Ces universités annuelles à Strasbourg réunissent depuis six ans plus de 500 participants venus des 16 « Ecoles d’Etudes Politiques » créées en Europe de l’Est, du Sud-Est et du Caucase, après la naissance de la « Nouvelle Europe ». La première a été créée à Moscou dès 1992. Elles regroupent chacune, un grand nombre de journalistes, d’enseignants universitaires, fonctionnaires et cadres dirigeants d’entreprise.
Depuis 2008, elles sont regroupées dans une Association que préside Catherine Lalumière.
Après les discours d’usage du Secrétaire Général T. Jagland, puissance invitante, du Ministre P. Richert, représentant le gouvernement et la Région Alsace dont il est le président, de R. Ries, sénateur-maire de Strasbourg, co-invitant, ce fut le tour de cet invité étranger à l’Europe, universitaire tunisien, membre du Gouvernement Provisoire.
Le Conseil de l’Europe qui tend davantage à conseiller, assister, mettre à disposition son expérience, qu’à donner des leçons, comme dans le cas des Ecoles de la Démocratie par exemple, vient déjà de s’ouvrir à l’ Outre-Europe, dans le jardin de la « Maison Commune » en créant par son Assemblée Parlementaire, le statut de Partenaire pour la Démocratie. C’est le parlement du Maroc qui, le premier, a obtenu par un vote confiant et unanime, ce statut en prenant des engagements contraignants. Inch Allah !
La Tunisie, prochaine élue ? Avec un représentant aussi brillant et déterminé que Ben Achour, l’affaire serait aisée. Mais voilà : il ne s’agit que d’un gouvernement provisoire.
Toutefois on rejoint là une notion d’Europe-Méditerranée et pourquoi pas au-delà. On y reviendra à propos d’un très ambitieux projet du Conseil de l’Europe et de nombreux partenaires.
« La leçon inaugurale ».
Mais pas de langue de bois pour autant, comme le fit remarquer Catherine Lalumière dans son éloge, pas plus que d’illusions d’ailleurs.
Le constat de Michel Rocard lors de la 4° Université d’été (il y a deux ans dans le même lieu) semble se vérifier : « La démocratie n’est belle que sous les dictatures. Regardez toutes nos démocraties de l’Europe de l’Est que nous venons d’accueillir. Quand elles vivaient sous la dictature, ces nations connaissaient parmi leur peuple d’immenses courages, une aspiration énorme à la démocratie qui est allée jusqu’au sacrifice de la vie ». Et de poursuivre plus loin : « Mais cinq ans après l’indépendance le taux de participation électorale a déjà baissé de près de moitié. On vote de moins en moins et de plus en plus pour des extrêmes, et la démocratie donne l’impression d’être désespérément peu efficace ».
Sonnerie d’alarme activée !
Mais pour la Tunisie, on n’en est pas encore là, si tant est que ce décours soit irrémédiable.
Le ministre Ben Achour ne cache pas le désenchantement qui gagne toute la société dans son pays et la crainte de heurts graves qui, pense-t-il, accompagnent habituellement la transition démocratique.
Il n’avait pas parlé de religion dans son discours. Un auditeur tunisien Moncef Ben Slimane, professeur d’urbanisme et responsable d’un ensemble d’associations (plus de 80) oeuvrant pour la démocratie, avec une hâte peut-être impatiente, est venu lui rappeler cette composante, source de tant de conflits.
Certes, dans la « révolution » cet aspect n’avait pas eu de place. Mais il a bien fallu en venir à le prendre au moins en compte, la religion étant « au cœur du problème », comme en convient alors le ministre. (...)
La volonté des Tunisiens ? Elle pourra s’exprimer dans les élections à l’Assemblée Constituante, reportées au 23 octobre. Dans ce scrutin à la proportionnelle de listes, les femmes seront représentées avec l’alternance « chabada », à la française. Et si, en le parodiant à peine et avec son consentement, on disait qu’Aragon aurait eu raison quand il aurait assuré que « La femme est l’avenir de… la Démocratie » ?
Antoine Spohr ( article paru sur Mediapart)
5 juillet 2011
agoravox.fr
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