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samedi 19 juillet 2014

Journée Nelson Mandela : le combat d’un homme pour la liberté

En ce 18 juillet, Google met en lumière la Journée internationale Nelson Mandela à travers un nouveau Google Doodle. L’occasion pour Orientations de revenir sur le combat de Madiba pour la liberté et l’éducation.

Google Doodle créé pour la Journée Nelson Mandela.

Proclamée par l’ONU en 2009, la Journée internationale Nelson Mandela (Mandela Day) a été créée en l’honneur de l’ancien Président sud-africain, né le 18 juillet 1918, pour son travail en faveur de la paix et de la liberté. Mandela, mort le 5 décembre 2013, aurait eu aujourd’hui 96 ans.

Le premier Président d’une Afrique du Sud libre

Elu à la tête de l’Afrique du Sud en 1994, Nelson est le premier président noir du pays, et surtout la figure symbolique qui a mis fin à l’apartheid. Un combat qui a valu à cet avocat spécialiste des droits de l’homme 27 ans de prison, entre août 1962 et février 1990.

Le prix Nobel de la Paix lui a été attribué en 1993 pour son rôle dans la lutte contre la ségrégation raciale, reconnaissance obtenue conjointement avec Frederik de Klerk, le président sud-africain alors en fonctions.

Toute sa vie, Nelson Mandela aura notamment œuvré pour « le règlement des conflits, des relations entre les races, la promotion et la protection des droits de l’homme, de la réconciliation, de l’égalité entre les sexes, et des droits des enfants ».

Personne ne naît en haïssant une autre personne à cause de la couleur de sa peau,
de son passé, ou de sa religion. (Nelson Mandela)

Mandela Day : 67 minutes pour aider les autres…

A l’occasion de la Journée internationale Nelson Mandela, chaque personne est incitée consacrer symboliquement 67 minutes de son temps aux autres. 67 minutes correspondant aux 67 années de militantisme de Madiba.

Des actes qui auront notamment lieu en Afrique du Sud où une journée grand nettoyage est prévue. "Nous devons montrer notre amour pour notre beau pays en nettoyant notre environnement, ensemble. De cette façon, nous travaillerons ensemble pour bâtir notre beau pays, comme nous l'a enseigné Madiba", a déclaré le président sud-africain Jacob Zuma.

Orientations
Mis en ligne le Vendredi 18 Juillet 2014
http://www.e-orientations.com/actualites/journee-nelson-mandela-le-combat-d-un-homme-pour-la-liberte-15086

mardi 8 octobre 2013

Pays par pays, le degré de liberté sur Internet

Ils sont 17 pays au monde, dont la France, à offrir une réelle liberté d’usage sur le numérique. Partout ailleurs, les restrictions existent à des degrés divers.

Le rapport 2013 de Freedom House établit un classement mondial de la liberté sur Internet. - DR

Filtrage, blocage de sites, suppression de contenus, cyber-attaque, restriction des réseaux sociaux... En matière de liberté sur Internet, la situation mondiale est loin d’être uniforme. Le rapport annuel publié par Freedom House , une organisation américaine fondée en 1941 et centrée sur la liberté dans le monde, permet de mieux cerner l’état de l’art concernant les restrictions liées au numérique.

Pour voir cette carte en grand format, cliquez ici




Selon le rapport 2013, les pays garantissant le plus grand niveau de liberté concernant Internet sont, dans l’ordre, l’Islande, l’Estonie et l’Allemagne. La France, en sixième position derrière les Etats-Unis et l’Australie, figure également dans le peloton de tête des pays qualifiés de « libre » par Freedom House.



A l’inverse, en queue de peloton, à savoir dans la zone les pays jugés comme restrictifs, figurent la Chine, Cuba et l’Iran. Entre ces deux extrêmes, les positions obtenues par certains pays surprennent parfois. Le Kenya et l’Ukraine obtiennent ainsi un satisfecit de la part de Freedom House, en étant classés dans la catégorie des payes « libres ». En revnache, la Turquie ou encore la Corée du Sud se retrouvent dans la zone intermédiaire, en étant qualifiés de pays « partiellement libres ».

lundi 30 septembre 2013

Echanges sur le Net : les risques de la liberté

Echanges d'idées plus ou moins fructueux, conversations sans fin entre Internautes du bout du monde ou simples partages de photos de vacances, la toile a sans doute impulsé une nouvelle dynamique des échanges. Une vigueur dont nul ne saurait se plaindre. Sauf que quinze ans après les débuts de la révolution numérique se fait sentir un besoin de cadre et de règles pour éviter pillages et dérapages en tous genres.

Un sentiment de confusion, de trop plein : c'est ce que ressentent au quotidien des millions d'internautes qui, intrigués, interpellés ou passionnés par un sujet de société, se retrouvent désemparés devant l'abondance d'informations. Selon leur degré de compétence, selon leur niveau de maîtrise et de connaissance des réseaux numériques, ils s'acharnent, trient les données et parviennent à dégager des idées forces. Un travail de Titan, accessible au demeurant à une minorité, qui ne place pas l'immédiateté au premier rang de ses préoccupations. Un travail sans lequel toutes les approximations sont possibles, et toutes les idées reçues véhiculées et nourries sans fin.

En France, mais également partout dans le monde, des intellectuels ont amorcé une réplique. Au premier rang de ceux-ci, Pierre Rosanvallon. Titulaire depuis 2001 de la chaire d'histoire moderne et contemporaine du politique au Collège de France, il reste l'un des dirigeants incontournables de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS). Face à la jungle que constitue potentiellement Internet en tant que lieu de débat, il a fondé la " Vie des Idées ", un site de très haute tenue, entièrement voué aux échanges. " Coopérative intellectuelle, lieu de débat et atelier du savoir, la Vie des Idées veut être un réseau de compétences qui dépasse les frontières géographiques et croise les champs disciplinaires, tout en cherchant à rester accessible au plus grand nombre ", indique l'historien pour expliquer sa démarche.

Garder la maîtrise du débat, garantir la parole de tous dans le respect du champ démocratique, c'est aussi la volonté du site Hyperdébat, fondé en 2002 et animé par Eric Lombart dans le cadre de l'Association pour la promotion de l'information. Il annonce ainsi son ambition : " donner de la visibilité et du sens à l'expression citoyenne ". Les animateurs de ce réseau se présentent comme les garants des bonnes pratiques des échanges numériques. Dans leurs pages, constamment " surveillées " par un facilitateur, ils balisent de quelques principes forts les propos, dans le fonds comme dans la forme : égalité d'accès au débat, objectivité, exhaustivité, lisibilité, visibilité et traçabilité.

Ce dernier point est majeur et fait l'objet de nombreux questionnements pour l'ensemble des usagers du Net. Tout se passe comme si la toile était vouée à être un vaste forum, sans autre règle que...l'absence de règle, où la diffusion de tout, partout est autorisée. Par principe, il n'y a pas de droits, pas de propriétaires, juste une gigantesque toile où les données s'échangent sans contrôle, ou si peu.

" Une grande vigilance s'impose, observe Arnaud Nourry qui dirige Hachette Livre, numéro un de l'édition en France et qui constate comme ses pairs, l'émergence d'une profusion de sites de partages de fichiers ". Pour lui s'ouvre le temps " de nouvelles stratégies d'autodéfense et de conquête " où les Pouvoirs publics doivent à l'évidence prendre leurs responsabilités. Raisonnablement, personne ne peut imaginer que les technologies numériques peuvent être ces machines à aspirer, diffuser mais aussi, le cas échéant, transformer, dénaturer ou utiliser à des fins détournées des contenus patiemment imaginés, construits et écrits dans les universités ou dans le calme d'un bureau d'écrivain. " Pour la première fois de ma carrière, alors que je venais de rencontrer un écrivain qui m'a déposé son manuscrit et à qui je venais de proposer un contrat, l'auteur m'a fait part de son interrogation : comment pouvais-je lui garantir que ses écrits n'allaient pas être " récupérés " sur le net et diffusés sans aucun contrôle ? Il avait une conscience aigüe de son " droit de propriété ". En plus de vingt ans de carrière, cela ne m'était jamais arrivé ", raconte Karine qui exerce dans une grande maison d'édition avec la charge du secteur sciences humaines.

