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samedi 24 septembre 2011

Comment donner le goût des sciences aux élèves ?

L'Institut Pasteur de Paris accueillait cette semaine un col­loque inti­tulé "Communiquer la science vers les publics sco­laires", orga­nisé par Communication Publique, sous le patro­nage du minis­tère de l'Education natio­nale et avec le concours de la CASDEN. Comment faire pour don­ner aux élèves le goût des sciences, dès le plus jeune âge ? Etat des lieux, pro­jets, obs­tacles et propositions.   

L'objet de cette jour­née de col­loque était de com­prendre les besoins et attentes des ensei­gnants de sciences, de recen­ser des expé­riences péda­go­giques menées avec suc­cès, mais égale­ment de réflé­chir aux pos­si­bi­li­tés d'amélioration.

Les par­ti­ci­pants ont sug­géré, avant de pen­ser à quelque pro­jet que ce soit, de consi­dé­rer tout d'abord la culture scien­ti­fique comme culture à part entière. Il fau­drait peut-être envi­sa­ger une refonte des pro­grammes en ce sens, l'inscrire dans le par­cours sco­laire comme le pro­pose l'inspecteur géné­ral de l'Education natio­nale Roger-François Gauthier.

Et pour évaluer cette culture poursuit-il, au lieu d'une évalua­tion tra­di­tion­nelle par notes, pour­quoi ne pas mesu­rer au cours du par­cours sco­laire dans un port­fo­lio par exemple, l'exposition à cette culture (visites, ate­liers, pro­jec­tions de films...) ?

Par ailleurs, la science ne doit plus être per­çue dans le sys­tème sco­laire comme élément de sélec­tion, mais bien comme élément de culture, y com­pris pour les élèves non scientifiques.

Une évolu­tion en cours
Cette évolu­tion est déjà amor­cée pour le DGESCO, Jean-Michel Blanquer, qui sou­ligne les nom­breuses ini­tia­tives prises par le gou­ver­ne­ment en faveur des sciences : le plan sciences pré­senté par Luc Chatel début 2011 et mis en oeuvre depuis sep­tembre, avec plus de mathé­ma­tiques au pri­maire, le déve­lop­pe­ment d'ateliers de jeux d'échecs à l'école (1), les par­cours d'enseignement inté­gré des sciences et tech­niques au col­lège (2) dans les établis­se­ments Eclair, ou encore le centre de recherche de l'école de la 2nde chance de Marseille, où l'on expé­ri­mente une nou­velle péda­go­gie des sciences...

Les attentes des ensei­gnants sont grandes : d'après une enquête réa­li­sée par le dépar­te­ment ensei­gne­ment supé­rieur de la CASDEN, 80% des ensei­gnants (pri­maire et secon­daire confon­dus) uti­lisent des res­sources docu­men­taires scien­ti­fiques pour pré­pa­rer leurs cours, mais 40% seule­ment trouvent qu'elles sont adap­tées aux pro­grammes scolaires.

Les 250 ensei­gnants inter­ro­gés dans l'enquête "savent à 73,5 % qui contac­ter pour avoir des infor­ma­tions mais ils ne citent aucun orga­nisme de recherche. C'est Universcience, les uni­ver­si­tés et les éditeurs qui sont le plus cités".

Comment alors amé­lio­rer et aug­men­ter les rela­tions entre ensei­gnants et orga­nismes de recherche ?

Rapprocher les deux univers
Les ensei­gnants du pri­maire et du secon­daire sont deman­deurs de contacts avec le monde de la recherche. Des ini­tia­tives rap­pro­chant les deux uni­vers existent déjà et ren­contrent un franc suc­cès. Elles touchent cepen­dant trop peu de classes, faute de moyens et de temps.

Par exemple, l'Inserm pro­pose dans le cadre de l'association "Tous cher­cheurs" un pro­gramme où durant trois jours, des lycées accom­pa­gnés de leur pro­fes­seur de sciences sont en immer­sion totale dans un labo­ra­toire de recherche. Ce pro­jet fonc­tionne très bien, mais ne concerne que 1000 lycéens par an. L'Ifremer de son côté a pro­posé pour 2010–2011 une opé­ra­tion péda­go­gique inti­tu­lée "De l'espace pour la mer". Mais là encore, ce ne sont que 30 classes sur toute la France qui ont participé...

