lundi 5 septembre 2011

« Enseigner est un métier »

Inégalité scolaire croissante, enseignants moins formés : le sociologue bordelais François Dubet décrit une école française dépassée


François Dubet : « L'école élémentaire et le collège sont les deux parents pauvres d'un système qui a tendance à ne mettre d'argent que dans les filières d'excellence et dans les lycées ». Arch. « SO »

Et si, au fil des ans et de la transformation de la société, l'école était devenue un système à fabriquer de l'exclusion ? Professeur à l'université de Bordeaux 2 et directeur à l'École des hautes études en sciences sociales, le sociologue François Dubet (1) dénonce l'absence de réflexion globale sur le système scolaire et plaide pour la mise en place d'une vraie formation des enseignants. Verbatim.

1 Les suppressions de postes

C'est incontestablement un problème, mais focaliser le débat sur le nombre de postes d'enseignants supprimés est un piège. C'est faire croire que tous les problèmes de l'école viennent de là et qu'il suffirait d'en recréer pour que l'école marche bien. Nous devrions plutôt réfléchir à la question suivante : « Remettre des moyens dans l'école, oui, mais pour quoi faire ? » Si c'est pour continuer dans la même voie que ces trente dernières années, cela sera vain.

Il y a cinq ou six ans, quand le nombre d'enseignants était largement supérieur à aujourd'hui, le bilan n'était pas bon non plus. Les inégalités scolaires scandaleusement excessives, le taux d'élèves en échec, idem. Tout cela ne date pas des années Sarkozy… qui, je le concède, n'ont rien arrangé à l'affaire.

2 La formation des enseignants
On ne peut pas laisser en jachère la formation des professeurs, car la qualité de l'école y est naturellement liée. La formation des maîtres par les IUFM, qui n'était peut-être pas aussi bonne qu'on l'aurait souhaité, a été supprimée pour n'être remplacée par… rien. Il faudra bien qu'un jour la classe politique affirme haut et fort qu'enseigner est un métier. Après tout, tout le monde admet qu'une infirmière doit passer trois ans à se former avant d'exercer. On ne peut continuer à prétendre que, dès lors que l'on possède un bon niveau de culture dans une matière ou une discipline, on est compétent pour l'enseigner. Ce n'est pas vrai. Et cela conduit à un déclin extrêmement prononcé des vocations d'enseignant ; ce qui est mauvais signe.

Par ailleurs, il est urgent de procéder à un rééquilibrage des moyens entre les différents segments du système scolaire : l'école élémentaire et le collège sont les deux parents pauvres d'un système qui a tendance à ne mettre d'argent que dans les filières d'excellence et dans les lycées.

3 L'inégalité scolaire progresse
Nous savons de notre système scolaire qu'il ne fonctionne bien que pour la moitié des élèves. Pour les autres, on parle d'aide personnalisée, de stages de remise à niveau… En définitive, on ne fait que leur rajouter du travail, les garder entre midi et deux pour leur faire refaire l'exercice de maths auquel ils n'ont rien compris…

C'est un système un peu fou : on ne peut pas continuer avec l'idée que la classe que l'on fait n'est valable que pour la moitié des élèves et qu'on donnera des béquilles aux autres en espérant que cela leur permettra de courir aussi vite. On devrait plutôt s'interroger sur la pédagogie et la manière de faire classe.

Cela ressemble à la situation d'une usine qui fabriquerait des produits dont la moitié ne sont pas aux normes et qui, au lieu de repenser sa chaîne de fabrication, construirait une seconde usine pour réparer les défauts de fabrication de la première… La France s'accroche à un modèle ancien, puis cherche des façons de compenser. Ce qui ne fonctionne pas. Cela coûte très cher et ne peut durer éternellement. Doit-on continuer ainsi à combler les lacunes du système avec des cours de soutien ou à envoyer les élèves chercher dans des officines privées les moyens de s'en sortir ?

La pédagogie doit être individualisée, mais elle doit l'être d'emblée. Chez nombre de nos voisins européens (qui ne dépensent pas plus d'argent que nous dans l'éducation), la diversité des cultures et des capacités des élèves est intégrée à la base de la pédagogie.

4 L'école au cœur de la société
La France entretient avec son école un rapport dans la tradition de la IIIe République, mais aussi des Lumières et de Condorcet, et qui fait d'elle l'institution centrale de notre société : elle doit fabriquer des citoyens, des individus autonomes, un haut niveau de culture, de l'intégration sociale, de la justice sociale… La pauvre bête est un peu écrasée sous un tas de demandes. Toute tentative de transformation de l'école équivaut à une remise en cause de la totalité de la vie sociale, ce qui la rend difficile. Nous gagnerions à être plus pragmatiques et à réfléchir à la façon de transformer le système tout entier, à expérimenter des méthodes pour s'en sortir mieux.

(1) Derniers ouvrages parus : « Le niveau baisse-t-il vraiment ? » (avec Fanny Capel, éd. Magnard), « Les Sociétés et leur école » (HC Essais).

Par Stéphane C. Jonathan

Dimanche 4 septembre 2011 à 06h00 | Mis à jour le 4 septembre 2011 à 07h47

http://www.sudouest.fr/2011/09/04/enseigner-est-un-metier-489974-4688.php

1 commentaire:

  1. Bonjour Mr. Rached,

    Merci pour avoir séléctionner mon article CHRONOSHOP parmi ceux qui vous ont interessé.

    Je reste à votre disposition et j'aimerai qu'on établi un contact par courrierel.

    Ibrahim Chalhoub,Ph.D.,
    Correspondant du Podcast Journal, Liban.
    ibrahim.chalhoub@podcastjournal.net

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