Qu'ils opèrent dans la littérature ou dans le secteur de la musique, les éditeurs " classiques " ont pris conscience du formidable effet démultiplicateur d'Internet, capable de garantir une diffusion du savoir et de la culture dans des proportions jusque là inenvisageables. Mais dans le même temps, ces acteurs du monde la culture et des idées ont pris la mesure des risques encourus. Alors que le domaine de la musique et, dans une moindre mesure, celui du cinéma sortent ravagés et quasi-démantelés après une décennie de règne numérique, le secteur du livre, lui, a tenté et réussi à limiter les dégâts. En passant des accords avec les géants du secteur - Amazon, Google et autres Apple - en étant d'une vigilance accrue sur ce qui se passe sur la toile et en se mobilisant à tous les étages de la profession, le secteur de l'édition s'en tire plutôt mieux que d'autres pans de l'économie de la culture.L'écrit, l'imprimé, est peut être en passe de réussir son pari de rester la référence intangible auprès du grand public, tout en utilisant à son profit les ressources inépuisables du Net. Ainsi, quand quelques grands éditeurs - dont Hachette Livre en France en partenariat avec la société US Lightning Source - mettent en place " une impression à la demande ", c'est tout un monde de professionnels du livre qui entend ainsi reprendre le contrôle de la diffusion des oeuvres et garantir le respect des droits des auteurs. Préserver la création, la connaissance, de nos propres démons, passera nécessairement par une institutionnalisation des règles de bonne conduite sur le Net. A commencer par l'acceptation d'un principe aussi bien de base, que de bon sens : la qualité a un prix. Lequel sommes-nous prêts à payer ? 

jeudi 4 juillet 2013

Hollande en Tunisie : les dossiers chauds d'une visite très attendues

François Hollande effectue une visite d'État en Tunisie du jeudi 4 au vendredi 5 juillet. Ce voyage officiel, destiné à afficher le soutien français à la transition démocratique tunisienne, devrait se dérouler sans accroc. À moins que certains sujets sensibles ne viennent parasiter l'entente cordiale affichée par les deux pays...

Après l’Algérie et le Maroc, François Hollande débarque jeudi 4 juillet en Tunisie, seul pays d'Afrique du Nord francophone où il ne s’est pas rendu depuis son arrivée à l’Élysée. Le président français atterrira jeudi après-midi à 13h (locales) à l’aéroport de Tunis pour une visite de deux jours. Objectif annoncé par l’entourage du chef de l’État : délivrer un « message d'encouragement » à ce pays pionnier des Printemps arabes, qui connaît une transition démocratique « avec ses succès et parfois ses difficultés».

Selon des sources diplomatiques, aucun nuage ne devrait venir perturber ce déplacement attendu - et maintes fois repoussé - de François Hollande en Tunisie. « Tout le monde veut que ça se passe bien, affirme un responsable français. Nous sommes deux pays amis aux liens profonds, il n’y aura donc aucun sujet tabou et rien ne sera évité ». Malgré les déclarations rassurantes des uns et des autres, quelques dossiers chauds devront tout de même être pris avec des pincettes par le président français.

>> Lire aussi l'interview d'Adel Fekih, ambassadeur de Tunisie en France : "Hollande a compris que c'était important de venir maintenant" en Tunisie

Respect des droits humains et de la liberté d’expression

Comme d’habitude lors des visites d’État à l’étranger, François Hollande devrait publiquement rappeler l'importance que la France attache au respect des droits de l’homme et des libertés individuelles à travers le monde. En Tunisie, cet exercice s’annonce périlleux. Ces derniers mois, plusieurs personnes - la Femen Amina Sbouï, le rappeur Weld El 15, ou encore des jeunes de Mahdia qui avaient publié des écrits et des dessins jugés blasphématoires - ont été condamnés à des peines d’emprisonnement ferme ou avec sursis pour avoir trop ouvertement manifesté leurs opinions. Un des jeunes de Mahdia, Ghazi Beji, condamné à sept ans de prison, a notamment obtenu l’asile politique en France, devenant ainsi le premier réfugié politique de la Tunisie post-Ben Ali. Outre ces affaires judiciaires médiatisées, il n'est pas rare que les journalistes tunisiens soient harcelés et des élus intimidés ou menacés, voire même tués comme Lotfi Naguedh, membre de Nida Tounès et Chokri Belaïd, le secrétaire général du Mouvement des patriotes démocrates.

Le chef de l’État tentera donc de faire passer ses messages, en se gardant de prêter le flanc aux accusations d’ingérence dans les affaires internes tunisiennes. « Nous serons attentifs au respect d’un certain nombre de valeurs mais nous n’avons pas de leçons à donner », résume un conseiller élyséen.

Absence de Manuel Valls et prudence diplomatique

De nombreux ministres français accompagneront François Hollande lors de ce déplacement en Tunisie. Seront notamment présents Laurent Fabius, Pascal Canfin, Nicole Bricq, ou encore Najat Vallaud-Belkacem. Un poids lourd du gouvernement sera toutefois absent : le ministre de l’Intérieur Manuel Valls. Après l'assassinat de Chokri Belaïd, tué par balles le 6 février à Tunis, il s'était attiré les foudres du parti islamiste au pouvoir Ennahdha pour avoir mis en garde contre la montée d'un « fascisme islamique » en Tunisie. C’est donc peu dire que l’homme-fort du gouvernement Ayrault n’était pas le bienvenu. « Manuel Valls ne sera pas du déplacement pour cause de calendrier incompatible » se défend-on, un peu gêné, à l’Élysée.

Plus globalement, le président français n'a programmé aucun entretien avec des responsables d’Ennahdha ni d'aucun autre parti au pouvoir lors de son séjour tunisien, même s'il rencontrera bien évidemment ceux qui occupent des fonctions officielles, comme Ali Larayedh, Premier ministre issu de la mouvance islamiste. Il s’entretiendra également avec de nombreux membres de l’opposition (Hamma Hammami, Béji Caïd Essebsi, Samir Taïeb…) et de la société civile (Yadh Ben Achour, Basma Khalfaoui, Habib Kazdaghli…).

La situation de crise en Égypte, où l'armée a écarté les Frères musulmans (proches d'Ennahdha) du pouvoir, n'incite pas à l'imprudence diplomatique du côté français. Un faux pas pourrait vite être interprété comme un soutien aux islamistes ou, au contraire, à leurs opposants. Or si la France, dans un communiqué publié le 3 juillet, « prend acte » des dernières évolutions en Égypte, souhaitant que « les échéances soient préparées dans le respect de la paix civile, du pluralisme, des libertés individuelles et des acquis de la transition démocratique, afin que le peuple égyptien puisse choisir librement ses dirigeants et son avenir », Ennhahda a, de son côté, clairement exprimé son soutien à Mohamed Morsi, qui qualifie la situation dans son pays de « coup d'État » militaire.

Annulation de la dette

À la faveur de cette visite d’État, les Tunisiens s’attendent à ce que le président Hollande s’exprime sur la dette de la Tunisie à l’égard de la France. Ils souhaiteraient notamment que Paris prenne une initiative similaire à celle de l’Allemagne, qui a accepté que les 60 millions d’euros de créances tunisiennes soient convertis et investis dans des projets de développement durable.

Estimé à 1,7 milliard d’euros, le montant emprunté à la France est autrement plus important. « Procéder à l’annulation de la dette tunisienne [environ 50% du PIB, NDLR] pourrait constituer un signal négatif pour la Tunisie sur les marchés internationaux, indique une source à l'Élysée. D’autres options sont envisageables, comme la reconversion d’une partie de la dette. » Si aucune décision ne semble avoir été prise pour le moment, nul doute que le sujet sera mis sur la table à un moment ou à un autre lors de la visite présidentielle.

