Pénurie de médecins | Malgré la pénurie de docteurs en Suisse, les Etats devraient refuser ce matin d’augmenter le nombre d’étudiants admis en médecine
Maternité fermée! A la fin du mois d’août, l’Hôpital cantonal de Fribourg fermait provisoirement une partie de son secteur gynécologie et obstétrique, faute de médecins. De son côté, le Jura déplore depuis des années un cruel manque de pédiatres. En Suisse, il manquerait en tout près de 300 médecins par an. Si bien qu’à terme la pénurie guette le pays.
Pour l’éviter, le Conseil national, soutenu par le Conseil fédéral, a décidé en mars d’adopter une motion octroyant à la Confédération la possibilité d’imposer aux cantons une hausse des places d’étude dans les cinq Facultés de médecine du pays. Si les cantons refusent d’obtempérer, Berne aurait la possibilité de réduire les subventions qu’elle leur verse dans ce secteur. La décision a d’emblée réjoui les étudiants et les médecins. Mais elle va sans doute rester un vœu pieux. Ce matin, le Conseil des Etats devrait balayer le projet au nom du fédéralisme.
Formation onéreuse
Aujourd’hui, la formation médicale est principalement du ressort des cantons. Depuis plusieurs années, ces derniers limitent le nombre de places dans leur Faculté de médecine, faute de pouvoir offrir des places plus tard lors de l’apprentissage clinique et de peur de former en vain des étudiants dont la formation coûte au total près de 900 000 francs. Les Universités de Zurich, de Berne et de Bâle limitent ainsi les candidats en appliquant un numerus clausus sur la base d’un examen d’entrée dans leur Faculté de médecine, alors que Genève et Vaud trient les étudiants lors des examens de fin de première et de deuxième année.
Mais ces précautions ont fini par engendrer un manque de praticiens. Actuellement, la Suisse en forme 700 par an, alors qu’il en faudrait entre 1200 et 1300. Résultat: le pays n’a d’autre choix que de recruter hors de ses frontières. «Sur les quelque 30 000 médecins que compte la Suisse, 22% viennent de l’étranger», indique Jacques Neirynck (PDC/VD). Une situation risquée: «Non seulement, ce n’est pas éthique de voler les praticiens aux pays qui les ont formés, mais, en plus, ces médecins pourraient rentrer chez eux le jour où les conditions de travail s’amélioreront dans leur pays», note le conseiller national. «Il faut donc rapidement créer 300 places dans les Facultés suisses de médecine», avance Jacques de Haller, président de la FMH.
Mais les cantons craignent pour leur porte-monnaie et leur autonomie. Hors de question pour eux de se laisser dicter des quotas d’étudiants par Berne. «Qui paie commande, rappelle Pierre-Yves Maillard, conseiller d’Etat (PS/VD). La Confédération doit mettre les moyens si elle veut plus d’étudiants.» «D’autant qu’augmenter les effectifs en 1re année de médecine ne résoudra pas la pénurie dans tous les secteurs, ajoute Ivana Vrbica, directrice de l’Unité d’enseignement supérieur de Genève. Il faudrait d’abord agir pour créer des vocations pour la médecine générale ou la gynécologie.»
Des points de vue que la Chambre des cantons devrait défendre à la lettre ce matin.
Berne | 12.09.2011 | 16:16
http://www.24heures.ch/etudiants-medecine-2011-09-12
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