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jeudi 26 septembre 2013

Pays émergents: «fluctuat nec mergitur»

Depuis plus d’une décennie, nous suggérons que les croissances économiques dans les pays émergents dépasseraient durablement celles des pays développés, ce qui devrait se traduire par des performances économiques et financières accrues. Ce postulat s’est en moyenne vérifié sur le long terme, mais les croissances ont été interrompues par des crises régulières dont la dernière date de cette année.

Les moteurs de la croissance sont à chercher dans le développement économique en général de ces pays qui s’accompagne d’investissements importants en capital et en ressources humaines, pour une population souvent jeune et abondante, parfois bon marché. Une dynamique des exportations, combinée à l’entrée de nombre de pays dans une société de consommation avec des besoins croissants expliquent l’efficacité de création de richesses et de valeurs ajoutées. L’importation de techniques de production modernes et l’investissement substantiel en capital humain contribuent à combiner un développement initialement purement quantitatif à une restructuration qualitative qui engendre des gains de productivité.

Comment alors expliquer les retournements de situation les plus récents, et notamment les crises qui ont affecté nombre de ces marchés entre 1997 et 1998 et qui ont réapparu cette année dès le début de l’été?

Une raison parmi d’autres doit certainement être recherchée dans une dépendance certaine de ces pays à des décisions externes qu’ils ne maîtrisent pas. C’est ainsi que l’explication de la crise de la fin des années 90 a été cherchée dans ce que les économistes appellent la «hot money», c’est–à-dire des investissements à court terme purement spéculatifs qui entrent et sortent des pays au gré de considérations financières qui sont le plus souvent indépendantes de fondements économiques à long terme.

Aujourd’hui, la situation n’est en réalité pas très différente de celle des années 90: les pays émergents continuent, pour leur forte majorité, à être tributaires d’investissements étrangers alimentant leur développement et freinant ce dernier lorsque, pour une raison ou une autre, les investisseurs décident de se retirer de ces marchés.

Il n’est pas étonnant dès lors de pouvoir situer le début de cette nouvelle crise vers le milieu de cette année, où les autorités monétaires américaines ont décidé de créer un environnement d’incertitude pour les investisseurs en annonçant la fin de leur politique expansionniste de taux d’intérêt faibles et de monnaie bon marché (politique que par ailleurs ils n’auraient peut-être jamais dû commencer).

Avec un environnement financier devenu globalement plus risqué, les investisseurs ont commencé par réduire leurs expositions aux marchés et instruments les plus volatils, en particulier leurs investissements dans les pays émergents.

Certes, de nombreux pays émergents continuent à avoir des problèmes structurels que certains tardent à résoudre, comme par exemple des problèmes de corruption ou de déficits publics locaux. Avec des fondements reposant encore beaucoup sur les investissements extérieurs, ces pays ont du mal à poursuivre des politiques de développements ambitieux sans financements propres.

La situation est cependant loin d’être dramatique, et peu comparable à celles connues lors de crises précédentes. Les banques centrales en particulier ont aujourd’hui des marges de manœuvre beaucoup plus importantes qu’avant en raison d’une accumulation d’épargne et de réserves en devises certaine. De nombreux pays ont commencé à réorienter leur croissance sur une demande intérieure, par opposition aux politiques d’exportation qui caractérisaient nombre d’eux avant.

Une capacité d’épargne existe également pour prendre le relais des financements externes, dès que les agents auront compris les limites des sociétés de consommation basées sur le modèle américain. La situation n’est donc pas désespérée.

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