La Syrie et le contexte sécuritaire régional

au même titre que le coup de force en Égypte, le conflit syrien sera évoqué par François Hollande et ses hôtes. Des centaines de jeunes tunisiens ont rejoint des brigades jihado-salafistes en Syrie et leur retour au pays représente une menace non-négligeable. Français et Tunisiens aborderont également la question de la sécurité régionale, marqué par la crise égyptienne et surtout la situation préoccupante en Libye qui influe directement dur la Tunisie. Trafic d’armes, camps d’entraînements, présence d’Aqmi, émergence du mouvement jihadiste et amélioration du contrôle des frontières sont autant de points qui risquent de provoquer une gêne du côté tunisien, le gouvernement ayant semblé pendant longtemps - et jusqu'à récemment - faire preuve d’indulgence face aux extrémistes qui menacent directement l’État et la transition démocratique.
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Benjamin Roger et Frida Dahmani, à Tunis

Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Hollande en Tunisie : les dossiers chauds d'une visite très attendue | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

vendredi 4 mai 2012

Tunisie/affaire Nessma TV: Washington préoccupé par le jugement (ambassadeur)

L'ambassadeur des Etats Unis en Tunisie, Gordon Gray, a exprimé jeudi sa "préoccupation" et sa "déception" après l'annonce du jugement condamnant le patron de la chaîne de télévision Nessma au paiement d'une amende pour "atteinte au sacré".
Cette "condamnation soulève de sérieuses préoccupations au sujet de la tolérance et la liberté d'expression dans la nouvelle Tunisie", a déclaré M. Gray dans un communiqué transmis à l'AFP.

"Je suis préoccupé et déçu par la condamnation de la diffusion par la chaîne Nessma dun film d'animation dont la distribution avait été préalablement approuvé par le gouvernement tunisien", a ajouté l'ambassadeur.

Evoquant la décision des avocats du patron de Nessma Nabil Karoui de faire appel de sa condamnation, l'ambassadeur a espéré que "l'affaire sera résolue d'une manière qui garantit la liberté d'expression, un droit humain fondamental refusé aux Tunisiens durant l'ère Ben Ali", a-t-il ajouté.

M. Karoui a été condamné au versement d'une amende de 2.400 dinars (1.200 euros) pour la diffusion au public d'un film "troublant l'ordre public et portant atteinte aux bonnes moeurs", selon la décision du tribunal de première instance de Tunis.

Le tribunal a également condamné à une amende un responsable de la production et un technicien de la chaîne.

M. Karoui était absent à l'annonce du verdict qui coïncidait avec la Journée mondiale de la liberté de la presse, célébrée en Tunisie depuis la chute de l'ex-président Ben Ali en janvier 2011 sous la pression d'un soulèvement populaire.

jeudi 3 mai 2012

Journée de la liberté de la presse : la Tunisie en hôte d'honneur

Célébrée chaque année aux quatre coins du globe, la Journée mondiale de la liberté de la presse se tient ce 3 mai. Et si des manifestations sont prévues dans le monde entier, c’est la Tunisie qui accueillera les principales célébrations de cette 19e édition. Le mot d’ordre : « la liberté des médias a le pouvoir de transformer les sociétés ».

Créée en 1993 à l’initiative de l’Assemblée générale des Nations Unies, la Journée mondiale de la liberté de la presse est célébrée chaque année, le 3 mai. Une date qui permet d’informer les citoyens sur les atteintes portées à la presse, la liberté d’informer étant loin d’être acquise dans de nombreux pays du globe. En effet, aujourd’hui encore, des publications sont censurées, condamnées, suspendues ou n’ont tout simplement pas le droit de paraître, tandis que des journalistes, des rédacteurs en chefs et des éditeurs sont harcelés, attaqués, détenus ou même tuer.

L’initiative vise donc non seulement à rendre hommage aux professionnels de l’information ayant perdu la vie dans l’exercice de leur fonction, à évaluer l’état de la liberté de la presse dans le monde, mais aussi à encourager et développer les initiatives en faveur de cette cause. Cette année, la Tunisie, qui fut le point de départ des « Révolutions arabes », a d’ailleurs été choisie pour accueillir les principales célébrations de cette 19e Journée mondiale de la liberté de la presse ; des festivités organisées conjointement par l’Unesco et le gouvernement tunisien. En effet, les soulèvements de 2011 ont mis en exergue le pouvoir des médias et le combat des peuples pour la liberté d’expression. Symboliquement, des conférences ayant pour mot d’ordre « Les nouvelles voix : la liberté des médias a le pouvoir de transformer les sociétés » se tiendront donc àTunis jusqu’au 5 mai.

La journée sera également l’occasion de remettre le Prix de la liberté de la presse Unesco/ Guillermo Cano, décerné cette année à Eynulla Fatullayev, ancien rédacteur en chef et fondateur de l’hebdomadaire populaire indépendant russophone « Realny Azerbaijan ». Emprisonné en 2007, ce journaliste a été libéré l’année dernière, à la faveur d’une grâce présidentielle. Malgré les risques encourus, il n’a cessé, tout au long de sa carrière, de défendre la liberté de la presse et d’expression. En juillet 2011, il a notamment créé l’Union publique pour les droits de l’homme, une organisation non gouvernementale de défense des droits de l’homme.

Rappel aux gouvernements sur la nécessité de respecter leurs engagements, moment de réflexion privilégiée pour les médias professionnels, la Journée mondiale de la liberté de la presse, sous l’impulsion de gouvernements, d’ONG, d’organisations de médias, d’écoles ou d’université, fera l’objet, au cours des prochaines 48 heures, de manifestations dans le monde entier.

Le site de la Journée mondiale de la liberté de la presse

Par Marie-Laure Makouke - Publié le 3 mai 2012 

mercredi 2 mai 2012

La liberté de la presse célébrée en Tunisie

Demain aura lieu la Journée mondiale de la liberté de la presse. A cette occasion, l’UNESCO encourage les initiatives des démocraties naissantes, dénonce la censure et de rend hommage aux journalistes qui ont perdu la vie à travers le monde. Tunis sera cette année le siège principal de l’événement.

© Reuters Pictures
En 2010, le printemps arabe a mis en évidence le pouvoir des médias et le combat des peuples pour la liberté d’expression. La Tunisie s’est illustrée comme le précurseur et le modèle de ces révolutions. Les blogs et les réseaux sociaux ont aussi joué un rôle déterminant pour la circulation de l’information. L’UNESCO a donc souhaité que l’événement principal se tienne à Tunis du 3 au 5 mai. Deux jours de conférences sont prévus avec pour thématique : « Les nouvelles voix : la liberté des médias a le pouvoir de transformer les sociétés ».

Le Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano 2012 sera remis à Eynulla Fatullaïev, le journaliste azerbaïdjanais qui a passé quatre années en prison pour de fausses accusations. Sa libération avait été saluée par la Communauté internationale.

Divers événements auront lieu dans le monde entier pour célébrer cette journée. La plateforme Ushahidi a été mise en ligne pour repérer les événements organisés à travers le monde. En Espagne par exemple, les journalistes lanceront un cri d’alarme avec pour slogan : « Sans journalisme, pas de démocratie ». Depuis 2008, 6.234 journalistes ont perdu leur travail et 57 médias ont fermé, selon la Fédération des associations de journalistes d’Espagne.

Astrid Thins (stg)

mercredi 02 mai 2012 à 15h25 

dimanche 29 avril 2012

Printemps arabe : la grande incompréhension

Il y a plus d'un an, de nombreux médias et observateurs pointaient l'autoritarisme politique des pays comme la Tunisie et l'Egypte comme cause de leurs révoltes populaires. Pour sûr, le manque de choix démocratique, en particulier avec une parodie régulière d'élections, était un élément principal d’explication de ces soulèvements populaires. La plupart des observateurs ont omis l'autre cause du printemps arabe: le manque de liberté économique (même s’ils ont pu mentionner la «corruption»). Car, en réalité, ces pays connaissaient depuis des années non seulement une parodie de démocratie, mais aussi de capitalisme.

