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vendredi 23 septembre 2011

Ce que la Tunisie doit faire pour promouvoir le secteur privé

Si l’expérience de l’économie tunisienne ne peut être qualifiée de miracle économique, elle n’est pas non plus un fiasco total. Le pays a réalisé un taux de croissance moyen qui avoisine les 5 pourcent sur la dernière décennie, devançant ainsi la plupart des pays de la zone du Moyen Orient et Afrique du Nord (MENA).

Le pays a également réduit ses taux de pauvreté et a sensiblement amélioré les niveaux d’accès de sa population à l’éducation. Politiquement, la Tunisie a été fondée sur un contrat social subtil entre le régime et la société à travers lequel de larges segments de la population ont accès à différents avantages économiques et sociaux en contrepartie de leur soutien au régime. En même temps, aucune forme d’opposition ou de rejet du régime n’était tolérée.

La légitimité du régime s’est toutefois érodée devant son incapacité à offrir des opportunités de travail aux jeunes diplômés, la prolifération des emplois mal rémunérés dans les activités informelles et creusement des inégalités de revenu et les disparités spatiales et régionales. Au moment où la Tunisie tente de tourner la page et construire un nouveau contrat social fondé sur la liberté, la justice sociale et la démocratie ; le gouvernement doit saisir cette opportunité historique pour réviser les bases de la stratégie économique du pays et se donner les moyens pour surmonter les défis auquel il fait face.

Des équilibres délicats doivent être tenus entre la recherche de l'efficacité économique et la justice sociale ou encore entre la création d’un climat propice à l'investissement et l’application transparente et ferme du droit. A cet égard, le gouvernement doit élaborer des politiques économiques cohérentes fondées sur un discours crédible, des objectifs concrets et un calendrier d'action précis.

Un processus soutenu de création d’emploi exige l’émergence d'un secteur privé fort et compétitif. Dans les pays où les taux de croissance sont élevés, l'investissement privé dépasse les 25 pourcent du PIB alors qu'il peine en Tunisie à atteindre les 15 pourcent. L'Etat continue à contrôler une grande partie de l'économie et pénètre le monde des affaires à travers un réseau complexe de participations croisées. L'Etat est non seulement présent dans les industries de réseaux comme les télécommunications, l'énergie, le transport et le secteur bancaire – mais aussi dans d'autres secteurs tels que les engrais, l'exploitation minière, le matériel de construction etc.

Aujourd’hui, le gouvernement doit identifier les facteurs qui entravent l'investissement privé local et étranger et de mettre en œuvre les réformes dans quatre domaines clés.

En premier lieu, la Tunisie doit revoir les barrières à l'entrée dans les activités de services, ce, dans l'objectif de promouvoir la participation des investissements privés locaux et étrangers. L'accès à plusieurs services y compris les activités de distribution (le commerce en gros et en détail) sont l'apanage des entreprises où le capital tunisien détient la majorité des intérêts et requièrent l'approbation à priori de la Commission Tunisienne pour l'Investissement. Le cercle privé du régime de Ben Ali s'est servi de ces dispositions pour s'imposer en partenaire inévitable aux étrangers. Un comportement qui a beaucoup dissuadé l'investissement privé.

Les insuffisances du système financier constituent un autre handicap à l’investissement privé en Tunisie. Des réformes s’imposent pour permettre une meilleure mobilisation de l’épargne, une réduire du coût du capital et une allocation optimale des ressources financières disponibles. Aujourd’hui l’Etat maintient un contrôle ferme sur les trois banques publiques les plus importantes avec des effets pervers sur la concurrence et des niveaux excessifs des créances en souffrance.

Troisièmement, les autorités ont besoin de revoir les avantages accordés dans le cadre du code d'investissement et mettre en place des mesures incitatives plus efficaces, cohérentes et transparentes pour appuyer l'investissement et l'exportation. Chaque année, le gouvernement renonce à l’équivalent de 50 à 60 pourcent des impôts sur sociétés sous forme d’avantages fiscaux. Toutefois, l’essentiel des incitations, allouées sur la base de considérations politiques, n’avaient servi qu’accroitre le contrôle administratif sur le secteur privé sans aucun effet tangible sur l’emploi ou la productivité.

Enfin, il est indispensable de s’attaquer aux racines profondes de la corruption. Ce phénomène a été tellement ancré qu'il ne quitterait pas la Tunisie avec le départ de Ben Ali. Bien que les medias et l'opinion publique se soient concentrés exclusivement sur la corruption des grosses pointures, la corruption et le népotisme en Tunisie transcendent en effet les cercles proches du régime pour atteindre la masse. Lutter contre la corruption revient à mettre fin aux pots-de-vin, éradiquer la fraude et l’évasion fiscales et à démanteler les systèmes clientélistes qui offraient des services sociaux à des fins politiques. A ce propos, les décideurs politiques et les autres parties prenantes se doivent de concevoir une stratégie globale de lutte contre la corruption. Les campagnes de sensibilisation qui expliquent les méfaits de la corruption et son impact néfaste sur la croissance économique, l'investissement et la concurrence sont nécessaires mais demeurent insuffisantes. Pour réussir, la sensibilisation doit être accompagnée par une application ferme mais juste de la loi.

Le gouvernement tunisien n'aura pas beaucoup de marge de manœuvre pour accroitre l'investissement public dans les années à venir. D’une part, une grande partie du budget de l’Etat est absorbée par des dépenses de fonctionnement incompressible. De l’autre, le gouvernement doit maintenir sous contrôle les niveaux du déficit budgétaire et de la dette publique. Le secteur privé aura un rôle déterminant pour revitaliser l'économie tunisienne. Pour ce faire, le gouvernement doit démanteler les barrières explicites et implicites qui handicapent l’environnement des affaires. De la logique des faveurs accordées en contrepartie du soutien politique, le gouvernement doit faire la place à des mécanismes d’incitation sur fonds d'efficacité économique et de justice sociale.

Lahcen_ACHY

22/09/2011

http://lecercle.lesechos.fr/economie-societe/international/afrique/221137974/tunisie-doit-faire-promouvoir-secteur-prive

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