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mardi 30 août 2011

Vous avez dit pédagogo?

L'INVITE JEAN ROMAIN - écrivain, philosophe

Quelques heures avant la rentrée genevoise de ce 29 août, nous avons entendu Walo Hutmacher, ancien professeur à la Fapse de Genève et défenseur des réformes, expliquer à "Forum" que l'humanisme n'était pas sa tasse de thé parce que l'enseignement aujourd'hui était devenue une industrie.

Devant les arguments solides qu'on lui opposait, à lui qui entendait sans rire former les "apprenants" grâce aux méthodes socioconstructivistes, le professeur a fini par dire que la vision de ceux qui défendent une école traditionnelle, l'école qui réussit, bref la seule école qui vaille actuellement, est une vision ancienne, celle de grand-papa, et que le Valais, rural et sous-développé, est encore baigné par cette vision archaïque, tandis que Genève, la lumière pédago du monde, la citadine, l'héritière de Piaget, a dépassé ce stade de l'évolution. Valaisans, on a failli de vous traiter de "rupestres"!

On n'a plus aucun argument crédible que celui qui dévalorise l'adversaire mais on est certain qu'il faut maintenir le cap, quoi que cela puisse coûter à nos élèves, mutilés par les réformes socioconstructivistes! Mutilés! On forme à tour de bras des mal-appris.

L'Etat de Vaud va bientôt devoir trancher un peu sur les mêmes thèmes: le département défend une réforme voulant retarder la venue des notes et mettant l'élève au centre, ne pas sélectionner trop tôt, d'un côté; et le bon sens terrien de l'autre qui va lui mettre une monumentale claque. Mais la gauche, dans sa grande simplicité, est persuadée que si on ne la suit pas c'est qu'elle a fait une "erreur de communication", qu'elle n'a pas assez ni convenablement expliqué pourquoi sa réforme est la meilleure du monde. Elle ne parvient pas à admettre que c'est justement parce que le peuple a bien compris en quoi consistait cette réforme mortifère qu'il la refuse.

Ce n'est partout que réformes, restructurations, introduction de cycles de formation, réécriture des programmes, redéfinition des objectifs, suppression des notes, hétérogénéité, qui ont fini par déstabiliser un système scolaire assez bon.

Tout change, tout évolue: on s'accorde en ceci au principe de supériorité du nouveau venu, et professeurs, élèves et parents sont mécontents parce qu'il ne s'agit pas d'une amélioration mais d'une véritable spoliation. En effet, personne ne s'y reconnaît, et il faut être un mutant pour comprendre les arcanes du PER, aussi bien de la nomenclature moderne que la complexité des filières, des options et des incompatibilités. Le monde est complexe, vous rétorque-t-on, pourquoi voudriez-vous que l'école n'épouse pas les mêmes chemins?

Il vous suffit de participer une seule fois à une de ces fameuses séances d'information et vous avez jaugé l'ampleur du problème. Mais cette complexité est en fait indicatrice de la vacuité du contenu.

Une complexité qui est en fait indicatrice de la vacuité du contenu.

30 août 2011

http://www.lenouvelliste.ch/fr/news/invite/index.php?idIndex=862&idContent=335447

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