Une révolution du laissez-faire

Dans un article de Février 2011, l'économiste péruvien Hernando de Soto a utilisait le terme « apartheid économique » pour décrire la situation en Egypte pendant l'ère Moubarak. Habib Sayah, militant tunisien, qui a depuis lancé l'Institut Kheireddine, expliquait dans un article lumineux comment la révolte tunisienne avait commencé comme une révolution pour de libre-échange, une révolution pour le laissez-faire, une révolution pour la liberté économique : quand Mohammed Bouazizi s’immole, c’est le cri de désespoir d'un petit entrepreneur, empêché par les autorités de son pays de faire des affaires, le petit commerce informel de la vente de fruits et légumes, afin de gagner assez d'argent pour nourrir sa famille. Bouazizi n'était pas un militant politique, il ne se préoccupait pas de politique : il n'avait pas le temps pour cela, trop occupé à essayer de surmonter tous les obstacles, à la fois formels et en termes de corruption, que les pouvoirs publics mettaient sur le chemin de petits entrepreneurs. Le 17 Décembre 2010, au prétexte qu'il n'avait pas payé une amende, les autorités ont pris tous ses fruits et sa balance électronique. À ce moment précis, non seulement a-t-il perdu tout ce qu'il avait pour subvenir aux besoins de sa famille, mais désormais, il ne pouvait plus rembourser ses dettes…

Les décideurs publics pointent souvent du doigt le secteur informel comme un problème. Mais n’est-ce pas plutôt eux le problème ? Car, pourquoi Bouazizi était-il dans le secteur informel ? Pourquoi ne menait-il pas une petite entreprise formelle ? Il était un homme qui travaillait dur : comment expliquer ce paradoxe ? La réponse réside dans le manque de liberté économique en Tunisie. L'équipe de De Soto a calculé que, pour créer une entreprise formelle, il aurait fallu 55 démarches administratives qui prennent jusqu'à 142 jours et coûte l'équivalent de 3233 $ (environ un an des revenus de Bouazizi). Et même si Bouazizi avait eu de telles ressources, il aurait été pratiquement impossible pour lui de les mettre en commun avec de nouveaux partenaires, de profiter d’une responsabilité limitée pour protéger son patrimoine et celui de sa famille, ou même attirer de nouveaux investisseurs en émettant actions. Le rapport de la liberté économique dans le monde en 2009 classait l'Egypte 93ème et la Tunisie 94ème (sur 141 pays).

Pourquoi une explication si évidente du printemps arabe - en termes de manque de liberté économique – a-t-elle été omise ?

« Pro-business » n’est pas « pro-marché » : l’illusion du capitalisme de copinage

La première réponse réside probablement dans le fait qu'il semble que ces pays avaient justement troqué une véritable démocratie contre un modèle de croissance économique favorable aux entreprises et en conformité avec le credo des institutions de Bretton Woods. Une sorte de modèle de développement du type « capitalisme en échange de la démocratie ». Il y avait probablement une attitude « pro-business » au niveau des preneurs de décision, en particulier pour les entreprises proches du pouvoir politique, mais pas une attitude de « pro-marché ». La différence est importante.

La détermination d'une élite à écarter la concurrence afin de monopoliser les rentes du pays nécessitait d'éviter le financement d'une opposition sérieuse : maintenir la pauvreté était presque un impératif. Mais pauvreté signifiait aussi montée des mouvements radicaux, justifiant davantage d’autoritarisme : le cercle vicieux entre oppression économique et politique se fermait.

Cette apparence de « pro-business » de la part de ces régimes (en fait des régimes de « capitalisme de copinage ») et la confusion de celle-ci avec la liberté économique « pro-marché », est probablement une explication de pourquoi les observateurs ne se rendent pas compte que l'absence de liberté économique était en fait le problème.

Indignés ?

La deuxième réponse à pourquoi les commentateurs n'ont pas vu le printemps arabe comme une révolution pour le « laissez-faire » réside sans doute dans les « révoltes » parallèles qui ont eu lieu aux États-Unis et en Europe: Occupy Wall Street ou les Indignés. Il a pu sembler « évident » à beaucoup que les deux « Printemps » avait une cause similaire. Même si la crise de l'Occident était en réalité celle d’unmodèle démocratique dysfonctionnel, l'interprétation dominante (erronée) était celle d’une crise de l’ultralibéralisme, de la déréglementation et, en fin de compte, de la liberté économique : il aurait été alors, sur cette base, difficile que ces observateurs ordinaires détectent la cause réelle du printemps arabe, vu comme « parallèle », dans l'absence de liberté économique.

Si le printemps arabe avait été largement interprété comme une révolution pour le « laissez-faire », cela aurait certainement suscité plus de réflexions sur le rôle central de l'entrepreneur dans le développement économique, et du rôle fondamental de la liberté économique pour laisser s’épanouir cet entrepreneuriat générateur de prospérité. Or, l'avenir du printemps arabe réside précisément dans la capacité des nouveaux gouvernements démocratiquement élus à mettre en œuvre des mesures empêchant le capitalisme de copinage, rétablissant l’état de droit et favorisant la liberté économique, dans le but d'assurer la prospérité générale. Ils serait dommage de rater l’opportunité.

Emmanuel Martin, le 25 avril 2012 - Emmanuel Martin est analyste sur www.UnMondeLibre.org.

http://www.unmondelibre.org/Martin_cause_oubliee_250412

vendredi 27 avril 2012

Emel Mathlouthi - Kelmti Horra

Ce disque est important, voire crucial. Pour sa créatrice Emel Mathlouthi, certes, une Tunisienne de 29 ans dont c’est la première œuvre «officielle» et combien aboutie. Mais il vaut son pesant d’or aussi pour l’ensemble de la pop arabe moderne. Kelmti Horra (Ma voix est libre) s’inscrit d’emblée dans le momentum du printemps arabe et s’impose instantanément comme une référence. Peut-être l’aune à laquelle devraient se mesurer les prochains enregistrements du Maghreb, tant sur le plan de l’esthétique que sur celui du discours et de l’engagement politique. Les textes – traduits dans le livret – ne manquent pas d’éloquence. Mais l’expression de la chanteuse et son audace dans les arrangements rendent cette œuvre poignante, surprenante, admirable. Respect!

par RALPH BONCY
26 AVRIL 2012 

jeudi 19 avril 2012

Liberté, éthique et technologie : 1- La fertilité du procesus technologique

La liberté et la responsabilité en matière de création, de marché et de modes de vie permettent le développement de l’esprit de créativité, le cercle économiquement vertueux de l’investissement rentable et l’arbitrage complexe de l’adoption technologique.

L’esprit de créativité s’exprime pleinement quand il inspire les jeunes générations et pour cela imprègne la société et sa culture. Pour s’exprimer facilement dans un domaine précis, il doit aussi s’être exprimé à la vue de ses futurs créateurs dans de vastes domaines. Certaines pensées religieuses, magiques ou tout simplement traditionnelles peuvent freiner ou empêcher cet esprit de créativité. L’immense chance de la civilisation européenne est d’avoir bénéficié des influences greco-romaines et chrétiennes, bien plus rationnelles et libérales que la plupart. Ce n’est donc pas un hasard si les révolutions scientifique, puis industrielle, puis informationnelle sont nées dans les pays de culture européenne. La joie de découvrir, consubstantielle à l’esprit humain, s’y est ainsi épanouie plus vite et plus complètement, avant de voir ses résultats et une grande partie de ses valeurs être adoptés par d’autres cultures.

Outre cette joie de découvrir et cette liberté d’explorer, le processus technologique est aujourd’hui principalement un processus économique participant à des flux commerciaux complexes répondant à des besoins individuels s’intégrant en un contexte social évolutif. Pour connaitre les préférences des consommateurs, pour arbitrer l’affectation des ressources disponibles et pour stimuler l’émergence des meilleures solutions, une économie libre est nécessaire.

Durant près d’un siècle les pays communistes ont prétendu administrer la production, donc la consommation, sans laisser de véritable choix aux individus. Aux premières années de l’URSS, le débat jusque là théorique porté par le marxisme prenait un tour politique spectaculaire, embrasant les sphères intellectuelles de l’Occident. Dès 1920 l’économiste autrichien Ludwig von Mises, dans un article devenu célèbre intitulé Calcul économique dans le marché commun socialiste , souligna la nécessité d’un marché libre pour établir des prix rationnels et pertinents. Dans sa foulée le futur prix Nobel Friedrich Hayek qui sera reconnu notamment pour ses travaux sur l’économie de la connaissance, publiait en 1945 un article complémentaire sur ce thème, intitulé L’utilisation de la connaissance en société. Il expliquait « La concurrence est précieuse précisément parce qu’elle constitue une méthode de découverte qui serait inutile si ses résultats pouvaient être prédits ».

