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lundi 30 septembre 2013

France2025 : pour un Vice-Premier ministre à la prospective !

Pensons par l'autre bout de la raison: si la crise actuelle est une chance à l'horizon 2050, comment l'avouer aux français en 2013 alors qu'ils sont au creux de la vague? Pour notre contributeur Mika Mered, consultant, spécialiste en risques polaires à la Columbia University, c'est précisément parce que personne ne l'ose qu'on pratique l'art de la prospective façon petit bras. Des exercices à dix ans ? Pourtant, toutes les armes sont là pour penser 2017, 2020 ou 2025…


Pour que la France se réinvente, trois axes s'imposent : d'abord, dynamiter la superstructure vieille de la seconde révolution industrielle qui cloisonne les générations comme elle cloisonne encore école, université, recherche et entreprises entre elles. Ensuite, le pays doit rebondir en tant que Nation aux mille héritages, par une proactivité systémique et iconoclaste dans le concert mondial, semblable aux décennies, et pour finir, nous devons redevenir précurseurs : aller chercher la croissance d'aujourd'hui là où elle se trouve vraiment, dans la préparation des enjeux de milieu de siècle.

Concrètement, si la France se doit d'être conquérante pour survivre, elle devra apprendre à développer une culture de la trans-sectorialité en s'inspirant de ses voisins nordiques. Elle devra oublier le mythe social-démocrate pour faire place à ce que les islandais appelle la "méta-modernité" : penser collectivement les métissages créatifs de demain. Elle devra identifier et imaginer de nouveaux secteurs autour des arts, de l'hydrogène, de l'Arctique, des Outre-Mers…

Croire en la destruction créatrice pour investir dans l'économie sociale et solidaire comme dans les polartechs, biotechs, cleantechs et autres nanotechnologies qui seront les objets de la concurrence mondiale de 2030-2050. Autrement dit, elle devra se forcer à bâtir un modèle fondé sur la très haute valeur ajoutée, insufflé par un État-stratège modèle de leadership, de flexibilité, d'innovation et d'efficience.

L'immobilisme pour un déclin assuré
Le gouvernement dit avoir 2017 pour agenda. Le MEDEF propose maintenant un effort collectif pour imaginer la France de 2020. Le Commissariat Général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP) a entériné dans sa synthèse "France 2025" le constat fait depuis plus de 10 ans par Yann Algan et Pierre Cahuc, entre autres : l'immobilisme généralisé est le facteur-source du déclin économique.

Même la Commission "Innovation 2030", présidée par Anne Lauvergeon et installée par le Ministère du Redressement Productif, est un effort insuffisant par nature quand la France se gouverne encore à 38 ministres. En effet, comment penser transsectorialité(s) lorsque la concurrence politique est exacerbée tant entre ministres qu'entre administrations pour budgets et visibilité.

Alors, comment accéder dans ce contexte à la méta-modernité d'obédience nordique quand la multiplication des chapelles ministérielles engendre une incapacité structurelle à identifier, prévoir et donc préparer l'avenir de façon holiste ou à valider les travaux d'une commission indépendante? Peut-on faire revenir le Commissariat Général du Plan et la DATAR qui ont façonné la France d'aujourd'hui ?

Osons nous doter d'un vice-Premier ministre à la prospective !
Considérant que la préparation des enjeux de 2050 transcende les portefeuilles et les échelles géographiques, la sortie de crise réclame un organisateur dépolitisé pour un débat national constant sur les "futuribles" (les futurs possibles). Nicolas Hulot proposait dans son pacte écologique de 2007 un vice-Premier ministre au développement durable. Il faut aller encore plus loin.

Regroupant auprès de lui toutes les cellules de prospective ministérielles existantes, ce Vice-Premier ministre à la prospective recouperait donc la futurologie industrielle, écologique, économique, géographique, sociale et internationale pour identifier les méta-trajectoires de la mondialisation et orienter la France d'aujourd'hui pour conduire l'économie mondiale de demain.

A travers l'expérimentation tant technique que politique, il s'inspirerait de l'assemblée constituante islandaise (Stjórnlagaráð, 2011) et d'Opengov, entre autres, pour répondre à l'appel du renouvellement générationnel et de la féminisation de la recherche. Il enclencherait des processus institutionnalisés de démocratie participative pour bâtir de nouveaux modèles d'intelligence collective.

Constitutionnaliser pour imaginer sans idéaliser

C'est parce que la prospective est une méthode de gouvernance et non un outil temporaire qu'il serait nécessaire de constitutionnaliser cette fonction pour assurer sa pérennité. La nomination du Vice-Premier ministre par le Premier ministre le serait pour la durée de la mandature. Elle pourrait être soumise à validation par le Parlement, sur le modèle des commissaires européens. Puis, le Vice-Premier ministre serait soumis seul, chaque année, à un vote de confiance joint et simultané des 925 parlementaires et des 233 conseillers du CESE sur la base de son rendement orientations/financements/recherche/propositions.

Constitutionnellement désolidarisé du Premier Ministre, le Vice-Premier ministre pourrait donc êtrede facto dépolitisé vis-à-vis des affaires courantes. En cela, il aurait pour mission de corriger les limites du bicéphalisme à la française: dépoussiérer la matrice idéologique par un dialogue d'union nationale conduit hors du temps politique rythmé par l'échéance électorale.

Le gouvernement ne s'y trompe pas: ce n'est qu'en se réinventant par l'avenir que la France pourra rebâtir une culture de l'excellence, vitrine de sa singularité dans la mondialisation. A lui maintenant d'y mettre les moyens comme l'Allemagne, la Corée du Sud, l'Australie et les pays nordiques. Au-delà des efforts vains sur 2017, 2020, 2025 ou 2030, ce n'est qu'en revenant à l'"attitude prospective" de Gaston Berger et Bertrand de Jouvenel que la France pourra exister dans la future guerre de la très haute valeur ajoutée. N'oublions pas que la France ne serait la France sans sa culture du sursaut d'orgueil…

Mika Mered | 30/09/2013, 14:10

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