mercredi 3 août 2011

Le projet de thèse, un processus itératif ?

Résumé de la séance du séminaire « ACT » du mercredi 11 mai 2011
Comment construire un projet de thèse ? Quelles questions se poser ? Faut-il s’inscrire dans un courant doctrinal ? Comment articuler un enracinement empirique solide et un usage interprétatif savant ?
Sommaire

Dans le prolongement de l’ouvrage La rigueur du qualitatif, Jean-Pierre Olivier de Sardan (JPOS), anthropologue africaniste et directeur d’études à l’EHESS, propose de revenir sur le processus de production d’un projet de thèse.

Issu de réflexions avec son collègue Jean-Claude Passeron et de discussions avec des doctorants, cet ouvrage propose une alternative aux deux postures l’une épistémologique et théorique pouvant finalement se cantonner à une posture philosophique, l’autre méthodologique, n’ayant à offrir qu’une boite à outils relativement limitée.

JPOS rappelle que les projets de thèse des jeunes doctorants et les projets de recherche des chercheurs confirmés sont similaires dans les étapes de questionnement. Deux principes guident selon lui les projets d’anthropologie et de sociologie qualitative :
  • une base empirique solide, notamment afin de contrecarrer une tendance actuelle vers l’essayisme ;
  • l’orientation qualitative des travaux

Une problématique exploratoire, souple et provisoire

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Selon JPOS, deux pièges menacent les disciplines anthropologique et sociologique. D’une part, le cadre mental des hypothèses. Il refuse une approche positiviste des hypothèses et met en garde contre le risque de confondre postulat et hypothèses de recherche. En ce sens, JPOS souligne que préciser que les acteurs ont des représentations différenciées selon leur position ne constitue pas une hypothèse de recherche. De l’autre, le cadre mental des théories préconstruites a tendance à enfermer les doctorants dans une attitude révérencieuse. L’intérêt des références théoriques repose sur la construction d’un dispositif de production de connaissances innovantes. En ce sens, l’éclectisme théorique est préférable à une allégeance théorique exclusive.

La problématique exploratoire consiste en un ensemble de questions de recherche organisées permettant in fine la production de nouvelles questions de recherche.

Dans cette perspective, JPOS propose la notion de « concepts exploratoires » en tant qu’échafaudage pour le chercheur. Les concepts exploratoires ne sont pas nécessairement explicatifs ou interprétatifs. Au contraire, ils constituent des pistes produisant une curiosité empirique nouvelle. À ce titre, voir notamment le concept de « normes pratiques », développé dans l’article Researching the practical norms of real governance in Africa, (2008).

Les composantes du projet de thèse

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Photo : Tristan Loloum
Le choix du thème, de l’objet de recherche, est un compromis entre une volonté, des opportunités et des hasards. Néanmoins la justification de l’objet est incontournable notamment dans l’aspect innovant de la recherche. Le lien entre littérature pertinente, recherche empirique et les questionnements personnels du chercheur est selon JPOS. le triangle d’or de la recherche. En ce sens, premièrement, l’état de la question doit être réalisé en fonction de la pertinence vis à vis de l’objet de recherche en évitant les écueils de l’allégeance théorique, du compromis tactique et d’une littérature trop scolaire.

Deuxièmement, la série de questions posées doit être commentée. Si un travail de recherche en sociologie ne cherche pas à répondre à la question « pourquoi » mais à la question « comment », le sociologue doit néanmoins se poser la question du « pourquoi » de son terrain.

Troisièmement, la transformation de la problématique en dispositif d’enquête consiste à travailler les questions que le sociologue se pose sur son terrain. Il s’agit de revenir sur les questions exploratoires et de les affiner et les retravailler en fonction de son terrain.

Quatrièmement, l’aspect méthodologique – souvent catastrophique dans les soutenances de thèse selon JPOS – consiste à ancrer empiriquement les méthodes utilisées. Il s’agit de mettre en perspective les affinités (s)électives entre la méthode et l’objet de recherche.

Le processus itératif de production du projet de thèse

Quatre étapes marquent ce processus :
  • le choix du sujet
  • la déclaration d’intention, nourrie de littérature et de terrain de repérage, elle conduit au
  • pré-projet qui, alimenté par la littérature grise et concrétisé par un terrain/site(s) témoin(s), permet d’aboutir au
  • projet final
Finalement, la construction du projet de thèse consiste en un double effet d’entonnoir. Dans un premier temps un entonnoir inversé qui consiste à l’adjonction d’éléments permettant d’aboutir à un projet de thèse. Dans un second temps, celui de l’analyse, un entonnoir qui traduit un processus de sélection des éléments collectés par le biais de l’analyse rigoureuse.


Les aspects concrets de la thèse | 23 mai 2011 | par Raphaëlle Parizet

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