Sans marché libre pas de prix libres. Sans prix libres, pas de mutualisation de l’immense richesse informationnelle portée par les innombrables acteurs économiques et leurs contraintes ou souhaits individuels. Sans cette mutualisation, on ne sait ni arbitrer rationnellement les ressources productives ni même décider quels besoins satisfaire en priorité. Arbitrer rationnellement quelles technologies développer, quels produits adopter, quels chercheurs ou ingénieurs promouvoir, nécessite les flux informationnels portés par les prix libres sur un marché libre. Cet arbitrage, fondamental pour tous les flux économiques est particulièrement crucial pour ceux dont le contexte est rapidement ou amplement évolutif, au premier rang desquels les processus technologiques.

Le communisme prétendait dépasser le libéralisme dans le domaine de la technologie. Hormis certaines technologies militaires hyperfinancées, il n’a finalement réussi que difficilement à dépasser le stade de la recherche fondamentale. A la Chute du Mur, l’écart entre Occident et monde soviétique était immense, des pâtes dentifrices aux voitures, de l’informatique aux soins médicaux. Les régimes communistes avaient pourtant tenté de puiser dans un massif espionnage industriel et un maladroit plagiat des prix occidentaux la connaissance que jamais le socialisme n’a su faire jaillir.

Durant les années 1990 mon travail de recherche puis de jeune entrepreneur a été consacré aux logiciels statistiques capables d’apprendre grâce à l’expérience du monde réel. Les systèmes automatisés mis au point par notre startup française et ses clients mondiaux ont lu une proportion importante des chèques aux USA, filtré des pièces industrielles aéronautiques défectueuses à l’aide d’images infra rouge ou prévu avec une fiabilité inégalée les affluences autoroutières. A la Chute du Mur nous avons suscité l’intégration du grand mathématicien russe Vladimir Vapnik au sein des prestigieux laboratoires privés AT&T Bell Laboratories (depuis dispatchés) qui virent naitre d’innombrables découvertes fondamentales ou technologiques du domaine des technologies de l’information. Les extraordinaires recherches mathématiques de Vladimir Vapnik incorporaient alors en quelques années aux USA et en France des technologies de l’information utiles à la vie de tous. En 30 ans jamais l’URSS n’avait su en tirer parti.

Cependant au prétexte d’une recherche fondamentale prétendument trop en amont pour motiver les entrepreneurs sur des critères lucratifs, les puissances publiques de la plupart des pays ont largement investi le champ de la recherche et biaisé celui de la technologie. Au fil du 20ème siècle les démocraties sociales ont dilapidé des ressources de plus en plus considérables dans une recherche publique subventionnée qui décourage la concurrence privée sans en avoir le dynamisme de l’investissement ni la vision entrepreneuriale.

Là encore, une observation des résultats comparatifs est radicalement éclairante. La France obtient, via les anciens de l’ENS, nombre de médailles Fields récompensant la recherche mathématique faite de réflexion solitaire et d’échanges entre pairs. Cependant la France échoue en matière de prix Nobel scientifiques où dominent les USA dont la recherche est conduite sur contrats commerciaux par des structures concurrentielles aptes à gérer efficacement des coordinations complexes mobilisées de nos jours par les disciplines scientifiques autres que mathématiques.

Au début de la décennie 1990 l’un d’entre nous, mondialement célèbre pour les avancées industrielles qu’il avait portées aux USA envisagea de revenir en France afin d’accorder une éducation francophone à ses enfants. Les grands groupes français, empêtrés dans les grilles salariales restrictives imposées par les syndicats furent incapables de lui proposer un salaire supérieur à une fraction de ce qu’il gagnait alors outre-Atlantique dans un marché de l’emploi libre. Consterné, il prit alors la décision inattendue de rester en pays anglo-saxon, où se trouvaient en outre, une chose engendrant l’autre, les meilleures compétences.

La fin du XXe siècle a vu monter en puissance des problématiques environnementales prétextes éventuels commodes à des filières technologiques parasites peuplées notamment de politiciens véreux, de militants péremptoires, de chercheurs subventionnés ou d’industriels boiteux. L’accroissement du rôle public conduit à un résultat dans la droite ligne de celui prévu par les économistes de l’Ecole des choix publics et perfectionné par l’économiste François Guillaumat : la recherche d’une subvention incite à dilapider à l’avance sa valeur en efforts pour l’obtenir, et son obtention ne signifie pas qu’il en sera fait un usage efficace et loyal répondant réellement aux objectifs recherchés, eux mêmes étant éventuellement par démagogie ou corruption fort éloignés de ce qui serait réellement utile. L’enseignement de l’Ecole des choix publics enseigné par Jean-Jacques Rosa à Sciences Po une année fut empêché l’année suivante. Ses rudes vérités économiques furent jugées trop subversives pour cet établissement formant nombre de futurs haut fonctionnaires et leurs interlocuteurs. L’autruche qui se cache sa tête sous le sol n’empêche pas véritablement le danger de venir. De fait, la fertilité du processus technologique se trouve aujourd’hui menacée par la puissance publique.

Le premier chapitre des relations entre liberté, éthique et technologie est ainsi le respect de la liberté et de la responsabilité des créateurs et des acteurs économiques, qui fonde leur esprit de créativité et se trouve au cœur de la rationalité de leurs décisions. L’arbitraire des puissances publiques porte un vice de mensonge économique, et la liberté du marché est nécessaire à la recherche vertueuse de la vérité économique.

Lien raccourci: http://www.contrepoints.org/?p=73773

Publié le 18/04/2012

samedi 14 avril 2012

Quand créationnisme veut rimer avec liberté

(Agence Science-Presse) Vu de l’extérieur, on ne s’étonne pas tant qu’un État américain, le Tennessee, ait voté une loi autorisant l’enseignement du créationnisme à l’école. Ce qui surprendra le plus les non-Américains est qu’il s’agit du même État qui avait vécu un procès sur cette même question... il y a 87 ans.

Les journaux du Tennessee étaient massivement contre cette loi. Et l’appelaient le «monkey bill», la «loi du singe»: une référence au «procès du singe», au cours duquel, en 1925, le Tennessee avait poursuivi un professeur de science, John Scopes, pour avoir eu l’audace d’enseigner l’évolution dans sa classe.

Cette année, retour vers le passé: mardi dernier, le gouverneur du Tennessee a autorisé l'adoption de ce nouveau «monkey bill», voté par les deux chambres de l’État (contrôlées par les républicains). La loi en question autorise les professeurs des écoles publiques à enseigner les «alternatives» à la «théorie de l’évolution». «Une pensée critique crée une bonne science», se réjouit le Centre international pour la foi et la science de Knoxville.

De fait, le premier paragraphe de cette loi pro-créationniste se lit ainsi:

Un objectif important de l’enseignement des sciences est d’informer les étudiants sur les preuves scientifiques et d’aider les étudiants à développer les capacités à une pensée critique, nécessaires pour devenir des citoyens intelligents, productifs et scientifiquement informés.

Un autre État américain vit avec une semblable loi depuis 2008, la Louisiane. Depuis l’an dernier, trois autres États, le New Hampshire, l’Oklahoma et le Texas, ont vu de tels projets de loi cheminer parmi leurs élus, avant d’être rejetés ou mis sur la glace.

Quant au réchauffement climatique, il n’a qu’à bien se tenir, parce que le second «attendu que» de la nouvelle loi se lit ainsi:

(2) L’enseignement de certains sujets scientifiques, incluant, mais non exclusivement, l’évolution biologique, les origines chimiques de la vie, le réchauffement planétaire et le clonage humain, peuvent causer la controverse; et (3) certains professeurs peuvent être incertains des attentes à propos de la façon dont ils doivent présenter l’information sur de tels sujets.

En fait, relèvent les critiques, cette loi témoigne de l’évolution... des créationnistes. Depuis, en fait, qu’une décision de la Cour suprême, en 1987, a interdit l’enseignement du créationnisme dans les écoles publiques, au nom de la séparation entre l’Église et l’État, centrale à la constitution américaine. Résultat, les observateurs ont remarqué à la fin des années 1990, que les efforts consistaient désormais à cesser d’employer le mot «créationniste» pour le remplacer systématiquement par «dessein intelligent». Et aujourd’hui, même l’expression «dessein intelligent» n’apparaît nulle part: le mot-clef —une stratégie publiquement défendue par l’Institut Discovery de Seattle, leur chef de file— est devenu liberté, comme dans «liberté académique» ou «liberté d’enseigner».