Le PRES de l'Université de Lorraine pro­pose de son côté en par­te­na­riat avec le CRDP de Lorraine un concours ouvert à tous les élèves de l'académie, de la mater­nelle à la 3ème, Chercheurs en herbe. Il y a aujourd'hui beau­coup plus de demandes que de pos­si­bi­li­tés. On voit là les limites de ces dis­po­si­tifs, de grande qua­lité, mais néces­si­tant une logis­tique et une pré­pa­ra­tion consi­dé­rables, aussi bien du côté des cher­cheurs que des enseignants.

De nom­breux obstacles
Les orga­nismes de recherche ne peuvent en effet élar­gir à l'infini leur offre : il est dif­fi­cile de libé­rer du temps dans les emplois du temps des cher­cheurs, et les labo­ra­toires ne sont pas conçus pour accueillir des groupes d'élèves trop importants.

Par ailleurs, le tra­vail fait par le cher­cheur dans une classe n'entre aucu­ne­ment en ligne de compte dans son évalua­tion et dans sa car­rière. Cette don­née rebute nombre d'eux, déjà sub­mer­gés par leurs tra­vaux et leurs publications.

Du côté des ensei­gnants, il n'est pas non plus tou­jours évident de mener un pro­jet en col­la­bo­ra­tion avec un orga­nisme de recherche. Le risque de perdre du temps sur le pro­gramme, le pro­blème du finan­ce­ment, et la non-prise en compte de ce tra­vail dans l'avancement de car­rière sont des freins.

De sur­croît, un vrai tra­vail en inter­ac­tion entre l'enseignant et le cher­cheur doit être conduit sous peine de ne pas don­ner de résul­tats pro­bants au niveau péda­go­gique. Il faut pré­pa­rer la classe à la venue d'un cher­cheur ou à un tra­vail en labo­ra­toire, et inver­se­ment, le cher­cheur doit rendre claires les notions par­fois ardues sur les­quelles il va faire tra­vailler les élèves.

Mais comme de toute manière, tous les élèves ne peuvent béné­fi­cier de tels types de pro­jets, il faut trou­ver d'autres pistes pour mettre les élèves en contact direct avec la recherche scientifique.

Des solu­tions
Une pre­mière solu­tion serait peut-être de pro­po­ser des éléments dans la for­ma­tion des ensei­gnants. Dans le cadre du mas­ter en alter­nance, pour­quoi ne pas "remettre les ensei­gnants à la paillasse" suggère ainsi le direc­teur de l'IUFM de Créteil. Il sug­gère égale­ment de mettre en place une épreuve obli­ga­toire en labo­ra­toire pour l'obtention du mas­ter ensei­gnant de sciences. Pour lui, il faut vrai­ment mettre l'accent sur la "science en train de se faire".

Il déplore qu'aujourd'hui dans le cadre de la for­ma­tion des ensei­gnants de sciences, ini­tiale et conti­nue, il n'y ait pas de lien avec les orga­nismes de recherche et que les deux uni­vers soient décorrélés.

Autre piste : faire avec les moyens sur place. Le CDI doit ainsi pour Roger-François Gauthier, ins­pec­teur géné­ral de l'Education nationale, devenir un lieu de culture scien­ti­fique. Il y a là une révo­lu­tion à opérer.

Il faut égale­ment davan­tage pro­fi­ter des res­sources péda­go­giques en ligne pro­po­sées par les orga­nismes de recherche et mieux les exploi­ter en classe. Le pro­blème est qu'actuellement, elles sont très dis­sé­mi­nées et qu'il n'est pas facile pour les ensei­gnants de s'y retrouver.

Afin de leur faci­li­ter la tâche, le Sceren met en place des outils numé­riques. Il a mis en ligne par exemple un por­tail cen­tra­li­sant les res­sources des orga­nismes de recherche pour les pro­fes­seurs de SVT.

En conclu­sion, le col­loque a per­mis de réflé­chir aux moyens dis­po­nibles ou à mettre en oeuvre pour pré­sen­ter la science de façon attrac­tive aux élèves. Cette révo­lu­tion est indis­pen­sable au déve­lop­pe­ment d'une véri­table écono­mie de la connaissance.

Sandra Ktourza

Note(s) :

(1) Il s'agit du programme L'Échiquier de la réussite
(2) Enseignement intégré de science et technologie (EIST) est proposé au collège en classes de 6e et de 5e, enseignement croisant les SVT, physique-chimie et la technologie, testé cette année dans 400 collèges Eclair ou Ambition réussite

23.09.2011

http://www.vousnousils.fr/2011/09/23/comment-donner-le-gout-des-sciences-aux-eleves-513449

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