jeudi 3 mai 2012

Luxembourg/Enseignement: miroir d'une société en mutation

2012-05-02 11:44:00

Cela fait dix ans que le ministère de l'Éducation nationale publie une radiographie du paysage scolaire national. Un document précieux qui montre tous les ans à quel point la politique d'enseignement est un défi. Surtout au Luxembourg.

L'édition 2012 de ce recueil de statistiques prouve une fois de plus que l'inégalité entre les jeunes Luxembourgeois et leurs camarades étrangers se creuse.


De Christiane Kleer

De l'enseignement précoce au lycée, ils étaient 94491 à user leur fond de culotte sur les bancs de l'école pendant l'année scolaire 2010/2011. Les jeunes résidents du Luxembourg sont obligés de fréquenter un établissement scolaire à partir de leur 4e anniversaire et jusqu'à leurs 16 ans.

La population scolaire du Luxembourg s'agrandit, une réalité qui, selon les statisticiens du ministère, est une conséquence directe de l'évolution démographique, largement positive, du pays. Entre 2004/2005 et 2010/2011, le nombre d'élèves n'a pas cessé d'augmenter. L'année dernière, le paysage scolaire comptait 5 218 jeunes à former de plus qu'il y a six ans. Et si la natalité du pays a connu une légère hausse ces dernières années (+4,2% entre 2009 et 2010), la hausse de la population scolaire est aussi étroitement liée à l'immigration. Et nous voilà au cœur d'une réalité qui semble devenir de plus en plus difficile à gérer. Les auteurs de la publication sur les chiffres-clés de l'école notent que «le pourcentage élevé de résidents de nationalité étrangère est une particularité démographique du Luxembourg (...) unique dans l'Union européenne». Rappelons dans ce contexte que le recueil de statistiques en question doit être expédié à plusieurs institutions internationales, dont l'OCDE.

Le constat d'une «particularité» luxembourgeoise n'est évidemment pas nouveau. Cela fait des années que le personnel enseignant se plaint des difficultés, surtout d'ordre linguistique, engendrées par la nouvelle mixité culturelle. Selon les chiffres les plus récents, les élèves étrangers représentent 41,7% de la population scolaire luxembourgeoise. Les 19745 jeunes Portugais (55,3%) représentent de loin la plus grande communauté après les Luxembourgeois (49926). Ils sont suivis de 3992 ressortissants des pays de l'ex-Yougoslavie.

Un système de moins en moins adapté

Et cette hétérogénéité des classes devrait même augmenter au cours des prochaines années. Car aujourd'hui déjà, 19communes ou syndicats de communes comptent parmi leurs élèves fréquentant l'éducation précoce un pourcentage d'au moins 50% d'élèves de nationalité étrangère. L'exemple le plus parlant est la commune de Bous. Sa classe d'enseignement précoce compte treize élèves, dont neuf d'origine étrangère (69,2%). Et en ce qui concerne les cycles 2 à 4, c'est la commune de Larochette qui bat tous les records avec 77,3% d'élèves étrangers. Si le passeport des jeunes immigrés est une chose secondaire, la langue qu'ils parlent chez eux pose difficulté. En 2004/2005, 57,8% des enfants scolarisés au Luxembourg parlaient le Luxembourgeois à la maison. Aujourd'hui, ils ne sont plus que 43,9%. En six ans, le portugais et autres langues étrangères ont gagné du terrain en tant que langues maternelles, avec un hausse respective de 6,2% et 7,8%.

Les difficultés qui en résultent sont évidentes, quand on sait que dans ce pays, l'apprentissage du luxembourgeois et de l'allemand est indispensable pour réussir son parcours scolaire. Et les chiffres publiés hier démontrent que le système actuel est toujours taillé sur mesure pour des élèves d'origine luxembourgeois: en 2010/2011, l'enseignement secondaire classique comptait 81,3% de Luxembourgeois contre 18,7% d'étrangers. «Toutes nos réformes visent à adapter le système scolaire aux nouvelles réalités de notre société», nous a-t-on répété au ministère de l'Éducation nationale, hier.

Les chiffres publiés hier sont donc venus confirmer une fois de plus qu'un changement au sein de l'enseignement est plus que nécessaire.

Et la formation professionnelle?
Pour la première fois en dix ans, les chiffres-clés de l'éducation nationale traitent également de la formation professionnelle, branche soumise à une profonde réforme depuis 2008.
En 2010-2011, 503 élèves et apprentis étaient inscrits dans une des 19 formations réorganisées à cette date. Lors d'une récente entrevue, le syndicat SEW de l'OGBL a rappelé aux responsables du ministère de l'Éducation nationale que cette réforme pose de grands problèmes d'organisation dans de nombreux lycées.
Le syndicat demande notamment un meilleur encadrement pour les élèves concernés et critique à nouveau l'évaluation par compétences. 

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