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vendredi 27 avril 2012

Sarkozy est-il Ben Ali, Pétain ou Kadhafi ?

Ce n'est plus une campagne électorale mais un lynchage en règle du chef de l'État.

Depuis des années, le pays vivait dans l'arbitraire et sous une féroce dictature. La presse était bâillonnée, les libertés bafouées. À l'heure du laitier, dans les petits matins blafards propices aux mauvais coups, vous risquiez de voir débarquer des séides à la mine patibulaire prompts à vous expédier sans explication dans des geôles humides, où vous attendaient humiliations et tortures. Sous la botte d'un parti unique prédateur, les citoyens tremblaient nuit et jour.

Vous imaginez que cette description s'applique à la Tunisie de Ben Ali, l'Égypte de Moubarak, la Libye de Kadhafi, voire la Syrie d'Assad ? Erreur. Il s'agit en fait de la France, si l'on en croit notre excellent confrère Erik Izraelewicz, directeur du prestigieux quotidien Le Monde, qui n'hésite pas à écrire cette phrase historique : "À l'instar des peuples du monde arabe, les Français entendent congédier leur chef de l'État en termes polis mais fermes." En l'exilant comme Ben Ali ? En l'embastillant, comme Moubarak ? En le tuant comme Kadhafi ? Le confrère ne précise pas.

La valse des anciens courtisans

Cet étrange dérapage étonne d'autant plus qu'il émane d'un journaliste sérieux, pondéré, respecté, du moins jusqu'à présent. L'affaire ne serait qu'anecdotique si elle était isolée. Mais elle est emblématique de l'incroyable et irrationnel climat de haine qui entoure Nicolas Sarkozy. Le journal L'Humanité le compare à Pétain. Ni plus ni moins. L'hebdomadaire Marianne titre - photo peu avantageuse à l'appui - "La honte de la Ve République". Le chef de l'État est accablé de tous les griefs, souvent contradictoires, rendu responsable de tous les maux. On ne lui reconnait aucun mérite, il ne bénéficie ni de la présomption d'innocence, ni du mode de traitement honnête et équilibré que l'on est en droit d'attendre lors d'une campagne électorale. Vae Victis (malheur aux vaincus) : les chacals croient sentir la bonne odeur de la défaite. Leur témérité croît en fonction des sondages défavorables au président de la République.

Est-on bien certain qu'il n'ait pas incendié le Reichstag ? Participé aux expéditions de la bande à Bonnot ou de Pierrot le fou ? Les courtisans d'hier qui s'avançaient le dos courbé et la flatterie à la bouche découvrent brusquement les turpitudes de celui dont ils partageaient la table. Ils deviennent subitement courageux. Illustration de la vieille maxime : "D'abord je lèche, ensuite je lâche, ensuite je lynche." Triste spectacle indigne d'une éternelle et pitoyable comédie humaine.

PIERRE BEYLAU

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