particulier.

Nous ne pouvons transformer ces expériences en compétences que si nous en sommes conscients. Une autre compétence à acquérir est donc celle de savoir mettre en valeur son parcours et d’être capable de dire à de futurs employeurs (universitaires ou pas) : « Je peux vous apporter ce savoir-faire. ». En tant que jeunes chercheurs, nous avons à gérer nos « identités multiples », dont la pertinence varie en fonction des interlocuteurs. A titre d’exemple, une doctorante peut parfaitement être à la fois anthropologue, africaniste, chercheure en santé publique, spécialiste des questions d’« aide au développement », enseignante confirmée, gestionnaire de projet (thèse, séminaire, journée d’étude ou colloques, animation réseau…), et multilingue (voire spécialiste d’une langue rare). A nous de jouer avec ces identités, d’apprendre à nous en servir intelligemment.

Différentes voies d’insertion…

Pour ce qui est de l’insertion dans le champ universitaire, il peut être utile de savoir que trois types de critères sont retenus lors de la « Qualification » (une particularité française, que cette idée qu’une thèse excellente n’est pas, à elle seule, suffisante pour être « qualifié » pour un emploi de maître de conférences…). Outre les publications (en soi, les échanges avec les « collègues » en amont et en aval de la publication en font un vecteur de professionnalisation) et l’expérience d’enseignement (faites-vous exploiter un peu, mais pas trop…), le CNU retient l’expérience administrative comme un critère de « qualification ». Cette dernière englobe beaucoup de choses différentes, comme par exemple l’organisation d’une journée d’étude ou d’un séminaire, l’animation d’un réseau, d’une revue ou d’un blog scientifique, l’engagement comme représentant aux instances de son établissement ou le fait d’être membre actif dans une association de chercheurs. Bref, à l’université comme ailleurs, on cherche des gens qui « font tourner la boutique ».

Dans l’optique d’une insertion extra-académique, la thèse peut constituer une manière de nouer contact avec un milieu, de mieux le comprendre et d’y être pris au sérieux. A cet égard, l’Association Bernard Grégory (nouvellement baptisée “L’intelli’agence” et qui a pour but de faciliter l’insertion professionnelle des jeunes docteurs dans le privé) souligne que dans le domaine des sciences humaines et sociales, les docteurs et doctorants sont souvent eux-mêmes à l’origine de la création du poste qu’ils occuperont : ils créent leur propre emploi. Bien souvent, il n’est donc pas pertinent de raisonner dans le cadre d’un « monde fini » où tous les débouchés possibles existeraient déjà et où il suffirait de « trouver » sa place. On peut aussi « se faire sa place » ! Dans bien des organisations et institutions, il y a de la place (et de l’argent) pour de nouvelles idées, des prises d’initiatives et des projets novateurs.

Prenons-nous au sérieux !


Enfin, prenons notre travail de recherche et nous-mêmes au sérieux. C’est probablement le meilleur moyen d’inciter nos interlocuteurs à nous prendre au sérieux à leur tour. Ne soyons pas le nez dans le guidon (de nos recherches), mais faisons aussi autre chose : organisons des ateliers, des journées d’étude ou de professionnalisation, des séminaires, qui nous permettent de rencontrer des gens dans un autre cadre. Sollicitons les regards extérieurs sur notre travail de recherche : non seulement

cela permet des retours sur ce que nous faisons, mais contribue aussi à la circulation de nos travaux. Avec un peu de chance, il y a des personnes qui ne sont pas complètement indifférents à nos recherches et nos résultats. Profitons-en et partageons notre travail en allant à la rencontre des gens, chercheurs et « acteurs ». Non seulement, avons nous une petite chance que nos travaux aient un impact sur le monde « réel », mais ça motive, ça donne du sens à notre activité, ça évite de rester seul avec nos pensées et ça peut ouvrir des portes…souvent complètement imprévisibles. Bref, lançons des bouteilles à la mer !

par Moritz Hunsmann

Ce texte est une version abrégée d’une contribution à la journée sur la professionnalisation, organisée en janvier 2010 par le Réseau des Jeunes Chercheurs Santé & Société.

http://www.collectif-papera.org/spip.php?article1306

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