Agence Science-Presse, le 12 avril 2012, 9h57

http://www.sciencepresse.qc.ca/actualite/2012/04/12/quand-creationnisme-veut-rimer-liberte

vendredi 14 octobre 2011

La Tunisie joue sa liberté

Pendant que la France vit ses dernières heures de primaires citoyennes, la Tunisie retient son souffle, en vue d'une "Constituante" cruciale pour son avenir. Pour la première fois, des citoyens vont pouvoir choisir, en toute liberté, ceux qui auront les pleins pouvoirs pour redessiner les institutions et rédiger la première constitution de l'après-Ben Ali.

Jusqu'ici, la Tunisie a fait un sans-faute pour gérer la transition. Grâce à la maturité d'un peuple qui a su s'auto-limiter, au gouvernement provisoire qui a su tenir le gouvernail, et à quelques figures de sagesse exemplaires comme Yadh Ben Achour. Son comité de juristes a fait voter une loi électorale et a su tenir les deux bouts d'une instance où siège une myriade d'organisations allant des communistes aux islamistes.

Ce parcours de l'après-révolution doit être salué. Il est admirable. Les Tunisiens peuvent être non seulement fiers de leur révolution mais aussi du chemin parcouru depuis. Ils ont tous les atouts pour réussir l'après. Un petit pays, plutôt éduqué, plutôt sécularisé, et une économie prometteuse, qui ne repose pas sur l'exploitation d'hydrocarbures mais sur l'ouverture : le tourisme. On aimerait croire que cela suffira. Mais voilà que se profile le plus difficile. Dans cette démocratie balbutiante, les Tunisiens doivent choisir les rédacteurs de leur avenir parmi cent listes où surnagent cinq grands partis, dont le parti islamiste Ennahda, sans doute le plus connu. Le délai a été court pour rattraper ces écarts de notoriété.

Les premières enquêtes situent les islamistes entre 20 % et 30 %. Mais le danger réside moins dans le score d'Ennahda que dans le manque de lucidité des politiques qui lui font face. A l'exception du tout nouveau parti Doustourna de Jawhar Ben Mbarek (jeune, juriste et laïque), tous semblent avoir renoncé à mener une bataille sémantique capitale : éviter que l'islam apparaisse comme la religion de l'Etat tunisien.

Ce sera l'obsession inavouée des élus d'Ennahda, souvent avocats et maîtres dans l'art du double discours. "Démocrates" quand ça les arrange mais à l'affût pour poser, ici ou là, des formulations "théocrates" dans la Constitution. Avant même d'entamer les négociations, ils sont parvenus à assimiler la "laïcité" à une forme d'athéisme, voire à de la colonisation occidentale. Qu'en sera-t-il pendant et après ?

Selon un scénario bien rodé et bien connu, Ennahda se présente déjà comme un "juste milieu" comparé aux excès salafistes qui se déchaînent. Après avoir attaqué des maisons closes et le film de Nadia El Fani, Laïcité Inch' Allah, les voilà qui s'en prennent à la chaîne de télévision privée Nessma... pour avoir diffusé le très beau film de Marjane Satrapi, Persepolis, qui raconte la prise de pouvoir des intégristes en Iran et représente Dieu dans une scène. Le directeur de la chaîne, Nebil Karoui, a commencé par tenir bon, avant de commettre une volte-face spectaculaire. Allant jusqu'à présenter ses excuses pour avoir porté atteinte au "sacré". Cette capitulation en rase campagne envoie un signal terrible. L'intimidation paie, et rien ne lui résiste. A moins d'un sursaut, laïque et déterminé, la liberté d'expression - si chèrement acquise - est en sursis en Tunisie.


par Caroline Fourest (Chronique "Sans détour")


  | 14.10.11 | 13h17 • Mis à jour le 14.10.11 | 13h43

http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/10/14/la-tunisie-joue-sa-liberte_1587853_3232.html

samedi 1 octobre 2011

Tunisie: la liberté d'expression des médias en question à la veille de la campagne

A la veille de l'ouverture officielle de la campagne devant mener à l'élection du 23 octobre, les médias tunisiens sont tiraillés entre une liberté d'expression nouvellement acquise et des restrictions imposées par l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE), censées garantir l'équité du scrutin.

L'ouverture de la campagne électorale s'accompagne notamment pour la presse de l'interdiction de publier, commenter ou analyser des sondages. L'ISIE défend cette interdiction, la préférant à des publications dont le contrôle et la crédibilité ne sont pas garanties en raison de l'absence de cadre juridique et du manque de culture des sondages dans les organes de presse, a indiqué Larbi Chouikha, porte-parole de l'ISIE. Il met en avant le caractère "inédit" de la situation et la "menace de faire capoter le processus électoral". Les médias privés sont eux invités à présenter à l'ISIE un "plan de couverture" de la campagne électorale ouvrant la porte à une accréditation par l'instance. Ils doivent notamment garantir l'aspect contradictoire des débats préélectoraux. "Nous interprétons les règles de manière laxiste", tente de rassurer M. Chouikha. Il en va jusqu'aux médias étrangers, à travers lesquels aucun candidat ne peut s'exprimer si le média n'est pas accrédité pour couvrir la campagne. Là encore l'ISIE reconnaît son impuissance à sanctionner et le caractère incantatoire de ses règles, derrière lesquelles se cache aussi la crainte d'une présence médiatique trop forte des partis islamistes. (BPE)

 Source: Belga

vendredi 30 septembre 2011 à 12h53

http://www.levif.be/info/belga-politique/tunisie-la-liberte-d-expression-des-medias-en-question-a-la-veille-de-la-campagne/article-1195112178251.htm

mardi 13 septembre 2011

Quand on vous dit "ordinateur", vous pensez "Windows". Quand vous entendez "traitement de texte", c'est "Microsoft Office". Quelqu'un vous parle de "fichier PDF", vous comprenez "Adobe Reader". "Traitement d'image" ? "Photoshop" !

Depuis de très longues années, ces logiciels précités, quelques soient leur fonction, dominent largement leurs concurrents. Pourtant ils ne sont ni libres (il est interdit de les modifier), parfois payant (très chers), et ne sont pas forcément de meilleure facture que leurs homologues "libres". Des homologues dont on entends rarement parler. Et pour cause. Leurs créateurs ne disposent ni des moyens financiers, ni des moyens médiatiques que peuvent s'offrir les grandes sociétés développant du "propriétaire".

Tout d'abord, pour bien comprendre ce dont il est question, voyons les définitions de "logiciel propriétaire" et de "logiciel libre".

Logiciel libre (wikipedia) : Un logiciel libre est un logiciel dont l'utilisation, l'étude, la modification et la duplication en vue de sa diffusion sont permises, techniquement et légalement1, afin de garantir certaines libertés induites, dont le contrôle du programme par l'utilisateur2, et la possibilité de partage entre individus.

Logiciel propriétaire (wikipedia) : Un logiciel propriétaire, ou logiciel privateur, ou encore logiciel non libre, est un logiciel dont la duplication, la modification ou l'usage est limité ; autrement dit un logiciel qui ne correspond pas aux critères définissant le logiciel libre. Ceci se matérialise par des limitations légales, matérielles, ou logicielles dans l'utilisation, la diffusion, la modification, ou l'évolution.

Il est important de ne pas faire l'amalgame libre/propriétaire et gratuit. Un logiciel propriétaire peut très bien être gratuit (Adobe Reader...), tout comme un logiciel libre peut être payant (Red Hat entreprise...). Bien que la grande majorité des logiciels libres soient diffusés gratuitement, rien n'y oblige leurs développeurs. Il serait donc malhonnête de réduire le libre au "gratuit" et le "propriétaire" au payant.

La véritable différence entre "libre" et "propriétaire" réside dans le fait qu'un logiciel libre n'appartient à personne. Ni physiquement, ni moralement. Un logiciel libre peut être modifié, adapté, diffusé, re-modifié... et ainsi de suite, un nombre illimité de fois, et par n'importe qui. A l'inverse, un logiciel propriétaire ne peut pas connaitre tout ceci. Au mieux, si il est gratuit (anti-virus gratuits...), il peut être diffusé légalement par n'importe qui. Il n'est cependant pas possible de le modifier où de l'adapter.

