mardi 5 juillet 2011

Économie du savoir - Silence radio inquiétant pour la science

      
Dans la nouvelle économie du savoir, le commerce des idées prendra une vitesse encore inimaginable, et la science sera la force maîtresse de l'économie. Pour Jacques Attali, nous sommes dans un contexte international de «guerre pacifique», les objectifs rivaux entre les nations se jouant au niveau économique. Alors que les activités manufacturières basculent dans le giron de la Chine, devenue la deuxième économie mondiale après les États-Unis, la suprématie en science et innovation passera-t-elle également à la Chine d'ici 10 ans? Cette question cruciale a eu peu d'écho lors de la dernière campagne électorale canadienne.

Le Québec et le Canada bénéficient d'une forte base scientifique construite depuis 40 ans. Sans faire du sur-place, on peut néanmoins se demander si notre vitesse de progrès est adaptée au défi à relever. En effet, des indicateurs frappants prouvent la montée de la Chine avec sa politique scientifique agressive. Par exemple, le budget chinois consacré aujourd'hui à la science est de 87 milliards de dollars par an (1,7 % du PIB) et augmente de 20 % annuellement dépassant maintenant celui du Canada qui demeure sous la barre des 2 % du PIB (environ 25 milliards) depuis 5 ans. Le Québec ferait figure de proue avec son 2,5 % du PIB (6 milliards).

La France a réagi suivant le rapport Juppé-Rocard et vient de voter 35 milliards d'euros pour accélérer son rythme d'innovation, stimuler l'enseignement supérieur et concentrer ses forces scientifiques. La Chine pour sa part rapatrie 70 000 jeunes PhD chinois par an, sans compter qu'elle est maintenant en mesure de les former elle-même. Elle abrite déjà 1,4 million de scientifiques, égalant ainsi l'Amérique du Nord ou l'Europe. Au Canada en revanche, moins de 6000 jeunes obtiennent leur PhD chaque année. Les scientifiques chinois publient déjà 10 % des articles scientifiques mondiaux (ils en publiaient moins de 2 % il y a 10 ans), propulsant la Chine au 2e rang des pays «producteurs de Science», après les États-Unis.

Quatre stratégies


Les choses se passent comme si plusieurs pays du G8 pensaient avoir encore du temps devant eux, alors que des politiques nationales tenant compte de la mondialisation de la science et de la montée véloce de la Chine sont urgentes. Une politique canadienne «mondialisée» de la science et de l'innovation pourrait s'articuler sur quatre stratégies complémentaires.

- Un, cibler des axes prioritaires en misant sur les forces existantes. Par exemple, la Chine a décidé de prioriser des secteurs comme les technologies de l'énergie, les technologies de l'information, les biotechnologies (santé et agriculture), les matériaux de pointe et les technologies vertes. Elle a recensé des laboratoires clés pour réaliser ses objectifs. ...

- Deux, attirer nos jeunes étudiants vers la science. ... Si notre enseignement est bon, où sont passés les étudiants, nos futurs innovateurs? La fuite de nos jeunes mérite d'être combattue énergiquement en raison de ses effets gravement néfastes à moyen ou long terme. Devrions-nous aller jusqu'à offrir une bourse d'études au secondaire à ceux qui choisiront les options science?

- Trois, améliorer le dialogue entre les universités et l'industrie (elle-même multinationale), qui est encore peu efficace au Québec et au Canada. Une nouvelle politique de la science doit s'y attaquer avec de nouveaux moyens initiés par les gouvernements. ...

- Quatre, une condition nécessaire, mais non suffisante, augmenter le pourcentage de PIB investi en R&D au Canada et au Québec. La science et l'innovation constituent des enjeux politiques en Chine, mais est-ce le cas chez nous? ... Mais le commerce des idées risque de nous submerger encore plus vite que le commerce des biens.

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Ce texte a bénéficié de la collaboration de Thomas Paccalet et d'Alix Phivilay. Les références bibliographiques le soutenant sont disponibles sur www.crulrg.ulaval.ca/maziade.

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Michel Maziade, M.D. FRCP(C), C.Q. - Professeur titulaire de psychiatrie à la faculté de médecine de l'Université Laval, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en génétique des maladies neuropsychiatriques et directeur scientifique de l'Institut universitaire de santé mentale de Québec
 

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