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dimanche 31 juillet 2011

Après le printemps arabe, l'été israélien?

En deux semaines, les timides premières tentes installées à Tel Aviv pour montrer que les gens ne peuvent plus se loger décemment, ont proliféré. Ils étaient 100.000 à manifester hier pour la «justice sociale».



Photo prise à Tel Aviv, le 23 juillet, lors d'une manif. (Reuters)

«Un miracle!» C’est vrai qu’on est en Terre Sainte, mais il est rare d’entendre des dizaines de milliers de manifestants parler de «miracle». Dans une foule laïque où l’on n’aperçoit aucune kippa ou chapeau noir à l’horizon.

C’est donc un miracle? Samedi soir, ils sont sortis joyeux des tentes où ils campent depuis quinze jours sur le boulevard chic de Tel Aviv, le boulevard Rothschild, où poussent les gratte-ciels design des banques et s’ouvre chaque semaine un nouveau restaurant branché dans un immeuble Bauhaus rénové. Là aussi où, au numéro 16, David Ben Gourion a signé en 1948 la déclaration de naissance de l’Etat d’Israël.

La tente, tout un symbole

En deux semaines, les timides premières tentes installées sous les arbres au milieu du boulevard pour montrer que les gens ne peuvent plus se loger décemment à Tel Aviv —plus de 50% d’augmentation des loyers en 5 ans en Israël quand les salaires n’augmentaient que de 17% — ont proliféré. On les voyait gagner petit à petit le kilomètre entier du boulevard attirant des milliers de visiteurs et passants à toute heure du jour et de la nuit, venus de Tel Aviv et d’ailleurs. La tente, tout un symbole, chaque Israélien en a une à la maison, une institution dans ce pays où les jeunes commencent par camper dans la nature et finissent par camper dans les bases militaires. ...

Depuis, cette semaine, des habitants arabes ont planté des tentes dans leurs villes, les Bédouins s’y sont mis, le «peuple» de Facebook appelle à une grève ce lundi: 10.000 signataires… «Un miracle», dit aussi Noam Segal, 30 ans, jeune femme blonde qui dirige deux galeries d’art sur le boulevard Rothschild. «On ne pensait plus que quelque chose allait bouger dans ce pays, et voilà, ça arrive.» «Un miracle», dit également Daoud Khoury, avocat palestinien, qui, depuis trois jours, a fermé son cabinet de Jérusalem pour passer son temps avec les manifestants de Tel Aviv: «Je suis venu voir la révolution! On entend enfin les mots de "riches" et de "pauvres" qu’on n’entendait plus dans ce pays. Et on peut parler de tout… C’est ma place Tahrir»

Où va le mouvement ? Aucune élection en vue avant 2013. L’éventuelle reconnaissance de l’état palestinien aux Nations Unies en septembre pourrait détourner l’attention de la crise sociale mais la crise politique est profonde. «Oubliez le deux-pièces cuisine, s’écrit Gideon Levy, la question est déjà dépassée.» Après le printemps arabe, un été israélien?

Par ANNETTE LÉVY-WILLARD A Tel Aviv

31/07/2011 à 13h31

http://www.liberation.fr/monde/01012351969-apres-le-printemps-arabe-l-ete-israelien

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