Mis à part ceci, quels peuvent donc être les avantages, pour tout un chacun, d'utiliser des logiciels libres à la place de logiciels propriétaires ? Pour un utilisateur lambda, à moins d'avoir des convictions arrêtées et de refuser d'utiliser l'un ou l'autre, seule la qualité du logiciel lui-même entrera en ligne de compte.

Nous allons considérer ici les différences entre les "grands" libres gratuits et leurs homologues propriétaires/payants. D'abord, sachez que lorsque vous achetez un ordinateur, celui-ci étant équipé dans la quasi totalité des cas d'un système d'exploitation Windows (voir ici), vous n'avez aucun logiciel utile (traitement de texte, traitement d'image, tableur...) et de qualité d'installé en version complète. Au mieux vous n'avez que des versions de démonstrations limitées dans le temps et dans leur utilisation. Aussi, pour activer l'ensemble des fonctionnalités de ces derniers, vous serez obligés de passer à la caisse afin d'acheter une licence d'utilisation (99€ minimum pour Microsoft Office, 1000€ pour la version complète du dernier Adobe Photoshop, 40€ pour un antivirus payant à jour...). A moins de verser dans l'illégalité et de télécharger les versions crackées sur internet, la seule alternative de qualité pour remplacer ces derniers est de se procurer leurs homologues gratuits (qui dans la très grande majorité des cas sont également libres).

Ainsi, vous économiserez 99€ en préférant Open Office ou Libre Office à Microsoft Office. Voir aussi 1000€ en prenant The gimp en lieu et place de Photoshop, ou encore n'importe quel antivirus gratuit, qui au final n'est pas plus (ni moins) efficace que les versions payantes. Il peut arriver parfois que les interfaces ainsi que quelques fonctions diffèrent, mais dans l'ensemble les homologues gratuits sont largement équivalents aux versions payantes. Et même si ils sont pour la plus part développés en langue anglaise, ils existent en téléchargement en versions françaises.

Mais imaginez, à votre échelle les économies réalisables du fait de l'utilisation de logiciels libres/gratuits en remplacement des logiciels propriétaires/payants sont déjà importantes. Même sans prendre en compte les plus chers d'entre eux, ces économies peuvent se chiffrer à plusieurs dizaines, et même centaines, d'euros par an.

Qu'en est-il donc pour une entité (société, Etat...) dans l'obligation d'acheter et/ou de renouveler une multitude de licences à plusieurs dizaines ou centaines d'euros l'unité pour ne pas tomber dans l'illégalité. Considérant l'ensemble des ordinateurs gérés par l'Etat français et les administrations françaises, ce sont plusieurs centaines de millions d'euros, voir probablement même plusieurs milliards d'euros, qui pourraient être économisés en remplaçant les logiciels propriétaires payants (Windows, Microsoft office, Norton...) par leurs homologues libres/gratuits. Le tout sans perte de qualité.

Alors bien sur, cela ne pourrait pas se faire d'un coup de baguette magique. Cela demanderait du temps et un minimum d'investissements afin que tout soit organisé de façon à ce que tout se passe bien. Les premières économies ne seraient ainsi peut-être pas réalisées immédiatement, mais il est certain qu'à terme le bénéfice serait d'ordre phénoménal, en particulier en période de crise comme aujourd'hui.

De plus, d'un point de vue purement macro-économique cette fois (formation oblige), les sociétés développant les logiciels propriétaires les plus connus et diffusés à travers le monde (Microsoft, Adobe, Symantec...) sont dans leur très grande majorité installées hors de France et d'Europe. Ainsi, chaque fois que l'un de leur produit est acheté, ce sont des fonds supplémentaires qui "s'évadent" à l'autre bout du monde, alors qu'ils pourraient être utilisés à d'autres fins plus "locales" si l'utilisation des logiciels libres/gratuits se développait. Cela pourrait être vu comme une sorte de politique protectionniste visant à conserver de l'argent dans les frontières françaises et européennes. Mais il est vrai que là il s'agit d'une problématique autre, qui mériterait un article à elle seule.

13-09-2011 15:00 - Ecrit par jcd51

http://www.come4news.com/le-logiciel-libre-gratuit-liberte,-qualite,-economie-172035

mardi 30 août 2011

La vie privée doit être abordée à l'école, estime la CNIL britannique

La CNIL britannique a publié ce mardi un avis dans lequel elle souhaite que les problématiques de vie privée et de confidentialité soient abordées dès l'école primaire. Un récent sondage mené au Royaume-Uni a montré que la majorité des sondés s'intéresse peu à ces sujets, pourtant primordiaux.




À l'heure où les outils de communication sont omniprésents, la protection des données personnelles est plus que jamais primordiale. L'explosion des réseaux sociaux, des mondes virtuels et des services en ligne a effectivement poussé les internautes à livrer toujours plus d'informations confidentielles, au risque de ne plus parvenir à gérer cette pléthore de données.

Face à ce défi, la CNIL britannique (ICO, Information Commissioner's Office) souhaite agir en amont afin d'offrir aux internautes du Royaume-Uni le moyen de mieux gérer la diffusion de leurs données personnelles sur la toile. L'organe public aimerait en particulier sensibiliser dès l'école les plus jeunes, très à l'aise avec l'outil informatique mais pas toujours très conscients de l'importance de la problématique de la vie privée.

Le souhait de l'ICO de présenter les enjeux de la vie privée sur Internet fait écho à un récent sondage portant sur 4 000 jeunes Britanniques. Celui-ci a mis en lumière que 88 % des collégiens et 39 % des écoliers ont un profil sur un réseau social, tout en soulignant que 60 % des sondés n'ont pas lu les conditions d'utilisation du service, 32 % ne savent pas ce qu'est une politique de confidentialité et 23 % ne savent pas où la trouver sur le site.

Le souci de sensibiliser les plus jeunes à la vie privée n'est pas spécifique au Royaume-Uni. Dans d'autres pays européens, les autorités suivent la même démarche. C'est le cas de l'Allemagne et de la France. Dans ce dernier cas, le Sénat avait voté en février et à l'unanimité un amendement destiné à intégrer un enseignement sur la vie privée à l'heure d'Internet et sur la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés.


Publié par Julien L., le 30 Août 2011 à 18h09


http://www.numerama.com/magazine/19662-la-vie-privee-doit-etre-abordee-a-l-ecole-estime-la-cnil-britannique.html


jeudi 11 août 2011

Tunisie : la liberté inch'Allah !

Depuis avril, en Tunisie les incidents se multiplient contre les artistes et intellectuels qui défendent la laïcité. Inquiétant.


Une fois, c’est un hasard, deux fois, un indice, trois fois, une preuve. Voilà qui pourrait résumer un enchaînement d’événements préoccupants pour la liberté d’expression en Tunisie. Le 6 avril, le cinéaste Nouri Bouzid était blessé par un individu hurlant des slogans religieux. La veille, il demandait sur les ondes de la radio Mosaïque FM l’inscription du principe de laïcité dans la Constitution. Son agression a suscité l’émoi et l’indignation du monde associatif et de certains partis politiques. Mais lui a également valu plusieurs mises en garde.

Lors d’un meeting politique du mouvement islamiste Ennahdha (« Renaissance »), dénonçant pêle-mêle un complot international contre l’islam, des clips musicaux montrant des corps dénudés de plus en plus nombreux, et une jeunesse qui préfère les soirées nocturnes aux prières matinales, le rappeur Psycho-M contre-attaque : « Si je pouvais, j’utiliserais une kalachnikov contre celui qui a réalisé Making of. Il dit qu’il cherche la bonne voie. Ça ne peut pas être le Coran. Trop vieux pour vous, Monsieur Bouzid ! » Les militants et les sympathisants d’Ennahdha lui font alors un triomphe. La classe politique et les milieux associatifs réagissent à peine.

Un climat explosif

Fin avril, la tension monte. La réalisatrice de Ni Allah, ni maître !, Nadia el-Fani, déclare sur la chaîne privée Hannibal TV : « Je ne crois pas en Dieu, j’ai le courage de le dire… Je sais que c’est très culotté. Mais j’estime que yezzi [« ça suffit » en arabe, NDLR], y en a marre de se cacher… » Quinze secondes d’interview qui mettent le feu aux poudres. Des commentaires d’une extrême violence apparaissent sur le web, la presse s’empare de l’affaire.

Le 26 juin, une centaine de salafistes du mouvement (non autorisé) Hizb Ettahrir saccagent la salle CinemAfricArt et menacent les spectateurs. Leur but : empêcher la manifestation « Touche pas à nos créateurs », organisée par le collectif associatif Lam Echaml, ainsi que la projection de Ni Allah, ni maître ! et celle d’un documentaire consacré au penseur libéral égyptien Nasr Hamed Abou Zayd.

Plusieurs témoins parlent d’agresseurs empestant l’alcool. Des salafistes à l’eau-de-vie (ou de mort) ? Étrange… Le mouvement Hizb Ettahrir pourrait-il être infiltré par d’anciens membres de la police politique rêvant de semer le chaos en Tunisie ? Est-il un allié de circonstance d’Ennahdha ? Un scénario extrême, mais somme toute plausible : Ettahrir permet à Ennahdha d’apparaître sur l’échiquier politique comme un parti modéré, républicain, « islamo-light » par rapport aux salafistes. De même qu’en ne condamnant jamais publiquement Ettahrir les nahdhaouis soignent l’aile la plus radicale de la sphère islamiste.

Ces événements ont été relayés par l’ensemble des médias tunisiens. Et presque tous les partis politiques ont tenu à rappeler leur attachement à la liberté d’expression. Tout en condamnant cette agression, Ennahdha a pris soin néanmoins de rappeler qu’elle ne cautionnait pas les attaques au « sacré ». La Tunisie se retrouve divisée entre ceux qui n’acceptent pas que la liberté de parole s’en prenne au religieux, ceux qui estiment que rien ne saurait l’entraver, et enfin ceux qui prônent un débat plus serein, respectueux à la fois du religieux et de la liberté d’expression.

Débat de haute volée sur sur Shems FM

Le climat est devenu explosif le 28 juin, quand des salafistes ont violemment réclamé devant le palais de justice de Tunis la libération immédiate des militants arrêtés la veille. Le lendemain, les Tunisiens écoutent médusés sur Shems FM un débat de haute volée entre l’historien Mohamed Talbi (auteur notamment de Plaidoyer pour un islam moderne et de Ma religion, c’est la liberté) et l’avocat Abdelfattah Mourou, sémillant cheikh modéré. Un échange savoureux entre théologiens érudits. Talbi développe son argumentaire : il n’y a de vrai dans l’islam que le Coran (pas la vie du Prophète), lequel ne donne pas de prescription quant au mode de prière et prohibe l’ivresse mais pas l’alcool ; le prophète Mohammed a probablement bu du vin ; et la Sunna est tout à fait contestable d’un point de vue théologique.

Talbi rappelle ensuite que les chiites considèrent qu’Aïcha, la femme du Prophète, est une prostituée. Un tsunami ! L’historien, octogénaire lucide et truculent, est voué aux gémonies. Son procès sur la place publique commence. Le débat fait rage dans les universités, les cafés, les meetings politiques, sur Facebook… Elyes Gharbi, journaliste politique, estime que « les événements récents sont très graves, c’est une sonnette d’alarme. On pourrait toutefois y voir une volonté des uns et des autres de se réapproprier la chose publique. Nous sommes dans un balbutiement démocratique. Je reste optimiste ; développer une culture de l’écoute, de la tolérance, du partage, ça aussi c’est un projet de société ! »

Démocratie naissante

Le 5 juillet à Kairouan, plus d’un millier de personnes manifestent (pacifiquement) contre Talbi, El-Fani et ceux qui « veulent souiller l’islam ». Deux jours plus tard, près de 2 500 personnes défilent pour la liberté d’expression à Tunis à l’appel de plusieurs associations et de quelques partis politiques. L’une des voix les plus écoutées du moment, l’ancien porte-parole de la Haute Instance de réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique, Ghazi Gherairi, estime que « la situation est grave sans être alarmante. Certains mouvements non démocratiques sont en train de jauger les capacités de réaction et les résistances de la société civile.

Ils profitent aussi des grandes difficultés que rencontrent l’État et les forces de l’ordre pour régler les problèmes de sécurité autour des réunions publiques. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’un mouvement de fond de la société tunisienne. Il me semble, en revanche, qu’une certaine presse porte une vraie responsabilité. Faire du sensationnalisme avec des appels au meurtre des créateurs ou des penseurs libres ou en ouvrant ses colonnes à des discours obscurantistes est inconscient de la part de ces médias ».

Le fait que Nadia el-Fani ait décidé de rebaptiser son film Laïcité, inch’Allah ne change pas la donne. Et ne calme pas les plus fervents. Le 11 juillet, l’avocat Monem Turki a demandé, sur Hannibal TV, l’arrêt de toute projection du film et a porté plainte contre Nadia el-Fani. Résultat : le procureur de la République auprès du tribunal de première instance de Tunis a ouvert une enquête judiciaire à l’encontre de la réalisatrice. Une première en Tunisie.

De quoi scandaliser le metteur en scène Ezzeddine Gannoun (auteur du remarquable The End et propriétaire de la salle El-Hamra) : « Ce qui se passe est très sérieux. De quel droit certains donnent-ils du kafir (« mécréant », NDLR) à un autre citoyen ? La réaction de la société civile a été positive même si je m’attendais à plus de mobilisation. Je suis surtout inquiet des dérives de certains avocats qui osent dire sur des chaînes de télévision que Nadia el-Fani a commis un crime et que le pardon n’est même pas envisageable la concernant ! Où va-t-on avec de tels raisonnements ? Quelle est la nature du délit ? Avoir exprimé une opinion ? Je dois pouvoir exprimer toutes les opinions que je veux. Y compris sur la religion. Je suis de culture arabo-musulmane. C’est un fait. Le reste ne regarde que moi ! »

À moins de trois mois des premières élections libres de l’histoire de la Tunisie, prévues pour le 23 octobre, le quotidien de la démocratie tunisienne naissante n’est pas un long fleuve tranquille. Et notamment pour celles et ceux qui voudront faire bon usage des biens les plus précieux de tout un chacun : la liberté et la raison !


10/08/2011 à 08h:51 Par Mourad Zeghidi, à Tunis

Lire l'article sur Jeuneafrique.com : Tunisie : la liberté inch'Allah ! | Jeuneafrique.com - le premier site d'information et d'actualité sur l'Afrique

vendredi 5 août 2011

Les étudiants appellent le gouvernement à respecter la liberté de pensée dans les universités


Les étudiants appellent le gouvernement à respecter la liberté de pensée dans les universités
Les étudiants réclament le respect des
libertés publiques dans les établissements
universitaires.
CNA
Le Groupe pour les droits des étudiants, une organisation fondée l’année dernière, a appelé hier le ministère de l’Education à abolir toutes les dispositions disciplinaires allant à l’encontre de la liberté de pensée et d’expression dans 149 établissements universitaires.

Pour se faire entendre de l’administration, le groupe appuie sa demande sur une étude dans laquelle il est montré que 70% des écoles censurent les publications des élèves tandis que 45% d’entre elles restreignent la liberté de réunion. En plus de cela, indique le rapport, 80% des établissements pratiquent le couvre-feu et 64% d’entre eux imposent un appel dans les dortoirs. Le rapport de l’organisation étudiante montre enfin que les établissements techniques sont soumis aux règlements intérieurs les plus stricts.

L’organisation réclame au ministère de l’Education, dans un délai d’un mois, d’abolir ces réglementations contraires aux libertés publiques mais exige aussi le retrait des instructeurs militaires des campus et l’abolition des cours obligatoires d’entraînement militaire dans l’enseignement supérieur. Et pour se faire mieux entendre, les étudiants menace de saisir le Yuan de contrôle, qui a un rôle équivalent au Conseil d’Etat en France, si rien n’est fait d’ici là.

Le ministère de l’Education a immédiatement répondu à la demande des étudiants, et, a-t-on indiqué au ministère, des directives ont été envoyées aux établissements pour le retrait des réglementations qui ne seraient pas conformes aux lois. Le ministère a toutefois indiqué qu’il refusait d’imposer une date limite pour la réforme des réglementations, les établissements étant libres de décider de leur règlement intérieur.

Jeudi 4 août 2011

http://taiwaninfo.nat.gov.tw/ct.asp?xItem=173472&ctNode=467&mp=4